‹ L'Année géographiqueChapitre 15 sur 236 · Paris, 1855. 1 vol. in-8, avec une carte · texte numérisé non relu

Paris, 1855. 1 vol. in-8, avec une carte

toliques qui ne semblant pas avoir eu de bien grands résultats ', s*est trouvée dans une situation particulièrement favorable pour étudier les idiomes des tribus riveraines dif fleuve. Les renseignements les plus précis qu'on ait reçus à cet égard, on les doit à des membres de la mission. L*un d*euz, le R. P. Kaufmann, a donné dans sa courte mais substantielle relation (n"" 5) un résumé complet des notions acquises sur Tensemble de la vallée du fleuve et sur ses habitants, depuis Khartoum jusqu'à Gondokoro. Ce mince volume de M. Kaufmann, qui, dans son petit format et avec ses apparences des plus modestes, a quelque chose de l'humilité monastique, n'en est pas moins un des plus instructifs qu'on ait publiés sur cette région ; il ajoute bta nombre de faits nouveaux même à l'importante rdctiondu docteur Weme. La courte analyse que nous en allons faire peut être regardée comme renfermant la substance des informations acquises sur la géographie et sur l'ethnographie de ces contrées intérieures, vers lesquelles les expéditions entreprises pour la recherche des sources du Nil ont tourné les regards de l'Europe.

Tout le pays à partir de Khartoum, en remontant jusqu'à Gondokoro, n*est qu'une suite de plaines immenses à peine interrompues çà et là par quelques monticules insignifiants, à travers lesquels le Nil roule lentement ses eaux blanchÂîfres. Depuis le Djebel Dînka, en remontant jusqu'au confluent du > Sobat (par 9® lat.), les bords du fleuve se couvrent de bois d'ui^î bel aspect, au fond desquels se cachent toutes sortes d'ani^^ maux sauvages; après le Sobat, les rives deviennent très- i basses, les bois disparaissent presque complètement, et l'œil fatigué n'aperçoit plus que des steppes herbeux ou des marais sans fin. Ces marais, qui suivent les bords du fleuve, se prolongent jusqu'à, l'entrée du temtoire des Bors, environ par 6* et demi de latitude, sur une longueur de près de 4* ou cent de nos lieues communes. Au temps des crues, la rivière couvre

] . La station missionnaire de Gondokoro a été abandonnée en 1860. Les notices de MM. Hartmann et Mitterutzner (n** 7 et 8) ont eu surtout pour objet d*en présenter un aperçu historique.

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à droite et à gauche ces plaines riveraines, où elle laisse, en se retirant, des lagunes et des marécages couverts de roseaux. Dana tout cet espace, il serait difficile de trouver un seul point de débarquement. A partir du territoire des Bors, le pays s*ëlève et prend un aspect plus diversifié.

Dans l'intervalle de quatre cents lieues que le fleuve Blanc parcourt entre Kbartoum et Gondokoro, il ne reçoit que trois affluents. Le premier est le Tal, qui vient de Test et se perd dans le côté droit du fleuve, aux environs du 10^ degré de latitude. Le second , beaucoup plus considérable , est le Sobat , dont le confluent est d'un degré plus au sud; celui-ci vient d'un masûf de nontagnea qui couvre le sud de PAbyssinie, et se forme de plusieurs branches supérieures dont aucune n'a été jusque présent explorée. On n'en a reconnu encore que la partie infiMmire. Le troisième affluent est le Bahr el-Ghazal, qui appartient an côté gauche ou occidental du bassin du fleuve, auquel il se réunit à vingt on vingt-deux lieues au-dessous du Sobat, an commencement de la région des marais. Il forme, immédiatement avant son confluent, un lac ou plutôt une lagune marécageuse en partie cachée sous les roseaux, et dont rétendue varie selon les saisons. Plusieurs branches, jusqu'à présent peu connues ou tout à fait inexplorées, lui viennent du sud, de l'ouest et du nord-ouest. Plus haut, le cours du fleuve Blanc (que les indigènes nomment Kir] forme plusieurs canaux parallèles qui se détachent du courant principal et retournent s y réunir après un plus ou moins long intervalle.

Dans tout le bassin du fleuve Blanc, la végétation dépend uniquement de Teau à\JL ciel, car les nègres ne savent pas ce que c'est que l'irrigation. Les pluies tombent périodiquement, et d'autant plus tôt qu'on se rapproche davantage de Téquateur. A Gondokoro, les premières pluies arrivent généralement à la fin de février et ne cessent qu'au commencement de décembre ; elles durent ainsi neuf mois pleins, sauf quelques intermittences. Les pluies les plus fortes sont tantôt en avril et mai, tantôt en août et septembre (aux environs des deux solstices).

Naturellement i les crues du fleuve se règlent sur les pluies. A Gondokoro, la rivière commence à grossir vers la fin de février, et elle atteint sa plus grande hauteur en mai, parfois en août. Comme le fleuve y est très-large et assez rapide, la différence entre les hautes et les basses eaux n^est guère que de cinq pieds à cinq pieds et demi.

i/asnre céoor. I. 2

L'année se partage ainsi en deux saisons : la saison des pluies et la saison sèche. Les vents ne sont pas moins r^^ers qne les pluies. Les yents réglants durant les trois mois de la saison sèche sont ceux du nord ; durant la saison des pluies, ce sont ceux du sud, sauf deux mois de vents d'est au commencement de cette dernière saison, et deux mois de vents d'ouest à la fin.

Plusieurs indices signalent le territoire où est situé Gondokoro comme Textrémité d'une région volcanique. Non-seule- Icment on y ressent d'assez fréquents tremblements de terre, et les secousses sont parfois violentes, mais on trouve aussi sur le sol, mêlés à d'autres pierres, des fragments de basalte. Les Baris, indigènes de ces cantons, ont à ce sujet mue légende où il est question de combats de montagnes entre elles, de montagnes déplacées, etc. C'est ainsi qu'autrefois les Pélasgas transmirent aux premiers Hellènes leurs récits légendaires de la lutte des Titans contre les dieux et de l'entassement d'Ossa sur Pélion.

Il est remarquable que les températures extrêmes sont beaucoup moins élevées à Gondokoro qu'à Khartoum. Dans la première de ces deux places (à 4 degrés et demi au nord de l'équateur, ainsi que nous Tavons dit), le thermomètre Réaumur n'a jamais dépassé 30 à 31^ (de janvier à mars, dans la saison sèche); à Khartoum, il monte jusqu'à 44^ à Tombre. Par contre, le plus bas où l'on ait vu descendre le thermomètre à Gondokoro est 16 ou 17® (en juillet et août, au milieu de la saison des pluies), tandis qu'à Khartoum la température mtnima tombe à 8®. Il est vrai que, même au plus fort de la saison chaude, on éprouve, après le coucher du soleil, une sensation de froid assez vive, et il résulte de cette transition, contrairement aux idées reçues sur le climat africain, que la saison sèche engendre ici plus de maladies que les neuf mois de la saison pluvieuse.

On se figure aisément quel doit être, sous un ciel à la fois aussi chaud et aussi humide, la vigueur de la végétation. Les forêts se composent principalement d'acacias et de mimosas. L'ébénier et Veuphorhia gigantea commencent à devenir fréquents à partir du 7« parallèle, et ils le sont d'autant plus qu'on s'avance davantage au sud. Le palmier-doum, si fréquent en Nubie, ne dépasse guère le 9« degré; le palmierdoleb, au contraire, est très-commun dans les territoires plus méridionaux. Les premiers baobabs se montrent à la hauteur de Gondokoro. Partout l'herbe prend des proportions telles.

que les buffles eux-mêmes y disparaissent, et dans les lagunes qui bordent le fleuve les roseaux atteignent une hauteur de yingt à vingt-cinq pieds. Quand on s'éloigne de la vallée à droite ou à gauche, et que le terrain s'élève, la végétation prend un aspect infiniment plus varié ; des arbres d*une trèsgrande hauteur sont si étroitement liés entre eux par d'inextricables réseaux de plantes grimpantes, qu'il est bien difficile de se frayer une route au milieu de ces sombres labyrinthes, domaines éternels d'innombrables tribus d'oiseaux et de singes. Telle est la beauté de ces forêts vierges, dit l'auteur dans son enthousiasme, que les forêts si célèbres de l'Amérique ne sauraient leur être comparées. Là se trouve l'arbre à beurre» ainsi nommé de la pulpe butyreuse de son fruit, dont la saveur est très-agréable ; là croît le bienfaisant tamarix, dont les propriétés fébrifuges sont bien connues des nègres.

De même que la vie végétale, la vie animale se distingue par une expansion prodigieuse et une variété infinie; mais aussi, comme dans toutes les contrées équatoriales, elle se fait remarquer plus par la masse et la vigueur que par la délicatesse et la grâce. Les eaux abondent en poissons, ressource principale des riverains, et quelques-uns ont des proportions énormes. Le lourd hippopotame, le redoutable crocodile, et des lézards amphibies de quatre pieds et plus de longueur, infestent le fleuve et les lagunes, d'où semblent surgir des myriades d'insectes malfaisants, fléau de ces chaudes contrées; dans les hautes herbes et sous le couvert des forêts, ce sont comme des fourmilières de reptiles. Certains serpents ont jusqu'à vingt pieds de longueur. Sauf le loup, l'Afrique n'a pas d'animaux de proie qu'on ne trouve ici. Il y a deux espèces de lions. L'éléphant va par troupes de plusieurs centaines d'individus. La girafe, aux habitudes inolTensives, erre aussi par troupes de trente à quarante. Le rhinocéros, au contraire, vit isolé, ainsi que le zèbre. Un des animaux qui tourmentent le plus les nègres est le buffle; il diffère beaucoup du buffle d'Egypte. On distingue plusieurs espèces d'antilopes et de gazelles. Ici, comme partout, l'autruche est difficile à chasser; sa chair est très-estimée, moins cependant que sa graisse, que les nègres regardent comme un spécifique souverain contre les douleurs rhumatismales. Parmi les oiseaux de proie, il suffit de mentionner l'aigle et le vautour.

Cette vaste région des peuples noirs, qui commence vers le 12« degré de latitude (là où finit le domaine des tribus

arabes), et qui se prolonge au sud jusqu*au 4« degré, où s'arrêtent actuellement les reconnaissances européennes; cette grande région, disons-nous, ne renferme pas une aussi nombreuse population qu'on pourrait le supposer: cela tient, outre la n/Lture insalubre d'une partie considérable de la vallée du fleuve , à ce que les tribus noires sont très-faibles numériquement, ce qui est une suite nécessaire de leur genre de vie; car à Pezception des Chillouks et des Baris, toutes sont nomades. Comme elles possèdent de nombreux troupeaux, il leur faut changer de place selon les saisons, et elles ont ainsi besoin d'avoir devant elles de vastes étendues de pâturages. Il est bien connu que la vie purement pastorale, à plus forte raison la vie errante des peuples chasseurs, est contraire au développement de la population.

Lorsque commence la saison des pluies, on voit toutes les tribus se diriger vers Pintérieur où elles trouveront des places favorables pour y semer un peu de doura, où les forêts leur fourniront des fruits sauvages en abondance, où les troupeaux auront de l'herbe à satiété. Aussi cette époque de l'année estelle pour les nègres un temps de liesse, comme pour les pâtres de la Suisse et du Tyrol ce qu'ils nomment VAlpenzeit, le temps du pâturage. Et ils nomadisent ainsi dans les hautes terres jusqu'à ce que la sécheresse les oblige de se rapprocher du fleuve, où ils se construisent avec des roseaux et de la bouse de vache des huttes qui sont leurs abris temporaires.

Prise dans son ensemble, la population noire du haut Nil, à partir du 12« degré de latitude où nous en avons marqué la limite, forme quatre grandes divisions distinguées par leurs idiomes, quoique ces idiomes paraissent être sortis originairement d'une même souche. Ce sont :

I® Les Chillouks, race purement nègre qui habite sur la rive gauche ou occidentale du fleuve, jusqu'au Bahr el-Ghazal. A l'ouest, ils confinent au Kordofân et aux Arabes nomades. Physiquement, ils sont fort inférieurs aux peuples du Sud; mais seuls de toutes les populations du haut Nil, ils sont réunis sous l'autorité d'un mak ou chef unique, et cette unité leur donne une force que ne possède aucun de leurs voisins. Aussi se sont-ils faits respecter des Turks égyptiens. Ils sont à la fois pasteurs et agricoles. Leur langue, quoique distincte, a beaucoup de rapport avec celle des Dtnka.

2* Les Nouèrs habitent au sud des Chillouks, en grande partie à la droite du fleuve Blanc. Leur territoire commence

au Sobat inférieur, dont ils occupent les deux rives. C'est une race belliqueuse, que tous ses voisins redoutent, et où les Turks n*osent pas vbnir chercher des esclaves. Ils cultivent beaucoup de doura. Us sont grands, vigoureux, bien découplés, et beaucoup d'entre eux présentent une coupe de physionomie tout à fait européenne. Leur organisation est patriarcale au plus haut degré ; chaque famille forme un village distinct, dont le chef a le titre de beng-^id , ce qui signifie le grand seigneur. Chez eux comme chez tous les autres peuples de ces cantons, les hommes vont à peu près nus; les jeunes filles et surtout les femmes sont un peu plus vêtues, bien qu'au total eUes soient beaucoup plus soucieuses de parures que de vêtements. Une de leurs grandes idées de la beauté féminine , indépendamment du tatouage, est de se percer la lèvre inférieure, ou même les deux lèvres, et d'y fixer un cylindre de bois d'un ,demi-pouce de diamètre. La langue des Nouèrs , comme celle des Chillouks, a de nombreux rapports avec le dtnka, et la plupart comprennent ce dernier idiome.

3* Les DînJca. Des diverses nations du haut fleuve Blanc, celle-ci est la plus étendue. Au nord, son territoire commence vers le douzième degré de latitude, et il remonte au sud jusqu'aux environs du cinquième degré. Au-dessus du Sobat, ils bordent la droite du fleuve Blanc, qui les sépare des Chillouks; depuis le Sobat jusqu'à une trentaine de lieues audessus du lac Bahr el-Ghazal, récipient de la rivière du même nom, ce sont les Nouèrs qui bordent le fleuve, et le territoire dînka est le plus avant dans les terres ; au-dessus des Nouèrs, les Dînka reprennent possession de la vallée du fleuve et en occupent les deux rives.

Les Dînka se partagent en un grand nombre de peuplades particulières, qui se rattachent entre elles par une langue commune. La race est très-belle et de haute stature ; les tailles de six pieds sont très-ordinaires. Ceci rappelle ce que disent plusieurs auteurs anciens de la stature élevée des Éthiopiens. Leurs traits, quoique marqués du type nègre, sont comparativement réguliers et leur physionomie prévenante. Leur caractère est moins sauvage et leurs habitudes sont moins rudes que chez la plupart de leurs voisins.

40 Les Bari occupent les deux côtés de la vallée au-dessus des Bors et des Elyabs, les deux tribus les plus méridionales des Dînka. Ici le pays s'est élevé et les marais ont tout à fait disparu. De belles forêts régnent aux deux côtés du fleuve. Les

Bari ont des habitations fixes et vivent principalement des produits qu'ils tirent du sol. C^est là qu'est situé Gondokoro, (par 4 degrés 42 minutes 42 secondes, latitude nord, sdon le P. Knoblecher), dont les relations européennes ont fait un des noms les plus connus de l'Afrique. A sept ou huit heures audessus de Gondokoro, le fleuve forme une' grande lie dans laquelle se dresse le mont Logvek ; et bientôt après commence une suite de rapides que jusqu'à présent les Européens n'ont pas dépassés.

A l'est des Bari est le territoire des Béri, dont les premiers villages sont à trois journées de Gondokoro, vers le sud-est. Leur langue parait être un dialecte du dtnka. A Touest des Bari sont les Yang-Bara, à six jours de Gondokoro, vers le / sud-ouest. Le premier Européen qui les a visités est le missionnaire Morlang, en 1859. Ils parlent une langue particulière. Le pays est montueux et a de beaux sites. Plus à l'ouest encore sont les Makara (ou Makaraka) que Ton désigne comme Nyam-nyams ou anthropophages. #

Ces derniers peuples, les Bari, les Béri et les Tang-Bara * sont les plus avancés dans le sud que, jusqu'à ce moment, les Européens connaissent.

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