‹ L'Année liturgique. L'aventChapitre 7 sur 149 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

PRATiaUE DE L^AVENT

Si la sainte Église notre mère passe le temps de TAvent dans cette solennelle préparation au triple Avènement de Jésus-Christ; si, à l'exemple des vierges sages, elle dent sa lampe allumée pour l'arrivée de l'Époux ; nous qui sommes ses membres et ses enfants, nous devons participer aux sentiments qui l'animent, et prendre pour nous cet avertissement du Sauveur : Que vos reine soient ceints d'tme ceinture comme ceux des voyageurs; que des flambeaux allumés brillent dans vos maxns ; et soyez semblables à des serviteurs qui attendent leur maître (4). En effet, les destinées de l'Église sont les nôtres ; chacune de nos âmes est, de la part de Dieu, l'objet d'une miséricorde, d'une prévenance, semblables à celles dont il use à l'égardde l'Église elle-même. Elle n'est le temple de Dieu, que parce qu'elle est composée de pierres vivantes; elle n'est l'Épouse, que parce qu'elle est formée de toutes les âmes qui sont? conviées à l'étemelle union. S'il est écrit que le Sauveur s'est acquis l'Église par son sang (2), chacun de nous peut dire, en parlant de soi-même, comme saint Paul vLe Christ ma aimé et s'est livré pour moi (3), Lefr destinées étant dbnc les mêmes, nous devons nous*

(1) Lac xf 1. 8S — (2) Act. xx. 28. — (3) Gai. n. «0.

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efforcer, durant l'Aven t, d'entrer dans les sentiments de préparation dont nous venons de voir que FÉglise est remplie.

Et d'abord, c'est pour nous un devoir de nous joindre aux Saints de l'ancienne Loi pour demander le Messie, et d'accomplir ainsi cette dette du genre humain tout entier envers la divine miséricorde. Afinr de nous animer à remplir ce devoir, transportons - nous par la pensée dans le cours de ces quatre mille ans représentés par les quatre semaines de TAvent^ et songeons h ces ténèbres, à ces crimes de tout genue au milieu desquels Tancien monde s'agitait. Que notre cœur sente vivement la reconnaissance qu'il doit à celui qui a sauvé sa créature de la mort, et qui est descendu pour voir de plus près et partager toutes nos misères, hors le péché. Qu'il crie avec l'accent de la détresse et de la confiance vers celui qui voulut sauver l'œuvre de ses mains, mais qui veut aussi que l'homme demande et implore son salut. Que nos désirs et notre espérance s'épanchent donc dans ces ardentes supplications des anciens Prophètes, que l'Église nous met à la bouche en ces jours d'attente; protons nos cœurs, dians toute leur étendue, aux sentiments qu'ils expriment.

Ce premier devoir étant rempli, nous songerons à FAvénement que le Sauveur veut faire en notre cœur. Avènement, comme nous avons vi;, plein de douceur et de mystère, et qui est la suite du premier; puisque It^ bon Pasteur ne vient pas seulement visiter le troupeau en général, mais qu'il étend sa sollicitude à chacune des brebis, même à la centième qui s'était

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perdue. Or^ pour bien saisir tout ccTt ineffable mystère, il faut se rappeler que, comme nous ne pouvons être agréables à notre Père céleste, qu'autant qu'il voit en nous Jésus-Christ son Fils, ce Sauveur plein de bonté daigne venir en chacun de nous, et, si nous y voulons consentir, nous transformer en lui, en sorte que nous ne vivions plus de notre vie, mais de la sienne. Et tel est le but du Christianisme tout entier, de diviniser l'homme par Jésus -Christ : telle est la tâche sublime imposée à TËglise. Elle dit aux Fidèles avec saint Paul: Vous êtes mes petits enfants y car je vous donne une seconde naissance, afin que Jésus -Christ soit formé en vous(i).

Mais, de même que dans son apparition en ce monde, te divin Sauveur s'est d'abord montré sous la forme d'un faible enfant, avant de parvenir à la plénitude de l'âge parfait, qui était nécessaire pour que rien ne manquât à son sacrifice, il tend à prendre en nous les mêmes développements. Or, c'est dans la fête de Noël qu'il aime à naître dans les âmes, et qu'il répand par toute son Église une grâce de Naissance, à laquelle, il est vrai, tous ne sont pas fidèles.

Car voici la situation des âmes à l'approche de cette ineffable solennité. Les unes , et c'est le petit nombre^ vivent avec plénitude de la vie du Seigneur Jésus qui est en elles, et aspirent à chaque heure après l'accrois- ^ment de cette vie. Les autres, en plus grand nombre, «ont vivantes, il est vrai, par la présence du Christ ; mais elles sont malades et languissantes, faute de

#) G«l. IT.19.

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désirer le progrès de cette vie divine; tsar leur charité s'est refroidie (1). Le reste des hommes ne jouit point de eette vie^ et ils sont dans la mort; car le Christ a dit : Je suis la vie (2).

Or, dans les jours de TAvent^ le Sauveur s'en va frappant à la porte de toutes ces âmes, tantôt d'une manière sensible, tantôt d une manière cachée. Il vient leur demander si elles ont place pour lui, afin qull naisse en elles. Mais, quoique la maison qu'il réclame soit à lui, puisqu'il l'a bâtie et la conserve, il s'est plaint que les siens ne l'ont point voulu recevoir (3) ; au moins le grand nombre d'entre eux. Quant à ceux qui Vont reçu, il leur a donné de devenir fils de Dieu^ et non plus enfants de la chair et du sang (4).

Préparez- vous donc à le voir naiire en vous, plus 'beau, plus radieux, plus fort enccwre que vous ne l'avez •Ksonnu, ô vous, âmes fidèles qui le gardez en vous comme un dépôt chéri, et qui, dès longtemps, n'avez point d'autre vie que sa vie , d'autre cœur que son <îœur, d'autres œuvres que ses œuvres. Sachez démêler, dans les paroles de la sainte Liturgie, ces mots cachés qui vont â votre amour, et qui charmeront le cœur de l'Époux.

Dilatez vos portes pour le recevoir dans sa nouvelle entrée, vous qui déjà l'aviez en vous, mais sans le <>onnaitre, qui le possédiez, mais sans le goûter. Il revient avec une nouvelle tendresse; il a oublié vos dédains; t7 veut renouveler toutes choses (5). Faites place

<l) Apoc. II. 4. — (î) Joann. xiv. 6. — (3) Ibid, u il. S) Joann. 1. 11. 13. — (5) Apoc. xxi. 6.

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à TEnflmt divin; car il voudra croître en vous. Le moment approche f que votre cœur donc se réveille; et dans la crainte que le sommeil ne vous ait surinîs quand il passera^ veillez et chantez. Les paroles 4e la Liturgie sont aussi pour vous; car elles parlent de ténèbres que Dieu seul peut dissiper^ de plaies que sa bonté seule peut guérir^ de langueurs qui ne cesseront que par sa vertu.

Et vous. Chrétiens, pour qui la bonne nouvelle est comme si elle n'était pas^ parce que vos cœurs sont morts par le péché ; soit que cette mort vous i*etienne dans ses liens depuis longues années^ soit que la blessure qui Ta causée ait été plus récemment portée à votre âme : voici venu* celui qui est la vie. Pourquoi donc voudriez - vous mourir ? Il ne veut point la mort du pécheur y mais bien qu'il se convertisse et qt/U vive (I). La grande Fête de sa Naissance sera un jour de miséricorde universelle pour tous ceux qui voudront bien Itd donner entrée. Ceux-là recommenceront à vivre avec lui; toute autre vie antéiieure sera abolie^ et la p'âce surabondera^ là même où avait abondé l'iniquité (2). Que si la tendresse^ la douceur de cet Avènement mystérieux ne vous séduisent pas, parce que votre cœur appesanti ne saurait encore comprendre la confiance, parce que, ayant longtemps avalé Tiniquité comme Feau, vous ne savez ce que c'est que d'aspirer par l'amour aux caresses d'un père dont vous aviez méprisé les invitations; songez à l'Avènement plein de terreur, qui suivra celui qui s'accomplit silencieu-

i(i) E«ech. xviii. 31, — (2) Rom. v. Î9.

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sèment dans les âmes. Entendez les craquements de l'anivers à rapproche du juge redotitable; voyez les cieux s'enfuir devant lui et se rouler comme tm livre à sa vue (1); soutenez si vous pouvez son aspect, ses regards étincelants; regardez sans frémir le glaive à deux tranchants qui s'élance de sa bouche (2) ; écoutez enfin «ces cris lamentables : Montagnes^ tombez sur nous, rochers, eo«t;rez-not«, et dérobez-nous sa vue efifrayante(3)! €es cris sont ceux que feront entendre en vain les âmes infortunées qui n'ont pas su connaître le temps de la visite (4); et pour avoir fermé leur cœur à cet Homme- Dieu qui pleura sur elles, tant il les aimait! elles des- •cendront vivantes dans ces ardeurs éternelles, dont la flamme est si vive qu'elle dévore le germe de la terre et les fondements les plus cachés des montagnes (b). C'est ih que l'on sent le ver éternel d'un regret qui ne meurt jamais (6)«

Que ceux-là donc que n'attendrit pas la douce nouvelle de l'approche du céleste Médecin, du généreux Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis, méditent pendant l'Avent, sur l'afifreux et pourtant incontestable mystère de la Rédemption rendue inutile par le refus que l'homme fait trop souvent de s'associer à «on propre salut. Qu'ils sondent leurs forces, et s'ils dédaignent ï Enfant , qui va naître (7), qu'ils voient •s'ils seront en mesure de lutter avec le Dieu fort, au jour où il viendra non plus sauver, nm& juger. Pour le «connaître de plus près, ce Juge devant qui tout doit

(l) Apoc. VI. 14. — (î) Ibid. 1. 16. — (3) Luc. xiiii. 80. (4) Ibid. 19. 44. — (6) Deut. xxxii. 22. — (6) Marc. ix. 48. (7) l8. IX. 6.

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trembler^ qu'ils interrogent la sainte Liturgie : ià^ ils apprendront à le craindre.

Au reste, cette crainte n'est pas seulement le propre des pécheurs : elle est im sentiment que tout chrétien doit éprouver. La crainte, si elle est seule, fait Fesclave; si elle balance Tamour, elle convient au fils coupable qui cherche le pardon de son père qu'il a irrité ; mais si Vamour la chasse dehors (1), elle revient parfois comme un éclair rapide; et jusqu'en ses fondements le cœur fidèle en est heureusement ébranlé. Il sent alors se réveiller le souvenir de sa misère et de la gratuite miséricorde de l'Époux. Nul ne doit donc se dispenser, dans le saint temps de l'Avent^ de s'associer aux pieuses terreurs de l'Église qui, tout aimée qu'elle est, dit, chaque jour, dans l'Office de Sexte : Percez ma chair, Seigneur y de l'aiguillon de votre crainte! Mais cette partie de la Liturgie sera utile surtout à ceux qui commencent à se donner au service de Dieu.

De tout ceci, il faut conclure que l'Avent est un temps principalement consacré aux exercices de la Vie Purgative ; ce qui est signifié par cette parole de saint Jean-Baptiste, que l'Église nous répète si souvent dans ce saint temps : Préparez la voie du Seigneur ! Que chacun donc travaille sérieusement à aplanir le sentier par lequel Jésus-Christ entrera dans son âme. Que les justes, suivant la doctrine de l'Apôtre, oublient ce qu'ils ont fait dans le passé (2), et travaillent sur de nouveaux frais. Que les pécheurs se hâtent de rompre

(1) Joann. iv. 18. — (î) Phil. m. 13.

les liens qui les retiennent^ de briser les habitudes qui les captivent; qu'ils affaiblissent la chair^ et commencent le dm* travail de la soumettre à Tesprit ; qu'ils prient sm-tout avec l'Église; et quand le Seigneur viendra, ils pourront espérer qu'il ne franchira pas le seuil de leur porte, mais qu'il entrera : car il a dit, en. parlant de tons : Voici que je suis à la porte et que Je frappe ; si quelqu'un entend ma voix et m'ouvre, j'entrerai chez lui [\).

(1) Apoc. m. 90.

LITU&GIQUS. Jt

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