SAINT JEAN DE MATHA, CONFESSEUR
-^^^^AGUÈRE, nous célébrions la mévi^h^R moire de Pierre Nolasque. appelé ^gV^ par la très sainte Mère de Dieu à ^^.^1 fonder un Ordre destiné au rachat des chrétiens captifs chez les intidèles; aujourd'hui, nous avons à honorer l'homme généreux qui fut le premier favorisé de celte sublime pensée, et établit, sous le nom de la très sainte Trinité, une société religieuse dont les membres s'engagèrent à mettre leurs efforts, leurs privations, leur liberté, leur vie, au service des pauvres esclaves qui gémissaient sous le joug des Sarrasins.
L'Ordre des Trinitaires et celui de la Merci, quoique distincts, sont frères dans leur but et dans l'intention qui les a produits; leurs résultats, en six siècles de durée, ont été de rendre à leurs familles et à leur patrie plus d'un million d'hommes, dont ils préservaient en même temps la foi des périls de l'apostasie. C'est en France, près de Meaux, que Jean de Matha, assisté de son fidèle coopérateur Félix de Valois, qui paraîtra à son tour sur le Cycle dans la dernière partie de l'année, établit le centre de son œuvre à jamais bénie. En ces jours de préparation au Carême, où nous avons besoin de ravivei; en nous la flamme de la charité envers ceux qui souffrent, quel plus admirable mo-
Saint Jean de Matha, Confesseur. 33 1
son Ordre
dèle que Jean de Matha, que tout entier, qui n'a eu d'autre raison d exis tence que le désir d'aller arracher aux horreurs de l'esclavage des frères inconnus qui languissent chez les barbares ! Est-il une aumône, si généreuse qu'elle soit, qui ne s'etface, quand on la compare au dévouement de ces hommes qui s'obligent par leurs règles non seulement à parcourir la chrétienté pour y recueillir les deniersàl'aide desquels ils rendront la liberté aux esclaves, mais à prendre tour à tour les fers de quelqu'un de ces infortunés, afin d'accroître le nombre des rachetés ? N'est-ce pas, autant que la faiblesse humaine le peut permettre, imiter à la lettre l'exemple du Fils de Dieu lui-même, descendant du ciel pour être notre Rédempteur ? Animés par de tels modèles, nous entrerons plus volontiers encore dans les intentions de l'Eglise qui nous recommandera bientôt les œuvres de miséricorde comme l'un des éléments essentiels de la pénitence quadragésimale.
Mais il est temps de lire le récit que la Liturgie nous offre des vertus de l'homme apostolique, à qui l'Eglise et l'humanité sont redevables en partie de tant d'héroïques services.
JEAN de Matha, instituteur de l'Ordre de la très sainte Trinité pour la Rédemption des captifs, naquit à Faucon en Provence, de parents considérables par leur noblesse et par leur piété. Il fit ses études à Aix, puis à Paris,
J CANNES de Matha. Ordinissanctissima Trin i t a t i s Redemptionis captivorum institutor , Falcnne in Proviacia natus est parentibus pietate et nobilitate conspicuis. Studiorum causa
332 Le Temps de la Septuagésime.
Aquas Sextias, mox Parisiûs profectus, confectoque theologiae curriculo , magisterii lauream adeptus. doctrinœ et virtutum splendore enituit; quibus motus Parisiensis Antistes, ad sacrum presbyteratus ordinem. pras humilitate reluctantem promovit. eo consilio, ut in ea civitate commorans, sapientiae et moribus. studiûsae juventuti prseluceret. Cum autem in sacello ejusdem episcopi, ipso cum aliis adstante, primum Deo Sacrum offerret, cœlesti fa%-ore meruit recreari. Nam Angélus candida et fulgenti veste indutus, cui in p&ctore crux rubei et casrulei coloris assuta erat. brachiis cancellatis, et super duos captives ad latera positos.
christianum unum, allerum Maurum, extensis apparuit. Qua visione in exstasim raptus.intellexit protinus vir Dei, se ad redimendos ab infidelibus captivos destinari.
Ouo vero maturius in re tanti nomenti procederet, in solitudinem secessit ; ibique divine nutu factum est, ut Felicem Valesium in ipsa eremo jam multis
où, après avoir achevé le cours de théologie, il reçut le bonnet de docteur. L'éclat de ses vertus et de sa science porta l'évêque de Paris, malgré l'humble résistance de Jean, à lui conférer l'ordre sacré de la prêtrise, afin que, pendant le séjour qu'il ferait dans cette ville, il fiit par sa sagesse et par sa conduite un flambeau lumineux pour les jeunes étudiants. Comme il célébrait sa première Messe dans la chapelle de l'évéqùe, en présence du prélat et d'autres personnes, il fut honoré d'une faveur céleste. Un Ange lui apparut vêtu d'un habit d'éclatante blancheur, portant sur la poitrine une croix rouge et bleue, et tenant les bras croisés et étendus sur deux captifs placés à ses côtés, l'un chrétien et l'autre maure. Cette vision ravit l'homme de Dieu en extase, et il comprit aussitôt qu'il était destiné pour racheter les captifs des mains des infidèles.
POUR se conduire avec plus de maturité dans une affaire de cette importance, il se retira dans une solitude, où. par l'ordre de la divine Providence, il trouva Félix de Valois qui habitait déjà le
Saint Jean Je Mat/ia, Confesseio-. 333
même désert depuis beaucoup d'années. Il se lia de société avec lui, et s'exerça pendant trois ans à la prière, à la contemplation et à la pratique de toutes les vertus. Comme ils s'entretenaient un jour des choses divines au bord d'une fontaine, un cerf s'approcha d'eux, portant entre ses cornes une croix de couleur rouge et bleue, Félix avant paru surpris de la nouveauté de ce spectacle, Jean lui raconta la vision qu'il avait eue à sa première Messe. Ils s'appliquèrent donc tous deux avec plus de ferveur à la prière, et. après en avoir reçu trois fois l'avertissement en songe, ils résolurent de partir pour Rome, afin d'obtenir du Souverain Pontife l'institution d'un nouvel Ordre pour le rachat des captifs. Innocent III. qui avait été élu peu de temps auparavant, les reçut avec bonté, et pendant qu'il délibérait sur leur projet, en la seconde fête de sainte Agnès, durant la Messe solennelle dans l'Eglise de Latran. au moment de l'élévation de la sainte Hostie, un Ange vêtu de blanc, avec une croix de deux couleurs, lui apparut sous les traits d'un homme qui racheté des captifs. Le Pontife, encouragé par cette vision, approuva l'institut, et voulut qu'on l'appelât l'Ordre de la très
annis degentem repererit. Cum quo inita societate, se per triennium in oratione et contemplatione, omniumque virtutum studio exercuit.
Contigit autem. ut dum secum de rébus divinis prope fontem colloquerentur, cervus ad eos accesserit. crucem inter cornua gerens, rubei et caerulei coloris. Cumque Félix ob rei novitatem miraretur , narravit ei Joannes visionem in prima Missa habitam : et exinde ferventius orationi incumbeates. ter in somnis admoniti . Rornam proficisci decreverunt, ut a summo Pontifice novi Ordinis pro redimendis captivis institutionem impetrarent.
Electus fuerat eo tempore Innocentius Tertius : qui. illis bénigne acceptis. dum secum de re proposita deliberaret, in festo sanctae Agnetis secundo, Laterani intra Missarum solemnia, ad sacrae Kostias elevationem. Angélus ei candida veste . cruce bicolori , specie redimentis captivos apparuit. Quo viso, Pontifex institutum approbavit, et novum Ordinem sanctissimae Trin i t a t i s Redemptionis
334 ^^ Temps de la Septuagesime.
captivorum vocari lussit, ejusque professoribus albas vestes , cum cruce rubei et caerulei coloris prsebuit.
SIC stabilito Ordine , sancti fundatores in Galliam redierunt ; primoque cœnobio Cervi Frigidi in diœcesi Meldensi constructo. ad ejus regimen Félix remansit.
et Joannes Romara cum aliquot sociis reversus est, ubi Innocentius domum, ecclesiam, et hospitale saocti Thomce de Formis in monte Cœlio eis donavit, cum multis redditibus et possessionibus. Datis quoque litteris ad Miramolinum regem Marochii, opus redemptionis felici auspicio inchoatum fuit. Tum ad Hispanias , sub jugo Sarracenorum magna ex parte oppressas, Joannes profectus est , regumque , principum atque aliorum fidelium animes ad captivorum et pauperum commiserationem commovit.
Monasteria œdificavit , hospitalia erexit, magnoque lucro animarum plures captivos redemit. Romam tandem reversus, sanctisque operibus in-
sainte Trinité de la Rédemption des captifs . décrétant que ceux qui en feraient profession porteraient un habit blanc, avec une croix rouge et bleue.
L "Ordre étant ainsi établi, les saints fondateurs s'en retournèrent en France, et bâtirent leur premier monastèr à Cerfroid. dans le diocèse de Meaux. Félix demeura pour le gouverner, et Jean repartit pour Rome avec quelques-uns de ses compagnons. Innocent III leur donna la maison, l'église et l'hospice de Saint-Thomas de Formis, sur le mont Coelius, avec plusieurs revenus et possessions. Il leur donna aussi des lettres pour l'émir qui régnait à Maroc, et l'œuvre de la Rédemption des captifs commença sous d'heureux auspices. Jean se dirigea ensuite sur l'Espagne dont une grande partie gémissait encore sous le joug des Sarrasins, et il inspira aux rois, aux princes et aux autres fidèles la plus grande compassion envers les captifs et les pauvres. Il bâtit des monastères, éleva des hospices, et racheta par luimême beaucoup de captifs, avec un grand avantage pour leurs âmes. De retour à Rome, il s'appliqua avec ardeur ^ux œuvres saintes ,
Saint Jean de Matha, Confesseur. 33
épuisé de fatigues et par une grande maladie, enflammé du plus ardent amour de Dieu et du prochain, il fut réduit à l'extrémité. Ayant fait assembler les frères, il les exhorta avec ardeur à continuer cette œuvre de la Rédemption que le ciel même avait révélée ; après quoi il s'endormit dans le Seigneur, le seize des calendes de janvier, l'an du salut rail deux cent treize. Son corps fut enseveli avec l'honneur convenable dans l'église même de Saint-Thomas de Forints.
cumbens, assiduis laboribus attritus, et morbo confectus , ardentissimo Dei et proximi amore exaestuans, ad extremum devenit. Quare fratribus convocatis , eisque ad opus Redemptionis cœlilus praemonstratum efficaciter cohortatis. obdormivit in Domino, sexto decimo calendas januarii, anno salutis millesimo ducentesimo decimo tertio, ejusque corpus in ipsa ecclesia Sancti Thomas de Formis condigno honore tumulatum fuit.
-OUÏSSEZ maintenant du fruit de votre dé- J vouement pour vos frères, 6 Jean de Matha! Le Rédempteur du monde voit en vous une de ses plus fidèles images, et il se plaît à honorer aux yeux de toute la cour céleste les traits de ressemblance que vous avez avec lui. C'est à nous sur la terre de suivre vos traces, puisque nous espérons arriver au même terme. La charité fraternelle nous y conduira; car nous savons que les œuvres qu'elle inspire ont la vertu d'arracher l'âme au péché i. \'ous l'avez comprise telle qu'elle est dans le cœur de Dieu, qui aime nos âmes avant nos corps, et qui cependant ne dédaigne pas de subvenir aux besoins de ceux-ci. Emu des périls que couraient tant d'âmes exposées au danger de l'apostasie, vous êtes accouru à leur aide,