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phiques» ethnographiques et linguistiques, à ses précédentes publications sur les Bogos, les Mensa, les Habab, les Maria et le Barka. A cette masse de matériaux s'ajoute encore une série complète d'observations météorologiques, ainsi que les travaux botaniques du docteur Steudner, et toute une série de notices géologiques de M. de Heuglin, en grande partie composées de descriptions d'espèces nouvelles. Les territoires qu'arrosent la partie supérieure et moyenne de TAin-Saba n'étaient pas même connus de nom il y a quelques années à peine; aujourd'hui, grâce à cet ensemble de travaux, on peut les compter parmi les contrées de l'Afrique les plus exactement explorées. » Cette appréciation est juste. Quel que soit le résultat final de l'entreprise, il y aura toujours là une page intéressante et neuve, qui aura sa place dans l'histoire des explorations africaines. Jusqu'à présent, les MittheUungen n'ont extrait de ces documents, réservés sans doute pour une publication d'ensemble, qu'un aperçu très-sommaire; mais deux lettres de M. Munzinger, adressées au docteur Barth et imprimées dans le journal géographique de Berlin S donnent une haute idée de la portée ethnographique et historique de ces études du jeune voyageur.

Cependant un grand changement, tout à fait imprévu, allait se produire dans Torganisation et la conduite de l'expédition. D'après les instructions formelles du Comité de Gotha, la mission devait se rendre à Khartoum par la voie la plus directe et la plus prompte, afin de se porter aussi tôt que possible vers le Ouadây, but principal de l'entreprise. Mais M. de Heuglin conçut à Kérèn la pensée d'une pointe en Abyssinie, et, s'il était possible, jusqu'aux contrées encore si peu connues de Kàfa et d'Enaréa situées vers le sud-ouest, se proposant, à ce qu'il semble, de re-

1. Zeittchrift fiir allgemeine frdJkttfide, n* 105, mars 18G2,p. 163- 174, avec une petite carte, et n* 107, mai, p. 356-363.

venir au fleuve Blanc par la vallée complètement inexplorée du Sobat ^ Deux membres de la mission, le docteur Steudner et M. Schubert, se joignirent à M. de Heuglin. Un tel circuit, auquel ce dernier était mieux préparé que personne, j)ouvait certainement avoir un grand et sérieux intérêt, et se serait rattaché dignement à Tensemble de ^expédition. Mais il dérangeait toutes les combinaisons du Comité, qui s'en est montré, ainsi que Topinion publique en Allemagne, très-sérieusement ému. Une dépêche fut immédiatement expédiée à Kérèn, afin de prévenir, s'il en était temps encore, cette déviation au plan primitif. La lettre ne trouva plus M. de Heuglin dans le pays Bogo. Sur cette nouvelle, on prit sur-le-champ à Gotha, — un peu ab irato peut-être, — une résolution dont on conçoit les motifs, en présence de la responsabilité morale qui pèse sur le Comité, mais qui , nous le croyons, n'en est pas moins regrettable. La conduite de l'expédition, retirée à M. de Heuglin, fut transférée à M. Munzinger. A la distance où nous sommes, nous ne pouvons apprécier en pleine connaissance ni les motifs ni les circonstances de cette petite révolution; mais nous n'oserions affirmer qu'elle aura été sans influence sur la suite de l'entreprise. Avant d'accompagner plus loin M. Munzinger et les deux autres membres de la mission qui étaient restés à Kérèn (M. Kinzelbach et M. Hansal), il nous faut mentionner une adjonction subsidiaire que l'expédition avait reçue, dans le temps précisément où se passaient les incidents que nous venons de raconter.

Un naturaliste qui avait parcouru une partie de la haute Nubie en 1860 et 1861, M. Moritz de Beurmann, offrit au Comité, dans les derniers mois de 1861, d'essayer de

1 . Le Sobat, qui descend des hautes terres du Râfa pour se porter à Touest, est un grand affluent, ou, pour mieux dire, une branche importante de la droite du fleuve Blanc, auquel il se réunit vers le neu- ▼ième degré de latitude, à plus de 200 lieues au-dessus de Khartoum.

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pénétrer dans le Ouadây par le nord en partant de la Cyrénaîque, pendant que la mission ferait la même tentative par l'est en partant' de Khartoum. Son offre acceptée, M. de Beurmann se rendit immédiatement à la côte d'Afirique. Les premières nouvellesi toutefois, ne furent pas de nature à donner de bien grandes espérances. Une lettre écrite de Benghazi, à la date du 13 février, annonçait qu'à cause des terribles menaces du sultan de Ouadây par suite du pillage d'une de ses caravanes qui- avait été attaquée et dévalisée près d'Audjélah, il lui avait été impossible de trouver un guide qui voulût s'aventurer avec lui dans cette direction. Il ne voyait dès lors d'autre voie à tenter que celle d'une des caravanes de Mourzouk ou de Gh'ât.

S 4. Suite de l'eipédition. MM. Munzinger et KinzeUmch dans le Kordobn. Renseignements certains sur la fln de Vogel. Empêchements. L'expédition reTient sur ses pas. — M. de Heuglin en Abyssinie. Son retour direct Ters Khartoum. — M, de Beurmann au Fezzan. Son départ pour le sud.

Par suite de ces incidents et des arrangements qui en étaient résultés, on voit que la grande expédition allemande, au commencement de 1862, se partageait en trois branches distinctes : le corps principal qui se portait droit au Ouadây par Khartoum, le Kordofan et le Dârfour, sous la conduite de M. Munzinger; l'expédition auxiliaire de M. de Beurmann, qui se disposait à quitter Benghazi pour gagner Mourzouk, la capitale du Fezzan ; et enfin l'expédition divergente de M. de Heuglin, qui annonçait Tîntention de se porter vers les hautes terres du sud pour revenir au fleuve Blanc par un de ses affluents. Ce n'était plus une expédition seulement, c'étaient trois expéditions simultanées qui allaient se partager l'attention; mais aussi la curiosité scientifique pouvait se promettre une moisson

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plus ample encore et plus variée d'informatioDs importantes.

Contre toute prévision, les événements, depuis six mois, se sont précipités de telle sorte, que tout a changé d*aspect.

Cette grande expédition, organisée avec tant d'élan, dirigée avec une si haute intelligence, composée d'honmies éprouvés et tous si capables, pourvue enfin si largement de tous les moyens de succès et qui promettait de si vastes résultats, cette expédition, déjà à demi dissoute, ou tout au moins désorganisée dès son arrivée sur le sol nubien, ' va se trouver brusquement interrompue au moment même où elle allait aborder le champ des grandes découvertes.

H. Munzinger, après avoir quitté Kérèn en compagnie de M. Kinzelbach, et traversé les territoires qui bordent au nord la frontière de TAbyssinie en continuant les relevés topograpbiques et astronomiques qui permettront d'assurer la carte de cette partie du Soudan égyptien, était arrivé à Khartoum le 9 mars (1862). Les deux voyageurs se remirent en route, au commencement d'avril, pour le Kordofan, première oasis que Ton rencontre en s'avançant dans le Soudan central à Touest de la vallée du NiL Une marche lente et monotone les conduisit, en quatorze jours, àEl-Obeïd, résidence du chef noir qui prend ici, comme dans les autres Etats du Soudan musulman, le titre pompeux de sultan. Ils durent s'arrêter là et attendre que S. M. dârfourienne eût fait connaître ses intentions à l'égard des voyageurs franghis, qui avaient fait demander, par l'intermédiaire d'un marchand arabe, l'autorisation de traverser le Dârfour pour gagner le Ouadày.

Le Dârfour (qui jusqu'à présent n'a été vu que par un seul Européen , l'Anglais George Browne, en 1793), est une grande contrée à l'ouest du Kordofan; le Ouadày, où Vogel a été assassiné en 1858, est encore plus avant dans l'intérieur, au delà du Dârfour. Tous ces pays for-

ment comme une chaîne de vastes oasis qui se succèdent de Test à l'ouest, en partant de Kbartoum, capitale du Soudan égyptien.

Une lettre de M. Munzinger, écrite d*el-Obeïd et datée du 29 juillet, fait connaître la réponse du sultan de Dârfour.

Cette réponse est absolument négative. Dans une longue lettre écrite non aux voyageurs eux-mêmes, mais au consul autrichien à Khartoum (le docteur Natterer), le sultan noir, avec des circonlocutions et une phraséologie dignes d'une chancellerie européenne S finit par déclarer qu'il lui est impossible d'accorder l'autorisation demandée. Les re« lations et le commerce entre les musulmans et les chrétiens, dit-il, ont été de tout temps permises et profitables, et c'est une grande joie pour les vrais croyants qu'un étranger vienne s'instruire dans leur foi ; mais Tair du Dàrfour est mauvais pour les étrangers, ainsi que les eaux , et la vie d'un voyageur y court des risques, dont lui, le sultan, ne veut pas encourir la responsabilité. Il y a quelques années, un médecin franc, le docteur Guny, vint au Dârfour accompagné de son jeune fils; il y mourut le cinquième jour de son arrivée , et des rumeurs malveillantes ont imputé la faute de cette mort aux serviteurs du sultan. Le sultan ne s'oppose pas à ce que l'on vienne du Kordofan chez lui ; mais il lui sera impossible de permettre que, du Dârfour, les étrangers pénètrent plus avant dans le Soudan, où il ne pourrait plus répondre de leur sûreté ni de leur vie.

M. Munzinger et ses compagnons, dès qu'ils ont eu connaissance de cette missive, se sont décidés immédiatement à revenir sur leurs pas et à reprendre le chemin de l'Europe. La mort du docteur Cuny , il y a quatre ans et demi, ne leur parait pas aussi naturelle que le sultan

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