COCHINCHINE
l'avait mis parfaitement à même de réunir des notlûos exactes sur ces pays de la région aDDamitique. Il ne îxadrait pas sans doute demander aux détails de ce travail l'exactitude mathématique, quoique le tracé de la c6te et les points principaux aient été établis sur les meillenn matériaux et les données les plus exactes que l'on possédai; mais ce qui rend la carte de H. Taberd précieuse, c'est la correction de la nomenclature, indépendamment d'un grand nombre de détails tout k fait neufs, aurtout pour le ICamboilj et la basse Cochinchine, c'est-à-dire pour la contrée précisément qui est le siège de notre établUsement actuel,.et dont la connaissance sous importe le plus. L'échelle est de 2 pouces (O^.OSi) an degré; la carte a été insérée dans le cahier de mai 1862 de la Aet>ti« maritime tt Coloniale .
Nous avous noté dans notre bibliographie fti° 160) une lettre récente de M. Bineteau, qui domie, avec la fraîcheur d'impressions d'un témoin oculaire, une idée vraie et saisissante du climat de notre nouvelle colonie. II est fort à désirer que nous puissions étendre nos établissements un peu haut dans le pavs; car les terres noyées et brûlantes du delta du Mé-kong seraient mortelles pour la constitution eoropéeiuie.
L'amiée ne nous a rîen donné sur le Tunkin ni sur le pays de Siam ' ; mais la littérature géographique du Barmah et du Pégou s'est enrichie de plusieurs communications intéressantes. Il faut citer en première ligne le volume de M. F. Mason (n° 161), un vétéran du corps des missionnaires américains, qui a partagé son temps, depuis trente ans qu'il est établi parmi les Earèns des montagnes de l'Arrakan, entre ses devoirs de propagateur de l'Ëvangile
1. Sur lequel nous possédons depuis huit ans l'eicellent livre do Mgr Pallegaii {Deicription du royaume TAaï ou Siam, P>ri*, 1SS4, 1 Tolumes), une des meilleures relations qui aient éti écrites d'aucun des pays de In presqu'île indo-chinoise.
et l'étude du pays. Son livre offrira un intérêt particulier aux naturalistes. Celui de Mîstress Hason (n° 162), beaucoup plus modeste dans sou objet et son format, ne laisse pas de renfermer bien des pages attachantes, quoique destiné spécialement à devenir une sorte de manuel d'évangëlisation. Nous possédons sur les populations de ces parties de l'Indo-Chine, et sur les Karèns en particulier, nombre de mémoires répandus dans les journaux de l'Inde, plus savants, plus riches en investigations approfondies que ces notices des missionnaires prolestants ; il y a néanmoins toujours quelque chose à apprendre dans les communications d'hommes qui, durant de longues, années, ont vécu en quelque sorte de la vie physique et morale des tribus aborigènes.
Sous ce rapport, le morceau le plus intéressant, dans l'état de nos connaissances actuelles, est une lettre écrite au mois d'août 1850 par un missionnaire lazariste français, M. Tbomine Mazure, à la demande du lieutenantcolonel Phayre, commissaire britannique au Pégou, et envoyée par ce dernier à la Société asiatique de Calcutta, qui lui a donné place dans son journal {d° 163). La lettre est datée d'un lieu appelé Bonga, situé à l'angle extrême du territoire tibétain du S. E,, à proximité de la frontière de Barmah, conséquemment quelque part entre l'Assam et la province chinoise de Yun-nan '. Il est assez surprenant, dit le colonel Yule en communiquant la lettre à la Société de Calcutta, qu'une communication d'un missionnaire français nous arrive de ce coin inconnu du monde ; < mais ces braves prêtres catholiques romains pénètrent partout. ■ M. Mazure mentionne un certain nombre de rivières de la
1. Bonga est supposé, par M. Maiure, devoir Ëire situé par !8* 1/4 de lai. N-, vers 96" 1/2 de longit. Or. (du méridien de Paris). Mais celle posilioD est de pjre induction, ■ d'après la carte d'Andriveau Goujon, > dit la lettre, et nutlement d'après une otiseivation quelcunque. 11 n'y a donc pas à en tenir compte.
OQtrée, seulfflnent sur les rapports indigènes, à la vérité; « qu'il y a de plus positif dans sa note, c'est la liste des rîbus barbares qui habitent les rudes vallées de ce pays le montagnes.
Mais ce qui donne surtout de la valeur à cette courte ommunicatioD , ce sont les commentaires dont le lieutelant-colonel Yule l'a accompagnée. Le colonel Yale connaît lien le nord du pays barmah, dont il a donné une imporante relation, et ses remarques ont une grande valeur ;éograpliique. Elles ont d'autaDt plus d'intérêt , que par iccasion le colonel est revenu sur U vieille question de 'écoulement inférieur du Tzang-bo, le grand fleuve du "ibet, question qu'on pourrait regarder comme résolue si Içs questions de cette nature pouvaient l'Être d'une malière absolue autrement que par la constalatioa directe l'un observateur européen. Le colonel rappelle la vive et ongue controverse qui eut Heu à ce sujet il y a trente-cinq ins , ■ controverse qui était presque devenue une dispute lationale, les Anglais tenant pour l'identité du Tzang-bo t du Brabmapoutra, les Français (dans la personne de tlaproth) pour son identité avec l'Iravadi. » Et M. Yule ijoute 1
< C'est certainement ants question qui a de l'intérêt, de saoir si la rivière ' dont les branches iuférieures forment le delta lui baigne nos ports florissants de Rangonn et de Basseiu, ■ienl au nom de la chaîne [l'Himilaya central) qui couvre au lOrd le Rohilkand ; si ses sources, en un mot , sont dans les ioDtagnes de Khamtl *, ou si elles se trouvent à quinze degrés ilus loin dans l'ouest. Cette question nous rappelle celle du ours du Niger, que la Quarterlj Reyiew, si j'ai bonne mémoire, TouUit mordicui conduire au Nil, jusqu'à ce que les rères Lander eussent résolu le problème en descendant le ieuve jusqu'au golfe de Guinée. Seulement il est probable qu'il e passera encore un peu de temps avant que le Tzang-bo n'ait
son Lander. Ce n'est pas un fleuïe navigable, et les sauvages qui bordent la frontière du Tibet sont moins commodes que les nègres du Niger. Tous pouvez voir tout ceci habilement discuté par Wilcoi au dii-septième volume des mémoires in-quarto de ia Société ', et un résumé des informations ultérieures a été inséré dans les apj)andice3 de ma Relation de la mission au royaume d'Ava en 1855.
1 L'idée que l'Iravadi servait d'écoulement au Tiaog-bo appartient à d'Anville*. Elle fut soutenue par Dalrjmple, l'auteur de l'Oriental Beperfory, et reprise par Klaproth, qui l'appuya de citations Urées des géographes chinois, d'arguments empruntas à la géographie physique, et de cartes Ls'^ées sur les autorités chinoises. 11 soutiiit que la grande rivière du Tibet coupe l'eitrémilé du Yun-naïî et entre sur le territoire birman à Bhamo, où elle se réunirait k une rivière venant du nord pour former l'Iravadi qui baigne la cité d'Ava.
« Depuis l'époque où Klaproth écrivait, Bhamo' a été plusieurs foia visitée par des voyageurs européens, par le colonel Hannay, par le docteur Bayfietd, parle docteur GrifGth, par Sincaid, le missionnaire américain, et par monseigneur l'évaque Bigandet. Il est bien constaté que la rivière qui arrive à Bhamo de la frontière chinoise est un cours d'eau de peu d'importance. L'Iravadi supérieur a été aussi visité en 1637 par Wilcoi, non loin de ses sources dans les montagnes neigeuses de Khamtt. 11 fut reconnu, à la vérité, tant par lui que par le colonel Hannay, qu'une branche orienfalt se joint à la branche occidentale, vers le vingt-sixième degré de latitude, selon Hannay. Et comme cette branche orientale n'a été reconnue par aucun Européen, il se pourrai'!, en toute rigueur, qu'elle fût en effet la continuation du Tzang-bo, quoique tous les faits connus soient contre cette induction. >
M. Yule montre que les informations transmises par M. Mazure ne jettent aucune lumière directe sur la question, ■ si c'est encore une question. > Un argument jk peu près îuviDcible pour l'iadentîté du Tzang-bo avec le Di-