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SAINT PIERRE CHRYSOLOGUE

ÉVÊQUE ET DOCTEUR D£ l'ÉGLISE

La même Pi'ovidence divine qui n'a pas permis que l'Église, au saint temps de l'A vent, fût privée delà consolation de fêter quelques-uns des Apôtres qui ont annoncé la venue du Verbe aux Gentils, a voulu aussi qu'à la même époque, les saints Docteurs qui ont défendu la vraie Foi contre les hérétiques, fussent pareillement représentés dans cette importante fraction du Cycle Catholique. Deux d'entre eux, saint Ambroise et saint Pierre Chrysologue, brillent au ciel de la sainte Église, en cette saison, comme deux astres éclatants. Il est digne de remarque que tous deux ont été }es vengeurs du Fils de Dieu que nous attendons. Le premier a vaillamment combattu les Ariens, dont le dogme impie voudrait faire du Christ, objet de nos espérances, un homme et non un Dieu ; le second s'est opposé à Eutychès, dont le système sacrilège détruit toute la gloire de l'Incarnation du Fils de Dieu, en soutenant que, dans ce mystère, h nature humaine a été absorbée

par la divinité. C'est ce second Docteur, l'éloquent Pontife de Ravenne, que nous honorons aujourd'hui. Apprenons à connaître cet illustre saint, par le récit que TÉglise nous fait de ses œuvres.

Petnis, qui ab auream ejus eloquentiam Chiysologi cognomeri adeptus est, Foro Cornelii in iËmiiia honestis pareatibus nalus, a prima aetate animum ad religionem adjiciens , Cornelio Roniano , tune ejusdem urbis Gorneliensis Episcopo, operam dédit : a que etiam scientia et vitœ sanctîtale cum brevi profecisset, Dlaconus creatus est. Postmodum contigit, ut Ravennates ob mortem Archiprsesulis sui , alium ut moris erat ab eis electum, Romani ad sanctum Sixtum Papam Tertium pro confirmatione miser i ni una cum Legatis suis , et eum prsedicto Cornelio , qui eumdem levitam secum perduxit. Intérim sanctus Petrus Apostolus, et Martyr Apollinaris Summo Pontifici in somnis apparuerunt, roedium^ue haben tes hune juvenem j usserunt, ut illum, et non alium , in Archiepiscopum Ravennœ crearet. Hinc Pontifex, roox ut vidit Petrum, cognovit eum a Domino Dec prœelectum : propterea rejjecto illo quem ipsi ofTerebant , hune solum anno Christi quadringentesimo trigesimo tertio, iiii Metropoiitanse prœfecit Ecclesiœ.

Pierre, surnommé Chrysologue, pour For de son éloquence, naquit à Forum Cornelii , dans l'Emilie, de parents honnêtes. Dès l'enfance , tournant son esprit vers la religion , il s'attacna à TÉvêque de cette ville, Cornélius, Romain, c[ui le forma rapidement à la science et à la sainteté de la vie, et Tordonna Diacre. Peu après, Tarchevêque de Ravenne étant mort, comme les habitants de cette ville envoyèrent, selon Tusage , à Rome, le successeur i qu'ils avaient élu, solliciter du I saint Pape Sixte 111 la confirmation de cette élection, Cornélius se joignit aux députés de Ravenne, et emmena avec lui son diacre. Cependant TApôtre saint Pierre et le Martyr saint Apollinaire apparurent en songe au Pontife Romain , avant au milieu d'eux un jeune | lévite, et lui ordonnant de ne pas placer un autre que lui sur le siège archiépiscopal de Ravenne. Le Pontife n'eut pas plutôt vu Pierre, qu'il reconnut ' en lui l'élu du Seigneur ; rejetant donc celui qu'on lui présentait, il promut, Tan de i.-G.

433, le jeune lévite au gouver- j nement de cette Église métropolitaine. Les députés de Ravenne, offensés d'abord, ayant j appris la vision, se soumirent sans peine à la volonté divine '

et acceptèrent avec le plus grand respect le nouvel Archevêque.

Ainsi consacré Archevêque contre son gré, Pierre fut conduit à Ravenne, où l'empereur Valentinien, Galla Placidia, sa mère , et tout le peuple , Taccueillirent avec les plus grandes réjouissances. Pour lui , il déclara qu'ayant consenti à porter un si lourd fardeau pour leur salut, il n'exigeait d*eux , en compensation , qu'une seule chose,qui était de les voir obéir à ses avis avec zèle , et ne pas résister aux préceptes du Seigneur. Il ensevelit, après les avoir embaumés des parfums les plus excellents, les corps de deui: saints morts en cette ville, le prêtre Barbatien, et aussi GermaiD . évêque d'Auxerre , dont il retint comme héritage k CHculleet lecilice. 11 ordonna Évêques Projectus et Marcellin.

U fît creuser à Classe un fontaine d'une merveilleuse grandeur, il bâtit quelques églises magnifîques au bienheureux Apôtre André et à d'autres saints. On célébrait , aux kalendes de janvier , des jeux , accompagnés de représentations théâlrales et de danses ; il les abolit par la force de ses exhortations. 11 dit alors entr'autres choses remarquables :

«Qui veut rire avec le diable, ne a se réjouira pas avec le Christ. 1»

Par Tordre de saint Léon le Grand, il écrivit au Concile de Chalcédoine contre l'hérésie

Quod cum legatt Ravennatenses aegre ferrent , audita visione.divinœ voluntati libenter acquiescentes,novum Archiepiscopum maxima cum reverentiasusceperunt.

Pelrus igitur , licet invltus, in Archiprœsulem consecratus Ravennam deducitur : ubi a Yalentiniano Imperatore , et a Galla Placidia ejus matre, et ab universo populo maxima lœtitia exceptusest.Etille ab eis id unum petere dixit, utquandotantum oneris pro ipsorum salute subire non recusavit, studerent ipsi monitis suis obtemperare, divinisqueprœceptisnon obsistere.

Duorum Sanctorum tune ibi defunctorum corpora oblimis unguentis condita sepelivit; fiarbatiani videlicet Presbyteri,et Germani Antissiodorensis Episcopi , cujus etiam cucullam et cilicium sibi vindicavit in hœreditatem. Projectum etMarcellinum Ëpiscopos ordinavit.

In Classe fontem extruxit magnitudinis vere admirabilis, et Templa quœdam magnifica œdificavit, tum beato AndreseApostolo, tum aliis Sanctis. Ludos ab hominibus personatis cum variis saltationibus, Kalendis Januarii fieri solitos , concione cohibuit acerrima; ubi inter alia illud prœclare dixit : Qui jocari voluerit cum diabolo, non poterit gaudere cum Christo.

Jussu sancti Leonis Papae Primi scripsit ad Chalceao-

L'AVBNT

nehse Concilium adversus hœresim Eutychelis. Respondit praeterea ad Eutychem ipsiim et alia Epistola, quœ eidem Concilio in nobis editionibus praefîxa , et in Annales Ecclesiasticos relata fuit.

Dum publiée sermones baberct ad populum, adeo vehemens erat in dicendo, utprœ nimio ardore vox iili interdum deîecerit : sicut contigit in concione Hemorrlioissœ. Unde Ravennates coramoti, tôt lacrymis, clamoribus et orationibus locum repleverunt, ut postea îpse gratias ageret Deo , quod in lucrum amorisverterit damnum ejusdem sermonis. Gum tandem annos circiler decem et octo eam Ecclesiatn sanctissime rexisset, laborum suorum finem adesse divinitus praenoscens, in patriainsecontulit ; ubi sancli Cassiani Templum ingressus, magnum diadema aureum , gemmis distinctum pretiosissimisofferens, super Al lare majus posuit ; necnon aureum craterem et patenam argenteam, quam tum rabidi canis morsus, tum febres sanare expertum est , aqua inde deraissa. Ex lune Ravennates qui eumdera seeuti ftierant,dimi9it,admonens, ut in eligendo optimo Pastore invigilarenl attente.

Mox Deum humiliter precatus, et sanctum Gassianum Patronum, ut bénigne animam ejus exciperet , tertio

d'Eutychès , et adressa à Phérésiarque lui-même une aulre lettre qu'on a jointe aux Actes du Coneile dans les dernières éditions , et qui est consignée dans les Annales Ecclésiastiques.

Dans ses bomélies à son peuple, son éloquence était si véhémente, que parfois la parole lui manqua dans Tardeur de sa prédication ; comme il arriva à son sermon sur l'Hémorrhoïsse ; et il y eut dans l'assemblée émue tant de larmes, d'acclamations et de feiventes prières, que depuis, le saint rendait grâces à Dieu de ce que l'interruption de son discours avait tourné au profit de la charité. Il gouvernait très-saintement cette Église, depuis environ dix -huit ans, lorsqu'apnt connu, parunelumière divine, que la fin de ses travaux ap-prochait, il passa dans sa ville natale , se rendit à Téglise de Saint-Cassien, et déposa sur le grand autel, en offrande, un grand diadème d'or enrichi de pierres précieuses, une coupe également d'or , et une patène d'argent qui donne à l'eau qu'on y répand, comme on l'a souvent éprouvé, la vertu de guérir les morsures de la rage et de calmer la fièvre. Cependant il ren-^ voya à Ravenne ceux qui l'avaient suivi, en leur recommandant de veiller attentivement au choix d'un excellent pasteur.

Puis adressant d'humbles prières à Dieu, priant saint Cassien, patron de Péglise , de recevoir avec bonté son âme, il trépassa

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doucememt, versran450, le Nonas Decembris, placide

trois des Nones de décembre, ex bac vila migravit , anno

Son corps, qui fut enseveli avec circiter quadringentesimo

pompe, au milieu des larmes et quinquagesimo. Sacrum

des prières de toute la ville , ejus corpus communi to-

aupres de celui du même saint tins civitatis fletu ac pietate

Cassien, y est encore de nos jours prope corpus ejusdem sancti

religieusement vénéré. L'un de Gassiani nonorifice condi-

ses bras, enchâssé dans l'or et tum , nostris etiam tempo-

les pierreries, a été transporté ribus religiose colitur : cu-

à Ravenne , où on l'honore jus tamen brachium auro

dans la basilique Ursicane. et gemmis ornatum Raven-

nam delatum in Ursicana œde veneratur.

Saint Pontife, dont la bouche d*or s'est ouverte dans l'assemblée des fidèles, pour faire connaître Jésus- Christ, daignez considérer d'un œil paternel le peuple Chrétien qui veille dans Tattente de cet Homme-Dieu dont vous avez si hautement confessé la double nature. Obtenez-nous la grâce de le recevoir avec le souverain respect dû à un Dieu qui descend vers sa créature, et avec la tendre confiance que Ton doit à un frère qui vient s'offrir en sacrifice pour ses frères indignes. Fortifiez notre foi, ô très-saint Docteur! car Tamour qu'il nous faut procède de la foi. Détruisez les hérésies qui dévastent le champ du père de famille; confondez surtout l'odieux Panthéisme, dont l'erreur d'Eutychès est une des plus funestes semences. Éteignez-le enfin dans ces nombreuses chrétientés d'Orient, qui ne connaissent l'ineffable mystère de l'Incarnation que pour le blasphémer, et poursuivez aussi parmi nous ce système monstrueux qui, sous une forme plus repoussante encore, menace de tout dévorer. Inspirez aux fidèles enfants de l'Église cette parfaite obéissance aux jugements du Siège Apostolique, dont vous

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donniez à Thépésiaffque Kutychès, dans votre immortelle Épître, une si belle et si utile leçon, cpiand vous lui disiez : « Sur toutes choses, nous vous exhortons, a honorable frère , de recevoir avec obéissance les « choses qui ont été écrites par le bienheureux Pape c( de la ville de Rome ; car saint Pierre, qui vit et pré- « side toujours sur son propre Siège, y manifeste la a vérité de la Foi à tous ceux qui la lui demandent. »

LE MÊME JOUR

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