‹ L'Année liturgique. L'aventChapitre 88 sur 149 · SAINTE BIBIANE, VIERGE ET MARTYRE · texte numérisé non relu

SAINTE BIBIANE, VIERGE ET MARTYRE

Au temps de FAvent, TÉglise célèbre entre autres la mémoire de cinq illustres Vierges. La première, sainte Bibiane que nous fêtons aujourd'hui, est Romaine; la seconde, sainte Barbe, est l'honneur des Églises de rOrient; la troisième, sainte Eulalie de Mérida, est l'une des principales gloires de l'Église d'Espagne ; la quatrième, sainte Lucie, appartient à l'heureuse Sicile ; la cinquième enfin, sainte Odile, est réclamée parla France. Ces cinq Vierges prudentes ont allumé leur lampe et ont veillé, attendant l'arrivée de l'Époux; et si grande a été leur constance et leur fidélité, que quatre d'entre elles ont versé leur sang pour l'amour de celui qu'elles attendaient. Fortifions-nous par un si grand exemple; et puisque, comme parle l'Apôtre,,

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nous n'avons pas encore résisté jusqu'au sang y n'<a]lons pas plaindre notre peine et nos fatigues durant ces veilles du Seigneur que nous poursuivons dans Tes^ poir de le voir bientôt; mais instruisons-nous aujourd'hui par les glorieux exemples de la chaste et courageuse Bibiane.

Bibiane , Vierge Romaine , d'une illustre naissance, fut encore plus illustre par la foi chrétienne; car, sous Julien l'Apostat^ tyran très-impie, Fia- Tien , son père ,. c|ui avait été préfet, fut dégrade, marqué de la flétrissure des esclaves, et relégué aux Eaux Taurines, où il mourut martyr. Sa mère Dafrosa, condamnée d'abord à rester avec ses filles en sa demeure pour y mourir de faim, fut plus tard reléguée hors de Rome et décollée. Après la mort de ses pieux parents, Bibiane fut dépouillée de tousses biens :

sa sœur Démétria éprouva le même sort. Apronianus , Préteur de la ville, qui convoitait leurs trésors, se mit à persécuter les deux sœurs, lesquelles ayant été enfermées dans un lieu où elles étaient dénuées de tout secours humain , furent merveilleusement nourries par le Dieu qui donne l'aliment à ceux qui ont faim, et reparurent plus fortes et plus florissantes; ce qui étonna grandement le Préteur.

Cependant il essaya de les porter à honorer les dieux des Gentils, promettant de leur faire obtenir leurs richesses perdues, la faveur de l'Empereur et de

Bibiana Yirgo roraana , nobiii génère nata, Christiana ûde nobilior fuit. Ëjus enim pater Flavianus sub Juliano Aposlata impiissimo t^ranno Exprsefectus , servi libusque notis compunctus, ad Aquas Taurinas deportatus , Martyr occubuit.

Mater Dafrosa, et filise primum conclusse domi, ut iuedia conflcerentur ; mox relegata mater extra Urbem capite plexaest. Mortuis autem piis parentibus, Bibiana< cum sorore sua Demetrla bonis omnibus spoliatur.

Apronianus , Urbis Prœtor, pecuniis inhians , sorores persequitur , quas humana prorsus ope destitutas, Deo mirabiliter qui dat escam esurientibus , enutriente , cum vivaciores vegetiores-que conspexisset, vehcmenter est admiratus.

Suadet nihilominus Apro-nianus, ut vénèrent ur aeos* Gentium ; amissas ideoopes, Imperatoris gratiam , praedarissimas nuptias conse-

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cuturœ. Si secus fecerint^ rainatur carceres , virgas , secures. Ât ills neque blanditiis, neque minis a recta ûde déclinantes, paratae potins mori, quam fœdari moribus ethnicorum, Pfaetoris impietatem conslantissime detestanlur. Quare Demetria ob ocnlos Bibianae repente corruens, obdorraivit m Domino : et Bibiana Rufinae mulieri vaferrimse seducenda traditur : quse ab incunabilis edocta Ghristianas leges , et illibatum servare virginitatis flore ra , seipsa fortior, ferainae superavit insidias, et Prœtoris astus delilsit.

Nihil autem proficiente Rufina , quse praeter dolosa verba, iilam quotidie verbe-' ribus affligebat, ut de sancto proposito dimoveret , spe sua frustratus Prsetor , accensus ira, quod in Bibiana perdidisset operam, a lictoribus eara denudari , vinctisque manibus colunonae aliigari, eamque plumbatis cœdi jubet, donec efïlaret animam . Guj us sacrum corpus objectum canibusbiduo jacuit in foro Tauri, illaesum tamen , et divinitus servatum ; quod deinde Joannes Presbyler sepelivit noctu juxta sepulchrum sororis et matris ad palatium Licinianum, ubi usque in praesens exstat Ecclesia Deo, sanctœ

brillantes alliances, et les menaçant , si elles refusaient , de la prison , des fouets et de la hache. Ni caresses ni menaces n'ébranlèrent leur foi ; et préférant mourir plutôt que de i se souiller par les superstitions païennes, elles repoussèrent avec indignation et constance les propositions impies du Préteur. G est pourquoi, Démétria, , frappée sous les yeux de Bibiane, mourut et s'endormit dans le Seigneur. Bibiane fol i livrée à une femme très-habile dans l'art de séduire, nommée Rufina. Mais la Vierge, instruite dès Tenfance à garder la loi chrétienne, et à conserver sans tache la fleur de virginité, s'élevant au-dessus d'elle-même, triompha de cette femme artificieuse, et déjoua la perfidie du Préteur.

Ainsi ce fut en vain que Rufirta, pour ébranler son généreux propos , employa chaque jour avec les paroles caressantes la violence des coups. Trompé dans son attente, le Préteur, irrité d'être vaincu par Bibiane, commanda à ses licteurs de la dépouiller, de l'attacher à une colonne, les mains liées, et de la battre à coups de lanières plombées jusqu'à ce qu'elle expirât. Son corps sacre demeura deux jours sur la place du Taureau , abandonne aux chiens; mais divinement préservé, il ne reçut aucun outrage. Un prêtre nommé Jean ensevelit Bibiane pendant la nuit, à côté du tombeau de sa sœur et de sa mère, près du palais de Llcini us, ou est encore à présent une-

^Hse consacrée à Dieu sous le Bibianœ nomine dicata ,

nom de la Sainte. Urbain VIU quam Urbanus Octavus ins-

la répara , y ayant découvert tauravit , sanctorum Bibia-

les corps des saintes Bibiane, nse , Démet riœ et Dafrosœ

Démétria et Dafrosa, qu'il corporibus in ea repertis, et

plaça sous le grand autel. sub ara maxima coUocatis.

0 Vierge très-prudente^ Bibiane ! vous avez traversé sans faiblir la longue veille de cette vie; et Fhuile ne manquait pas à votre lampe^ quaoa soudain l'Époux est arrivé. Vous voici maintenant, pour Téternité,, dans le séjour des Noces éternelles, où le Bien - Aimé paU^ au milieu des lys. Du lieu de votre repos, souveneavous de ceux qui vivent encore dans l'attente de ce même Époux dont les embrassements éternels vous sont réservés pour les siècles des siècles. Nous attendons la Naissance du Sauveur du monde, qui doit être la fin du péché et le commencement de la justice; nous attendons la venue de ce Sauveur dans nos âmes, afin qu'il les vivifie et qu'il se les unisse, comme il a fait pour vous ;. nous attendons enfin le Juge des vivants et des morts. Vierge très-sage, fléchissez, par vos tendres prières, ce Sauveur, cet Époux, ce Juge; afin que sa triple visite, opérée successivement en nous, soit pour nous le principe et la consommation de cette union divine à laquelle nous devons tous aspirer. Priez aussi. Vierge très-fidèle, pour la sainte Eglise Romaine, qui vous a enfantée à l'Église du ciel, et qui garde avec tant d'amour vos précieuses dépouilles. Obtenez-lui cette fidélité parfaite qui la rende toujom^s digne de celui qui est son Époux aussi bien que le vôtre, et qui , l'ayant enrichie de ses dons les plus umgnifiques, et fortifiée de ses promesses les plus

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inviolables^ veut cependant qu'elle demande et qne nous demandions pour elle les grâces qui doivent la conduire au terme glorieux vers lequel elle aspire.

Considérons aujourd'hui l'état de la nature dans la saison de l'année où nous sommes arrivés. La terre se montre dépouillée de sa parure accoutumée^ les fleurs ont péri^ les fruits ne pendent plus aux aii)res^ le feuillage des forêts est dispersé par les vents, la froidure saisit toute âme vivante ; on dirait que la mort est à la porte. Si du moins le soleil conservait son éclat et traçait encore dans les airs sa course radieuse ! Mais^ de jour en jour, il rétrécit sa marche. Après une longue nuit, les hommes ne l'aperçoivent que pour le voir bientôt retomber au couchant, à l'heure même où naguère ses feux brillaient encore du plus vif éclat; et chaque jour voit s'accélérer cette rapide invasion des ténèbres. Le monde est-il destiné à voir s'éteindre pour jamais son flambeau? Le genre humain est-il condamné à finir dans la nuit? Les Patens le craignirent; et c'est pourquoi, comptant avec terreur les jours de cette lutte effrayante de la lumière et des ténèbres, ils consacrèrent au culte du Soleil le vingt -cinquième jour de Décembre , qui était le solstice d'hiver, jour après lequel cet astre, s'échappant des liens qui le retenaient, commence à remonter et reprend graduellement cette ligne triomphante par laquelle naguère il divisait le ciel en deux parts.

Nous, chrétiens, illuminés des splendeurs de la foi^ nous ne nous arrêterons point à ces terreurs humaines:

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nous cherchons un Soleil auprès dùquelle soleil visi*- Me n'est que ténèbres. Avec lui^ nous pourrions défier toutes les ombres matérielles ; sans lui^ la lumière que nous croirions avoir ne peut que nous égarer et nous perdre. 0 Jésus! lumière véritable qui éclairez tout homme venant en ce monde y vous avez choisi, pour naitre au milieu de nous, Tinstant où le soleil visible est près de s'éteindre, afin de nous faire comprendre , par cette figure bien frappante , l'état où nous étions réduits quand vous vîntes nous sauver en nous éclairant. « La lumière du jour baissait , dit saint Bernard^ « dans son premier Sermon de TAvent; le Soleil de «justice avait presque disparu; sur la terre, à peine « restait-il une faible lueur et une chaleur mourante. < Car la lumière de la divine connaissance était presa que éteinte ; et par l'abondance de l'iniquité, la fer- • veur de la charité s'était refroidie. L'Ange n'appa- « raissait plus; le Prophète ne se faisaitplus entendre, a L'un et l'autre étaient comme découragés par la dua reté et l'obstination des hommes; mais, dit le Fils de « Dieu, c'est alors que j'ai dit : Me voici. » 0 Christ ! 6 Soleil de justice! donnez-nous de bien sentir ce qu'est le monde sans vous; ce que sont nos intelligences sans votre lumière, nos cœurs sans votre divine chaleur. Ouvrez les yeux de notre foi; et pendant que ceux de notre corps seront témoins de la décroissance journalière de la lumière visible, nous songerons aux ténèbres de l'âme que vous seul pouvez éclairer. Alors, notre cri, du fond de l'abîme , s'élèvera vers vous qui devez paraître au jour marqué , et dissiper les ombre» les plus épaisses, par votre victorieuse splendeur.

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PRIÈRE POUR LE TEMPS DE l'AVENT.

( Bréviaire Mozarabe, Mercredi de la JP Semaine de rAvent, Capitule. )

Domine, JesuCbriste, qui Seigneur Jésus- Christ . qui

assumpto hoinine , homi- ayant pris la nature humaiue

num susceptor effectus , in et étant devenu le Sauveur des

lucem gentium datus e»; hommes, avez été donné pour

aperi oculos cordium in te la lumière des nations, ouvrez

credentium populorum, at- les yeux du cœur des peuples

que abstrahe raisericors de qui croient en vous , et dans

conclusione religatos adhuc votre miséricorde , tirez de la

vinculis diftidenlise : et prison ceux que retiennent en-

quos in domo carceris deti- core les liens de la défiance, et

Deri conspicis in tenebris daignez illuminer par la splen-

ignoranti8e^tu8B,quœsumus, deur de votre connaissance

scientiœ irradies splendore, ceux que vou» vo^ez encore re

tenus dans le& ténèbres de la

captivité.

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