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Tome III, p. 267 et suiv

3. Les aperçus de Marsden sur l'analogie des langues du Congo avec les langues cafres et l'idiome de la côte de Mozambique, sont déposés dans une lettre qui fait partie des instructions remises en 1816 au oapitaine Tuckey pour l'exploration du Zaïre ^ et surtout dans ses remarques ultérieures sur les vocabulaires recueillis par l'expédition : Narrative of an Expédition to explore the river Zaire, p. 386, 388. Lond., 1818, in-4.

à une étude tout à fait spéciale des peuples et des langues de l'Afirique du Sud, joint l'avantage d'avoir examiné personnellement, dans notre colonie de llle Bourbon, un très-grand nombre d'esclaves africains originaires de toutes les contrées de l'Afrique australe. M. Gabelentz, comme M. de Froberville, fait parfaitement ressortir, par des rapprochements caractéristiques, l'analogie fondamentale, aussi bien dans le mécanisme grammatical que dans le vocabulaire, des principaux groupes de langues de TAfrique méridionale, représentés par les langues du Congo, par le sétchouana, qui est la langue mère de ce qu*on nomme la race cafre, et par le saouahili, qui est la langue des tribus littorales en remontant au nord depuis la côte de Mozambique ^ M. de Froberville n'est pas moins explicite. Après avoir mentionné une douzaine de tribus qui habitent depuis là baie Delagoa (latit. 26° S.) jusqu'à la hauteur de l'île Monfia (latit. 8° S.), et qui s'étendent sur certains points jusqu'à près de cent cinquante lieues dans rintérieur, il ajoute : « La comparaison de la langue des Souhàilis * avec celle des diverses nations que nous venons d'énumérer démontre que toutes parlent des langues sœurs; et en rapprochant ces idiomes du sétchouana et des langues parlées sur la côte occidentale, on reconnaît qu'ils sont dérivés d'une source commune. » M. de Froberville dit encore : c II est désormais incontestable que toutes les langues parlées en Afrique, à partir des en-

1. H. c. von der Gabelentz, Ueber die Sprache der Suàheîi, dans le journal de la Société orientale d'Allemagne {Zeitschrift der DeuU schen morgenlândischen GeseUschaft)^ 1. 1, 1847, p. 238. Un autre phi< lologue d'une grande autorité . dont les travaux se sont particulièrement dirigés sur les analogies étymologiques, le professeur Pott, s*est exercé sur le même thème. Son mémoire , qui est imprimé au tome II du même journal, p. r> (1848). a pour titre : Verwandtscliaftliches VerhàltnUs der Sprachen von Kaffer-und Kongo-Stàmme unter einander,

2. Ou Saouahtli. Sur ce peuple et son nom, voy. ci-dessus, p. 39.

virons de l*équateur jusqu'au cap de Bonne-Espérance (celle des Hottentots seule exceptée), appartiennent à une seule et même famille. > L'auteur, enfin, rend ce juste hommage aux missions africaines, en même temps qu'il exprime un vœu qui est maintenant en partie réalisé : « Vienne l'étude approfondie des traditions et des mœurs de ces tribus dans leur patrie, et l'on peut prédire que le tableau dont l'œil suit déjà l'esquisse première ne fera que s'enrichir de détails plus arrêtés et de nuances plus accentuées. C'est aux courageux missionnaires qui portent l'Evangile au milieu des nations barbares et dotent les sciences de tant de connaissances nouvelles, qu'il appartient de dévoiler un jour les mystères de la géographie de l'Afrique. Sans leurs fervents travaux, nous ne saurions rien des pays et des peuples de l'Afrique australe; sans leur aide patiente, nous ignorerions en grande partie les curieux idiomes, les mœurs singulières et l'origine des nations qui vivent sur le littoral oriental et dans l'intérieur du continent africaine »

Les publications du D' Krapf sur les langues de l'Afrique n'ont pas seulement confirmé ce fait si remarquable de la parenté originaire des langues de l'Afrique tropicale du Sud, elles en ont encore étendu l'application. Nous avons déjà dit quels services l'éminent missionnaire a rendus à la géographie de l'Afrique australe. M. Krapf, cependant, n'est ni un savant ni un géographe, dans la stricte acception du mot : c'est un homme instruit, un observateur judicieux, un narrateur exact, et nous connaissons peu de relations qui renferment plus de faits que les rapports simples et concis qu'il adressait, à l'époque de ses longues courses, au comité des Missions de Londres. Il a surtout une aptitude particulière pour l'étude des langues indi-

1. Extrait d'un mémoire de M. Eugène de Froberville sur les langues et les races de l'Afrique orientale au sud de Téquateur, dans les Nouvelles Annales des Voyages ^ février 1847, p. Q16 et suiv.

gènes et les investigations ethnologiques. Ces qualités avaient été fort remarquées dans ses publications sur TAbyssinie; elles se développèrent encore après son établissement sur la côte orientale. Les devoirs de la prédication Tobligeaient de se rendre familiers les idiomes des tribus avoisinantes. C'est une tâche qui est commune à tous les missionnaires; mais cette fois il est sorti.de l'étude de M. Krapf des résultats d'une importance toute spéciale qui en ont encore étendu l'application. Ce qui était constaté déjà pour les tribus littorales qui demeurent au sud du Zanguebar, nous voulons dire l'analogie de leurs idiomes avec la langue des peuples cafres plus 4néridionauXy les études du missionnaire l'ont mis également en pleine lumière pour les tribus du Zanguebar même et de la contrée intérieure qui s'y appuie. Par l'étude pratique de ces idiomes congénères, par des vocabulaires dressés avec soiD% par un bon travail grammatical sur le souahéli', M. Krapf a mieux fait connaître la nature propre de cette langue et ses limites du côté du nord. Familiarisé de longue date avec la langue des Gallas, il assure qu'elle ne présente avec le souahéli aucun rapport essentiel. Un

1. Vocabuîary of six East-Âfrican Lantjuages^ hy the Rev. D' J. Lewis Krapf. Tûbingen, 1850, in-4 de x et 64 pages. Les six dialectes ici réunis sont le kisuâh</li, le kinika, le kik&mba, le kipokômo, le kihiftou et le galla. Sept autres dialectes de la môme région sont signalés par M. Krapf comme appartenant à la même catégorie; mais il n*en avait pas fait un examen assez particulier pour les comprendre dans son travail. Ce sont les idiomes kitelta, kidjagga, kipâré, kisambâra, kiséghedjou, kiségoûa et kimakoûa. Il n'est pas inutile de noter ici la signification du préfixe hij ainsi que d'antres particules formatives qui se représentent dans tous les noms de peuples et de pays de l'Afrique orientale. Le préfixe m, devant un nom propre, indique le singulier; le préfixe oua, le pluriel (chez les peuples cafres, c'est ra ou ha). Ki marque une forme adjective ou dérivée; ou forme le nom du pays. Ainsi Oukâmba est le pays des Ouakâmba, lesquels parlent la langue leikàmba. Un individu isolé est un m'kftmba.

2. Outline afthe Elementi of the kisouahéli lanffuage, with spécial référence ta the ktnika dialect, Tûbingen, 1850, in-8.

autre fait curieux est ressorti de ses études locales. Au delà du Djagga vers l'intérieur, à l'ouest et au sud des montagnes Neigeuses (entre le deuxième et le cinquième degré de latitude australe) habitent deux peuples nombreux, les Masaïs et les Ouakouafis, que leur humeur belliqueuse a rendus très-redoutables aux tribus de Test. M. Krapf a pu étendre ses recherches à la langue des Ouakouafis* [elle est de la même souche que celle des Masais); et non-seulement il a reconnu qu'elle n'appartient pas à la famille souahéli, mais, bien plus, il a trouvé que le vocabulaire offrait des rapports frappants avec l'arabe et l'éthiopien, quoique les grammaires n'aient pas d'analogie. L'infatigable investigateur a consigné ce fait intéressant à plus d'un titre, dans sa lettre déjà citée au professeur Rœdiger*. C'est une tradition chez les Ouakouafis que leurs ancêtres sont venus d'une contrée du Nord; la génération actuelle se souvient encore que les tribus habitaient autrefois aux environs de la montagne Blanche (le mont Kénia), à dix ou douze journées de leur demeure actuelle. On peut juger par là de la vaste étendue des territoires où s'est propagée, au sud de l'Abyssinie, l'action de la race éthiopienne, et de ce qui forme, à bien dire, le domaine propre de cette race du côté des peuples souahélis.

En même temps que les travaux du missionnaire de Mombaz mettaient en pleine lumière les rapports fondamentaux des idiomes de la côte orientale avec les langues câfres du sud , les missionnaires américains du Gabon signalaient des rapports tout à fait semblables dans les dialectes m'pongwls. Les M'pongwis, dont M. du Chaillu parle longuement dans sa relation, sont la principale nation des

1. Il en a fait Tobjet d'ua travail spécial, Voeabulary of the Engutuk Eloikoh, or ofthe Language of ihe Wakuafi-Nation in the interior of Equatorial Aprica, Compiled &y (he Rev. D'J. L. Krapf. Tûbingen, 1854, in-8t 144 pages.

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