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LA RECHERCHE DES SOURCES DU NIL EN REMONTANT

§ <• Coup d'œil historique. L'antiquité. Les expéditions égyptiennes depuis 1840. M. Lejean. Le D' Peney. L'Angleterre.

Il y a bien des siècles que le problème des sources du Nil est soulevé. Ce grand fleuve sortant des profondeurs

d'une région inconnue, et, dans son cours d'une longueur infinie, traversant les arides solitudes de l'Ethiopie avant de venir fertiliser TËgypte, a dans tous les temps frappé l'imagination des homme^. Chercher les sources du Nil était devenu pour les anciens une expression proverbiale désignant une chose à peu près impossible. Plusieurs princes la tentèrent, aucun n'arriva au but. Les explorateurs anciens qui pénétrèrent le plus avant dans la haute région du fleuve sont les envoyés de l'empereur Néron, environ soixante ans après la naissance de Jésus- Christ. Us remontèrent, à partir de Méroé^ jusqu'à d'immenses marais du milieu desquels le fleuve semblait sortir. Ce trait caractéristique, qui a été retrouvé de nos jours, atteste la véracité des envoyés de l'empereur romain, en même temps qu'il nous fait connaître le point précis où ils s'arrêtèrent.

Ces marais, qui ont plus de quatre-vingts lieues d'étendue au long du fleuve, commencent vers le 9* degré de latitude N., à 800 milles romains environ, ou 1200 kilomètres, aundessus de la ville royale de Méroé. Cette distance seule indique une tentative sérieuse. Nul depuis ne la renouvela. Les notions que le géographe Ptolémée consigna dans ses Tables, au commencement du deuxième siècle, et que répétèrent plus tard les auteurs arabes, avaient été recueillies par des marchands égyptiens sur la côte orientale d'Afrique, de la bouche des gens de Tintérieur. Ces notions, quoique vagues, — de grands lacs d'où sortent plusieurs courants qui vont former la tête du fleuve, — paraissent exactes au fond: en ce moment encore, les nôtres ne sont guère plus précises.

Mais nous touchons à l'heure où nos voyageurs vont, sans aucun doute, nous rapporter le dernier mot de cette vieille énigme. Les entreprises sérieuses qui se continuent aujourd'hui, et, tout l'indique, qui touchent à leur terme, datent de 1840. L'honneur en revient à Méhémet*Ali, le

grand réformateur de l'Egypte. Accessible aux bonnes directions des conseillers français, qu'il aimait à consulter, et prompt à entreprendre tout ce qui pouvait grandir son nom en Europe, il aspira à la gloire d'une découverte que des princes puissants avaient inutilement tentée. Une expédition s'organisa pour remonter le fleuve jusqu'à ses sources. C'était, nous l'avons dit, en 1 840. Le Nil se forme, à Khartoum (la capitale actuelle de la haute Nubie, ou, selon la dénomination officielle, du Soudan égyptien), de la réunion de deux grandes rivières. L'une, le Bahr el-Azrek, ou fleuve Bleu, vient du cœur de l'Abyssinie : c'est un affluent; l'autre, le Bahr el-Abyad, ou fleuve Blanc, a de tout temps été regardée par les indigènes comme la branche principale , comme le corps môme du fleuve. C'était celle-là qu'on avait à remonter en se portant au sud. Khartoum est située par 15° et demi de latitude N. ; vers le 9* degré on rencontra les marais qu'avaient signalés les explorateurs de Néron, et que nul voyageur n'avait revus depuis. On franchit à graad'peine cette triste région, à travers laquelle les eaux alourdies du fleuve s'avancent comme à regret, et l'on parvint ainsi jusqu'aux environs du 4* degré. On ne put aller au delà. On se trouvait à l'époque des basses eaux, et des barrières de rochers qui coupent ici le lit de la rivière rendaient impossible toute navigation ultérieure. Quoiqu'elle n'eût pas atteint le but, cette exploration était un grand pas. On avait, pour la première fois, reconnu le cours du fleuve Blanc sur une étendue très-considérable, et l'on rendait ainsi comparativement faciles les expéditions à venir. Plusieurs eurent lieu dans le cours des années suivantes ; mais, par une raison ou par une autre, aucune n'a pu dépasser le terme où s'était arrêtée la reconnaissance égyptienne de 1840, et où l'on avait fondé, dans un lieu nommé Gondokoro, une mission catholique. On a maintenant de bonnes notions sur le cours même du fleuve et sur quel-

qiies-unr de ses affluents entre Khartoum et le k' degré, aussi bien que sur les tribus noires qui eu habitent les bords ou les environs. Mais sur les sources rnSmes et les territoires où elles sont situées, on n'a pu recueillir de ce cftté aucune information tant soit peu précise. On sait, d'ailleurs, avec quelle réserve il faut accueillir les rapports des nègres ; il n'y a de découverte certaine que celle qu'un observateur européen a constatée de ses propres yeux.

Cest à cette conclusion finale que tendent actuellement tous les efforts. A l'beure qu'il est, ils ne vienneat plus seulement du nord ; les reconnaissances partent aussi du sud, ou, pour mieux dire, du sud-est, pour se porter à la rencontre de celles qui viennent de Khartoum. Aiasi cernées de toutes parts, et renfermées dans un cercle qui va chaque jour se resserrant, le dernier espace qu'il ; a encore à reconnaître, celui où se trouvent les sources tant cherchées, ne peut se dérober longtemps à nos explorateurs.

Il y a deux ans on put se demander un moment qui, de la France ou de l'Angleterre, aurait la gloire de planter sur la source du grand fleuve le drapeau de l'Europe. Un de nos compatriotes avait quitté la France avec la noble ambition de remonter par le fleuve Blanc jusqu'à ta zone inexplorée d'où sortent les premiers cours d'eau dont le Nil se forme. C'était M. Lejean . Jeune, instruit, plein de zèle, inconnu encore, mais brûlant de se signaler par une découverte d'éclat, le voyageur était soutenu par une ardeur qui s'est brisée contre la maladie, et aussi contre des difficultés matérielles. Le projet, assure-t-on, était parti d'une haute initiative, ainsi que les moyens d'exécution. Mais par une tradition de déSance diplomatique qui a aussi ses inconvénients, on avait cru devoir, à l'origine, entourer le voyage d'un mystère qui n'a pas été sans influence sur la fâcheuse issue de l'entreprise. Une voie plus courte, plus sûre que celle du fleuve Blanc pour un voya-

geur partant d'Europe, celle de la côte orientale, aurait été certainement signalée à M. Lejean, si avant son départ il eût réclamé les instructions ou les conseils des hommes compétents, et il aurait pu arriver avec moins de dangers à des résultats plus importants.

Ceux qu*il a obtenus par ses investigations sur la haute Nubie paraissent néanmoins devoir offirir un notable intérêt ; mais M. Lejean est reparti pour la mer Rouge, où il a été investi des fonctions d*agent consulaire, avant d*en avoir publié autre chose que des aperçus fragmentaires. Au moment où nous traçons ces lignes (milieu de novembre), on vient de recevoir de lui des lettres datées de Khartoum.

Un autre Français, mais celui-là depuis longtemps acclimaté en Nubie, le D' Peney, qui occupait depuis quinze ans le poste de médecin en chef de rétablissement médical de Khartoum, avait aussi conçu de longue date la pensée d'un voyage aux sources du Nil. Ses sollicitations réitérées lui avaient enfin obtenu, vers la fin de 1860, un petit navire à vapeur approprié à la navigation du fleuve. Il partit de Khartoum au mois de novembre et arriva à Gondokoro au commencement de janvier 1861. En attendant le moment des hautes eaux, qui permettraient à son embarcation de franchir les rapides dont le fleuve est obstrué au-dessus de ce point, il poussa par terre des reconnaissances en diverses directions, recueillit de nombreuses informations sur les contrées et les tribus environnantes, et fit à Gondokoro même des observations astronomiques qui fixeront enfin, il faut l'espérer, la longitude jusqu'à présent si incertaine de ce point important*.

1. Entre la détermination de M. d'Arnaud, qui dirigeait la première expédition égyptienne, et celle du P. Knoblecher en 1848, il y aune divergence de près de 3 degrés I La dernière (26* 24' E. de Paris) offrirait peut-être plus de garanties ; mais les éléments n'en ont pas été publiés, non plus que de celle de M. d'Arnaud, qui met Gon-

Llieure était proche enfin où le docteur allait reprendre son voyage sur le fleuve , quand une imprudence lui fit contracter les fièvres paludéennes, si redoutables sous ce climat ardent, et il succombait le 26 juillet après qudques jours seulement de maladie. Cette perte sera difficilement réparée. Le D' Peney était admirablement préparé k son entreprise , qui avait p .bablement pour elle plus de chances qu'aucune autre. Les notes et les croquis du docteur ont été envoyés k Paris par le gouvernement égyptien ; leur prompte publication est bien désirable.

Actuellement la recherche des sources du Nil ne repose plus que sur une seule expédition, celle du capitaine Speke. Nous y reviendrons tout à l'heure . Mais il nous reste auparavant à présenter l'aperçu d'un ensemble assez important de recherches et de publications récentes sur le fleuve Blanc lui-même au-dessus de Khartoum jusqu'à Gondokoro, point extrême des reconnaissances européennes au sud en remontant la vallée du fleuve ^

$ 2. Recherche! et pnblicalioiu récenlei fur la partie lapérieore du fleuve Blanc (Bahr el-Àbyad), et sur les population! environnantes.

1. Brun Rollrt's Reise in den Sumpfregionendes Nam Aith , vom No-see und dem Bahr el-Abiad, 1856 (Voyage de Brun RoUet, en 1856, du lac No et du Bahr el-Abyad à la région des Marais de Nam-AIlh). Dans le Cahier complémentaire {Ergànxungthefl) des Mittheilungen de Petermann, déc. 1831, p. 18-30.

2. A. BoLooNESi. Voyage au fleuve des Gazelles, 1856-1857. Traduit de PiUlien {Tour du Monde, n« 129, juin 1862, p. 385-400.

3. G. LsjBAN. Le Bahr el-Gazal {Nouvelles Annales des voyages ,

dokoro par 29* I9f. On peut voir, à ce sujet, quelques remarques de M. Ant. d'Abbadie au Bulletin de la Société de géographie ^ t. III de la 4* férié, 18&2, p. 27.

1. Quelques explorateurs, notamment le P. Knoblecber et le D" Peney , qui viennent d'être cités , ont cependant poussé en amont de Gondokoro l'espace d'un demi-degré environ.

mars 1862 ^ p. 2&7-268 ; avec une carte mtitulée : Esquisse du Bahr el-Oazal (fleuve des Gazelles), ouNam-Aîth, levée du 25 fé- Trier au 12 avril 1861 , par G. Lejean).

— Traduit en allemand dans les MiUheilungen de Petermami (1862, n* VI, p. 218-222), avec quelques additions et des remarques.

— Le haut Nil et le Soudan {Revue des Deux-Mondes , 15 févr. 1862, et !•' avril

— L'Afrique inconnue {Tour du Monde , n** 115-116).

4. Recenti scoperte sul fiume Bianco, fatte da Andréa de Bono, e da lui stesso descritte. Alessandria di Egitto, 1862. petit in-4 de 30 pages, avec une carte.

— Traduit, avec des annotations , dans les Nouvelles Annales des voyages j juillet 1862, p. 5-38, sous le titre : Voyage au fleuve Blanc en 18G1, par M. A. de Bono. Carte.

5. Das Gebiet des Weissen Fiasses und dessen Bewohner (le bassin du fleuve Blanc et ses habitants) , von A. Kaufhann. Brixen, 1861 , petit in-8 de 208 pages, avec une carte.

6. Dom Giovanni Beltrame, di un viaggio sul fiume Bianco nell' Africa central. Verona, 1861, in-8° de 46 pages, avec deux cartes.

7. Die katholischen Missioncn und der Menschenhandel am Weissen Flusse. Mit Beuutzung zweîer, von achlbarer Seite herrQhrender Schreiben, datirt Caire dea 26 april und den 3 juni 1861, von D' Robert Hartmann in Berlin (les Missions catholiques et le commerce des esclaves au fleuve Blanc. Notice rédigée parle D' R. Hartmann , de Berlin , d'après deux lettres émanées d'une source respectable, datées du Caire , 26 avril et 3 juin 1861). Dans la Zeitschrift fur allgemeine Erdkunde du D*^ Koner, de Berlin, ir 102, décembre 1861, p. 444-461.

8. Geographische Notizen aus dem aposlolischen Vikariate in central-Afrika, von D' J. C. Mitterutzner (Notices géographiques fournies par les vicariats apostoliques de l'Afrique centrale ; par le D' Mitterutzner). Dans le !!• programme du Gymnase impérial de Brixen. Brixen, 1861, in-8 de 16 pages, avec une carte.

9. Carte du cours moyen des deux Nils et de leurs affluents, Dender, Saubat, Nam, B[ahr] es-Zéraf, B[ahr] Djour, par MM. Ambroisb et Jules Poncet (dans le Bulletin dç la Société de géographie ^ octobre 1860, avec une lettre d'envoi des frères Poncet à M. Lejean, et de M. Lejean à la Société, p. 225-233 du Bulletin).

— Extrait d'une lettre de M. Jules Poncet à M. G. Lejean, relativement à la carte des deux Nils insérée dans le Bulletin d'octobre 1860 {Bulletin de la Société de géographie, janvier 1862,

9 Hi. Uarquls Oreiio Antihoiu. Heise vom Bahr al-Gual zum Laoïle der Djur (Voyage du m«rquis Or. Aniinori du D>br el- Ghuil su paya des Djoun), Deiember 1860-ian. 1861). Dans VErgànimgiheft □• 10 dai Kitiheitiaigen de Petermann, décembre 1862, p. 79-83.

10. Inner Afrika, oacb dem Siande der geograpbiscben Kecntuûs im Jabre 1S61. Nach den Quallen bearbeitet tod A. PsTsnnAns und B. HAssENSTun (carte de l'inlérieur de l'ATrtqua, d'après l'Alal des conoaissances géogiapbiques en 1861 , rédigée lur les Murces originales , par le D' Aug. Pelermann et N. B. Haesenslein). Feuille 6. Dar-Four et KordoBn , avec le Bahr el- Ghazal. Dans VErgintwigihefl n* 1 des Miltheilungm de Petermann (Voy. ci-dessus le n* 1}.

11. Débit du fleuTe Blanc et de sei aflluects, d'après lea obserratîons de H. de Mâlzac (avec une note eitraite d'une lettre d'eoToi de U. L«jean, datée du Caire, 15 mai 1863). Dana le fiullelin de ta Société dt giographU, juin 1861 , p. 371-378.

Cet ensemble de relations et de publications diverses peut se partager en deux groupes : les unes appartenant à la vallée propre du fleuve Blanc et aux populations qui l'habitent; les autres se rapportant plus particulièrement au Grand Lac, ou plutôt aux lagunes mari^cageuses, qui verse ses eaux impures dans le lit du ûeuve vers le neuvième degré de latitude, et que l'on désigne tantôt sous le nom aborigène de Nô, tantôt sous l'appellation arabe de Bahr el-GbazaI [ l'Eau des Gazelles), dénomination qui appartient plus spécialement à l'un des principaux affluents du lac.

Cette région marécageuse, qui borde aussi les rives du fleuve jusqu'à une grande distance au-dessus de la jonction du lac N6, a pour nous un intérêt historique qu'on ne lui aurait pas soupçonné il y a quelques années ; elle nous fait connaître d'une manière certaine, ainsi que nous l'avons fait remarquer dans notre préambule historique, le point précis jusqu'où remoulèrent les centurions envoyés par l'empereur Néron pour explorer ces hautes régions (vers l'année 65 de notre ère), et elle détermine ainsi la limite

extrême des reconnaissances des anciens dans le bassin du Nil».

Les expéditions égyptiennes qui, de 1840 à 1842, remontèrent les premières le fleuve Blanc', avaient reconnu l'existence du lac N6 (sous le nom de Bahr ou Birket el- Ghazal), mais sans y pénétrer ni s'en former une idée bien précise. Le premier Européen qui y ait navigué, le premier du moins qui en ait donné une description oculaire, est un Anglais, M. John Petherick, que le commerce de la gomme et de l'ivoire avait conduit, comme bien d'autres, dans le Soudan égyptien, et à qui la presse anglaise a fait une sorte de célébrité à l'occasion d'un livre, beaucoup trop vanté chez nos voisins, où il a déposé le résultat de ses courses». M. Petherick, désirant s'ouvrir un champ de trafic moins battp que la vallée du fleuve Blanc, entra dans le Bahr el-Ghazal et s'avança de là assez loin au sud* dans le pays des Djoûr, des Dôr et d'autres peuplades avec lesquelles on n'avait eu jusqu'alors aucun rapport. C'était en 1853, et M. Petherick y est retourné depuis à plusieurs reprises. Cette partie de sa relation, sans avoir aucun caractère scientifique, renferme des notions intéressantes par leur nouveauté.

1. Qu'il soit permis à celui qui trace ces lignes d'ajouter que c'est lui le premier qui a signalé ce rapprochement et ses conséquences, dans son travail sur l'histoire géographique de l'Afrique ancienne, couronné en 1860 par l'Académie des inscriptions. Nous aurons à revenir plus loin sur ce travail.

2. La relation la plus complète que l'on ait de ces expéditions, ou pour mieux dire, de la première, qui est la plus importante, est celle qu'en adonnée un médecin allemand, le D' Ferdinand Werne, qu'une circonstance fortuite y avait associé. Son livre estintitulé : Expédition zur Entdeckung der Quellen des Wejssen Nil (\^kO-\Sk\). Berlin, 1848, 1 vol. in-8 de 543 pages, avec une grande carte.

3. Egypte ihe Soudan and central Africa; heing Sketches from sixteen years* travels. By J. Petherick. London, 1801, in-8 de xii-482 pages, avec une carte.

4. Mais non, à beaucoup prè«î, jusqu'à l'équateur, comme le croyait M. Petherick.

Ces notions se sont accrues par les courses ultérieures que d'autres Européens de Khartoum , livrés , comme M. Petherick, au commerce des gommes et de Tivoire, ont faites dans la même région : en 1856, M. Brun-Rollet (n*" 1); de 1856 à 1857, M. Bolognesi (n^'î); en décembre 1860 et janvier 1861, le marquis Antinori (n* 9 bis) ; dans cette dernière année 1861, les deux frères Poucet (n"" 9). Ces derniers ont tracé du pays une esquise que M. Guillaume Lejean, pendant son séjour à Khartoum, a essayé de réduire sous ime forme régulière et qu*il a fait parvenir à la Société de géographie de Paris, laquelle Ta publiée dans son BiUletin. M. Lejean lui-même, de 1860 à 1861, après son voyage sans résultat de Grondokoro, a effectué une reconnaissance assez étendue à Touest du lac N6 en remontant le Bahr el-Ghazal, et il a fait de cette dernière rivière un relevé qui a été inséré aux Annales des Voyages (n° 3). M. Hassenstein et le docteur Petermann ont essayé de combiner cet ensemble de données (moins celles de M. Lejean, qui n'ont été publiées que postérieurement) dans la sixième feuille de la grande carte du Soudan oriental et de l'Afrique équatoriale qu'ils publient dans les cahiers complémentaires des Mittheilungen (n*» 10), pour servir décadré aux explorations de l'expédition allemande envoyée au Soudan sur les traces de Vogel. Comme tous les travaux cartographiques auxquels s'attache le nom du docteur Petermann, celui-ci porte le cachet d'une grande richesse de documents jointe à uuq grande habileté d'ajustement; il n'y faut voir, néanmoins, qu'une esquisse provisoire, qui n'a pu s'appuyer sur aucune détermination réellement scientifique. C'est une pierre d'attente.

Dans une grande mesure, il en faut dire autant même de la carte du haut fleuve Blanc telle que nous la possédons actuellement . Le tracé qui s'est constamment reproduit

depuis vingt ans est celui de la carte du docteur Werne*; mais cette carte elle-même, résultat d'une suite de relevés à la boussole sans déterminations astronomiques dont l'exactitude soit bien établie, ne saurait être évidemment regardée que comme une approximation. L*inclinaison génârale de la rivière, dans son parcours du sud au nord, est surtout fort incertaine par suite de l'extrême divergence (que nous avons déjà signalée) dans les chiffres que M. d'Arnaud et le P. Knoblecher ont donnés pour la longitude de Gondokoro. Les observations du docteur Peney, quand elles seront publiées, fixeront peut-être nos doutes à cet égard.

En attendant, ce qu'il y a surtout à tirer des relations et des notices plus ou moins étendues dont nous avons groupé la liste en tête de cet article, ce sont des renseignements généraux sur l'aspect et la nature du pays, sur le climat, sur les saisons, sur la végétation et les animaux, et enfin sur les populations. Sous ces divers rapports, il reste peu à faire (dans le cercle que ces premières publications embrassent) pour les futurs explorateurs. Sur les lî . î toute cette haute région en particulier, les ren- "ÇDts recueillis par le docteur Werne étaient déjà ■ s- •! "es; M. Brun-Rollet (que nous avons nommé tout 3 à propos de son voyage de 1856 au Bahr eli ; -i y ajouta, sept ans plus tard, bon nombre d'infor-

.'L. y.- ■ nouvelles, dans un intéressant volume intitulé le \i^ *: :ic et le Soudan*. On lit aussi avec intérêt la trop

• ^n relation de M. Andréa de Bono (n"" 4], qui accompagnaii le docteur Peney dans son voyage et durant son séjour à Gondokoro ; il assista aux derniers moments de son malheureux ami. La mission catholique fondée en 1851 dans cette localité extrême, au milieu de ses travaux apos-

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