LA RÉUNION
tantts, teJIes que Saint-Denis, SainUFierro, Saint-Paul, respectiTsment peuplées de 40,de 30 et de 25 000 habitants. Enfin, son soi, sillonné en tous sens de proibndcs déchirures et fûnnô d^^uvions volcaniques, convient beaucoup à la culture de Ai canne à sucre, du café, de la cannelle, de la girolle, des muscades, du cacao, en ni(>mc temps que son climat salubre fa- ▼orise la santé et le bien-être des races diverses qui \ cohabitent.
Voilà bien des avantages, et il n'est pas surprenant que Tile de la Réunion ait connu, depuis l'année 1642 qu'elle appartient à la France, des périodes de granile prospérité. Par malheur, cette prospérité reposait en grande partie sur un odieux régime qui ne tient aucun compte de la dignité et même do la yie des hommes, ou pour mieux dire des bêles de somme humaines qu^il tient enchaînées. Lorsqu'on 1848 la l rance, imitant rexemp4e que TAngleterre lui avait donné quinze ans auparavant, abolit IVsclavage , les créoles de la Réunion, comme ceux des Antilles, pris au dépourvu, se trouvèrent placés en face d'une situation très-dil'licilo et qui pouvait ais«ment devenir désastreuse; ils durent îîl>»r.s songer avec amertume à leurs anciennes habitudes f.islueusos, et rogretlt;r d'avoir repoussé le projet (rémancipatioii des xNoirs que le gouvernement de Juillet avait fait élaborei*, en 1839, par une commission que présidait le feu duc de Broglie et ilont le rapporteur fut rillustre Lamartine. Cu projet tentait, eu elfet, do concilier tous les inlérèls, dans la nle^iure au moins du possible ; rhumanité, eu brisant les ch.unes séculaires do t*»u(o une race d'hommes; les intérêts des planteurs, en oll'rant à ceux-ci une indemnité largement calculéo et préalable. Le législateur de 18.39 avait également pensé à ménager, par UD régime intermédiaire, le passage des Noirs de Télat de servitude à celui de liberté pleine. Neuf ans plus tard , les choses devaient alVecter un tout aulie cours : findenmité offerte était pai'cimoniiîuse et le p<iytMiicnl n'en était pas innnédiat; quant à rénianrjpalion ollc-méme, (;!le s'opéra d'un»* façon soudaine. Eu présence «lu contre-cnuj» que; la dévolution de 1848 devait nécessaireinont avoir au didà «les nuMs, parmi une race déjà surexcitée par les ardentes prédiralions des philanthropes, et qui se voyait libre dans quelque^ parli«*s d-un archipel, tandis qu'elle re^tait esclave dans les autres, peut-èlrc n'était-il pas facile, possible même, d'agir autrement qu'on ne le fit alerta. Toujours «\st-il -pie dans des condilioucj
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pareilles raffranchissement complet des Noirs ne pouvait qu'amener la ruine d'un assez grand nombre de leurs anciens possesseurs, et constituait en même temps une menace pour la paix publique dans chacune des tles dont Tesclavage avait été jusque-là le régime économique et social.
Aussi, la première impression des planteurs, aussi bien dans les mers de Tlnde que dans le golfe du Mexique, futelle profondément décourageante. Tous ou presque tous se crurent perdus et songèrent plutôt d'abord à sauver leur vie qu'à rétablir leurs fortunes. Revenus les premiers de cette quasistupeur, les créoles de la Réunion essayèrent de remplacer les esclaves qu'ils venaient de perdre par des travailleurs étrangers qu'ils demandèrent à la Chine, à l'Inde britannique, au ' littoral 0. de l'Afrique. C'est de la sorte que dans une période de trente ans ont été successivement introduits dans Tile les coolies, qui forment aujourd'hui presque le quart de sa population entière. Personne n'ignore qu'envisagé sous le rapport philanthropique, ce système a soulevé de vives répulsions en France et surtout en Angleterre, bien que la philanthropie britannique ne laisse pas de pratiquer sur une lai^e échelle, dans les mers du Sud, ce qu'elle stigmatise ailleurs. Mais, sous le rapport économique, la tentative a été jugée d'une façon sévère, et ce n'est pas sans raison, d'après nous. Les planteurs crurent avoir résolu de la sorte l'épineux problème du travail libre, et, dans les anciennes îles à esclaves du golfe du Mexique, où un climat excessif paraît interdire aux Blancs un travail continu, peut-être ce problème n'avait-il pas d'autre issue; mais, à la Réunion, dont le climat est beaucoup plus tempéré, on aurait dû prévoir qu'en introduisant à bas prix des travailleurs étrangers, on allait créer une concurrence qu'il serait impossible de soutenir, non-seulement aux nouveaux affranchis, mais encore aux familles créoles pauvres et aux travailleurs blancs.
Ce danger ne se révéla point tout d'abord. Les premières années qui suivirent l'essai du nouveau régime furent même pour la colonie des années de grande prospérité apparente. L'introduction de nombreux coolies, jointe à des défrichements r.onsidérables, avait imprimé un grand essor à l'agriculture, et la production sucrière, qui n'avait été que de 9 800000 kiloj^rammes en 1849, s'éleva progressivement jusqu'à 38 millions de kilos en 1860, c'est-à-dire que dans le laps de onze années elle avait plus que quadruplé. D'autre part, le Trésor colonial,