RÉGENCE DE TUNIS
ches : c S'il m'a été impossible de parcourir la régence tout entière et en tout sens, au moins en ai-je fait le tour à peu près complet. Sur mon passage, j'ai découvert un certain nombre de bourgs et même de villes antiques considérables qui avaient échappé aux recherches des voya* geurs précédents ; là où j'avais été devancé par des investigations antérieures aux miennes, et où je marchais sur un terrain connu et exploré, j'ai tâché, en l'étudiant avec plus de soin, d'ajouter des documents nouveaux et plus précis à ceux que l'on possédait déjà. Chemin faisant, j'ai recueilli jour par jour, heure par heure, et le plus souvent minute par minute, comme le prouve la suite continue de mon journal, toutes les notes, tous les renseignements, toutes les inscriptions qui pouvaient jeter une lumière plus grande sur la géographie et en même temps sur l'histoire des localités que je visitais tour à tour. > Et le voyageur ajoute, avec une modestie qui l'honore : « Est-ce à dire pour cela que je croie avoir épuisé cette matière? loin de moi une pareille prétention. Ce n'est pas, en effet, en aussi peu de temps que je pouvais seul accomplir une tâche qui demanderait de longues années, des ressources considérables, des fouilles entreprises sur beaucoup de points, et le concours de plusieurs collaborateurs pour être menée à bonne fin.... »
A n'en juger que sur le titre, le livre de M. Davis (n**53) marche de pair avec celui de M. Guérin comme un ouvrage de la même famille; mais cette parité s'évanouit promptement quand on a ouvert le volume. Malgré ses fouilles de Carthage sur la valeur desquelles nous ne pouvons exprimer une opinion, n'ayant pas sous les yeux le volume où il les a décrites S M. Davis n'a évidemment
1. Carthage and her Remains j being an account of excavations and researehes on the site of the Phanieian Metropolis. Lond. 1859. 1 Tol. in-S.
qu*un droit fort médiocre au titre d'archéologue. Ses investigations sont légères, ses discussions superficielles, et le résultat total d'une très-mince valeur. Le fond du livre se compose de ce tissu d'aventiures communes, de parlage insipide et d'incidents laborieusement délayés, qui distingue ce que MM. les touristes appellent leur Personal Narrative. C'est là une chose ai commune dans ces sortes de relations que la critique n*aur&it pas à s'y arrêter, si le titre de celle-ci n'était de nature à produire un désappointement irritant. L'auteur aunât41 voulu, en effaçant autant que possible la cachet sdentîfique, -rendre son livre plus acceptable à la généralité des lecteurs? C'est une prétention énoncée par plus d'un voyageur, mais jamais par un écrivain d'une valeur sérieuse ; car elle ne saurait aboutir qu'à des œuvres bâtardes, que les savants désavouent sans qu'elles aient grande chance d'être franchement acceptées par le gros public. Chaque œuvre doit garder son caractère. Ce n'est pas la science qui éloigne ou attire, c'est la forme sous laquelle on la présente; et en définitive l'attrait d'un voyage scientifique n'est pas l'attrait d'un romanfeuilleton.
La tournée de M. Davis, par son étendue et sa direction, aurait pu être très-fructueuse ; elle se confond en plus d'un point avec la première des quatre grandes excursions de M. Guérin. M. Davis part également de Tunis , coupe obliquement toute la largeur de la régence en se portant au sud-ouest jusqu'à Tébessa ( Thebeste)^ revient de là à l'estjusqu'aMéhédiah sur lacôte (localité qui ne représente pas le site de Tkapsus , comme le croit le voyageur), et de Méhédiah remonte vers Tunis en se tenant à proximité de la mer. M. Davis a rapporté de sa promenade une cinquantaine dlnscriptions, parmi lesquelles il s'en trouve un assez grand nombre également relevées , et , qui plus est, estampées par M. Guérin. Comme ce dernier procédé met hors de toute contestation la fidélité d'un texte , il
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suffit de comparer les copies commuaes aux deux voyageurs pour se former une opinion définitive sur la valeur des investigations épigraphiques du touriste anglais. Il n'y a d'à peu près exactes que les inscriptions qu'il reproduit d'après ses prédécesseurs.
Puisque tout ce paragraphe est consacré à l'archéologie géographique, il ne sera pas déplacé de donner quelques lignes ï un court mémoire que nous-même avoos écrit sur les aocicDS sites de la Tripolitaine (n" tk). Voici k quelle occasion.
Un voyageur allemand , M. le baron de Kraft, après avoir parcouru ( un peu rapidement, nous le croyons ) , quelques parties de la régence de Tripoli ' , avait cru reconnaître que les identifications que l'on a faites des trois principales villes de l'ancienne région tripoHtaine, Sabrala (à Tripoli Vecchio), Oea (à Tripoli), et Leptis magna, plus anciennement jVeojjo/ù (à Lébida), avait cru reconnaître, disons-nous, que ces identifications étaient fausses; et dans une note que des journaux qui comptent dans la scieuce acceptèrent (la Revue arcIUologique et les Mitthei- Itmgen de Petermann), il essaya de réformer toute cette géographie. A première vue, cependant, cette note soulevait des objections qui devaient frapper quiconque est un peufaoïilier avec l'ancienne géographie africaine, sans parler d'erreurs matérielles tout à fait évidentes. Dans le mémoire provoqué par la note de M. le baron de Kraft, M. Vivien de Saint-Martin a montré , textes en main , que les ti'ois identifications contestées sont parfaitement justes et absolument inattaquables. Mais il a fait plus. Reprenant dans son ensemble tout ce que les anciens nous cnt laissé de détails sur la géographie de la Tripolibùne,
I. Voj. 1m notes de son excursion au lome III du Tour du Mt,*de, 1W1 , p. 66.
L'Kiintr. niS:noi*. i. , %
à commencer par Scylaz et en descendant jusqu'au Stadiasme , il a essayé .de coordonner ces données dans un tableau d'ensemble, qui permit d'en embrasser d\in seul coup»d'œil tout à la fois l'accord et les divergences. Quelques localisations nouvelles, au moins très-approximatives, sont sorties de cette coordination, et pour chaque position encore inœrtaine la Imite de l'incertitude s'est trouvée circonscrite dans un faible rayon. L'auteur a expliqué ainsi en terminant la pensée de son travail : c Dans les remarques qui précèdent , j'ai moins voulu proposer des corrections définitives que fournir des suggestions aux futurs explorateurs de la Tripolitaine, et peut-ôtre aussi faciliter leurs investigations par une élaboration préliminaire. Il serait à désirer que l'on eût quelque chose d'analogue sur toutes les contrées qui appellent encore , pour la géographie comparée , les études des voyageurs. »