HN DE LA TABLE ANALYTIQUE
Jamais une description ne peut apporter à Tespritune idée aussi nette, aussi claire, aussi rapide que la vue d'une carte. 11 serait à désirer que le lecteur qui voudra parcourir ces notices, eût toujours sous les yeux, autant que possible, la carte de la contrée à laquelle chaque article se rapporte. On s'apercevra bientôt combien par ce moyen on ajoute à l'intérêt de sa lecture, et aussi combien le détail s'en fixe plus aisément dans la mémoire. Le petit travail que nécessite la recherche d'un pays, d'un canton, d'une île, d'une localité (facilitée d'ailleurs par nos indications), attache et laisse toujours après lui quelque notion acquise non-seulement sans fatigue, mais avec un vrai plaisir. C'est comme une découverte que Ton a faite et que l'on s'approprie. Une bonne carte, on Ta dit depuis longtemps, est un livre imprimé sur une seule page, où l'homme le plus instruit 3 ne s'arrête jamais sans y apprendre quelque chose.
L'ANNEE
Aperçu préliminaire des travaux géographiques et des grandes explorations récemment accomplis, ou qui se poursuivent actuellement dans les diverses parties du monde.
Parmi tant de grandes choses qui auront été faites de notre temps dans les sciences et dans leurs applications, l'histoire donnera une large place aux explorations géographiques. Sous ce rapport, comme sous bien d'autres, notre âge peut marcher de front avec les plus grandes époques. Comme le treizième siècle, qui ouvrit aux contemporains de Marco Polo la connaissance des contrées lointaines de rOrient ; comme le quinzième siècle, qui a vu Colomb et la découverte du nouveau monde; comme le commencement du seizième siècle, qui vit s'accomplir pour la première fois la circumn^tvigation du globe par le navire de Magellan ; comme le dix-huitième siècle, enfin, qui dut aux intrépides explorations du capitaine Cook la décon-
l'AN'NKr Of.OGR. I. 1
verte des archipels océaniques, les soixante années écoulées depuis le commencement du siècle actuel marquent une phase mémorable dans tes fastes de la science géographique.
Quelle époque plus que la n&tre s'est «ignalée par l'ardeur des explorations, par la persistance des recherches, par la grandeur des découvertes, par l'importance des résultats t Quelle époque surtout a donné aux investigations une direction [dus féconde, aux études un caractère plus élevé et plus rigoureux î
Voyez par quel large tribut de travaux savants et de fructueuses explorations deux générations, 7 compris la nôtre, auront marqué leur passage à travers le siècle I Voyez l'Europe entière se couvrir de proche en proche d'un vaste réseau de triangulations géodésiques qui a servi tout à la fois à déterminer, par une longue série d'observations délicates, la fignre exacte et les dimensions du sphéroïde torestre, et à établir, à l'exemple de la France, la carte topographique de chaque Etat.
Pour l'étude du globe en dehors de l'Europe, uue race d'explorateurs s'est formée qui laisse à une distance infinie les voyageurs des siècles passés. Niebuhr et de Saussure ouvrirent la voie, Mungo Park et Alexandre de Humboldt l'élargirent; et ces grands noms, inscrits au seuil de la période nouvelle, y sont restés pour leurs successeurs des exemples et des modèles que quelques-uns ont égalés, qui n'ont été surpassés par aucun.
Non-seulement les observations astronomiques se sout multipliées de manière à jalonner toutes les parties du globe d'une suite nombrviBe de points bien arrêtés et reliés entre eux, qui donnent à la carte d'ensemble, aussi bien qu'aux cartes de détail, une base désormais invariable ; mais une autre classe d'observations inconnues aux anciens, l'observation des hauteurs, — des altitudes, pour parler la langue scientifique, — soit au moyen des baro-
mètres, soit par des relèvements d'angles, est devenue chaque jour plus commune. U est aujourd'hui peu de contrées dont on ne connaisse le relief, au moins dans ses traits généraux; et de cette connaissance découle une foule de notions importantes pour l'appréciation du climat, pour la distribution de la vie végétale et animale, pour l'étude des civilisations.
Bien d'autres branches d'études exactes sont entrées dans le programme et dans le devoir des modernes explorateurs. L'archéologie et la linguistique leur ont fourni de précieux moyens d'investigation , et toutes deux, à leur tour, se sont prodigieusement enrichies par les recherches des voyageurs. On a recueilli les traditions antiques et les traditions vivantes ; on a recherché les monuments de la littérature, où se reflète la vie intellectuelle des peuples ; enfin on s'est attaché à reproduire, avec une exactitude inconnue aux anciennes relations, la physionomie, la conformation, en un mot, le type physique des races,
La géographie descriptive a suivi naturellement le progrès des observations. Une école nouvelle de géographie savante s'est élevée sous la puissante inspiration d'Alexandre de Humboldt ; le célèbre Cari Ritter, de Berlin, en est le grand maître, et son œuvre, YErdItunde, en a été saluée comme le Code et l'Evangile : évangile un peu volumineux et malheureusement inachevé, mais où les principes sont posés d'une main ferme et savante.
La description d'un pays, d'une région, d'un continent, de la terre entière, n*est plus désormais, ou du moins ne doit plus être une aride et fastidieuse nomenclature, une série de noms et de positions qui fatigue la mémoire et rebute l'intelligence; les montagnes ne sont plus seulement des lignes de hauteurs qui courent à travers les terres comme autant de murailles naturelles destinées à séparer le cours des fleuves : la surface du globe a des formes à la fois plus larges et plus variées auxquelles il faut ramener
4 INTRODUCnON.
les descriptions. Soit qu'une contrée s'étende en plaioes basses et vaguement ondulées, soit que dans ses formes massives elle s'élève en puissants gradins vers des plateaux qui la dominent, soit qu'elle se hérisse de pics et d'arêtes qui la découpent en abruptes vallées et eu garges profondes, ces conditions diverses se lient étroitement à la végétattOD qui la couvre, et à la création vivante dont elle est le domaine. 11 y a entre la terre et l'homme des rapports et une dépendance qui influent tout à la fois sur le développement de l'individu et sur le rôle des sociétés ; la géographie, embrassant du même regard l'homme et la nature, doit connaître ces rapports et en déterminer les éléments. C'est par là qu'elle est devenue une véritable sdeuce, et que dans l'ordre moral, aussi bien que dans l'ordre physique, nulle autre science n'a de plus nombreuses applications.
Il est trop vrai que chez nous on n'en comprend pas l'importance et l'intérêt au même degré, et aussi généralement qu'en Allemagne et en Angleterre ; mais supposé que de bons traités élémentaires et un enseignement suffisant — deux choses qui, pour nous, sont encore à l'état d'espérance — la fassent enfin entrer sérieusement dans l'éducation générale, nous nous serons bieotAt relevés d'une infériorité regrettable vis-à-vis de nos voisins. Ce n'est pas ;e qui nous fait défaut, c'est la diffusion.
En attendant, les explorateurs poursuivent sans relâche leur œuvre glorieuse. Les parties du globe entièrement inconnues deviennent chaque jour moins nombreuses ; chaque jour aussi on étudie avec plus de soin et de rigueur les contrées insuffisamment connues.
Des vides énormes existaient encore à la fin du dernier siècle dans la carte du monde; c'est là que se sont portés les efforts les plus persévérants et les expéditions les plus sérieuses.
Au nord^ c'était la région arctique, dont les approches sont défendues par leur double barrière de glaces et de frimas ; au sud, c'était la région antarctique, qui laissait encore à résoudre des problèmes importants pour la géographie et l'hydrographie. Dans l'Amérique du Nord, nonseulement les extrémités boréales restaient inconnues, mais encore toute la zone occidentale ; dans le Grand Océan, c'était la Nouvelle-Hollande, l'Australie comme on dit aujourd'hui, île qui égale presque en étendue la moitié de l'Europe, et dont littéralement on ne connaissait que les côtes. En Afrique, enfin, ce n'étaient pas seulement quelques portions isolées qu'il y avait à reconnaître, c'étaient les deux tiers au moins de l'intérieur du continent.
De ces immenses lacunes, de ces problèmes d'un abord si difficile, que trois siècles d'entreprises avaient à peine effleurés, moins de trente années de notre activité dévorante ont suffi pour en voir le terme, ou pour en assurer la solution prochaine. Celle du problème arctique est aujourd'hui complète. La question originaire, celle d'une communication pratique entre l'Europe et l'Asie orientale par une voie infiniment plus courte que la route du sud, cette question était depuis longtemps hors de cause ; mais le côté scientifique de ces navigations* du nord présentait des points d'un grand intérêt pour la géographie et la physique du globe, et cette considération a suffi pour que l'Angleterre en poursuivit la recherche depuis 1818, avec l'infatigable obstination qu'elle apporte, il faut en convenir, dans tout ce qu'elle entreprend. Trois ou quatre générations de ses marins les plus instruits se sont usées à ce rude labeur en moins de quarante ans, tant les constitutions les plus robustes succombent vite aux effroyabVes
fatigues, morales aussi bien que physiques, de c«s navigations polaires.
Dans l'intérieur rnâiue du continent américain, la marche des découvertes a été singulièrement rapide. Comparez une carte actuelle de l'Amérique du Nord avec les cartes du commencement du siècle : toute la région des montagnes Rocheuses, sur une étendue de plus de 500 Ueuea audessus du haut Mexique, était à peine connue. Les voyages d'exploration, pi^urseurs des établissements américaÎDS et britanniques, ont animé ces déserts où la fièvre californienne a jeté des milliers d'émigrants.
Les villes y sortent de terre ; une nouvelle religion, un peu renouvelée de Mo'ise et de Mahomet, s'y épanouit comme dans un sol vierge, promettant un placement avantageux aux femmes sans emploi de l'ancieD monde; le chemin de fer lui-môme, expression suprême de la civilisation du Yaokee, y déploie déjà ses rails sur des longueurs fabuleuses. Plus au norf, entre ses provinces du Canada et ses nouveaux établissements de l'archipel Vancouver, l'Angleterre rivalise d'activité avec la fédération américaine. Une expédition, conduite par le capitaine Palliser, a reconnu, de l'est à l'ouest, toute la largeur du continent, qui, jusqu'à présent, n'avait guère été parcourue, à ces latitudes, que par les troupes aventureuses des chasseurs à la poursuite des animaux à fourrure.
Les explorations australienaes ont aussi conquis à la civilisation et à la géographie de larges zones de ce continent océanien, surtout vers la c&te orientale où sont les grands établissements anglais. Des expéditions, parties du nord, de l'est et du sud, s'étaient avancées vers l'intérieur à des distances considérables; mais des obstacles naturels longtemps insurmontables, d'immenses déserts sans eau non moins redoutaUes que le Sahara africain, avaient arrêté jusqu'à ces derniers temps tous ceux .qui avaient voulu pénétrer au cffiur même de ces redoutables solitudes.
IHTRODUCnON. 7
Les tentatiYes, cependant» se sont renouvelées coup sur coup avec un adiamesKent qui devait finir par tout surmonter. On veut avoir le dernier mot de cette énigme australe, comme on a eu le mot de l'énigme polaire ; on veut savoir si l'Australie centrale, comme on Ta supposé depuis longtemps, n'est qu'un désert sablonneux au milieu duquel une vaste dépression renfermerait une mer sans issue. Le probl&oiie, depuis deux ans, est à demi réàolu. Burke et deux autres pionmers intrépides ont accompli, en 1860, la traversée du continent, depuis Melbourne, sur le détroit de Bass, jusqu'au fond du golfe de Carpentarie ; pendant qu'un autre explorateur, Bfac Douall Stuart, effectuait presque entièrement la même traversée sur une ligne plus occidentale, depuis la province de South Australia jusqu'au milieu de l'isthme aride qui sépare le golfe de Carpentarie de la rivière Victoria. Burke et un de ses compagnons ont payé de leur vie le succès de leur entreprise ; mais Stuart, qui dans son premier voyage a planté le drapeau britannique au centre même du continent australien, a pu renouveler la sienne, en 1861, avec l'espoir fondé d'atteindre cette fois la côte du nord.
On peut douter que les intérêts matériels de la colonisation aient beaucoup à attendre de ces découvertes ; mais c'est un des traits de notre époque de ne pas abandonner une entreprise même lorsque la sîence en doit seule re* cueillir les fruits. 11 suffit que la lutte soit entamée : l'homme aux prises avec la nature ne veut plus s'avouer vaincu.
Cest grftce à cette persistance opiûiàtre que les explorations africaines ont fait de nos jours de si étonnants progrès. L'Afrique ! là est le théâtre des plus belles con-
8 IHTHODUCTION.
quAtes géographiques de noire temps. Là étaient les plus grandes lacunes, là ont été les plus grandes découvertes. Elles ont marché simultanément au delà et en deçà de l'équateur, dans le nord et dans le sud du continent, aussi importantes des deux cAtés, aussi glorieuses pour les explorateurs et pour notre siècle.
Ou a suivi avec le même intérêt, on a accueilli avec le même orgueil et le même enthousiasme les courses iotrépides de Barth et de ses compagnons dans les vastes contrées du Soudan, et celles de Livingstone dans les contrées australes qu'arrose le Zambézi, et celles de Bortoo et de Speke dans la région centrale des Grands Lacs. Speke a repris en 1660 ses reconnaissances de 1858, qu'il veut pousser cette fois jusque dans la région équatoriale où sont les sources du Nil; l'infatigable explorateur doit être parvenu en ce moment au cœur de ces régions inconnues. Depuis deux ans.aussi l'attention de l'Europe s'est fixée sur la grands expédition scientifique organisée en Allemagne dans le double but de recueillir des informations certaines $ur le sort de Vogel, dont les traces se sont perdues depuis 1656, et de continuer l'exploration des contrées inconnues du Soudan oriental, entre le haut bassin du Nil et le lac Tcbad.
Bien d'autres explorations importantes ont été poursuivies en diverses parties de l'Afrique, si longtemps regardée comme impénétrable, maintenant ouverte sur tous les points de son immense pourtour : les courses de du Cbaillu dans les contrées du Gabon ; les recoonaissaDces de plusieurs de nos of6ciers dans les parties du pays des Maures qui avoisinent le côté droit du bas Sénégal; les longues investigations du M. Henri Duveyrier dans le pays des Touareg, au midi de l'Algérie orientale et de la Tunisie ; et enfin les fructueuses études archéologiques d'un autre de nos compatriotes dans la régence même de Tunis, qui fut jadis le centre de la puissance de Cartbage,
et OÙ la domination romaine a laissé, de même qu'en Algérie, tant de précieux débris. Nous aurons à suivre chacun de ces voyages^' à en tracer rhistorique, à en exposer les résultats.
On aura pu remarquer qu'en dehors de nos possessions africaines du Sénégal et de l'Algérie, tous les grands voyages, toutes les explorations importantes que nous venons de rappeler sont presque exclusivement anglaises; cette activité énergique est pour nos voisins une gloire qu'on ne leur peut contester. Elle est dans le génie aventureux de la race saxonne; elle est aussi dans les nécessités commerciales de la nation. Chez nous, l'impulsion est moins vive ; les conditions sont différentes, et aussi les dispositions. Mais si, comme les Anglais, nous ne couvrons pas le monde de nos voyageurs, nous n'en comptons pas moins de grands explorateurs dans toutes les parties du globe. C'est à la France qu'appartient l'honneur d'avoir arraché l'Egypte à sa léthargie séculaire par notre mémorable expédition de 1798; c'est de nous que vient la première impulsion des investigations archéologiques qu'un savant français, M. Mariette, y poursuit encore. Ces investigations, on le sait, en restituant à l'histoire les nombreux monuments des temps pharaoniques, ont fait revivre bien des pages oubliées des fastes de Tancien monde. Les fouilles du sol assyrien, qui, depuis quinze ans, ont tant ajouté non-seulement aux richesses de nos musées, mais à notre connaissance de l'ancienne Asie, c'est à nous aussi qu'en revient l'initiative. L'Angleterre, qui est accourue prendre sa part de cette grande moisson scientifique, n'y est arrivée que sur nos traces.
Chacun ici aime à rappeler ses titres; mais dans cette
lutte toute pacifique, où il est toujours regrettable que l'émulation dégénère en rivalité, il y a quelque chose qui est bien au-dessus des étroites inspirations de la vanité nationale : c'est l'intérêt même de la science et l'honneur de la civilisation. Nous tâcherons, pour notre compte, de ne jamais l'oublier. En ce moment même, les circonstances qui appellent notre drapeau sur le sol mexicain permettent d'espérer que de fructueuses investigations pourront être entreprises pour l'éclaircissement des antiquité américaines, sujet si obscur encore sur lequel on a plus de systèmes que de recherches sérieuses, mais qui se fait diaque jour une place plus importante dans l'ensemble des grandes études qu'embrasse l'érudition européenne.
Si l'Asie, depuis longtemps, n'a plus, comme l'Afrique, de grands espaces à découvrir, que de contrées encore sur lesquelles nous n'avons que des notions approximatives, et où les voyageurs savants trouvent un vaste champ d'observations ! La tâche est vaste et souvent pénible; mais le zèle est partout à la hauteur de la tâche. Une nation, nouvelle encore dans la science comme dans la politique, la Russie, y prend chaque jour une part plus active. La prodigieuse étendue de ses frontières, qui traversent le continent asiatique dans toute sa longueur, depuis les pentes de l'Oural et les bords de la mer Caspienne jusqu'à la mer du Japon, oblige le gouvernement de Saint-Pétersbourg de faire étudier par ses explorateurs un nombre infini de territoires. Les expéditions se succèdent» on peut dire, sans interruption, et bien que les informations qu'elles en rapportent soient bien loin d'arriver toutes à l'Europe occidentale, il nous en revient assez, cependant, pour
miRoiiucrioN, II
r eonsidàrablemattt nos coanussances positivM SOT une fools de points du centre et de l'orient ds TAsie. L'immense annexion des territoires de l'AOïo&r, qni'TÏeot d'qoater aux possessions russes de l'Asie orientale on pays pins grand qae la Prance.a depuis six ans dirigé vers cette région nous ne savons combien de commissions scientifiqittset de Toyageors particuliers, pour l'étude du pays, de sa nature, de ses ressources, de ses populations. C'est im important chapitre qui s'ajoute à la géographie asiatique; chapitre d'autant plus intéressant, qu'i one cei^ taine portion de ces populations barbares ae rattachent d'importants problëmss de race et d'origine.
Noos sommes bien loin , dans cette revue sommaire, d'aroir mentionné tous les noms qui, depuis dix ans seulement, ont conqnb leur place parmi les onvriers les plus méritants de cet incessant labeur qui a pour objet la connaissance exacte du globe que cous habitons. Mais il n'est pas mauvais, croyons-uous , de nous rappeler de temps b autre qu'en dehors du tourbillon journalier qui nous entraîne, il se poursuit une des œuvres les plus élevées que puisse se proposer le génie scientifique d'une époque, une œuvre qui, en d'autre temps, aurait dominé l'attention du monde et enthousiasmé les contemporains, et qui n'en restera pas moins, malgré notre indifférence inattentive, une des gloires impérissables du dix-neuvième siècle.
L*aperçu qui précède dit assez pourquoi c'est à TAfrique que revient Thonueur d*ôtre inscrite en tète de notre histoire géographique de Tannée 1862.
Parmi les grandes explorations africaines accomplies depuis vingt ans ou qui se poursuivent en ce moment, celles qui ont été dirigées vers la haute région du Nil, et qui ont eu pour objet principal la recherche des sources du fleuve, se présentent au premier rang. Elles réclament le premier rang tout à la fois par leur date, par le but qu'elles veulent atteindre et les souvenirs qui s'y rattachent, par le nombre et l'importance des problèmes qu'elles doivent résoudre, par l'apparat même qu'on y déploie et le nombre des explorateurs qui s'y portent simultanément par des directions différentes, enfin par l'influence qu'elles ont eue sur d'autres expéditions importantes dont elles ont été l'occasion et le point de départ.