‹ L'Année géographiqueChapitre 53 sur 236 · SYRIE · texte numérisé non relu

SYRIE

veïda, le 21 juin, il écrivait de Douveuu à H. Wetzstein : ■ Depuis ma dernière lettre, j'ai parcouru tout le pays des Kalaini, et toute la lisiire du désert jusqu'à Salkhat ; j'ai maintenant plus de quatre cents inscriptions, et le nombre augmente journellement. J'ai retrouvé les noms anciens de Bouzânet d'El-Mouchennef.... 'Huit jours plus tard, une autre lettre dit encore ; ■ A Souveïda j'ai trouvé trente inscriptions ; le nom ancien de la ville, dans les inscriptions grecques, est décidément Soada. A Afiné, j'ai trouvé deux inscriptions dugénéralde Trajan Cornélius Palma. » Au commencement d'août, îe voyageur rentrait à Damas, chargé des dépouilles opimes d'une partie du Haouràn, prés de huit cents inscriptions !

Et cependant, il n'avait pu, à cause de l'extrême chaleur à cette époque de l'année, explorer ni les plaines du Haourân, à l'ouest des cantons montagneux qu'il avait visités, ni les solitudes myst'^rieuses du S:ifah, à l'est du Djebel Haourân, signalées par les découvertes de M. Cyril Graham et de M. Wetzstein. C'était une double excursion qu'il fallait ajourner au printemps de l'année suivante. En attendant, l'infatigable explorateur résolut de se porter vers le nord de la Syrie.

C'est encore la lettre déjà citée du docteur Wetzstein qui Dons fait connaître les magnifiques résultats de cette partie des courses de M. WaddÎDgton.

« Veralafin d'ao&t(1861), il partit pour le Djebel el- A1&. Cette montagne, située entre Haleb et Seleucie, et qa'en Syrie on nomme aussi la montagne septentrionale des Druzos, a été jusqu'à présent très-négligée par les voyageurs. Ce nom de montagne des Druzes lui vient de ce que, dans le cours des deux derniers siècles, pendant les sanglants conflits des Késides et des Yéménides, elle servit de refuge à un grand nombre de Druzes émigrés du Liban. M. Waddington, qui l'a soigneusement explorée, parle avec enthousiasme de l'importance et de la grandeur

de ses monuments d'architecture. De là, continuant vers le nord, il vint au Djebel Samaàn ou montagne de Simon, au nord-ouest de Hdeb, autre canton de la Syrie également riche en ruines intéressantes. Ce que Burckhardt en a dit était plutôt fait pour exciter la curiosité des archéologues que pour la satisfaire, car aucune partie de ses routes ne laisse autant à désirer que celle-ci. M. Waddington revint après cela vers le sud ; et de Hamà, il se rendit par une route peu suivie aux ruines de Sélémiyeh, l'ancien centre des Gnostiques syriens. Puis il traversa les territoires boisés du Djebel Bélà pour gagner Palmyre (Tadmor), où il passa neuf jours à copier les inscriptions. Il en a rapporté deux cents , sémitiques pour la plupart. De Palmyre, coupant obliquement les steppes, il gagna les sources de Forkolos, arriver en trente heures (de chameau), à Homs (Emessa), et revint enfin à Damas vers la fin de l'année pour reprendre son voyage des Tra- . chones. »

Il n'est pas besoin d'insister sur ce que cette tournée exploratrice du voyageur, à travers des cantons si rarement visités, promet à la géographie, aussi bien qu'aux études archéologiques, d'inappréciables documents; ce voyage du nord de la Syrie, qui se présente comme un épisode accidentel des courses savantes de M. Waddington, est tout simplement une des plus magnifiques explorations qui aient été faites depuis longtemps en Orient.

M. Waddington voulait se mettre en route pour le Safâh dès la fin de décembre; mais de l'avis du cheïkh arabe qui lui servait de guide, il dut ajourner de deux mois encore cette excursion qu'il avait tant à cœur. Pour mettre le temps à profit, il se décida à faire une visite à l'Ile de Cypre, où M. de Vogué poursuivait des fouilles dont nous parlerons tout à l'heure ; ce fut là qu'il engagea celui-ci à i'a(5compagner dans sa prochaine course au Haourân. Tous deux, en effet, étaient à Damas au commencement de mars,

et sans perdre un seul jour, ils se remirent en'route pour le sud. Ici nous laissons M. de Vogué nous rendre compte de leur heureux voyage.

c n serait trop long, dit-il dans la lettre que nous extrayons, de vous raconter par quelles combinaisons nous sonmies entrés dans cette région (le Safàh), que deux Européens seulement jusqu'à présent, MM. Wetzstein et Cyril Graham, avaient pu visiter; toujours est-il que nous Pavons parcourue tout à notre aise, et que nous avons même poussé plus loin que nos devanciers.

c Le Saiih est un pâté volcanique de formation analogue et contemporaine à celle du Haouràn et du Ledjàh, véritable chaos de laves habité par des tribus arabes aussi sauvages que la nature qui les entoure.

« Le trait particulier du Safâh, ce sont ses inscriptions. Il y en a par milliers sur les rochers, sur des pierres isolées, et principalement sur et autour de petites accumulations en partie artificielles, en partie naturelles, nommées Ridjm. L'alphabet est très-singulier, mais fort simple ; il se compose d*un mélange de caractères grecs et sémitiques, et de lettres d'une forme toute particulière. Beaucoup d'inscriptions commencent par des croix, ce qui semble indiquer que, comme celles du Sinaï, elles sont postérieures à l'ère chrétienne. Elles accompagnent souvent des représentations grossières de femmes, de chevaux, de chameaux, de chasses au lion; tout semble indiquer qu'elles sont l'œuvre de populations nomades. Notre collection est complétée par une trentaine d'inscriptions grecques et latines recueillies à Némara, ancien poste romain situé au sud du Safâh. »

De là les deux explorateurs sont rentrés dans le Haouràn, où ils se sont surtout occupés de l'étude des monuments. Ce n'est pas le côté le moins frappant de cette singulière région. Il y a là une civilisation entière dont les œuvres matérielles se sont conservées presque inlacles :

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