‹ L'Année géographiqueChapitre 92 sur 236 · ANTIQUITÉS AMÉRICAINES · texte numérisé non relu

ANTIQUITÉS AMÉRICAINES

^aiis, la Société orientale et américaine , et la Société d'an- >pologie. La première en a fait* le sujet d'un prix dont Jomard, de regrettable mémoire^ avait tracé le programme ; et il y a eu, au sein de la seconde, à l'occasion de «lusieurs des mémoires contenns dans les dernières publi- ,;ieations de l'Institution Smithsonienne, un très»bon rapiport de M. Daily (n** 217), qui fait bien connaître l'état des ^investigations et le degré d'élaboration historique où en :« sont arrivés aujourd'hui les difficiles problèmes de l'archéojlogie américaine. Nous voudrions pouvoir suivre le rap- \ porteur dans les développements de son judicieux travail. ' Force nous est de nous borner à en donner une idée gé- ! nérale; mais nous aurons plus d'une occasion de revenir ; au sujet qu'il embrasse.

M. Daily expose en premier lieu les différents systèmes qui ont été émis depuis le seizième siècle sur l'origine des populations américaines, systèmes qui pour la plupart ne supportent pas l'examen d'une critique sérieuse, et qui tous reposent sur cette idée préconçue, que le continent américain n'a pu avoir sa population propre et aborigène comme il a eu ses animaux et ses plantes, qu'on ne peut dire lui être venus de l'ancien monde. 11 fait ensuite l'historique des recherches archéologiques qui ont été poursuivies dans les diverses parties des Etats-Unis (peut-on encore employer ce nom?) particulièrement dans le bassin du Mississipi, ce qui le conduit aux remarquables explorations dont les antiquités architecturales du Mexique ont été l'objet, et plus encore celles du Yucatan et des autres territoires de l'Isthme américain, ou, comme on dit aujourd'hui, de l'Amérique centrale. Le rapporteur passe un peu rapidement sur les travaux de linguistique comparée de quelques savants américains, et ne touche pas aux récents travaux allemands qui ont notablement agrandi ce champ de recherches; pour terminer, il s'étend davantage sur les investigations physiologiques et anatomiques d'où

l'école américaioe a tiré cette double conclusion, qua les peuples autochtliones dos deux Amériques appartiennent à un mémo type, et que ce type oe saurait se rattacher k aucun de ceux de notre continent. H. Dali; ne formule pas expressément ses propres conclusions ; mais il est aisé dç voir que ses idées i cet égard rentrent complètement dans cette chaîne de propositions formulées par H. Nott au chapitre IX des Types of Mankind :

< l'Le continent del'Amérique fut ignoré non-seulement des anciens Egyptiens et des Chinois, mais aussi des Grecs, des Hébreux et des Romains;

• 2° Au temps de la découverte, ce continent était peuplé de millions d'hommes qui se ressemblaient et qui offraient des traits caracteristiques tout spéciaux, moraux et physiques, en contraste parfait avec les habitants du vieux monde ;

■ 3° Ces races étaient entourées de toutes parts d'animaux et de plantes spécifiquement distincts de ceux du vieux monde, et créés, comme on le reconnaît, en Amérique;

« 4° Ces races parlaient plusieurs centaines d'idiomes qui se ressemblaient dans la structure grammaticale, mais qui différaient entièrement dans leurs vocabulaires, et qui tous étaient radicalement distincts des langues du vieux monde ;

■ 5° Leurs monuments d'architecture, leurs sculptures, leurs ouvrages de terre, témoignent d'une très-haute antiquité, par leur étendue, leur dissémination et leur nombre incalculable ;

« 6" L'état de décomposition dans lequel furent trouvés les squelettes des tumulus, et, par-dessus tout, la structure aaatomique particulière du petit nombre de cr&nes qui nous restent, prouvent que ceux qui ont construit ces ouvrages étaient à la fois d'une haute antiquité et enfants du sol, puisque les cr&nes américains, antiques ou

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modernes, ne ressemblent à ceux d'aucune autre race ancienne ou moderne ;

< 7* Les aborigènes de TAmérique ne possédaient ni alphabet, ni véritable système d'écriture phonétique; ils ne possédaient aucun des animaux domestiques, ni la plupart des arts de Thémisphère oriental ; leurs plantes agricoles étaient indigènes ;

< 8** Leur système d'arithmétique était unique de son genre; mais leurs connaissances astronomiques étaient sans aucun doute d'origine cisatlantique, bien que leur calendrier ne ressemblât à aucun de ceux des peuples anciens ou modernes de l'autre hémisphère. »

Plusieurs de ces propositions sont certainement encore ouvertes à la discussion scientifique; mais ce n*est pas en une ou deux pages qu'on pourrait aller au fond de ces graves questions. Nous aurons lieu par la suite d'y rentrer d'une manière plus spéciale, à mesure que nous y serons ramenés par de nouvelles recherches.

Le livre de M. Kobl (n^ 219) ne remonte pas à cette période lointaine des premières origines, ou du moins n'y touche-t-il que d'un coup de plume rapide et accidentel. Après avoir parcouru à peu près tous les pays de l'Europe, depuis le Caucase jusqu'aux vallées extrêmes de l'Ecosse, et avoir écrit toute une bibliothèque de récits personnels, moins superficiels que ne le ferait croire la succession rapide de ces courses, M. Kohi se prit de passion pour le nouveau monde. Il visita les grands lacs américains et les vastes territoires de l'Union; puis, encouragé, par la parole toujours bienveillante de M. Alexandre de Humboldt, il aborda l'étude des vieux monuments qui se rapportent aux premiers voyages vers le nouveau continent. Le premier fruit de cette nouvelle application de l'infatigable voyageur fut, il y a dix ans, la publication, accompagnée d'un commentaire, de deux cartes espa-

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gnoIes du commencement du seizième siècle qui se conservent dans la bibliothèque de Weimar*.

Dans le môme temps (dans Thiver de 1859 à 1860), imitant un usage anglais, il fit à Brème sa ville natale, au milieu d'un cercle d'auditeurs choisis, une douzaine de lectures sur l'histoire de la découverte de l'Amérique. Ce sont ces discours qui, réunis, forment la matière du volume que nous avons inscrit dans notre bibliographie.

Leur nature même et leur origine disent assez qu'on n'y doit pas chercher des investigations bien approfondies. Ce ne sont ni des recherches ni des études, c'est un exposé clair, rapide^ bien disposé, agréablement écrit, — au total attachant et instructif, parce que M. Kohi, dans sa marche sommaire, n'a rien oublié ni rien omis. — Voici son début; il fera juger de la manière de l'auteur et de quel-' ques-unes de ses vues générales.

€ L^Amérique est une terre allongée de dimensions colossales, qui s'étend d'un pôle à l'autre entre les côtes orientales de l'Asie et les côtes occidentales de l'Europe et de l'Afrique, et qui partage en deux les grandes mers du globe. Séparée de l'orient par l'Atlantique et de l'occident par le grand Océan, elle est restée pendant de longs siècles dans son isolement, formant un monde à part, un monde qui avait ses espèces particulières de plantes et d'animaux, comme il avait ses propres races d'hommes et une civilisation née dans son propre sein. Sur un seul point, à son extrémité nord-ouest, le nouveau monde se rapproche extrêmement de l'Ancien continent. Au détroit de Bering, les deux continents sont presque en contact. Un étroit canal les sépare seul, un canal que des tribus sauvages traversent aisément dans leurs pirogues. En hiver,

1. Die beiden àltesten General- Karten von Amerika. Ausgefuhrt in den Jahren 1527 und 1529 aufBefehl KarVs V. Im Besitx der Grostherzogh Pihlioth. xu Weimar. Von J. G. Kohl. Weimar, 1860, infoL, avec un texte de x-185 pages. (Les deux plus anciennes cartes générales de rAmérique, exécutées en 1527 et 1529 par ordre de Charles-Quint, et aujourd'hui en la possession de la Bibliothèque grand-ducale de Weimar.)

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une glace épaisse qui va d'un bord à Tautre n'en fait plus qu'une seule terre, outre qu'une suite d'Iles y forme comme une longue chaîne tendue de Tun à l'autre continent.... >

M. Kohi ne serait pas éloigné de croire que les tribus du nord de TAsie, entrées en Amérique par ce passage naturel, ont porté leur influence jusqu'au Mexique, de même qu'il admettrait volontiers que des navires phéniciens furent autrefois poussés des côtes d'Afrique vers ce qui fut plus tard le Brésil. Il est toujours facile de mettre en avant des suppositions de ce genre : mais il faudrait les justifier par des faits ; et d'ailleurs de telles conmiunications, spécialement celles de l'Atlantique, n'auraient toujours pu être que de purs accidents, sans influence appréciable sur les populations autochthones, et bien moins encore sur l'origine même de ces populations. On n'en est plus à discuter cette ridicule hyperbole, thème favori des rêveurs d'une autre époque, que la population tout entière d'un immense continent pouvait être issue de quelques misérables tribus des terres polaires vivant aux deux côtés du détroit, ou bien encore de l'équipage naufragé de quelque navire que les vents ou les courants auraient poussé vers une plage américaine.

Disons bien vite que ces spéculations oiseuses occupent à peine une ou deux pages des lectures de M. Kohi, et que tout en faisant leur part aux récits plus qu'à demi légendaires qui appartiennent au moyen âge, c'est avec Christophe Colomb que commence la partie sérieusement historique de ses récits.

Nous suivons le grand Découvreur dans le cours de ses quatre voyages (1492-1502), et ses compagnons ou contemporains, Améric Vespuce entre autres, dans leurs courses particulières au pourtour de la mer des Antilles et sur les côtes avoisinantes de la terre ferme; puis l'auteur nous conduit successivement au Mexique avec Cortez, au

Pérou avec les Pizarre, sur les côtes orientales de l'Amérique du Sud avec Cabrai et Solis, à la Terre de Feu et au grand Océan avec Magellan, le premier dont le navire ait accompli la circumnavigation du globe ; et nous ramenant de là vers le nord, il nous y montre le progrès des reconnaissances maritimes depuis Sébastien Cabot, bientôt suivies des découvertes intérieures dans le Canada et les vastes plaines du Mississipi par les Français, précurseurs des Russes dans le nord-ouest, des Anglais dans le nord et dans les mers Arctiques, et de la nombreuse phalange des voyageurs modernes. Le tableau serait complet, si Tattachant écrivain qui nous en déroule ainsi les scènes variées avait au moins tracé l'esquisse des explorations contemporaines, depuis qu'Alexandre de Humboldt a ouvert dans l'Amérique tropicale l'ère des investigations savantes. Mais c'est encore une habileté de laisser .désirer quelque chose après avoir beaucoup donné.

En ouvrant le volume au frontispice duquçl M. Emile Deschanel a inscrit ce titre, Christophe Colomb (a'» 220), j'étais, je Tavoue, inquiet pour l'auteur. Il y a des livres qu'on ne refait pas; le beau monument historique que Washington Irving a élevé à Christophe Colomb est de ce nombre. Dès la première page du livre de M. Deschanel j'ai été bien rassuré. Son volume est tout simplement un recueil d'articles consacrés aux Voyageurs anciens et mo^ dernes de M. Edouard Charton, une des excellentes publications par lesquelles l'aimable et savant directeur du Tour du Monde a essayé, et non sans succès, de réveiller chez nous le goût endormi des bonnes et saines lectures géographiques. Ecrits dans un style tout à fait cavalier, et sans nulle prétention à ia sévérité historique, les articles de M. Deschanel sont faits surtout pour plaire à la classe des lecteurs qui redoute les choses un peu sérieuses. L'intention est bonne; et puisque l'auteur 1 a jugée utile, nous ne pouvons que l'en féliciter.

ÉTATS-UNIS. SÉI

Mais pourquoi ces grandes colères contre le livre de M. Roseïly de Lorgnes ?

LES ÉTATS-ViaS.

221. F. L. Olmsteo. Journeys and Explorations in the cotton Kiogdom (sec. edit.). Lond. 186*2, 2 toI. in-8 (Low).

222. WiUiam Howard Russell. My Diary North and South. Lond. 1862, 2 ToI. (Bradbury).

223. D. W. MiTCHELL, formerly Résident in Richmond, Virginia. Ten years in the United States; being an Englishman's views

* of men and things in the North and South. Lond., 1862, in-8 (Smith).

224. Marc-Gabriel Hurt-Binet. Neuf mois aux Etats-Unis d'Amérique. Genève, 1862, in-l2, 184 pages (Paris, Cherbuiiez).

225. Xavier Eyma. La Vie dans le nouveau monde. Paris, 1862, 1 vol. grand in-18.

226. Benedict-Henry Révoil. Pêches dans TAmérique du Nord. Paris, 1862, petit in-8, 320 pages (Hachette).

227. Auguste Carlier. De l'esclavage dans ses rapports avec l'Union américaine. Paris, 1862, in-8, iv-495 pages (Lévy).

228. Richard F. Burt^n. The City of the Saints, and across the Rocky Mountains to California. Lond. 1862, in-8, xn-707 pages, carte et fig. (Longman}.

239. L'abbé Em. Dombnech. Voyage pittoresque dans les grands déserts du nouveau monde. Paris, 1862, grand in-8, yi-608 pages, avec fig.

230. Lient. Colon. J. D. Graham. On the latitude and longitude on 24 positions in the north and N. W. of the United States. Proceedings of the American Philosophical Soc. Vol. VI, p. 347- 388; Vil, p. 25-119.

Cette série de positions a été déterminée de 1867 à 1869, dans les États de WisconBln, de Micbigan, de lova, dlUinois, d'Iodiaoa, d'Obio et de Pensjlvanie.

231. Report upon the Colorado River of the West, explored in 1857 and 1858 by Lient. Joseph G. Iyes , Corps of Topographical En-

gineers. By order of the secretary of War. Washington, gOTernment Printing Office, 1861. Cinq parties. In-4, 131-14-154-30- 32 pages, avec un grand nombre de cartes et de planches.

232. Capt. A. A. HuMPHRBTs and lient. H. L. Abbot. Report upon the physics and hydrolics of the Mississipi river; upon the protection of the alluvial région against overflow ; and npon the deepening of the Mouths. Philadelphia, 1861, in-4, 625 pages.

233. J. G. KoHL. Die Mûndungen der Mississipi ( Les bouches du Mississipi). ZeiUhrift fur ctllgemeine Erdkunde, n* 111, sept 1862, p. 161-209.

234. Rev. 0. Sutherland. The Magdalen islands; their topography, natural history, social condition, and commercial importance. Prince Edward's island, 1862, in-8.

La lutte fratricide qui désole en ce moment les territoires de ce qui était naguère l'Union américaine, n*y permet depuis longtemps ni excursions de fantaisie, ni voyages d'observation, ni grands travaux scientifiques ; ce qui a paru cette année se rapporte à des visites ou à des travaux antérieurs. Il faut en excepter le livre de M. Howard Russell (n* 222), qui est daté du théâtre même de la guerre. M. Russell est le correspondant bien connu du Times de Londres, dont les lettres écrites de Crimée, et plus tard des campagnes de l'Inde au plus fort de la révolte des Cipayes, ont fait dans le temps une vive sensation en Angleterre. Le livre de M. Carlier sur l'esclavage (n*» 227) est une étude calme, sensée, froidement approfondie, de ce triste fléau de l'esclavage qui a été la cause déterminante de la crise actuelle, — non pas la seule, cependant, ni même, à certains égards, la principale, — et il apporte dans cette étude le coup d'oeil ferme et juste d'un homme qui a longtemps vécu dans le pays et qui en connaît bien l'esprit et les institutions. Les conclusions de M. Carlier, dont les événements démontrent de plus en plus la justesse, seront approuvées de quiconque met les moyens pratiques et humains, propres à garantir l'avenir en même temps qu'à

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