‹ L'Année géographiqueChapitre 88 sur 236 · ÎLES SANDWICH OU HAWAÏ · texte numérisé non relu

ÎLES SANDWICH OU HAWAÏ

214. Ka Mooolcio Hawaii. Histoire de l'Archipel Hawaïen (tles Sandwich), texte et traduction. Précédés d'une Introduction sur réiat physique, moral et politique du pays. Par Jules Remt (Lipalani). Paris, 1863, in-8, lxxv-254 pages.

215. Manley Hopkins, Hawaiian Consul- gênerai. Hawaii; the past, présent, and future of its island-kingdom. An historical account of the Sandwich islands (Polynesia). With a Préface of the Bishop of Oxford. Lond., 1862, petit in-8, 420 pages. Map and illustrations (Longman).

Isolé au milieu des solitudes du grand Océan, à la limite extrême de la zone tropicale du nord, formé en partie par la puissante éruption des forces volcaniques, en partie par l'accumulation séculaire des débris madréporiques, offrant par sa position une station intermédiaire entre les côtes occidentales de l'Amérique du Nord et les marchés de l'Asie orientale, aussi bien qu'un lieu de ravitaillement pour les bâtiments qui se livrent à la grande pèche dans l'Océan du Nord, le groupe des îles Hawaï (auquel le capitaine Cook, qui le découvrit en 1778, donna

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le nom d'Iles Sandwich) est sous tous les rapports un des archipels les plus intéressants de TOcéanie. Et cet intérêt ne s'adresse pas seulement à l'économiste, au physicien et au naturaliste : les lies Hawaï offirent aussi un profond sujet d'observation à celui qui veut étudier la transformation physique, intellectuelle et normale des races océaniennes au contact des Européens. C'est un sujet dans lequel nous ne pouvons entrer maintenant, pressés que nous sommes par l'espace et le temps, mais qui mérite qu'on y revienne. Nous nous bornerons ici à donner ime idée des deux ouvrages récents inscrits en tète de ce paragraphe.

Celui du consul Hopkins est principalement historique. Il s'appuie presque entièrement sur l'ouvrage américain de Jarvcs, très-rare en Europe ; c'est seulement à partir de 1847, où Jarves s'arrête, que le récit de M. Hopkins devient réellement origina]. En dehors de Thistoire, sa valeur est fort mince; sous ce rapport, les données que fournit la publication française ont beaucoup plus d'importance.

Pour donner à nos lecteurs une juste idée du livre de M. Remy, il nous suffira de transcrire quelques passages de la préface ; la critique n'a rien à retrancher ni à modi* fier des appréciations de Fauteur.

c Je détache aujourd'hui, dit-il, pour répondre au désir qu'ont bien voulu m'exprimer quelques savants de mes amis, un petit nombre de pages de l'histoire physique et politique de l'archipel havaiien, dont je m'occupe depuis plusieurs années, et que j'espère pouvoir publier dans son entier après un nou* ▼eau voyage et des recherches complémentaires.

c Ce fragment, qui forme d'ailleurs un tout distinct, a un mérite que nous pouvons signaler, parce qu'il ne nous appartient pas : c'est une œuvre originale, écrite par les indigènes, une véritable production de la nature primitive, grossière peut-être, mais simple et naïve.

c Le Mooolelo Hawaii (c'est le nom du petit livre dont j'offre

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la traduction avec la réimpressiaD) a été composé par des natarels, qui, en 1820, n'avaient encore aucune idée d'une langue écrite, et il a été imprimé par les auteurs eux-mêmes à Tj#yifttimliifiA^ dans Ttle de Ifaui, en 1838, à l'aide des presses introduites par les missionnaires américains.... n m'a para qu'il Y avait quelque intérêt à reproduire un ouvrage devenu introuvable dans le pays même, et dont il n'existe, à ma connûssance, que deux exemplaires en Europe, celui de M. Brencklej en Angleterre, et le mien en France....

c II ne m'en coûte nullement d'avouer que, malgré tout l'intérêt qui s'attache à l'origine du MoooMo Hawaii, le cas que je fus de ce livre est loin d'aller jusqu'à l'admiration. Cependant, il me semble que le témoignage des naturels, et le jugement qu'ils portent sur leurs coutumes anciennes, nous offirent une base solide pour l'appréciation d'un état social qui échappe à l'observation directe de notre époque. J'y trouve même un mérite qui manque à bien des histoires anciennes ou modernes : il nous a été rarement donné de voir un peuple se dépeindre lui-même à nos yeux naïvement et sincèrement, reconnaissant de bonne foi ses vices aussi bien que ses qualités, et nous révélant les uns et les autres avec la simplicité de la nature.

t J'ai cm devoir, ajoute M. Jules Remy, faire précéder le texte et la traduction du MoooUlo Hawaii d'un exposé rapide et pourtant complet, à ce qu'il me semble, de Tétat physique, moral et politique du pays. Un séjour de plusieurs années dans * l'archipel m'a rendu cette tâche facile, et j'ai été d'autant plus invité à la remplir, que je crois avoir à relever bien des erreurs répandues dans les nombreuses publications des voyageurs et des géographes. »

Nous nous associons complètement aux dernières réflexions de l'auteur, qui apprécie avec une grande justesse la direction actuelle des hautes études historiques, — direction qui a été, si Ton nous permet ce retour personnel, une des pensées inspiratrices de Thumble travail où nous traçons ces lignes. « Personne, dit M. Remy, ne sera surpris aujourd'hui de Timportance que nous paraissons attacher à rhistoire d'une race d'hommes qui n'a jamais joué aucun rôle dans le monde, et qui semble destinée à disparaître sans laisser de traces. S'il est une vertu qui ap-

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partienne à notre temps, c*est l'intérêt que les hommes prennent à tout ce qui est de l'homme. Il n'y a pas de si obscure peuplade dont la mémoire n'ait droit au moins aqx sympathies de la science. Il en est de nos jours de l'histoire politique et morale comme de l'histoire naturelle, où l'humble mousse est l'égale du cèdre superbe. » M. Jules Remy s'était déjà fait connaître dans sa précédente relation de TËtat des Mormons, qui est sans contredit le meilleur ouvrage que nous ayons jusqu'à présent sur cette république singulière, comme un observateur eiact et profond de la nature morale aussi bien que de la nature physique; son livre actuel n'est pas indigne de prendre place à c6té de sa première publication, et ne peut que faire attendre avec impatience l'ouvrage plus développé que sa préface nous annonce.

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