CALIFORNIE
ii*opèra dans ce territoire extrême, où la fièvre de Tor régnait naguère' avec une telle intensité. M. Hûbner aussi Mt frappé de cette transformation. D un pays de mines, la Californie devient de plus en plus un pays d^industrie et d'agriculture, et par suite un centre de commerce. Là eat sa vraie richesse ; là est son avenir. L'industrie est en progràfl constant. Le premier rang appartient aux manufiustures de laine. Les nombreux troupeaux du pays lui foumiasent la matière première. On vante aussi la perliBCticn et la solidité des machines fabriquées à San Frandaco. Ce sont les ateliers de cette ville qui fournissent ans mineurs les ustensiles dont ils ont besoin. L importation de ces articles a presque complètement cessé. Naguère oh envoyait d'ici les peaux dans les États atlanti^ea pour y être tannées, puis réimportées sous forme de chaussures. Aujourd'hui, sous ce rapport aussi, on s'est affranchi de l'Est. La production des étoffes en soie promet de bons résultats. La manufacture des cotons est moins prospère. Somme toute, comparativement à ce qa'on fera, ce qui se fait n'est qu'un bon commencement. liiais les richesses naturelles abondent dans le pays, et forment, si on veut les exploiter, autant d'éléments pour une saine et florissante industrie. Les capitaux ne manquent pas plus que les bra<^, car les Chinois qui affluent constamment sont d'excellents ouvriers. D'après les renseignements statistiques donnés au voyageur, la sixième partie des terres labourables est déjà mise en culture. Les principaux produits sont et seront toujours les céréales. On en récolte assez pour pourvoir aux besoins du pays et exporter au Japon, en Chine, au Mexique, des quantités considérables de farine. La culture de la vigne fait aussi des progrès et donne des vins « que j'ai entendu beaucoup vanter et vu peu boire, » dit M. Hûbner. Il ne pense pas que dans le pays même ils puissent jamais soutenir la concurrence des vins français, plus le commerce,
l'industrie et Tagriculture prospèrent, plus la réaction qui se fait contre l'exploitation des mines gagne du terrain. Des hommes qui font autorité vont jusqu'à soutenir que les frais absorbent les profits, et qu'on a enfoui dans la terre autant d'or qu'on en a extrait. Quoi qu'il en soit, l'opinion hostile à l'exploitation des mines se propage de plus en plus. « Les griefs sont nombreux et se présentent d'eux-mêmes à l'esprit de chacun : les chercheurs d'or qui arrivent isolément n'apportent aucun capital, n'offrent aucune garantie de moralité, appartiennent en général à la classe la moins respectable des émigrants. Toute l'existence de ces hommes devient une constante protestation contre les conditions fondamentales de la vie civilisée. Ce n'est pas tout. L'expérience a prouvé que, sauf de rares exceptions dues au hasard, les individus ne peuvent lutter avec les compagnies. Ruinés tôt ou tard, ils quittent le travail et deviennent la terreur des planteurs, de vrai» bandits, enfin une plaie saignante de la société califor* nienne. Les compagnies, et il y en a, grandes et pe« tites, environ trois mille, courent aussi les plus grands risques. A des gains énormes, répondent des pertes ruineuses. Leur activité n'est, en réalité, qu'un gros jeu de hasard, car une de ses conditions caractéristiques, c'est l'incertitude et la rapidité du gain ou de la perte. On en conclut donc, avec raison, que la recherche de l'or est u^e source permanente de démoralisation. Mining is a curse: nos mines sont une malédiction : voilà ce que tout le monde dit,... »
$ 5. L^Institution smithsonienne.
Un journal américain, en analysant les dernières publications de la Sniit/isonian Institution^ retrace l'histoire de cette grande fondation scientifique, un des établisse-
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menta qiii^ dans sa direction essentiellement pratique, font le plus d^honneur aux AméricainR du Nord, et qui, sur plus d'un point, peut offrir d'utilen enseignement» même aux grandes institutions scientifiques de TEurope.
L'Institut smithsonien, qui est de créatiou toute moderne, fut fondé conformément aux dernières volontés et avec les fonds légués au gouvernement des États-Unis par un riche et savant Anglais, James Smithson, non moins original que savant, qui, dit-on, n'avait jamais mis le pied en Amérique.
Ge bienfaiteur de la science, fils naturel du duc de Northamberland, né en 1770, élevé à Oxford, devenu en 1787 membre de la Société royale de Londres, s'était consacré uniquement aux études et aux recherches scientifiques. Il s'occupait surtout de chimie. Orfila, dans sa Toxicologie^ a cité plusieurs de ses mémoires sur les poisons. La plupart de ses travaux ont été insérés dans las Philosophical Transactions de Londres. Lié avec les comités scientifiques de l'Europe, il passait sa vie à voyager, ne voulant se fixer nulle part; on prétend que * de sa vie il ne logea qu'en hôtel garni. Il n'est pas surprenant qu'avec de telles habitudes d'indépendance il aoit resté célibataire; mais il aurait pu n'en être pas de môme du neveu, à qui, lors de sa mort, survenue à Gênes le 27 avril 1829, il laissa la grande fortune qu'il avait amassée, fortune évaluée à un demi-million de dollars (2500000 fr.).
Il la lui légua à la condition que, si ce neveu mourait sans enfants, ladite somme reviendrait au gouvernement des États-Unis, pour être par lui consacrée à la fondation d'un établissement destiné <c à l'accroissement et à la propagation du savoir parmi les hommes. For the increase and di /fusion of knowledge among men. Le cas prévu par le testateur vint à se réaliser en 1835, l'héritier étant mort à Pise, le 5 iuin de cette année, sans laisser
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de postérité. Un procès s'engagea à la cour de la Chancellerie, à Londres; aussi, n'estHîe qu'en 1838 que le gouvernement des États-Unis fut envoyé en possession de son legs, qui lui fut payé en sovereings^ et qui se montait, à cette date, à 515169 dollars, soit 2 833 429 fr. 50. L'institution ne fonctionnait pas encore huit ou dix ans après (le congrès n'ayant homologué et accepté le legs qu'en 1846); et déjà les intérêts accumulés avaient accru le capital primitif de 242 129 dollars, ou 1 331 709 fr. 70. On commença par instituer un conseil d'administration ; il se composait et se compose encore aujourd'hui de trois membres du congrès, de six notables et de trois ou quatre hauts fonctionnaires, la haute surveillance étant réservée aux président et vice-président de la République, aux membres du cabinet, au grand juge de la eour suprême et au maire de Washington. C'est alors qu'une vive controverse s'éleva sur la question de savoir comment on accomplirait les volontés du testateur. Celui-ci, comme beaucoup d'autres dans le môme cas, avait omis d'expliquer clairement ce qu'il voulait. « Accroître et répandre le savoir parmi les hommes » paraît au premier abord une proposition toute simple, tant qu'il ne s'agit pas de la mettre à exécution; mais dès qu'on en vient à la pratique, on s'aperçoit qu'elle est très-complexe. Fallait-il entendre ces mots dans le sens d'un établissement de bibliothèques ou d'une publication d'ouvrages, d'une création de musées consacrés à l'art et à la science, ou d'une circulation de journaux, d'une instruction directe par le« écoles, ou d'une ouverture de conférences populaires, ou bien d'un encouragement à des recherches et à des investigations scientifiques originales, ou enfin d'une propagande scientifique au dehors, à l'aide de zélés missionnaires? Après de longues hésitations, le congrès s'arrêta enfin à un projet qui consistait : 1" à créer une bibliothèque ; 2° à former un musée des sciences ; 3* à encoura-
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ger des recherches scientifiques originales, dont les ré- Bultate seraient publiés aux frais de Tlnstitut, qui prendrait le nom de Smithsonien.
En même temps, on décrétait la construction d'un édifice grandiose, dont un incendie a malheureusement détruit l'intérieur, en 1866. — Il existait dès lors dans le sein de. la société un parti contraire à la formation d^unc bibliothèque trop considérable, et qui eût désiré que les fonds disponibles fussent entièrement consacrés à des investigations scientifiques et à leur publicité ; ce groupe finit par l'emporter, et, après dix ans d'essais, il fut décidé que la bibliothèque scientifique, déjà très-importante, de llnetitut serait fondue dans celle du Congrès au Capitole, où elle est plus accessible pour le public*et plus consultée qoe dans son ancien état. On propose aujourd'hui de prendre la niêm*e mesure à Tégard du musée, qui serait ainsi transféré au gouvernement des États-Unis; les bâtixnents actuels sont insuffisants, Tespace est mal approprié, et il y a un tel encombrement d'échantillons d'histoire nmturelle, d^objets d'antiquité, jusque dans les caves de l'Institut, qu'on en formerait aisément une douzaine de musées presque aussi considérables que celui qui existe actuellement.
L'Institut smithsonien publie des mémoires sous le titre de Smithsonian contributions to knowledge^ qui forment une importante collection. La série que nous avons sous les yeux comprend dix-sept volumes in-folio (1848-1871). Outre cette collection, il en existe une auti;c où sont insérés les mémoires moins considérables et des travaux de diverse nature : ce sont les Mélantjes {iSniith sonian miscellcmeous Collections), commencés en 1862 et dont le dernier volume s'arrête à 1869. Enfin, l'Institut publie tous les ans un rapport dont nous avons donné le titre plus haut. Celui de cette année, qui est l'occasion de cette nolict*, annonce que des (rav^ux scientifiques l'an\née oloor. xii. 22
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importants se poursuivent sous les auspices de l'Institut. On signale entre autres la publication d'un ouvrage de botanique, comprenant la nomenclature complète des plantes qui croissent dans la région occidentale du Mississipi.
En même temps on recueille des matériaux pour une carte générale des hauteurs du continent américain, et on fait appel à tous les ingénieurs et voyageurs pour cette œuvre, qui comprendra les plaines, les montagnes, les vallées, avec leurs altitudes et leurs niveaux comparatifs* Enfin, les algues d'eau douce des États-Unis seront l'objet d'une publication qui ne tardera pas à paraître, comme complément au grand ouvrage du docteur Harvey sur les algues marines. "Ce travail sera accompagné de planches dont les dessins ont été faits au microscope.
Le système d'échanges internationaux est un autre grand service que l'Institut smithsonien rend à la science. Cette académie entretient des relations avec un trèsgrand nombre de sociétés ou établissements scientifiques et littéraires de l'étranger. On en compte actuellement mille sept cent quarante-quatre, avec lesquels elle est en rapport direct, sans compter les sociétés et bibliothèques des différents États de l'Union. Avec tous ces établissements elle fait un échange de livres, de mémoires, de collections, de journaux. Dans le dernier volume de ses Mélanges, on trouve le catalogue de tous les journaux et recueils périodiques faisant ])artie de sa bibliothèque et ([ui lui sont venus de tous les ])oints du globe, de la Tasmanic et des îles Havaï, de l'Islande et de la Chine.