POPULATIONS DU GABON
cette race parle à peu près la môme langue, elle ne présente aucune cohésion sociale. Chaque famille vit en hostilité avec toutes les autres, et pour jouir d'une paix relative, les étahlissements que forme chacune déciles s'intercalent entre deux villages d'une race depuis longtemps établie dans le pays, la race des Bakalais.
L'affluence des Pahouins est si considérable, qu'après avoir échelonné leurs demeures au long de TOkanda, principal bras de rOgovar, ces peuples ont franchi le versant qui sépare ce fleuve du bassin hydrographique bornant à Test et au sud les eaux qui s'écoulent dans Testuaire du Gabon. Sur la seule rivière Rhamboé, qui va déboucher au fond de Testuaire, on compte plus de cinquante villages pahouins. C'est sur cette route que s'accomplissent les échanges commerciaux entre le haut Ogovaî et les comptoirs du Gabon.
M. Hedde voit deux races dans la nation pahouine, celle des Makeïs et celle des Batchis, ayant chacune son idiome particulier. Les races actuellement mélangées ont deux points de départ bien distincts : les Batchis viennent des régions qui sont au nord-est et à l'est du Comos, un des afÛuents les plus reculés de l'estuaire du Gabon ; les Makeïs, plus méridionaux, viennent des régions équatoriales proprement dites, et paraissent avoir descendu le cours de i'Okanda.
C'est la langue de ces derniers qui semble l'emporter ; peutêtre est-elle aussi la langue originaire de ces tribus. Les Pahouins, ajoute M. Hedde, son enclins à l'anthropophagie; ils sont belliqueux, féroces et défiants à l'excès; il est donc trèsdifQcile de se confier à eux. Il n'en est pas de même des Bakalais, population plus pacifique, plus intelligente, et relativement plus loyale.
Les M'Pongoué, peuple de l'embouchure du Gabon, et les Ouroungous, peuple de l'embouchure de l'Ogovai, étaient autrefois les intermédiaires de la traite des nègres. On les emploie aujourd'hui dans les relations commerciales de concurrence avec les Gallois de l'Ogovaï, les Bakalais et les Pahouins. Les nouveaux établissements européens paraissent attirer sur le littoral un grand nombre de nègres que la misère et les souffrances de tout genre chassent de l'intérieur du pays.
l'ethnologie générale de rAfrique équatoriale. Voir particulièrcmenl le tome I", p. 68, et le tome H, p. 126.
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S \. Soudan orientai. Voyagé du B' NàchtigiEÙ.
Nous ne répéterons pas ce que nous âVoftà dit il Jr à deux ans de l'brigifee et des pre&îers înbîdeSits du Voyage du D' Nacntigal dans les jpartîes dû Squdàn oriental où nul Européen avant lui n'avait pénétré (tome ÎX de VAnhÉe geo^rapftîque\ p. 212). Le Oùadâï; coiltrée à laquelle la mort violente de deux vôyàgéUr^ saVânts, Éduard Vogel en 1856, et Moritz de feeurmanii çn isfeo, a valu un sinistre renom, a été visité et décrit, ainsi que les pays situés entre le Ouadâï et la vallée du Nil. C'est une acquisition cônsidéirabré J)olir là cftHe d'Afrique;
Le vôyàgeii'r, sorti heiii'eUsetilènt dfe soii feksârdéïlx voyage, est actuellement en route pour soii retour en Europe, rapportant sa large moisson d'observations et de faits nouveaux. Ce que Ton en connaît jusl[jit'à présent est dû aux lettres qûè de teitips i âutVe il a ^ù. fkirfe jiarvenir au consul allemand a TilniSj par là voie des caravanes. Plusieurs do ces lettres ont été publiées dans les Mittheilungen (ci -dessus, bibliogral)hie , n° 235); d'autres, et ce ne àoht ^as les moins îihtiortahteîi; ont été cbriamuiiiqiiéès k nôti'e Sofciéllê de Gébg^aphiè par Tihtermédiaire de notre éminent; collègue, M. fienri IJùveyrier.
Après avoir reinpli pirèé du sultan de BornoU la niission dont l'avait chargé le roi de Prusse, le D' Nachtigai quitta Rouka, la capitale (lu Bornou, vers le milieu de Tannée 1870, se proposant de visiter la région inconnue qiii s'étend au nord-est du lac Tchad. Il désirait surtout reconnaître une grande rivière, le Bahr-el-Q-hâzal (la rivière des Grazelles), célèbre dans ces contrées. Il y a dans le Soudan plusieurs Bahr-el- Ghazal ; Tune d'elles, vue par plusieurs voyageurs, et en dernier lieu
LE D' NACHTIGAL. 215
pat M'.Sclitveihfurthjporte sies eaux au fleuve Blanc, vers réttlrée de la rôgl'oh des marécages qui couvrent la haute vallée du Nil au-dessus du 9" degré de latitude. Le Bâhr-el-Ghaizàl dû D' Nachtigal est tout autre. Celui-ci est en cttnimiinication avec le lac Tchad, la Caspienne du Soudan. Oii savait par diverses informations, par celles de Barth notamment, que cette grande rivière, ce ouâdi, comme disent les Arabes, sip, rattache directement au bassin du Tchad; mais on ignorait si ce ouâdi débouche dans le lac, où réciproquement. Les recherches du D' Nachtigal nous apprennent d'une manière sûre que c'est Teau du lac Tchad qui s'écoule dans le Bahr-el- Ghazal, et que le Borgou, pays situé beaucoup plus loin à Test; forme une vaste et profonde déJ)ression qiii se trouve au-dessous du niveau du Tchad.
Le Bdhr-cl-Ghazal s'étend au nord-ost du lac Tchad, jM)tir finir vers le 16* degré do latitude nord et le 17*" degré de longitude à Test du méridien de Paris, après un cours d'au moins 500 kilomètres ; plus au nord , vers le Bbrgôu, le terrain s'abaisse, et l'on entre dans un pays fertile arrosé par beàiicoup de sources, fortement encaissé, et ayant la forme d'un fond de cuve : c'est le pays de Bodelé. Au delà est le Borgou, dont les parties septentrionales présentent le caractère d'un pays de montagnes , où le voyageur a traversé une passe élevée d(» 2400 mètres au-d»'ssiis du niveau di; la mer. M. Nachtigal, dans Tété de 1869, avait déjà visité la partie occidentale de cettcî contrée montagneuse, véritable chaîne d'alpes, qui forme, paraît-il, un arc gigantesque s'étendant d'une manière plus ou moins continue sur Une longueur de 13 à 1400 kilomètres, depuis le Tibesti jusqu'au Darfour. C'est un trait de configuration tout à fait inattendu dans cette i-égion de l'Afrique.
Sur les populations de ces contrées nouvelles, leD' Nachtigal fait les remarques suivantes, qui intéresseront fort
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les ethnologues, en ce qu'elles précisent des informations incomplètes recueillies par Barth. <c La famille tibbou se partage en deux grandes fractions , les Tédâ et les Dâsa* ; une diversité profonde sépare les dialectes de ces deux branches, le tédaga et le dâsaga. Les Tédâ habitent le pays de Tou ; les Dâsa forment la population du Borkou, du Kanem et du Bahr-el-Ghazal. Les habitants du Yadyanga et de TEnnédi se nomment Bélê et ne sont pas des Tibbou ; les Arabes leur donnent le nom de Terrâvia. Par la langue, les mœurs, les traditions et même les traits physiques, ils forment un groupe distinct. Je soupçonne que les Soghâva, qui ne sont pas non plus de race tibbou, ainsi que je l'ai reconnu, ont une proche affinité avec les Bélâ. La partie la plus éloignée au nord-ouest des vallées de TEnnédi est cependant habitée par la tribu tédâ d'Arina (nom qui prend aussi les formes d'Arna, Arinda, etc.), tribu qui se retrouve dans les vallées méridionales du pays de Tou.... » Une bonne carte (encore à construire) permettrait seule de bien saisir Tenchaînement et les rapports de ces indications; je les ai transcrites , néanmoins , comme spécimen de cette nature d'observations chez le D' Nachtigal.
S 6. Saite des commanications du D' Nachtigal. Le Ouadàï.
La lettre suivante se rapporte presque exclusivement au Ouadâï. Nous sommes ici en plein voyage de découvertes.
Après son voyage jusqu^au Bodelé ou Bateli, et au Borgou, le D<' Nachtigal a pu non-seulement pénétrer dans le Ouadâï, mais même faire parvenir en Europe une lettre datée d'Abêchr, ou, suivant son orthographe, Aboû-chehr, actuellement la ville résidence du sultan, située à quelque trente-cinq
1. Sur les Tibbou, voir le tome IX de V Année géographique^^. Îl3.
LE OUADiî. 217
kOomèfares au sud de raDcienne capitale Ouâra. Cette lettre, tavpyèe le 3 juillet 1873 * par une occasion de courrier direct, arrivait à Tripoli le 15 octobre. Elle est adressée à un antn Toyageur allemand, le baron Henri de Maltzan. Celui-ci rà publiée dans la Kôlnisohe Zeitung (numéro du 31 octobre), en ftisantobsenrer, avec juste raison, que c'est la première fois qa^me lettre écrite par un voyageur européen dans le Ouadâl soit parvenue aux mains de son destinataire en Europe.
Le silence gardé par le docteur Nachtigal sur ses travaux da S3 février 1872, date des précédentes nouvelles, au 3 juillet 1873, ne permet pas de deviner sMl a donné suite à son projet de voyage au Baghirmi, ni même quelle route il a prise pour passer du Bournou au Ouadâï avec un ambassadeur ouadây en. Nous espérons, toutefois, qu'il aura contourné le lac Tchad par le sud, car le delta du Châri et la sortie du F6dé hors du Tchad sont deux points qui méritaient toute rcttestion du voyageur.
Quoi qu*il en soit, le D' Nachtigal est arrivé à Abêchr daiui le commencement du mois d^avril de cette année, et si les drconstances lui avaient permis dWectuer son voyage comme il Pavait espéré, le 3 juillet il eût daté sa lettre de* Khartoûm, au lieu de la dater encore d^un point au centre du Onadâr. Surpris par le départ inopiné d'un courrier, le voyageur ne donne pas d'informations géographiques sur cet empire du pays des nègres, dont la géographie ne nous est connue encore que par les résultats des enquêtes faites loin du sol qui en est Tobjet, par Fresnel, le D' Perron, le Di* Barth et quelques autres. Par contre, il a consigné dans sa lettre des détails fort intéressants, que nous résumons ici, sur la population et le gouvernement du Ouadâï.
Comparé au Bomou, le Ouadâï est un pays pauvre, parce que d^une part plusieurs provinces de Tempire souffrent du manque d'eau, et que' d'autre part les habitants ne sont pas parvenus au même degré de civilisation et d'industrie que les Kanoûri. Leurs huttes en paille elles-mêmes sont, suivant la comparaison du voyageur, de beaucoup inférieures aux habitations des nègres païens vivant dans les provinces du sud du Baghirmi.
1. Le D' Nachtigal a fait parvenir en Europe, dès 1871, une notice deaeriptive sur Ouâra, ou Vâra, résidence des rois du Ouadâï avant le sultan actuel, accompagnée d'un plan. Voir le précédent volume do V Année géographique, p. 78, n" 60.
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Le D»" Nachti'gîal a ^té surtout frappé de la grossièreté des Ouadâ^ens, de la pauvreté du sol qliî leà nourrit, et en même temps de Textellence relative du gouvernement auquel ils obéisseht aujourd'hui. A Texceptlon des habitants plus industrieux de quelques provinces, ils ne savent fabriquer que des tokaki ou cotonnades à trame grossière. Ils ne cultivent qu'une seule graminée, le lûillet des noirs, juste en proportion de leurs besoins, et n'élèvent qu'un petit nombre de chevaux dé mauvaise race. Mais ils possèdent de nombreux troupeaux de bœufs, de moutons et de chèvres, et, grâce sans doute à la sécheresse relative du climat, la bête de sqmme du Sahara, le chameau, prospère dans le Ouadâï. Enfin les Ouadâyens, orgueilleux et haïssant tous les étrangers, sont encorç violents, querelleurs et cruels, principalement lorsqu'ils ont fait, avec une sorte de bière appelée melissà, les libations auxquelles ils sont journellement adonnés.
Il y a deux ans encore, les marchands arabes eux-mêmes n'osaient pas sortir de leurs rhaisons iLprès quatre heures de Taprès-midi, tant ils auraient couru de risques si des JiaUtants excités par ces libations les avaient rencontrés dans la rue. Mais le gouverhemerit du nouveau sultan 'Ali a amené un heureux changement. Voulant dompter la barbarie de se? sujets, le sultan 'Ali a eu recours aux moyens extrêmes. Sa sévérité est inftexible, et la mort ou la castration, l'ablation du nez, des oreilles ou des membres, sont les peines qu'entratoé indistinctement presque chaque sorte de crime ou de délit.
Grâce sans doute aussi à la fermeté du souverain, le commerce a trouvé la sécurité qui lui manquait autrefois ; à l'intérieur, la vie des étrangers est protégée, et les Ouadâyens sont tenus de remplir les engagements qu'ils ont contractés envers les marchands. On sait que l'honneur d'avoir ouvert les premières relations commerciales directes entre le Ouadâï et le port de Benghâzy sur la Méditerranée revient au sultai) du Ouâdîlï 'Abd-el-Kérîm Saboûn. Fulgence Fresnel a écrit l'histoire de ces tentatives civilisatrices d'un prince nègre> dans les numéros de janvier et février 1849 du Bulletin de la Société de Géographie de Paris. Pendant une guerre quele.sujitan 'Abd-el-Kérîni avait laite contre le Baghirmi, ses soldats apï)rirent à connaître des objets de fabrication asiatique et européenne, dont l'usage s'était déjà introduit chez leè.Baghirmiens, par suite du pèlerinage qu'aval Ifiâît à la Mëkke
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IKAlmèidrêl-A&iita^ prédécesseut* au trône du Baghirmi du SdUtttiÉfh contem^ôr&in de 'Abd-el-Kérîm Saboûn.
Ce dernier, coihprenant les avantages qu'il retirerait dé relaUbÀfe àTec Be'nghâky, et la nécessité de satisfaire les besoins naissante dé ses sujets, ouvrît la route qui mène de Ouâra au Barkft. En IBIO cette route fut reconnue pour la premii^re fois jil8qu% Ajfll'û, au prix des plus grands sacrifices. La voie était tracée, M plûsieuris caravanes la suivirent; plus tard les relations commerciales cessèrent avec Benghâzy. Le D'^ Nachiîgâl 8%nale ce fait qu'aujourd'hui la direction du mouvement bbmmeixîal avec le nord a changé, et que les caravanes dtt Ouadàr, abandonnant b. Djâlo la route de Benghâzy, ▼ont porter lejirs chargements et les échanger sur les marchés d!'Égyptè.
L^etpôrtatioh consiste exclusivement en produits naturels de Uiipntrée : edclaves, ivoire et plumes d'autruche; elle est entfèbemént aux mainà dos marchands étrangers Mcdjâbra et pjellflb^ dbnt les jpremiers passent par DjAlo et les seconds par le Dâr-Poûr. Le marché de la capitale Abôchr n'a pas la ditïBAîe ^ïirtie de l'importance non pas môme du grand marcfe, hiais seulement du marché ordinaire de chaque jour à KéÛ&i. Le D' Nàchtigal ajoute que si le Bornou jouissait actuellement d*un gouvernement stable et solide, tel que son àkiWàib bst incapable de le lui assurer, au lieu de reprendre le chéihin dû Ouadâï, les marchands McdjAbra de Djâlo afflueriil&nt à Koukâ malgré là différence notable de la longueur des deux trajets.
Téli soni Tes détails relatifs au OudAr que le D' Nachtij^l IhinsmiB!; d'Abêchr, ville où Kduard Vogel périssait de nibH violente le 8 février 1856, et où, lui, il jouit de la liberté (b se promener, d'aller visiter ses malades, et même de faire qaelqûes courses à cheval dans les environs immédiats. Mais Naehtigâl comprend que sa sécurité dépend de la vie du sultau 'Ali; et que s'il mourait, lui-même courrait chaque jour un noaT^àh danger.
Jusqu'à la date de sa lettre, le voyageur avait échoué dans ses efforts pour retrouver les papiers de son infortuné compatriote Ëduard Vogel, qui fut exécuté par ordre de Mohammed Cherif, père et prédécesseur du sultan 'Ali, dans la maison de ses agadéy ou préfets généraux. Le sultan 'Ali ayant lui-même nié offîciellement toute connaissance d'un événement aussi contraire aux sentiments que révèle sa propre conduite vis -à-
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vis du J}' Gustave Nacbtigal, il semble difficile au voya« geur quMl consente à Taider dans la recherche de ces précieux papiers. Le docteur est donc décidé à ne s^adresser au sultan que lorsquHl aura épuisé tous les autres moyens d^arriver à son but. Il sait maintenant qu'après le meurtre d'Ëduard Vogel, tout ce que ce dernier possédait fut livré au sultan Mohammed Cberif, sauf les livres et les papiers qu'on laissa sur le lieu de Texécution, par conséquent dans la maison des agadé, où demeurait Ëduard Vogel.
Dès son arrivée à Abêchr, le D"* Nachtigal avait dû porter son attention sur la situation politique du Four, pays qu'il comptait traverser en quittant le Ouadâï. Pendant son séjour au Ouadâï, vers le commencement du mois de mai, un fait était survenu dans le Four qui l'obligeait à prendre patience. Le sultan Hasseïn est mort. Hasseïn, ûls cadet du sultan Mohammed-el-Fâdhel, et désigné par son père comme devant lui succéder, monta sur le trône vers l'époque du commencement du règne du cheïkh Omâar, l'ami de Barth, dans le Bornou. Avant de mourir, il déclara que son fils cadet Ibrahim hériterait du pouvoir après lui. Ses autres fils acceptèrent la décision de leur vieux père ; mais les cousins d'Ibrahim, les fils du sultan Mohammed-el-Fâdhel, et par conséquent les frères de Hasseïn, revendiquèrent leurs droits.
Prévenu de cette rivaÛté qui s'annonçait menaçante, le D*' Nachtigal avait donc lieu de craindre que le Four ne fût déchiré par la guerre civile. Plus tard, il est vrai, des bruits coururent suivant lesquels Ibrahim, l'ami du gouvernement du Ouadâï, n'aurait pas rencontré d'opposition; mais la cour ooadâyenne ne recevant pas de message notifiant officiellement la mort de son père et son avènement au pouvoir, cela était considéré comme un indice de complications. Le D^* Nachtigal, si heureux jusque-là dans toutes ses entreprises, a bien fait d'attendre. Sa prudence vaudra à l'Europe, espérons-le, les premières données sur la géographie du Ouadâï émanant d'un voyageur européen qui ait vu les choses dont il parle.
S 7. Région nord-est du Sahara. M. Rohlfs et sa prochaine exploration de la contrée comprise entre TÉgypte et le Barkà.
L'exploration du désert de Libye, c'est-à-dire de la vasto région du Sahara quis'étond à Toiiest de la raoyenno
M. ROHLFS EN LIBYE. 221
^ypte jusqu'ani confins du Fezzan et du Barkâ, va cornbW aussi une des grandes lacunes qui restent dans les parties nord-est de la carte d'Afrique ; les informations nouyelles que l'on attend de cette grande reconnaissance 86 relieront dans une certaine mesure à celles que nous rapporte le D' Nachtigal, et cette connexion ajoute encore à rintérèt qui s'attache aux deux expéditions. Cet intérêt, au moins pour l'expédition prochaine du désert de Libye, est d'ailleurs tout géographique, car ces contrées , par leur nature aride, sont sûrement impropres à toute espèce de production, et fermées aux communications commerciales. Elles n'en offrent pas moins, par leur constitution physique et leur configuration, un sujet d^étude fort important. Il y a là toute une région dont le niveau, dans plusieurs de ses parties , est inférieur à celui de la Méditerr&née; et l'examen de ces larges dépressions, autti bien que des vallées sèches qui les relient entre elles, — des rivières sans eau , Bahr-bélâ-Mâ, selon l'expression arabe, se rattache à un côté des plus curieux de la géographie africaine. Nous verrons, sans aucun doute, se reproduire ici ce qui a lieu déjà pour les parties occidentales du Grand Désert d'Afrique : au lieu des vastes espaces absolument nus que la carte y présentait il y a Tingt ans à peine, un réseau complet de hauteurs, de dépressions et de ouâdis ou vallées sècHes, y dessine aujourd'hui des versants et de véritables bassins comparables, moins les eaux courantes, à ceux de nos zones tempérées.
M. Gerhard Rohlfs , qui a provoqué cette exploration et qui en a la conduite , était l'homme désigné pour une pareille entreprise. Explorateur infatigable, observateur judicieux, rompu aux exigences du climat aussi bien qu'à la vie des populations natives, il n'est guère de contrée dans le nord de T Afrique que depuis douze ans il n'ait parcourue. Il était en 1860 en Algérie, en 1862 dans
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le Maroc, où il revint çu 1864, dft 1864 k 1865 diBi^is ^e Touat et le Sahara çdgériexi. En 1866, il Qoup^it l'Afrique dans sa largeur, de Tiuni? au golfe de Bénin pçn: le Bornou ; en 1868, il accompagnait T^xpédition angteiset en Abyssin^e; en 18691 enfin, il préludait au yoyçige actuel par une traversée du désert libyqu,ç, entre Aoudjélah et la Basse-Egypte. Ce dernier voyage e^t çlqvenu rqc,çasion de plusieurs travaux intéressants, nQtawment (l'un mémoire de M. Zenker sur la dépression du pays de Siwah et sur le Bahr-bélâ-Mâ, imprinié dans le J.'oxwnal de. la, Société de Géographie de Berlin [ZeistschHft der Gesellschafù fur EnUmnde^ n*" 39 de la nouvelle série, 1872), et d'une carte du désert Libyque par M- Riepert, accompagnée d'une note analytique, au n^ 34duinêmc journal, 1871.
En acci^eillant le plan de la nouvelle explnris^tion , le khédive d'Egypte a généreusement pourvu ^u^ dépendes qu'elle doit entraîner. Une somme de cent miUe francs y a été consacrée. Cette large allocation a permis s^M* Hohlfs de s'adjoindre plusieurs savants spéciaux pou? Ws obseï:vations d'histoire naturelle, de physique et de géç>!^ogiç. Le voyage, qui a dû commencer an Wftis de déçç.çpLhrç 1873, durera jusqu'à la fin de m^rft : ççç quî^tre çnçÂs d'hiver sont les s euh qui soient favorables ^ nne traversée de ces déserts. Le point de départ de Texpéditiq^ a dû être Syout ou Minièh dans la moyenne Egypte.