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SPEKE ET LES SOURCES DIT NIL

sorte à la grande eipédîtion de Speke et Gnnt qui venut d'être orgaDisée. Comme il était bien présumable qu'après avoir tiraversé toute l'Afrique australe pour gagner le NjaDza, et coupé deux à trois cents lieues de pays inconnus après avoir dépassé le lac, las explorataurs arriveraient & Gondokoro passablement épuisés, la Société décida qu'un petit b&timent k vapeur remonterait de Eliar^ toum avec un raTÎtaillement complet, et irait attendra l'ezpéditioD à Gondokoro k partir d'une époque déterminée. Une somme importante fut consacrée i cette disposition subsidiaire, et ce fat U. Petherick qui en reçut la direction. Hais dans des entreprises de ce genre, sujettes à tant de hasards, il est bien rare que l'événement n« ctmtrarie pas les prévisions. D'une part des difficultés imprévues ont retardé de dix-huit mois la marche des deux explorateurs; et M. Petherick, de son côté, a éprouvé sur le fleuve Blanc des désastres dont la cause et le détail ne nous sont pas bien connus *. Toujours est-il que son bitiment a été envahi, ses approvisionnements pillés ou détruits, et que lui-même a couru les plus grands dangers. Sa mort avùt même été annoncée presque officiellement. Sa réapparition a démenti cette dernière partie de la rumeur publique; mais en arrivant à Gondokoro, il avait lui-même plus besoin de secours qu'il n'en pouvait apporter. H semble que le capitaine Speke lui impute la faute de ces désastres, car il ne parle de M. Petherick qu'avec un certain degré d'amertume. Heureusement la Providence, sous les traita de M. Baker, avait pourvu k tout; et l'expédition, reposée et refaite, a pu s'embarquer joyeusement pour Khartomn, d'où elle est arrivée en Europe après avoir touché au Caire.

1. On d'i nir ce point qne de Tignas indiettion*, dani 1« eitnit* d'une lettre de U. Petherick imprimés au a* 18T0 dt l'ÀthmttHm (tS uAl) , p. »T.

Lf capitaine Speke ne quitta pas la station de Gondokoro Uns en avoir déterminé, par des observations faites avec aoin, la situation exacte en latitude et en longitude. Ces observations, vérifiées et calculées par M. Airy de l'établiasement royal de Greenwicb, sont au nombre des services essentiels que l'expëdition des deux voyageurs anglais aura rendus à la gi^o^Tâphiu. Le tracé tout entier du fleuve Blanc, tel qu'il a été déterminé depuis 1640 par des reconnaissances successives, s'appuie uniquement sur la position eztrfime de Gondokoro ; et cependant, par une fatalité singulière, les observations antérieures laissaient planer sur ce point une incertitude qui, pour la longitude, n'allait pas à moins de 3 degrés ' I Grâce au capitaine Speke, cette incertitude a disparu, et la position de Gondokoro est ainsi fixée :

Latit, N Vbk-y

Long. B. de Paris, 29° 3V 16"

A ce point capital de géographie astronomique se riV-

1. H. d'Arnaud, chef de la seconde eipèdition égyptienne pour la reconnaissance du (leute Blanc, trouva (janvier 1841) pour la posi~ tion de Bèiénis {où tul Fondée plus lard la station [oUsionnaira de Gondokoro), à 2 heures 1/3 vers \'E. S. E. de l'Ile Tchankèr od «'arrêta l'eipèciition, V 42' 42' de latitude N., ei !9' Iff de longitude i l'E. du méridiBii de Paris. Le P, Knoblecher, fondateur de la mission de Gondokoro (1653), y lit i son tour des observations, qui, selon ses calculs, auraient placé la station par V 36' 34' de lalilucfe, «t 36* 2V II' de longitude. (Voir le flullslm de la Soc. de Géogr,. jany. IBôI, p. Î7.) Il s'est évidemment glissé une faute, en ce qui touche i ta longiluda, ■oit dans les observations, soit dans les calculs du missionnaire; slaii l'énorme diFTérenee de cette indication et de celle de U. d'Arnauil n'eft donnait pas moins lieu à une incenitude que de nnuvelles objérrt' tioni, présentant loutei les garanties désirables, pouvaient seules tain

SPBEK ET LES SOURCES DU WU,. 51

tachs un incident que je ne pnii omettre. Non que la eho» soit par elle-même d'une grande importance ; mais elle a son cAté instructif , et de plus elle tient à un nom qui a chez nos voisins d'Angleterre une grande notoriété géographique. Je veux parler de M. Desborough Cooley. Sans avoir jamais produit aucune œuvre importante, H. Cooley s'est fait connaître depuis longtemps par un certain nombre de mémoires qui attestent en général un savoir sérieux, et qui suMsaient pour lui assurer dans la science une place honorqible. Malheureusement M. Cooley ne s'est pas contenté de cette gloire pour Itii trop modeste. Cantonné dans la géographie africaine, dont il semhle avoir en l'amhition (fort incomplètement justifiée} de faire son domaine en quelque sorte exclusif, il s'est attaqué invariablement à tous ceux qui depuis quinze ans en ont agrandi les limites par leurs investigations personnelles. Le doute et l'examen sont deux choses excellentes, à la condition d'être dirigées par un esprit droit et d'avoir pour mobile le pur amour dtl vrai : M. Cooiey, lui, a poussé le doute jusqu'au scepticisme, l'examen jusqu'au dénigrement, et le parti pris jusqu'au mépris de l'évidence. 11 a contesté toutes les découvertes et a voulu entamer toutes réputations. C'est ainsi qu'il s'en est pris tour à tour aux révérends Krapf et Rebmann pour les rnootagnes neigeuses du Kilimandjaro et du Kénia, au docteur Livingstone pour ses découvertes de l'Afrique australe, au baron de Decken pour avoir osé affirmer de vîm des faits physiques dont lui, M. Cool^, avait nié la réalité ; en même temps que par des hypothèses bizarres et d'extravagants paradoxes il essayait de renverser les opinions, ou pour mieux dire les démonstrations les plus solidement établies dans la géographie comparée du haut bassin du Nil. C'est là un triste rAle dans la science et dans la critique, et ce rôle lui a valu de vertes représailles de la part des deux hommes les plus autorisés de l'Allemagne, M. Henri Bartb, le grand explorateur, et

,^ uu Augieiem aa d6t«nn:

4 degrés 54 minutes. Cette fois le C' M. Coolty n'a pas essayé de répliqu En tout ceci on doit croire à la ce nais alors quelle idée faut-il avoir jugenuDtî

Le capitaine Speke a-t-il découvert Telle est la grande question à laquei mémorable eipédition des deux expk tir. Quelques-uns — timidement il est pour le grand nombre, c'est un fait a parole si pleine d'autorité de sir Roderi norable président de la Société de Géog ■ Dans sa récente expédition où il et capitaine Grant, le capitaine Speke a f lac d'eau douce qu'il a nommé Victoria I principale du Nil Blanc, et cette grand des plus beaux triomphes géographique siècles ont succédé aux siècles ; depuis des prêtres éRvotifine "» ■^■^- "'

région des sources par les hautes plaines du plateau cantnd, qui forme, sous ce méridien, la ligne de partage des eaux eain le nord et le sud de l'Alrique, nos deux bravas officiers de l'armée de l'Inde sont arrivés au véritable réservoir d'où s'épanche le Nil. De là ils ont descendu le cours du noble fleuve en se portant au nord jusqu'en Egypte, et démon^ ainsi que le fleuve Blanc, qu'ils ont suivi, est le corps du Nil , tandis que le flenVe Bleu , de même que l'Atbara et les autres affluents, n'est qu'un simple tributaire. ■ Nul plus que nous ne se joint de grand cœur k cette acclamation chaleureuse d'une gloire si bien conquise par l'heureux achèvement d'une entreprise que tant d'autres avaient tentée sans succès; il convient cependant de dominer ce premier élan d'enthousiasme, et, dans la rigueur scientifique, de laisser à la découverte des deux explorateurs son vrai caractère et ses véritables limites. Que le Nyanza soit le réservoir principalidu haut Nil, alimenté à la fois par les pluies incessantes de la zone équatoriale et par les nombreux courants qui descendent des montagnes neigeuses, cela est certainement très-présumafale, — d'autant plus présumable que cet ensemble de circonstances physiques est en parfaite harmonie avec les informations que le géographe Ptolémée avait recueillies sur l'origine du fleuve, et qu'il nous a transmises. Hais enfin, si forte qu'elle soit, ce n'est qu'une présomption ; et l'éminent président de la Société de Londres ne pourra nier qu'avant de prendre rang définitif dans la science, , cette présomption a besoin d'être constatée par une vérification directe.

Cette question de la source du Nil se complique d'ailleurs de considérations dont on ne semble pas se préoccuper suffisamment. Que l'on veuille déterminer, sur la carte ou sur le terrain, la source d'un simple courant, d'une rivière peu étendue, cela ne souffre aucune difficulté; il n'y a là ni voile mystérieux ni complication physique.

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Hais il en est autrement qnsnd on veut reconnaître l'origine de ces vastes artires flaviales qui recueillent les eaui de la moitié d'un continent. Peut-oo dire avec certitude, parmi les torrents qui descendent du flanc neigeux des Alpes des Grisons, lequel est la vraie source du Rhinî Est-ce le Mittel, est-ce le Binter, est-ce le Vorder Rheinî A vrai dire, c'est seulement i Coïre que le Rhin commence réellement. 11 y a bien du hasard dans l'application qwi s'est faite du nom dea fleuves k leur origine, et il s'en faut bien que les applications consacrées soient toujours d'accord avec la raison physique. C'est ainsi, pour ne pas sortir de notre région alpine, que la vraie tâte du DaniJje, c'6st rinn, comme la vraie t^te da Pô, c'est le Tessin; car le Tessin, l'Ion, le Rhin et le Rhâne, c'est-à-dire les (Quatre fleuves les plus importants de l'Europe occidentale, rayonnent d'un même groupe de montagnes, qui est le nœud central de la chaîne des Alpes.

Si le point initial d'un grand fleuve est un problème si compliqué et d'une solution si difficile mSme au cœur de l'Europe, que sera-ce donc au fond des contrées barbares et à peine connues de l'Afrique intérieure î

Ce problème, MM. Speke et Grant l'ont-ils résolu? Ontils même cherché à le résoudre? Assurément non. Les deux courageux explorateurs ont traversé de part en part une région centrale où nul Européen avant eux n'avait pénétré. Us ont vu les premiers la région mystérieuse OÙ le fleuve d'Egypte a son origine ; mais ils n'ont vu ni cherché la source du fleuve. J'ajouterai, et je vais en dire la raison, que cette recherche eût été prématurée.

N'oublions pas ce qu'est le Nil dans la partie extrême de son bassin, où se trouvent ses origines. Ce n'est plus, comme en Nubie et en Egypte, un canal unique contenu dans une vallée sans affluents ; c'est un vaste réseau de branches convergentes, venant de l'est, du sud et du sudouest, et toutes ensemble se déployant probablement en un

immense érentail, qui embrasse peut-être la moitié de la largeur de TAfrique sous Téquateur. Quelle sera, parmi ces branches supérieuiys, celle que l'on devra considérer comme la branche mère ? là est la question. Il est de fait que Topinion locale — et nous avons sur ce point des témoignages fort anciens — a toujours regardé notre fleuve Blanc, le Bahr el-Âbyad des Arabes, comme le corps principal du fleuve ; mais en admettant cette notion comme physiquement exacte, et nous ta croyons telle, il reste encore à reconnaître de quelles branches supérieures se forme le Bahr el-Abyad. Alors seulemeAt on pourra poser utilement la question du Caput Nili. '

Dans mon humble opinion, il n*y a daùs cette recherche qu'un critérium décisif : C'est la raison physique. Je m'explique. Si incomplète que soit encore en ce moment notre connaissance des parties intérieures de l'Afrique australe, et en particulier de la zone qui s'étend presque d'une mer à l'autre, sur mne largeur de plusieurs degrés, aux deux côtés de l'équatetir, les explorations récentes du docteur Livingstone dans le Sud, du docteur Barth au Nord-Ouest, de MM. Burton et Speke dans la région des grands lacs, sans parler des reconnaissances mômes du Bahr el-Abyad et de quelques-uns de ses tributaires, suffisent déjà pour mettre en évidence ce fait très-^important, que l'origine de tous les grands fleuves de l'Afrique, le Zambézé, le Binoué, le Chari, aussi bien que le Nil, converge vers la zone équatoriale.

Cette disposition est un trait caractéristique de la configuration africaine. Les détails nous sont encore inconnus ; mais nous pouvons nous rendre compte de l'ensemble. La conséquence évidente, c'est que cette zone centrale, d'oii rayonnent tous les grands cours d'eau qui vont aboutir aux trois mers environnantes, est la partie la plus élevée du continent. Il doit y avoir là un système d'Alpes africaines, dont les pics neigeux du Kénia et du Kilimandjaro^

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au-dessus des plages du Zanguebar, et les groupes de montagnes élevées aperçus par le capitaine Speke à l'ouest du Nyanza, nous donnent une première idée.

Or, c'est une loi générale des pajs d'Alpes, qu'il s'y trouve un nœud, un massif culminant, d'où sortent les plus grands cours d'eau dans toutes ies directions.

J'en ai cité tout à l'heure un esemple pour nos Alpes d'Europe; il est présumable qu'il doit y avoir quelque chose d'analogue en Afrique. Je ne dis pas que cela soit nécessairement; je dis que cela est présumable. C'est un beau champ d'investigations ouvert aux eiptorateurs.

Une conséquence naturelle se tire de ces considératioDs: c'est que s'il existe un massif culminant au cœur de )a zone équatoriale, celle des branches dont se forme le fleuve Blanc qui sortirait de ce massif devrait être regardée, à l'exclusion de toutes les autres, comme la vraie tête du Nil.

Loin de moi la pensée d'amoindrir par ces remarques l'hoDneur immense que le capitaine Spelfe et son compagnon de travaux se sont acquis par leur expédition. Si le capitaine Speke n'a pas découvert les sources du Nil, dans la stricte acception du mot, en un certain sens il a fait quelque chose de plus. II a brisé le charme qui depuis tant de siècles semblait interdire à l'Europe l'approche de ces régions centrales; il en a ouvert et montré la route, où maintenant vont se succéder les champions de la science, impatients de compléter et d'étendre des découvertes si heureusement commencées. C'est là le grand cAté, on peut dire le plus grand, de la récente expédition; et le capitaine Speke a dès à présent sa place marquée parmi les plus illustres explorateurs du continent africain'.

I. Nous aiODs en ealre les mains la relation même du opilaio* Speke trop urd pour qu'il nous soit encore possible d'insérer ici Iw observalîDDs que sa lecture nous suggËre. Le lecteur Toudra bien m reporter t la note additionnelle, à laRnduTolume.

KXVLORATIOm ST GOUMBS DIVEUB8 AU-DBSSU* DE KHUITOm,

Djun lAi GONTsAxa du saut ini., daim la' maitik mm bt

Kli ABTMUnG.

3. L« D' AVred Pbnbt et ks d«mièrei eiplorttioDs d*ns là rtgioii dtt hkul IleuTe Blanc. 1gfiO-01. Eilniti de ses notei «t da fon joamtl dt vofage, mii en ordre st tccompagnés do nous ptr H. V. A. Halle-Brun. BMtlin dt la SoeUU dt Giograpkie , juillet 1863, p. 6-11. Arec une carie dreiséa d'aprèi 1m releréa du, D* Peney.

4. Notice gèograpbîque et ethnologique sur la région du flaure Blanc et lur tes bahitants, par H. Julei Pokcrt, ii^[odaiil et voyageur t Kharioum. Houvellet Annaltt dtt Toyaget, oct. et nov. 1863, p. i-52, UG-ig9.

5. Le Soudan, par P. THÉifAox. Paris (1863), ln-8*, 456 pages.

6. Reise dea Preih. Adalbert von BjUNIN durch N. 0. Afrika, in den labrea 18&9 und 1860, beschriebea von saineni Begteiler ly Rob. Hahtkann (Voyage du B*- A. de Bamim dans le nordest de l'ATrique, écrit par le Q' Rob. Hartmann qui raccompagnait dans ce voyage). Berlin, Reimer, 1863. grand )n-4*, XT1-7T3 pages, avec des figures, 3 caries gravées sur pierre, at im alias in-f de "14 pi.

7. Entwurf einer Karle dsr Karavinenslrasse nvischen Dabbeb und Kb;irlilm, von Ad. Freib. v. Barniii. Nebst einer Beschreibung der wesllicben Bejudah -Steppe, von D' Rob. HahthiIKN (Esquisse d'une carte des routes de caravanes entre Dabbéh el Kbirtaiim , par H. de Parnim ; avec une description des steppes occid. de Beloudah, par le D' HartmannJ. ZeiUehr. firàUgtmtint Erdkunde, n* 105, 1S63, p. 174-104.

NOOS avons donni ta traduction de la partis atbnograpUqDt da ce morceau, dans les ffot». Annalti in FoyogM, avril lui, p. l-t*.

Skizie der Landschaft Sennftr, von D' Rob. BAHTHkMN (Esquisse du pays de SennirJ. Zeittehr. fir Allgttn. Erik., n- 115 et 117, 1863, p. 1-40, I53-!i)0. Avec une carte.

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1 1. Coup d'oll prfHnrtiMlw. LMjonTDui do D' PiHqr.

Si les tentatives poursuivies depuis 18^0 pour anÎTsr par le Nord i la région des sources.du Nil se sont toutes arrêtas en deçà du but, elles n'en ont pas moins eu des résultats géographiques très-considérables. Elles ont fait connaître toute la vallée du fleuve Blanc en remontant depuis Ehartoum, sur une longueur de plus de trois cents lieues; elles ont fourni de précieuses informations sur les peuples qui se succèdent dans ce long intervalle, et dont l'Europe, il j a vingt ans, ignorait jusqu'aux noms*; elles ont enfin ouvert le facile accès do cette immense étendue de contrées tropicales naguère inconnues, de même qua le -récent voyage des capitaines Speke et Grant vient d'ouvrir à l'Europe l'accès de la région équatoriale. Dans l'historique que j'ai tracé l'année dernière, des voyages au fleuve Blanc depuis l'origine', j'ai dit quelle triste catastrophe avait interrompu l'entreprise du docteur Peney, dont la mort a certainement valu au capitaine Spetce l'honneur d'avoir traversé le premier l'intervalle compris entre le Nyanza et Gondokoro; depuis lors, le secrétaire de notre Société de Géographie a donné dans le Bulletin un résumé des journaux de notre malheureux compatriote*, précurseur d'une publication plus étendue. Quoique ces journaux ne se composent eu grande partie que de notes détachées et de premières ébauches jetées jour par jour au courant de la plume, es qu'on y trouve déjÀ est de nature à augmenter encore nos regrets, en montrant ce que la science pouvait attendre de l'expérience du voyageur et de son esprit d'observation.

Le fructueux voyage de MM. Burton et Speke aux COB-

ItgiograpMqut, l" foliuu, p. 13 et uiii.

trées intérieures de l'Afrique australe venait de se terminer (février 1859), et la découverte d'un grand lac à peu, de distance du sud de l'équateur, bientôt connue en Surope, était promptemetit arrivée d'Europe en Ej^ypte et ftu SoudaD.'Le docteur Peney résidait à Khartouiu, oii i! occupait depuis seize aos le poste de chef du service médical.'L'aanoûce de cette découverte raviva chez lui un projet qu'il avait conçu dès longtemps, celui d'un voyage d'eiploratioD au delà de Gondokoro, oii sVtaient arrêtées toutes les reconnaissances antérieures- La même pensée germait à la fois dans l'esprit dvi capitaine Speke et du médecin français, tous deux regardant le Nyaoza comme le grand réservoir du fleuve d'Egypte, et aspirant l'un et l'autre, avec une impatience ôgule, à constater h communication par une vérification personnelle, La lettre sui vante, écrite de Kbartoum par le docteur Peuey à la date du 14 août 1860', au moment où il venait d'obtenir du gouvernement égyptien l'autorisation et les moyens d'entreprendre son voyage de découvertes, fait connaître par quelle marche il comptait lu réaliser.

■ Me voilà donc de nouveau, disait-il, en partance pour les hautes régions du Nil, avec la ferme intention de remonter plus haut qu'on ue l'a fait jusqu'à ce jour, et, permettez-moi, monsieur, de vous le dire, avec l'espérance de parvenir au delà de l'équateur, et par conséquent aui grands lacs récemment découverts. Seulement, comme la navigation du fleuve, au-dessus de Gondokoro, devient presque impossible même pour des barques très- légères, notre intention est de prendre la voie de terre dès que celle du fleuve deviendra impraticable, et de remonter aussi haut que possible en câtoyant les rives du Mil, de bçon à ne pas nous égarer en chemin ni à confondre un cours d'eau avec un autre. En trois mois de temps, et

. La leUre éUit BdrenÉe ï M. lomnrd.

LE DOCTEUR PENEt. 6i

avec une escorte d'une centaine d*hommes dont nous pourrons disposer, nous avons calculé que nous avions le temps et toutes les probabilités de parcourir avec fruit Tespace qui s'étend entre Gondokoro et la partie septentrionale du lac Nyanza. J'espère emporter avec moi quelques instruments d'astronomie et de météorologie qui manquent à ma collection actuelle , et dont j'ai fait la demande à Kœnig-Bey.... »

Le docteur quitta Khartoum deux mois et demi après la date de cette lettre, avec deux barques bien pourvues des approvisionnements nécessaires ; il était accompagné de M. Andréa de Bono, un traitant maltais déjà familier avec le haut fleuve Blanc, celui-là même qui en a publié l'année dernière une intéressante relation ^ L'expédition arriva le 29 décembre à Gondokoro ; mais il convenait d'attendre la fin des grandes pluies pour commencer les explorations ultérieures. Cet intervalle de repos obligé ne fut pas perdu pour l'étude. Gondokoro devint un centre d'observations tbermométriques et climatologiques ; des données précises furent recueillies sur le régime du fleuve, c'est-à-dire sur les époques et la mesure de ses crues et de ses décroissances, sur sa largeur, son volume et la rapidité de son courant ; Taltitude de ce point important fut déterminée au moyen du degré d'ébuUition de l'eau. M. Peney, par cette méthode approximative, trouva 628 mètres de hauteur absolue au-dessus du niveau de la mer, ce qui est bien en rapport avec l'altitude du Nyanza déterminée par le capitaine Speke (1082 m.), et avec la nature du pays intermédiaire où toutes les parties reconnues du fleuve sont coupées de rapides et de ressauts, indices d*un cours tourmenté et d'une pente échelonnée*. Les températures extrêmes

1. Voir le volume précédent de VAnnée géographique ^ p. 19 et 23. '

2. Les observations antérieures du D^ Peney à Khartoum lui avaient donné pour l'altitude du point de jonction des deux Nils S35 mètres.

CANNÉE UÉOGR. II. 4

sont bien supérieures à celles que M. Spelce & constatées k proximité du Njanza, ce qui s'ezplique p&r rabaissement considérable du niveau du pays. Au Nyanza, nous l'avons tu', le thermomètre, dans les quatre mois les plus chauds de l'année (de décembre en avril), se maintint conatammeat entre S5 et S9 degrés du thermomètre centigrade; à Gondokoro, les chaleurs de février et de mars oscillèrent entre 33 et 37 degrés, et s'élevèrent une fois à 3S. ladépendamœent de ces observations, une excursion à l'ouest de Gondokoro, poussée jusqu'à la distance de neuf journées, at plus tard une seconde excursion à l'est k peu près k la mémo distance, procurèrent de nouveaux renseignemeaU sur les territoires et les tribus situés dans ces deux dire&tions. Il faut toutefois remarquer que l'étendue de ces excursions ne fut pas aussi grande que le nombre de journées pourr;dt le faire supposer; ainsi les neuf journées de la première course à l'ouest ne représentent au total que 31 heures de marche eSectdve, trois heures et demieen moyenne par journée.

Dans l'intervalle de la première de ces deux courses k la seconde, le docteur Peney en entreprit une autre plus importante : celle-ci eut lieu sur le fleuve même en remontant au-dessus de Gondokoro, et son objetétait dese rendre compte de la nature des difficultés contre lesquelles on aurait à se prémunir pour le voyage définitif. Cette navigation préparatoire, aller et retour, dura du 18 février au 6 mars; elle fut poussée na demi-deg/'é environ (par estime) au sud de Gondokoro, c'est-à-dire, en se reportant i la détermination de ce dernier point relevé par le capitaine Speke, jusqu'aux environs de 4° 24. La justesse de cette estime est confirmée par le journal du voyageur anglais. Le Qeuve, dans cet intervalle, présente une succession ininterrompue de rapides. qui ne sontaisément franchissables qu'au temps

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