CHICAGO
M. Hûbner, homme d*État et philosophe, résume ses impressions politiques et morales sur cette nation née d'hier, déjà si vigourpuse, et qui justifie à un si haut degré nos critiques en même temps que notre admiration. « Oui, cW un grand, un glorieux pays. Oui, vous avez raison d'en être fier, de donner, s'il le faut, votre sang pour la jeune et noble patrie. Nation à peine écloso du contact d'un sol vierge et de races diverses, vous possédez déjà la vertu qui est la première condition de la croissance, de la prospérité et de la gloire des grands peuples: TOUS êtes de bons, de vrais, de chaleureux patriotes. La gnerre civile, que je déplore pour vous. Ta constaté. Je hin abstraction de vos distinctions de partis. Je ne m'y entends guère. Pour moi, il n'y a ni démocrates, ni républicains. Je ne connais que des Américains. Ici, je yeux surtout constater que, de part et d'autre, vous avez apporté dans la guerre civile les mêmes vertus, la même intrépidité, la même persévérance, la même abnégation. Sous ce rapport, il n'y a ni vainqueurs ni vaincus. Vous êtes bien les membres de la même famille, dignes les uns des autres, une nation pleine de sève, de vie, de jeunesse, et , à moins de fautes graves, pleine aussi d'avenir.... »
M. Hûbner avait à traverser toute la largeur du continent avant de gagner San Francisco , où il devait s'embarquer pour le Japon. Il vit Chicago trois mois avant l'incendie. De fondation relativement récente, comme toutes les villes de l'Ouest, elle comptait déjà 300 000 habitants. C'était alors, comme elle est redevenue depuis, une placo de travail et d'affaires, très-intéressante pour le statisticien, fort peu pour le visiteur. « C'est le troisième jour cpie je suis à Chicago, et il me semble avoir épuisé la matière. '> Et à ce propos, le voyageur ajoute : « Dans rOuest, les villes sont promptemcnt vucs, et elles se res-
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semblent toutes. On peut en dire autant des hôtels qui remplissent un si grand rôle dans la vie non-^seulement des voyageurs, mais aussi des résidents. Un grand nombre de familles, surtout les nouveaux mariés, vivent dans les auberges. Cette méthode sauve la dépense d'un premier établissement et les ennuis du ménage ; elle facilite aussi les déplacements, si fréquents dans la vie des Américains, d^une ville à une autre. Mais elle a Tinconvénient de condamner la jeune femme à Tisolement et à l'oisiveté. Pendant la journée, le mari a ses affaires. Il rentre aux heures des repas, qu'il avale en silence avec la férocité de l'homme affamé. Puis il retourne à sa galère. Les enfants, s*il en a, lorsqu'ils onl; atteint Tâge de cinq ou six ans, fréquentent les écoles, s'y rendent et en re- ' viennent seuls, passent le reste de leur temps comme bon leur semble, jouissent en un mot de la plus entière liberté. L'autorité paternelle est à peu près nulle, ou elle ne s'exerce pas. Quant à l'éducation, on ne leur en donne aucune; mais l'instruction^ toujours publique, est comparativement forte, et elle est surtout accessible à tous. Ces petits gentlemen ont le verbe haut, le regard altier et fin [sharp] de l'homme mûr de leur nation ; ces petites dames de huit à dix ans brillent déjà dans l'art de la coquetterie, de la flirtation, et promettent de devenir de faët youïig ladies. Mais elles seront de fidèles épouses. Si leur mari a fait de bonnes affaires, elles l'aideront, par un luxe effréné de toilette, à se ruiner; elles accepteront la misère avec résignation et sérénité, et se lanceront dans les mêmes folies, le jour où la fortune leur aura souri d6 nouveau. »
S 4. M. Hubner en Californie.
Nous sommes en Californie. Déjà plus d'un voyageur économiste a signalé la remarquable transformation qui