ET MARTYR
Aux glorieux noms des défensem^s de la divinité du Verbe dont TÉglise honore la mémoire au temps de FAvent, vient s'associer de lui-même le nom de Tintrépide Ëusèbe de Yerceil. La foi catholique , ébranlée dans ses fondements au nr« siècle^ par Thérésie arienne, se maintint debout pai* les travaux de quatre Souve-
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luins Pontifes r Silvestre ^ qui confirma lé Concile de Nicée; Jules, qui fut l'appui de saint Athanase ; Libère, dont la for ne défaillit pas, et qui ^ rendu à la liberté, confondit les ariens; et Damase, qui acbevade ruiner leui-s espérances. L'un de ces quatre Pontifes brille sur le Cycle, au temps de TA vent : c'est Damase, dont nou» venons de célébrer la mémoire. A côté des Pontifes Romains , combattent pour la divinité du Verbe trois grands Ëvèques,^ desquels on peut dire que la cause du Fils de Dieu Consubstantiel était tellement liée à la leur propre , que leur dire anathème était dire anathème au Christ lui-même; tous trois puissants en œuvres et en paroles , la lumière des Églises, Tamour du peuple fidèle, les martyrs du Christ dans Texil, les prisons et les tourments. Le premier et le plus grand des trois est TÉvêque du second Siège de TÉglise, saint Athanase, Patriarche d'Alexandrie; le deuxième est la gloire des Gaules, saint Hilaire , Évéque de Poitiers; le troisième estrornement de l'Italie, saint Eusèber Évèque de Verceil. C'est ce dernier que nous avons à honorer aujourd'hui; Hilaire aura son tour et confessera bientôt le Verbe éternel auprès de son berceau; pour Athaaase, il paraîtra en son temps, et célébrera, dans sa Résurrection triomphante, celui qu'il proclama avec un courage magnanime, dans ces jours de ténèbres où la sagesse humaine eût cru volontiers quels Royaume du Christ , après avoir triomphé de trois siècles die persécutions, ne survivrait pas à cinquante années de paix. Saint Eusèbe a donc été élu par la souveraine Providence de Dieu pour conduire le peuple fidèle à la Crèche , et lui révéler le Verbe divin sous
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les traits de notre faible mortalité. Les souffrances qu'il a endurées pour la divinité du Christ ont été si grandes^ que l'Église lui a décerné les honneurs du Martyre, quoiqu'il n'ait pas répandu son sang dans les supplices. Lisons maintenant ses mérites dans l'admirable récit que leur a consacré la sainte Église.
Eusebius,natione Sardus,
Euscbe,nd en Sardaigne, Lecteur de rËglise Romaine, puis évêquedeVerceil, fut manifestement ap[)elé par le jugement de Dieu à gouverner cette Église ; car les électeurs , sans ravoir jamais connu, à Texclusion de tous leurs concitoyens, le choisirent aussitôt qu'ils l'eurent vu ; et il ne leur fallut pas plus de temps pour l'apprécier que pour le voir. Ëusèbe fut le premier de tous les évêques d'Occident qui établit dans son Église des Moines faisant les fonctions de Clercs, afin de réunir dans les mêmes hommes le détachement des richesses et l'activité propre aux Lévites.
C'était répoque où les impiétés ariennes envahissaient de toutes parts l'Occident: Eusèbeles attaqua avec vigueur ; et son invincible foi consola le Pape Libère, jusqu'à lui faire supporter la vie. Ce Pontife reconnaissant en lui la ferveur de l'Esprit de Dieu , le chargea d'aller avec ses Légats plaider devant l'empereur la cause de la Foi. Eusèbe parvint avec eux auprès de Constance, et à force de zèle, il en obtint tout ce qu'on se proposait dans celte légation , savoir la célébration d'un concile.
RomanœUrbis Lector, post Verccllensis Ëpiscopus, ad hanc regendam Ecclesiam merito est credilus divino electus judicio : nam quem nunquam ante constituti Eleclorescognoverant, posthabitis civibus , simul ut viderunt, et probaverunt, tautumque inlerfuit ut probaretur, quantum ut videretur. Primus in Occidentis parti bus in eadem Ecclesia eosdem Monachos instituit esse, quos Clericos, ut esset in ipsls viris contemplus rerum , et accuralio Levilarum. Ârianis impietatibus eatempestate per Occidentem longe , lateque traductis, ad versus eas viriliter sic dimicavit, ut cjus invicta fides Liberium , summum Pontifîcera,ad vitaesolalium erigeret. Quare hic scions , in ipsofervereSpirilumDei, cum ei signifîcasset ut pênes Imperatorem, unacum suis iegatis palrocinium Fidei susciperet, mox cum illis profectusest ad Constantium, apud quem enixius agens , quiquid legatione pelebatur, obtinuil, ut Episcoporum nempe coelus celebraretur.
Gollectum est Mediolant anno sequenti concilium^ad
2uo<l a Gonstantioinvitatum lusebium , concuçitumqne ac vocatum a Liberii legatis, tantum abest ut malignantium synagoga arianorum contra sanctum Athanasium furentium in suas partes adduceret, ut potius diserte statim ipse declarans, e praescntibus quosdam sibi compertos haeretica labe pollutos, Nicsenam imo Fidem proposuerit iis subscribendam, antequam caetera tractarentur. Quod arianis acerbe iratis negantibus, nedum in Âthanasium recusavit ipse suscribere ; quin sancti Dionysii Martyris , qui deceptus ab ipsis subscripserat, captivatam simplicitatem ingeniosissime libéravit. Quamobrem illi graviter indignantes, post multas illatas injurias, exilio illum mulctarunt ; sed sanctus Vir excusso pulvere, nec Caesaris minas veritus, nec enses obstrictos, exilium veluti sui ministerii offîcium accepit, missusque Scythopo lim, famem,sitim, verbera diversaque supplicia perpessus, pro fide strenue vitam contempsit , mortem non metuit, corpus carnificibus tradidit.
Quanta in eu m tune arianorum crudelitas fuerit, ac efl'rons inverecundia, ostendunt graves litterœ plenœ roboris^ pietatis ac religio- Dis quas e Scythopoli scrip-
Ge concile fut réuni à Milan Tannée suivante; Eusebe y fut invité par Gonstancc ; et les Légats de Libère désirèrent ^dément et réclamèrent sa présence. Bien loin de céder aux trames de la synagogue arienne et de se rendre complice de ses fureurs contre saint Âthanase, dès rabord il déclara hautement que plusieurs des membres du concile lui étaient connus pour hérétiques, et proposa de leur faire souscrire la foi de Nicée , avant de passer outre. Les ariens furieux s'y étant refusé, il refusa pareillement de souscrire contre saint Athanase , et même il parvint à dégager avec adresse la simplicité de saint Denys le Martyr , qui , trompé par les hérétiques, avait souscrit cette conaamnation. C'est pourquoi les ariens, grandement irrités contre Lusèbe, après un grand nombre de mauvais traitements, le firent condamner à l'exil ; mais le saint Evêque^ secouant la poussière de ses pieds, sans craindre ni les menaces de Gésar, ni le tranchant du glaive, accepta Pexil comme une fonction de son ministère. Envoyé à Scvthopolis, il y soullrit la faim, la soif, les coups et divers supplices, dédaigna courageusement sa propre vie pour la foi , brava la mort, et livra son corps aux bourreaux.
Quelle fut envers lui la cruauté et l'insolence effrénée des ariens, c'est ce que font voiries lettres importantes, pleines de force, de piété et de religion , qu'il écrivit de Scythopolis au
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clergé et au peuple de Verceil, et à quelques pei*sonnes du voisinage. On y voit encore que les hérétiques ne purent jamais ni l'abattre par les menaces et les ti'aitements barbares , ni l'attirer à leur parti au moyen de leurs séduisantes et fallacieuses subtilités. Déporté ensuite en Cappadoce^et enfin dans laThébaide de la Haute-Égvpte , en punition de sa fermeté, il suppoi-ta les rigueurs de l'exil jus-
Î[u'à la mort de Constance. Il ui fut alors permis de retourner à son troupeau ; mais il ne voulut partir qu'après avoir assisté au concile assemblé à Alexandrie pour réparer les pertes de la foi. 0 parcourut ensuite les provinces de l'Orient pour rendre à une santé parfaite, comme un habile médecin, ceux qui étaient infirmes dans la foi, les instruisant dans la doctrine de l'Église. Poursuivant cette mission salutaire, il passa en Illyrie,et repassa enfin dans l'Italie qui, à son retour, dépouilla ses vêtements de deuil. Ce fut là qu'il publia, après les avoir expurgés, les commentaires d'Origène et d'Eusèbe de Césarée sur les psaumes,'qu'il avait traduits du grec en latin. Enfin, illustré par tant d'actions excellentes, li mourut à Yerceil , sous Valentinien et Valens, et alla recevoir rinflétrissable couronne de gloire que tant de tribulations lui avaient acquise.
sit ad Vercellensem clerum et populum , aliosque finitimos, e quibus etiam est exploratum, ipsorum nec minis inhumanaque saevitia potuisse unquam eum déterrer i, nec serpentina blanda subtititate ad eorum societatem perduci. Hinc in Cappadociam, postreraoque ad superiores iEgypti Thebaïdos prœ constantia sua deportatus , exilii rigores tulit ad mortem usque Constantii , post quam ad gregem suum reverti permissus, non prius redire voluit, quam reparandis fidei iacturis ad Alexandrinam Synodum sese conferret; postque medici pi-œstantis instar peragrans Orientis provincias, in fide infirmes ad integram valet udinem restitueret, eos instituens in EcclesisB doctrina. Inde sa lubritate pari, digresso in Illyricum , tandemque in Italiam delato , ad ejus reditum, lugubres vestes Italia mutavit, ubi postquam Psalmorum omnium ex purgatos a se commentarios Origenis edidit, Eusebiique Caesareensis quos ver lerat de Grseco in Latmum ; demum tôt egregie factis illustris ad immarcesctbilem gloriœ coronam tantis œrumnis promeritam sub Valentiniano, et Valente , Yercellis migravit.
Athlète invincible du Christ que nous attendons^ Eusèbe, Martyr et Pontife^ que vos fatigues et vos souf-
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frances pour Ta cause de ce divin Messie ont éké giaodes ! Elles vous ont cependlant paru légères^ en comparaison de ce qui est dû à ce Verbe étemel du Père^que son amour a porté à devenir, par l'Incarnation, le serviteur de sa créature. Nous avons, envers ce divin Sauveur, les mêmes obligations que vous-même. C'est pour nous qu'il va naître d'une Vierge aussi bien que pour vous; priez donc, afin que notre cœur lui soit toujours fidèle, dans la guerre comme dans la paix, en présence de nos tentations et de nos penchants, comme s*il s'agissait de le confesser devant les puissances du monde.- Fortifiez les Pontifes de la sainte Église, afin que nuQe erreur ne puisse tromper leur vigilance, nulle persécution lasser leur courage. Qu'ils soient, comme nous, fidèles imitateurs du souverain Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis , et qu'ils paissent toujours le troupeau dans l'unité et la charité de Jésus- Christ.
Considérons la très -pure Marie de retour dans sa maison de Nazareth, et se réjouissant de sentir vivre en eUe celui qui" donne la vie à toute créature, et dont l'amour inonde toujours son cœur. Joseph, le fidèle gardien de sa virginité, met toutes ses complaisances, après Keu, dans celle qui lui a été donnée pour épouse, eti bénit le Seigneur pour un si riche présent. Les saints Anges se pressent dans cette heureuse maison qu'habite teur souverain Seigneur, et celle qu'il a choisie pour Mère. Rien n'égale la félicité d'un tel séjour : toatefois,. le Smgneur a résolu de le
irkiter par ]a tribulation ; afin d'y faire briller d'an nouveau lustre la patience de celle qu'il a glorifiée pardessus toutes les femmes^ et Tadmirable discrétion de son saint époux. Nous placerons ici un dernier fragment des Méditations de saint Bonaventure^ dans lequel le Séraphiqae auteur nous initie, avec sa lumiôre ordinaire, à toute la plénitude du récit évangélique.
« Or, comme Notre-Dame et le sien époux Joseph <c habitaient par ensemble, à même temps que Jésus « croissait dans le sein de sa mère; ledit Joseph se «vint à considérer qu'elle était enceinte, dont il se « chagrina outre mesm*e. Prêtes-y bien de Tattenlion, « d'autant que tu y pourras apprendre maintes belles «choses. Si tu doutes pourquoi Notre- Seigneur a « voulu que sa Mère eût un homme, pour bien qu'il « la voulût toujoiu*s être Vierge ; à cela l'on te répond, « pour trois causes; savoir : Premièrement, de peur « qu'étant enceinte, elle ne fût difiFamée; deuxième- « ment, afin qu'elle jouit du service et de la société « d'un homme; tiercement, à celle fin que l'enfanten ment du Fils de Dieu fût caché au Diable.
«Joseph donc, considérant à une et plusieufôfoiô « sa conjointe, il se chagrinait et était troublé ; pair- « tant, il lui montrait un visage troublé, et détournait « les yeux d'elle, comme d'une méchante, la soup-- « çonnant d'avoir conçu par adultère. Tu vois comme « Dieu permet que les siens soient vexés par les tribu- « lations, et toutes pour leur couronne. Or, il cuidait^ « la congédier en secret. Véritablement, l'on peut dire* a d'icelui que sa louange est en TÉvangile, d'autant « qu'il y est dit qu'il était homme juste: et par le fait^
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a il était d'une grande vertu. Car^ nonobstant que Ton a dise communément que l'adultère de ^épou^e est u pour son homme quasi le comble de la vergogne^ a douleur et fureur ; néanmoins^ ils se modérait^ et c ne voulait pas accuser icelle. Il passait patiemment a par-dessus cette grande injure^ ne se vengeant point; a voire mème^ voulant céder^ vaincu qu'il était par sa « piété conjugale,, il la voulait renvoyer sous main. a Notre-Dame^ pour sa paît , ne passa pas outre sans « tribulation ; d'autant qu'elle considérait et voyait « troublé icelui dont elle était quant et quant émoyée* a Ce néanmoins^ elle gardait humble silence et cachait « le don de Dieu. Elle aimait mieux être réputée vile, « que de dévoiler les Mystères de Dieu même, et dire a de soi la moindre chose qui eût l'air d'appartenir à « jactance. Si est-ce qu'elle priait le Seigneur, qu'il a daignât par lui-même apporter remède, et ôter de u dessus elle et son mari la présente tribulation. Tu a vois comme preignante tribulation et angoisse leur a était ; mais le Seigneur prit soin de ces deux saintes « gens.
a Adoncques, il dépêcha son Ange, qui dit à Joseph (K en songe, que la sienne épouse d'icelui avait conçu « de l'Esprit-Saint^ et qu'il eût à demeurer en toute a confiance et liesse avec icelle. Par quoi, la tribulac( tion cessant, une grande consolation s'en revint les a éjouir. Mêmement nous échéerait-U à nous-mêmes, « si en nos tribulations nous savions prendre pa- « tience ; vu que Dieu après la tempête ramène le « calme. D'abondant, tu ne dois pas douter que jamais « oncques il ne permet à icelle de s'en venir frapper
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« les siens, sinon pour leur utilité. Or est-il que Joseph « s^enquit des merveilles de ladite Conception^ lesu quelles Notre -Dame lui raconta de point en point. a Joseph reste donc et demeure, bien content qu'il a est, avec sa conjointe bénie. Davantage, il la chérit, c( par de là tout ce qu'on pourrait dire, d'un chaste a amour , et prend fidèlement soin d'icelle. Notrea Dame, pour sa part, demeure confidemment avec « lui; bref, ils vivent gaiement en leur pauvreté. »
ÏRIÈBB POUR LE TEMPS DE l'AVENT.
(Bréviaire Mozarabe, Mercredi de la /" Semaine de VAvent , Capitule. )
0 Dieu ! dont la terre toute entière fait entendre les louanges avec jubilation; dont les psaumes proclament la gloire avec mélodie, et confessent la redoutable puissance; manifestez à nos yeux le Sauveur que vous nous préparez. Révélez votre justice , afin que nous puissions vous reconnaître pour notre créateur, et souvenez-vou s de votre miséricorde qui peut nous faire mériter la rémission de nos crimes. Alors, voyant celui qui est notre Sauveur, nous vous chanterons une hymne d'allégresse ; dans notre joie, nous ferons raisonner le psaume, et nous deviendrons dignes de jouir de la récompense que l'on goûte au sein de votre béatitude. Amen.
Deus, cui omnis terra prseconans jubilât laudem; cujusgloriam canorapsalmi conclamant voce ; cujusque terribileni in tuis operibus fatentur virtntem; notum facito Salutare tuum in conspectu omnium nos^ trura. Révéla justitiam' tuam , qua possimus te nostrum agnoscere creatorera : et esto memor mise-' sericordise tuse , qua nostrorum criminum mereamur invenireremissionem :
ut videntes Salutare tuum, jubilemus tibi hymnum, cantemus in exuitatione psalmum, et perfrui raereamur tuae beatitudini»
prœmio. Amen.
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XYII DÉCEMBRE