CONGO. GABON
Us ont été ainsi conduits à dresser, pour le Congo, une carte particulière dont nous avons ici la réduction, accompagnée d'un mémoire critique qui est une véritable histoire géographique, et cartographique tout à la fois, de cette contrée de TAfrique australe où jusqu'à présent si peu d'observateurs européens ont pris pied. La liste des documents consultés n'en estpas moins très-considérable. Parmi ces documents, néanmoins, il en est un que les auteurs de la carte n'ont pas connu et qu'il est particulièrement intéressant de rapprocher de leur propre travail : c'est la carte du CoDgo construite en 1 824 par M. Dufour (un habile dessinateur, élève de feu le colonel Lapie), sous la direction de M. Walckenaer, pour les tomes Xin à XV de l'/fiftùire des voyages que ce savant académicien avait entreprise et qui n'a pas été terminée.
Dans le même numéro des Mittheilungen, M. Petermann peut enfin donner des nouvelles de l'aventureux voyageur hongrois Ladislaùs Magyar, dont on a depuis deux ans et demi une curieuse relation (premier volume) de Tintérieur du pays d'Angola, et dont on n'avait plus entendu parler depuis lors. Ladislaùs, qui est toujours en Afrique, où il a tout à fait adopté la vie des indigènes, annonce l'envoi en Europe de la suite de ses voyages. Leur publication nous donnera une occasion naturelle de revenir sur ses courses antérieures, et d'en apprécier la valeur scientifique.
§ 5. Le Gabon.
2&. Voyages et aventures dans TAfrique équatoriale. Mœurs et coutumes des habitants; chasse au gorille, au crocodile, etc., par Paul du Chaillu. Avec illustrations et carte. Édition française revue et augmentée *. Paris, 1863 (novembre 1862), grand in-8, vui-546 pages. (Michel Lévy frères.)
1. L'original anglais de la relation de M. du Chaillu a été publiée à Londres y en 1861.
25 his. P' H. Barth. Analyse der Reisebeschreibung du Chaillu*», und genauere Betrachtung des in derselben enthaltenen geographischen Materials (Analyse de la relation de du Chaillu; examen attentif des matériaux géographiques qu*elle contient). Dans la Zeitschrift fur allgemeine Erdkundej n" 96» juin 1861 , p. 430-467.
26. Vivien de Saint-Martin. Sur l'Afrique équatorîale de 4u Cbaillu. Deux articles, dans*le journal le Temps, 23 septembre et 14 octobre 1861.
26 his. Ricb. Burton. Ethnological Notes oo M. du ChaiUu^s Explorations and Adyentures in equatorial Africa. ^Transactions of the ethnolog. Soc. vol. I, new séries, 1861, p. 316-326.
27. Augustus Petermann. Die GalTun-Lânder im aequatorialen Afrika, im Jahre 1862. Bemerkungen zu der kartographischen Darstellung der Routen du Chaillu's, 1856-1859; und der franzôsischen Aufnahmen, 1849-1861 (Les terres du Gabon, dans TAfrique équatoriale, en 1862. Remarques sur le tracé cartographique des routes de du Chaillu, 1856-1859, et sur les reconnaissances des officiers français, de 1849 à 1861). Dans les Jftltheilungenj 1862, n» 5, mai, p. 179-181.
Peu de relations ont soulevé à leur apparition d'aussi vives controverses que celles de du Chaillu. C'est de l'Angleterre que sont parties les attaques. Ces attaques, il faut le dire, n'ont pas eu toujours un caractère exclusivement scientifique; la personne du voyageur a été plus souvent mise en cause que son ouvrage. Les imputations, quelle qu'en fût la source , ont été trop passionnées pour rester justes , et un examen froidement impartial (n"" 26) a pu rendre raison, en montrant qu'il n'atteint pas le fond du livre , du désordre qu'on peut réellement reprocher aux premiers chapitres de la relation. Ce défaut a du reste été corrigé dans l'édition française. Les nombreuses collections d'animaux de toutes sortes et de dépouilles de gorilles que le voyageur a rapportées ne sont-elles pas , d'ailleurs , une démonstration palpable de la réalité de ses courses? On en a contesté l'étendue ; le docteur Barth , le grand explorateur du Soudan, habitué à la régularité d'un journal minutieusement exact, n'a pu sortir de la fâcheuse impression du désordre que présente une portion du récit, et
dont il ne 8*6St pas expliqué la cause (n<» 25 bis); mais Tautorité prépondérante dans des questions de cette nature, Téminent directeur des MUtheilungent M. Augustus Petermann, en rapportant les itinéraires de du Ghaillu à une carte spéciale qu'il a construite à cet effet (q<* 27), a bien fait voir parla meilleure des démonstrations , la démonstration graphique, dans quelle mesure réelle doivent être rectifiées les données de la relation.
Deux raisons supérieures aux étroites préoccupations de la polémique ont soutenu du^Chaillu contre les attaques dont il a été Tqjet. D*abord, et c'est là une raison toute-puissante près de la masse du public, la lecture du livre offire un tr^grand intérêt, non pas seulement un intérêt géographique ou dlûstoire naturelle , mais un intérêt plus saisissant et plus général pour tous ceux qui recherchent dans des récits de ce genre l'attrait des grands tableaux au milieu d'une nature sauvage , des scènes nouvelles, des populations inconnues, des aventures singulières racontées avec une simplicité qui inspire la confiance. En second lieu , les récits du voyageur nous placent sur un terrain tout à fait nouveau au point de vue géographique. Nonseulement nous n'avions jusque-là aucune relation des pays du Gabon , mais aucun Européen ne s*y était éloigné des côtes. Ce coin de la carte d'Afrique (100 lieues environ du sud au nord , sur une profondeur de 20 à 30 lieues au moins) était complètement vide ; à peine connaissait-on par les rapports des gens de la côte les noms d'un certain nombre de peuplades intérieures. Il y avait donc pour la science une importance considérable à décider si les récits du voyageur étaient ou non dignes de confiance, et c'est , pour notre compte , à ce point de vue surtout qu'à l'apparition de l'édition anglaise nous avons examiné le livre en lui-même, d'après les éléments d'appréciation que fournit sa seule lecture, sans parti pris d'aucune sorte, sans nous préoccuper de la polémique qui commençait
à s'engager dans les journaux de Londres. Nous avons été heureux plus tard de voir notre jugement confirmé par celui du docteur Petermann, et nous croyons parfaitement équitable l'appréciation que nous avons faite il y a six mois du livre et de l'auteur, comme rapporteur de la commission spéciale désignée par la Société de géographie pour le jugement du concours à son prix annuel. Les membres de la commission avaient entendu les explications de M. du Chaillu lui-même au sein de la Société.
Qu'on nous permette de citer quelques passages de ce rapport :
< M. du Chaillu n'est pas un explorateur dans le sens élevé du mot , et probablement l'idée de reconnaissances géographiques n'entrait que très-peu originairement , si elle y était pour quelque chose^ dans les motifs qui le conduisaient (en 1856) aux rives du Gabon. L'objet du voyageur était de battre les forêts où vit le redoutable gorille parmi d'autres tribus de quadrumanes ^ et d'en rapporter des collections d'histoire naturelle. Avec quel succès ce but a été atteint, nul ne l'ignore. Mais une fois lancé au milieu de ces contrées vierges, l'intrépide chasseur a senti poindre et grandir en lui l'ambition de l'explorateur. Il a voulu prendre rang dans la phalange de ces hommes qui depuis vingt ans se sont ouvert tant de routes nouvelles à travers les parties jusqu'alors inaccessibles du continent africain. Il a observé, il a interrogé, il a pris des notes, il a tenté de pénétrer au loin dans l'intérieur. Si ses observations , dépourvu qu'il était de toute espèce d'instruments , n'ont pas la précision qu'on serait en droit d'exiger d'un voyageur placé dans d'autres conditions, il a du moins le mérite, en exposant simplement ce qu'il a vu, de donner une idée générale, que nous croyons fidèle, de la nature du pays et de ses grands traits physiques. Le champ qu'ont embrassé ses courses est vaste ; il s*étend à deux degrés au sud , et autant à peu près au nord de
réquatenr. Cette contrée, où 8*ouYre le large estuaire qu'on appelle le Gabon , vers Textrémité nord de cette partie de la c6te occidentale d'Afrique qui commence aii golfe de Bénin, n'avait encore été visitée par aucun Européen; les courses de du Chaillu sont une première tentative, qui, nous l'espérons, appellera des études plus précises sur une des régions les plus intéressantes de l'Afrique.
« Ce qu'on ne peut refuser à M. du Chaillu , c'est une sagacité et un don naturel d'observation qui nous ont valu de très-bonnes remarques sur les diverses tribus du pays. Après l'histoire naturelle , c'est principalement par le c^té ethnographique que sa relation se recommande, malgré le désorcbre re^ettable que l'inexpérience de l'écrivain a jeté dans les premières parties. »
S 6. Lettre sur Corisco et le Gabon , écrite de Coriaco par un missionnaire
américaio, 9 décembre i8Gl.
Dans Tétat actuel de nos connaissances sur les parties de l'Afrique équatoriale qui avoisinent le Gabon, les extraits suivants d'une lettre écrite par un des missionnaires américains de la station de Corisco , et que nous trouvons dans le New-York Colonisation Journal^ n* 136, avril 1862), ne seront pas sans quelque intérêt.
c Une chose qui frappe le voyageur familiarisé seulement avec la géographie politique des parties plus septentrionales de TAfrique, et qui semble particulière à la côte qui se prolonge au sud des monts Camerouns, c^est la multiplicité de petites tribus entre lesquelles la population se partage, et la diversité de leurs idiomes. A Tintérieur de la Côte-d'Or, et plus avant vers Test, nous trouvons des nations considérables plus ou moins resserrées dans les liens d^une organisation politique, telles que les peuples d^Acbanti, de Dahomey et de Yoruba; et c'est par centaines de mille ou par millions que se compte la population de ces contrées. Mais au sud des Camerouns, les tri-
fous Bont petites et n'ont que peu ou point d'organisation politique. Dans un intervalle de k degrés de latitude, depuis le a* degré N. jusqu'au 3> degrë S.- de l'ëquatenr, on ne compte pas moins de neuf tribus différentes parlant sis langues distinctes, et la popalstiOD d'aucune de ces tribus ne dépasse k ou 5000. Trois de ces langues ont été écrites par les missionnaires américains, et on peut les étudier dans des liTres imprimés; une autre, quoique seulement parlée dans l'intérieur, a été en partie' écrite et on n'en a rien imprimé. Los autres langues parlées sur la cAte sont plus ou moins comprises par les mission-
• Ces langues ont, à la vérité, plus d'un point qui lenr est commun, mais en même temps une grande diversité. Cette diversité est telle, que ceux qui parlent nn idiome ne comprennent quelque chose des autres que s'ils les ont appris. En s'avançant dans l'intérieur, on trouve les tribus et les langues plus nombreuses encore que sur la cOte. Dans l'intervalle de 4 degrés mentionnés ci dessus, il 7 a cinq rivières considérables qui débauchent k la mer : le Naiareth, près du cap Lopez ', le Gabon un peu au nord de l'équatcur, le Moûnda et le Moùni qui débouchent dans la haie de Corisco, et enfin la Bonita (Rio Benito) un peu au H. du cap San-Juan. La première de ces cinq rivières (le Naiarelh) n'a encore été que peu explorée ; néanmoins on ; connait au moins trois, tribus parlant autant de langues différentes'. Le Gabon, qai a été exploré à peu près entièrement dans sa partie navigable, aquatre tribus*, dont deux lui sont communes avec le Nazareth. Le Moûnda a quatre tribus. Le Moûni, qui a été plus complètement exploré qu'aucune des autres rivières', a huit tribus sur ses bords 00 répandues dans le pays qui' forme son bassin. Sur la Bonita, la moins
1. Le missionnaire aurai! dû nommer aussi le rio Feman-Vaz, qui couleaii tudduNazarelti, entre le l*'el lel'dagré de lal. S. 11 est vrai que c'esl seulement à la relation de du Cliaillu qua l'Europe doit une nolion parliculiÈre du Fernin'I-Va/, dont on ne connaissait guÈre jusqu'alors que rembouchure.
I. Du Cbaillu, et d'autres inrormatioos concordantes, ea caminenl un beaucoup plus ^rand nombre , mais sur les parties supéiieures de. la rivière, qui porte alors le nom d'Ogobat. (Bid.)
3. Sans doiile les U'Pongral.lei Chékianis, les BakaLsI et les Paboulii ou Fins. (néd.)
i. Par les missionnaires américains. La carte de du Cbaillu y fournil les noms de sept tribus ou peuplades. (R^d.)
explorée de tontes, on ne eonnatt avec certitude que deux tribus. Aueiine de ces riyières n'a un cours trôs-étendu ; il n'en est peut-être aucune dont les sources soient à S50 milles de la mer *. Getle extrême division des tribus est un grand obstacle pour la rapidité des explorations.
c Les tribus les plus civilisées au voisinage de Téquateur sont les MTongvaï du Gabon et les M'Benga de la baie Corisco ; les premiers ont des missionnaires depuis près de vingt ans, les derniers depuis onze ans seulement. La mission américaine du Gabon fut établie en 184S'. Les MTongvaï étaient alors une des tribus les plus importantes de la côte ; aujourd'bui cette tribu décroît rapidement en nombre et en prépondérance, par suite des vices que le contact des traitants y a répandus, l'ivrognerie, notamment et tous ses excès. Il n'y a peut-être pas d'exagération à dire que depuis douxe ans le nombre des M'Pongval a diminué de moitié.... »
S 7. Bibliographie rétrotpecllTe de la région da Gabon.
Comme la géographie du Gabon, sur laquelle l'attention ne s'est sérieusement portée que depuis la publication du livre de M. du Chaiilu, est encore dans ce qu'on peut appeler sa période de formation ^ nous croyons qu'il ne sera pas inutile de réunir ici une indication aussi complète que possible des données, tant géographiques qu'ethnographiques, jusqu'à présent acquises sur la contrée littorale qui commence vers le 2* degré de latitude sud et qui s'étend au nord vers le fond du golfe de Bénin. Nous n'avons pas compris dans ce relevé bibliographique bon nombre de notes purement commerciales répandues dans l'ancienne Revue coloniale. Nous suivons Tordre chronologique des publications.
1819. J. E. Bowdicb, Mission from Cape Coast Castle to tbe Âshantee. London, 1819, in-^.