‹ L'Année géographiqueChapitre 24 sur 236 · Zeitschr, der deutsch. MorgerU, Ces. VIII, 1854, p · texte numérisé non relu

Zeitschr, der deutsch. MorgerU, Ces. VIII, 1854, p

contrées littorales qui avoisînent le Gabon. On trouve à ce sujet de curieux détails dans l'introduction de la 'grammaire m*pongwt de 1847 que nous avons mentionnée tout à l'heure dans notre bibliographie de Gabon ; et comme ce livre est chez nous d'une extrême rareté, on nous saura gré saus doute de traduire ici les quelques pages qui touchent directement à notre sujet actuel.

« Le m*pongwi, disent les missionnaires, est un dialecte de TAfrique occidentale qui se parle aux deux côtés de la rivière du Gabon, au cap Lopez, au cap Sainte-Catherine, et dans l'intérieur jusqu'à la distance de 2 à 300 milles. Il appartient à une famille de langues qui domine sur toute la moitié méndionale du contiuent africain. Il es) allié, d'une manière plus ou moins intime à tous les dialectes qui régnent vers la côte occidentale de TAfrique du Sud, au betchouâna, au kâfre, au zoulou et aux autres dialectes de l'Afrique australe, ainsi qu'aux langues de Mozambique et de Zanzibar sur la côte orientale; mais il n'a, que l'on sache, aucune affinité avec les langues plus septentrionales '. Les différents membres de cette grande famille de langues diffèrent beaucoup entre eux comme dialectes parlés, mais ils conservent assez des traits originaux qui les caractérisent pour que Ton ne puisse avoir de doute quant à leur commune origine. Des causes de diverses sortes ont concouru à produire ces différences entre les dialectes de cette nombreuse famille : l'absence de l'écriture, la vaste étendue de la région où les différentes tribus sont établies, la diversité de leur geure de vie, l'absence de grandes dominations politiques; et, en particulier, les rapports que les peuplades indigènes ont eus depuis longtemps avec diverses nations étrangères, auxquelles elles ont dû nécessairement emprunter un grand nombre de mots.

c Les populations voisines de la côte occidentale ont largement emprunté au vocabulaire portugais; celles qui avoisinent le cap de Bonne-Espérance, au hollandais et k l'anglais ; celles de la côte de Mozambique, au portugais et à Madagascar ; et

1. « Âvecles langues qui se parlent au nord des montagnes de la Lune, B dit le missionnaire. Mais il faudrait d'abord savoir d'une manière un peu certaine où sont les montagnes de la Lune. Néanmoins, ni l'expression est vague, la pensée se comprend.

enQn les tribus littorales situées plus au nord, en tirant vers réquateur, ont emprunté à Varabe aussi copieusement que les autres aux langues européennes.

c Malgré cette intrusion de mots étrangers, les dialectes aborigènes n^en gardent pas moins leur vocabulaire et leurs formes grammaticales .sans modifications essentielles, et ils montrent plus d'affinités entre eux qu^on ne l'attendrait de tribus barbares entièrement séparées les unes des autres et sans aucune espèce de relations.

« Rien, peut-être, n'a plus contribué à conserver ces ressemblances générales que le caractère particulier et la structure des langues elles-mêmes.

c Leur structure générale a une telle régularité, elle se fait remarquer partant d'exactitude et de précision, par un tel degré d'ordre et d'arrangement philosopbiqun, qu'il faudrait une bien longue période et de bien grands changements dans la condition extérieure des peuples pour apporter un changement essentiel dans les traits dominants qui caractérisent leurs idiomes.

f Parmi ces différents dialectes, il n'en est pas qui montrent des rapports plus intimes que le m'pongwî de la côte occidentale et le saouahîli * de la côte orientale, tous les deux presque sous le même parallèle. Voici quelques-unes des ressemblances qu'on peut signaler dans le vocabulaire des deux langues :

''rançais.

M'pongwî.

Saouahtli.

terre

intyé

intyé

habitation

kompindi

koupanda

face

ozyo

ozo

langue

oîémé

olimi *

yeux

antiyâ

matiyo

dents

anâ

mano

épaule

ivéga

béga

chien

mboa

mboa

porc

ngôoua

ngoulououé

chèvre

mboni

mbozi

singe

nkéma

kima

abeille

niyôoué

niyouké

aujourd'hui

lélâ

léâ

1. Le missionnnaire écni touàhili (sowhylee) ou souahéré (s\( aliere). Sur ce nom et sa Téritable forme, on peut voir notre remarque précé dente, p. 39.

Frtoçais.

M'poogwt.

Stooahnt.

un

mari

mâdja

deux

mbani

mbiri

trois

taro

tatou

quatre

naï

né ou iné

cinq

tani

tani

huit

nanaï .

nani

tous ou tout

yodou

yoté

mauvais

mbé

bébaï

moi

mié

mié

lui

yë

yéyé

qui

mandé

nané

rôtir

ko-pika

ko-pika

tomber

koua

kouangouka

payer

pé

nipé

aller

kenda

nenda

laisser

tiga

ouiga

parler

kamba

kouambié

envoyer

toma

touma

dormir

nana

tala

SI

« Si Ton faisait entrer dans la comparaison d'autres dialectes de la côte occid'întale voisins du Gabon, on verrait que plus d*un quart des mots saouahllis sont les mêmes que dans ces dialectes ou en diffèrent très-peu.

« Des affinités analogues peuvent être signalées, quoique dans une proportion moindre, entre le m'pongwl et les dialectes méridionaux de TAfrique australe, y compris la langue de Mozambique, comme on peut le voir par les exemples suivants :

Françai».

M>)ngwf.

Bctdiouana.

Kàfre. Mozambiqae.

salutation

bolo

boro

boulisa

antilope

nkambi

khama

père

réra

rare

pluie

moula

poula

mvoula

enfant

onwana

kouanaghé

ouniana

regarde

vona

bona

lève -toi

nongoua

tonghéni

à lui

ko-yé

kouyé

venir de....

vila

vêla

tout

yodou

yoké

avec lui

n*ayé

nayé

Fnoçais.

M'poBgwt

Betcbouana.

Kàfre.

Xonmbique.

lachfisse

boata

boazë

mon enfant

onwana ouam

niana ouam

tomber

posoaa

posoaa

enseigner

nendja

nenza

faire

djandja

djendjalona

une chose

ëza

izinto

entre (verbe) djinghina

ghina

trois

tare

tliarro, et bararro

atatoa

batatou

dix

igomi

sjoumé

soumi

koumi

dent

anà

mëno

méno

porc

ngoa

ngou

gonroué

homme

m'tou

m'toa

moontou

eau

madjim

mazi

madji

c La structure grammaticale de ces différents dialectes ne montre pas moins d'affinités que leurs vocabulaires, et les particularités en sont si frappantes qu'on ne saurait avoir le moindre doute sur leur identité originaire.

« Mais toute analogie disparaît quand on rapproche ces langues de la famille du sud de celles des races nègres au nord des montagnes de la Lune'. Il' est impossible d*imaginer une dissemblance plus complète. Les idiomes du nord sont caractérisés, en général, par un nombre excessif de sons durs, inarticulés, soit nasals, soit gutturaux, par un nombre trèslimité d'inflexions, par le manque de précision dans Texpression des idées, par Tabsence d'arrangement dans leurs lois grammaticales, par une très-faible puissance d'expansion; ceux du sud, au contraire, si l'on peut prendre le m'pongwt pour exemple, se caractérisent par les traits précisément inverses. Comment un peuple sans culture, tel que les tribus du OaboD, a-t-il pu posséder une langue si belle, d'un caractère si philosophique? C'est une question à laquelle il n'est pas aisé de répondre.

t La langue m'pongwî n'avait jamais été écrite jusqu'à 'ces dernières années. Le peuple n'avait aucune idée de ce que c'était qu'une lettre, et cependant tous les principes de leur

1. Nous ne répéterons pas l'obserTation que nous avons faite tout à rbeure sur rimpropriété de cette expression.

grammaire, si compliqaës qa'ils soient, se sont conseryës sans la moindre déviation, i

Les détails que Fauteur ajoute se rapportent au caractère et aux dispositions intellectaelles des M'poDgwts. Ils n'ont aucune tradition d'oCi l'on puisse inférer que leur origine se rattache à un peuple plus ciyilisé. Depuis plus de deux cents ans ils servent d'intermédiaires dans le trafic qui se fait entre les tribus intérieures et les navires européens. Os se montrent dans toates leurs transactions très-fins, très-rus^, et ils ne se laissent ûsément refaire ni par les blancs, ni par les autres noirs. Leur esprit est vif, et leur imagination singulièrement active; bien quUls n'aient pas la moindre idée d'une littérature écrite, ils possèdent une foule d'adages, de proverbes, de fables, d'histoires qui se transmettent par tradition, et que souvent ils passent de longues heures à écouter ou à raconter.

Cet ensemble de recherches et d'études sur les peuples et les langues de l'Afrique australe, si incomplètes qu'elles soient encore sur une foule de points de détails, n'en a pas moins donné une face nouvelle à l'ethnologie de toute une moitié de TAfrique. L'œil et la pensée peuvent embrasser déjà d'un regard assuré au moins les grandes divisions et la distribution générale des races du Sud, là où naguère encore tout était vague et confus. Nous voyons clairement qu'une seule et même race occupe une grande partie de la côte orientale, depuis les environs de l'équateur jusque vers le trentième parallèle sud, bien que cette race n'ait pas d'appellation générale qui lui soit propre, et qu'elle ait reçu des Arabes deux dénominations bien distinctes : au nord, celle d.e Saouâhiiis ou habitants des côtes; au sud, celle de Kâfirs ou mécréants, ce dernier nom distinguant les tribus qui n'avaient pas accepté l'islam des peuples qui ^ s'étaient faits musulmans. Tous les Saouâhiiis reconnaissent la loi de Mahomet. Au point de vue physique, cet ensemble de peuples, Saouâhiiis ou Cafres, présente les caractères évidents d'une race métis. On y reconnaît l'élément nègre à différents degrés, et, sur ce fond africain

plus OU moins effacé, plus ou moins dominant, l'empreinte d'une race supérieure qui Ta relevé et ennobli. Quelle est cette race adventice? A quelle époque remonte son immixtion au sein des peuples noirs aborigènes? — ce sont là des questions auxquelles il est difficile, auxquelles il serait imprudent peut-être de répondre dès à présent. Quelques lueurs encore bien indécises peuvent jaillir çk et là du sein des ténèbres ; mais il faut attendre que la suite des recherches et des explorations commencées ait apporté de nouveaux faits, ouvert de nouvelles vues, dégagé de nouvelles lumières. Il n'en importe pas moins de recueillir avec soin et de coordonner tous les indices qui pourront servir un jour à résoudre cette grande question d'histoire ethnologique. Si, par exemple, on reconnaît dans les vocabulaires des tribus cafres beaucoup de mots qui soient évidemment berbers, il y a là un indice qui est au moins de nature à éveiller l'attentioti de l'ethnologue, et à appeler de ce côté une étude particulière. Quoique M. Krapf n'ait reconnu aucun rapport direct entre la langue galla et les langues du sud, c'est un sujet d'examen qui n'est pas épuisé. On sait d'une part qu'un philologue anglais, M. Newmann, a signalé dans la galla des traces notables de berber, et d'une autre part, outre les raisons qui se peuvent tirer de la connexion géographique, M. Krapf rapporte lui-môme une légende saouâhill qui ferait descendre de deux frères les Saouâhilîs et les Gallas. On sait ce que valent ces sortes de tra-^ ditions légendaires chez les peuples primitifs ; dans plus d'un cas, cependant, on y a pu reconnaître la trace d'un lointain souvenir que l'histoire elle-même a quelquefois consacré.

Quoi qu'il en soit de l'avenir de ces questions, on voit quels horizons nouveaux les récentes explorations de l'Afrique australe ouvrent à la science, et combien les faits qu'elles y apportent agrandissent de ce côté le cercle des études historiques.

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