‹ L'Année liturgique. L'aventChapitre 3 sur 149 · GÉNÉRALE. XI · texte numérisé non relu

GÉNÉRALE. XI

Dieu sur la surface de la terre (1); et alors desceDdit sur nous cette calamité universelle que le pieux Mardochée suppliait le Seigneur dMcarter de dessus son peuple > quand il disait : Ne fermez pas , Seigneur, les bouches de ceux qui chantent vos louanges {¥).

Mais^ par la raiséricorde de Dieu^ nous n'avons pas été entièrement consumés (3); les restes dlsraël ont été réservés [A); et voici que le nombre des croyants s'accroît dans le Seigneur (5). Que s'est-il donc passé dans le cœur du Seigneur notre Dieu pour motiver ce retour miséricordieux ? c'est que la prière a repris son cours. De nombreux chœurs de vierges sacrées auxquels se joint, quoique en nombre bien inférieur encore , le chant plus mâle des fils du cloître^ se font entendre sur notre terre 9 comme la voix de la tourterelle [6). Cette voix prend de la force tous les jours; c'est pourquoi le Seigneur fait briller son arc-en-ciel sur la nue. Puissent bientôt les échos de nos Cathédrales se réveiller aux accents de cette solennelle prière qu'ils ont répétée si longtemps ! Puissent la foi et la munificence des fidèles faire revivre les prodiges de ces siècles passés qui ne furent si grands-que parce que le3 institutions

(1) Psalm. Lniii. 8. — (2) Esthea. nu. 17. (3) Thben. III. 22. — (4j IsAlE. I. 9. (5) Act. V. 14. — (6) Gant. ii. 12.

Xn FICÉFACX

publiques e]ie9-mémes rendaient alors hommage à la toute -puissance de la prière !

Mais cette prière liturgique deviendrait bientôt impuissante, si les fidèles la laissaient retentir sans s'y joindre de cœur, quand ils ne peuvent y prendre une part extérieure. Elle ne vaut pour le salut des nations qu'autant qu'elle est comprise. Dilatez donc vos cœurs, enfants de TÉglise catholique; et venez prier de la prière de votre mère. Venez par votre adhésion compléter cette harmonie qui charme Toreille de Dieu. Que Tesprit de prière se ranime à sa source naturelle. Laissez-nous vous rappeler cette exhortation de l'Apôtre aux premiers fidèles : Que la paix du Christ trèssaille dans vos cœurs: que le Verbe du Christ habite en vous en toute sagesse; et vous-mêmes instruisez-vous et exhortez-vous mutuellement dans les Psaumes, lesHymnes et les Cantiques spirituels, chantant à Dieu dans vos cœurs, par sa grâce (4).

Assez longtemps, pour remédier à un mal vaguement senti, on a cherché l'esprit de prière et la prière elle-même dans des méthodes, dans des livres qui renferment, il est vrai, des pensées louables, pieuses même, mais des pensées humaines. Cette nourriture

Cl) Col. m. 15. 16.

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est vide; car ell^ n'initie pas à la prière de IIËglise z^ elle isole au lieu d'unir. Tels sont tant de recueils de formules et de considérations , publiés sous divers titres depuis deux siècles^ et dans lesquels on s'esi proposé d'édifier tes fidèles^ et de leur suggérer^ soit pour Tassistanceà la sainte Messe^ soit pour la réception des Sacrements^ soit pour la célébration des Fêtes de TÉglise^ certaines affections plus ou moins banales^ et toujours puisées dans Tordre dldées et de sentiments qui se trouvaient être les plus familiers à Vauteur du livre. De là encore la couleur si diverse de ces sortes d'écrits qui servent^ il est vrai^ faute de mieux^ aux personnes déjà pieuses^ mais demeurent sans influence quand il s'agit d'inspirer le goût et l'esprit de la prière^ à ceux qui ne l'ont pas encore.

On dira peut-être qu'en réduisant tous les livres pratiques de la piété chrétienne au simple commentaire de la Liturgie^ on s'expose à affaiblir et même à auéantir, par des formes trop positives, Tesprit d'Orai* son et de Contemplation qui est un des Dons princi^ paux de l'Eglise de Dieu. A cela nous répondrons d'abord qu'en proclamant l'incontestable supériorité de la prière liturgique sur la prière individuelle, nous n'allons pas jusqu'à dire qu'on doive abolir les méthodes individuelles : nous voulons seulement les^

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mettre à leur place. Nous dirons ensuite que si^ dans la divine Psalmodie , on compte plusieurs degrés^ en sorte que tes inférieurs s^appuient encore sur la terre et sont accessibles aux. âmes qui sont dans les labeurs de la Vie purgative; à mesure aussi qu'elle s'élève sur cette échelle mystique y Tàme se sent illu^ minée d'un rayon céleste^ et parvenue au sommet, trouve l'union et le repos dans le souverain bien. En effets ces saints Docteurs des premiers siècles, ces divins Patriarches de la solitude^ où puisaient-ils la lumière et la chaleur qui étaient en eux, et qu'ils ont laissées si virement empreintes dans leurs écrits et dans leurs œuvres, si ce n'est dans ces longues heures de la Psalmodie durant lesquelles la vérité simple et multiforme passait sans cesse devant les yeux de leur âme, la remplissant, à grands flots, dé lumière et d'à* mour? Qui a donné au séraphique Bernard cette onction merveilleuse qui coule en fleuve de miel dans tous ses écrits ; à l'auteur de V Imitation, cette suavité, cette manne cachée qui, après tant de siècles, ne s'af-» fadit jamais; à Louis de Blois, cette douceur et cette tendresse inénarrables qui émeuvent tout homme qui voudra lui prêter son cœur, si ce n'est l'usage habituel de la Liturgie au milieu de laquelle leur vie s'écoulait avec un mélange de chants et de soupirs?

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Que Târae épouse du Christ, prévenue des désirs de* FOraisoD, ne craigne donc point de se dessécher au bord de ces eaux nierveilleuses de la Liturgie, qui tantôt murmurent comme le ruisseau, tantôt, comme le torrent, roulent en grondant, tantôt inondent comme^ la mer; qu'elle approche et boive cette eau limpide* «t pure qui jaillU Jusqu'à la vie étemelle (1); car cette eau émane des fontaines mêmes du Sauveur (2), et l'Esprit de Dieu la féconde de sa vertu pour qu'elle soit^ douce et nourrissante au cerf altéré (3). Que Tâme^ séduite par les charmes de la Contemplation, ne s'effraie point non plus de l'éclat et de l'harmonie des chants de la prière liturgique. N'est- elle pas ellemême un instrument d'harmonie sous la touche divme de cet Esprit qui la possède ? Certes, elle ne doit pas entendre le céleste Colloque autrement que le Psalmiste lui-même, cet organe de toute vraie prière, avoué de Dieu et de l'Église? Or, n'est-ce pas à sa^ harpe qu'il a recours, quand il veut allumer dans son cœur la flamme sacrée, et qu'il dit : Mon cœur est prêt,- 6 Dkul mon coeur est prêt; je chanterai donc y je ferai retentir le psaume: Lève'4oi, ô ma gloire/ lève-toi, 6 ma harpe l Dès le matin, je m'éveillerai; je vous chanterai^

(t) JoAN. IV. 14. -« (^ IsAî. xii. 8. — (3) Psalmi ui. 2.

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SeigneftTy devant les peuples; je psalmodierai en prê^ sence des nations : car votre miséricorde est grande au-dessus des deux, et votre vérité au delà des nuages (i ) . D'autres fois, si, recueillaot ses sens, lY est entré dans les puissances du Seigneur (2), alors dans sa méditation même s'allume le feu (3) d une sainte ivresse ; et pour soulager Fardeur qui le consume, il éclate encore par un cantique : Mon cœur, dit- il, a conçu une parole excellente; c'est au Roi même que je dédie mes chants; et il redit la beauté de l'Époux vainqueur et les grâces de rÉpouse (4). Ainsi, pour l'homme de Contemplation, la prière liturgique est tantôt le principe, tantôt le résultat des visites du Seigneur.

Mais elle est surtout divine en ce qu^elle est à la fois le lait des enfants et le pain des forts ; en ce que, semblable au pain miraculeux du désert, elle prend à la fois tous les goûts de ceux qui s'en nourrissent. Ceux même qui ne sont pas du nombre des enfants de Dieu, admirent quelquefois jen elle cette incommunicable propriété, et conviennent que TÉglise Catholique seule connaît les mystères de la prière, et c'est parce qu'il n'y a pas à proprement parler de prière lituj*gique chez les protestants, qu'ils n'ont pas non plus d'écrivains

(i) Psalm. cvii. — (2) [bîd. Lxx.

(3) /6ïrf. xxxvm. — {h).lbid. xiiv.

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ascétiques. Sans doute^ le divin Sacrement de l'Eu* charistie étant le centre de la Religion^ son absence sufiirait bien poxur rendre raison de ce défaut absolu d'onction qui caractérise tous les produits de la Réforme;: mais la Liturgie est tellement liée à l'Eucharistie dont elle forme la glorieuse auréole^ que les Heures Canoniale» ont cessée et devaient cesser en effet partout où le dogme de la Présence Réelle était aboli.

Jésus-Christ même est donc le moyen^ aussi bien que Tobjet de là Liturgie; et c'est pourquoi rAnnée Ecclésiastique que nous nous proposons de développer dans cet ouvrage^ n'est autre que la manifestation de Jésus-Christ^ et de ses mystères dans l'Église et dans Tàme fidèle. C'est là le Cycle divin où rayonnent à leur place toutes les' œuvres de Dieu ; le Septénaire de la Création ; laPâque et la Pentecôte de l'ancien peuple; l'ineffable Visite du Verbe incamé, son Sacrifice, sa Victoire ; la descente dé son Esprit; la divine Eucharistie; les gloires ineffables de la' Mère de Dieu toujours Vierge; la splendeur des Anges; les mérites et le triomphe des Saints; en sorte que Toi^peut dire qu'il a son point de départ sous la Loi des Patriarches, ses progrès dans la Loi écrite, sa consommation toujours croissante sous la Loi d'amour, jusqu'à ce

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qu'étant enfin complet^ il s'évanouisse dans rétemité^ comme la Loi écrite tombti d'elle^-méme^ au jour oti l'invincible force du Sang de l'Agneau déchira en deux le voile du Temple.

Combien nous voudrions pouvoir raconter dignement les merveilles saintes de ce Calendrier mystique^ dont l'autre n'est que la figure et l'humble support ! Que nous serions heureux de faire Men comprendre toute la gloire qui revient à l'auguste Trinité, au Sauveur, à Marie, aux Esprits bienheureux et aux Saints, de cette annuelle commémoration de tant de mer-* veilles! Si l'Église renouvelle chaque année sa jeunesse, comme l'Aigle (i), c'est parce que^ au moyen da Cycle liturgique, elle est visitée par son Ëpoux dans la proportion de ses besoins. Chacpie année, elle le revoit enfant dans la crèche, jeûnant sur la montagne, s'offrant sur la croix, ressuscitant du sépulcre, remontant à la droite de son Père ; et les grâces de ces divins mystères se renouvellent tour à tour en elle, en sorte que, fécondé selon le besoin, le Jardin de délices envoie à rÉpoiXK en tout temps, scus le souffle de V Aquilon et de VAuster, la délicieuse senteur de ses parfums (2). Chaque amiée, l'Esprit de Dieu reprend possession de

(I) Paatm* au — (2) Gant. iv. le.

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ssi bien-aiméë^ e^lui assure lumière et amour; chaque aouée^ elle puise un surcroît de vie dans les mater--^ selles influences que la Vierge bénie épanche sur elle, aux ^ours de ses joies, de ses douleurs et de ses gloi' tes; enfin, le» brillantes constellations que forment dans leur radieux mélange les Esprits des neuf chœur» et les Saints dtes divers ordres d'Apôtres, de Martyrs^ de Confesseurs et de Vierges^ versent sur elle de puissants secours et d'inexprimables consolations.

Or^ ce que TAnnée Liturgique opère dans TËglise en général, eHe le répète dans Tàme de chaque fidèle attentif à recueillir le don de Dieu. Cette succession des saisons mystiques assure au Chrétien les moyens de cette vie surnaturelle^ sans laquelle toute autre vie' n'est qu'une mort plus ou moins déguisée ; et il est des âmes tellement éprises de ce divin successif qui est dans le Cycle catholique^ qu'elles parviennent à en' ressentir physiquement les révolutions^ la vie surnalelle abeorbant l'autre» et le Calendrier de FÉglise eelui des astronomes.

Puissent doncr les lecteurs catholiques de cet ouyrage se garder de cette tiédeur de la foi, de ce sommeil de l'amour qui ont presque eflFacé le Cycle qui était autrefois, et qui doit toujours être la joie des peuples, la lumiève des doctes, le livre des humbles!

XK PBÉFAGE

De tout ceci', le lecteur conclura avec mson que^ notre intention n'est pas du tout de mettre en œuvre les ressources de notre esprit tel quel pour bâtir un système^ et faire de l'éloquence , de la philosophie, ou toute autre belle chose, à propos des mystères de TAnnée Ecclésiastique. Nous n'avons qu'un but, et nous demandons humblement à Dieu de l'atteindre; c'est de* servir d'interprète à la sainte Église, de mettre les fidèles à portée de la suivre dans sa prière de chaque saison mystique, et même dé chaque jour et de chaque heure. À Dieu ne plaise que nous nous permettions jamais de mettre nos pensées d'un jour à côté de celles que notre Seigneur Jésus-Christ, qui est la divine Sagesse, inspire à son Épouse bien-aimée ! Toute notre application sera de saisir l'intention de l'Esprit-Saint dans les diverses phases de l'Année Liturgique, nous inspirant de l'étude attentive des plus anciens et des plus vénérables monuments delà prière publique, et aussi des sentiments des saints Pères et des auteurs Ecclésiastiques approuvés; en sorte qu'à l'aide A& tous ces secours, nous puissions offrir aux fidèles la moelle des prières Ecclésiastiques, et réunir, s'il est possible, l'utilité pratique et cette agréable variété qui soulage et qui réjouit.

Dans cet ouvrage, nous insisterons sur le culte des

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