I. Rom. V
Sainte Marguerite de Cortone, Pénitente. 40 j
Etudions les vertus de l'illustre Pénitente du xiii'siècle, dans les Leçons de l'Office que l'Eglise a consacré à sa mémoire.
MARGUERITE, appelée de Cortone du lieu de sa mort, naquit à Alviano en Toscane. Les plaisirs du monde séduisirent les premières années de sa jeunesse ; et on la vit s'abandonner aux vanités et aux désordres, dans la ville de Montepulciano.
Mais ayant un jour découvert par hasard le cadavre de son amant assassiné par des ennemis, sous un tas de fagots qui recouvraient une fosse, et près duquel un chien l'avait conduite, tout d'un coup la main de Dieu se fit sentir à elle; et la pécheresse, saisie d'un regret profond pour ses fautes, résolut de rompre avec sa vie antérieure, et pleura amèrement. Elle revint donc à Alviano. et ayant coupé ses cheveux et renoncé à ses parures, elle se couvrit d'un vêtement de couleur obscure, et renonça pour jamais aux erreurs de sa vie et aux attraits du monde. On la vit prosternée par terre, la corde au cou, demander pardon dans les églises à tous ceux qu'elle avait scandalisés par sa conduite. Elle partit ensuite pour Cortone; et là. sous la cendre et le cilice, elle se mit en devoir d'apaiser la divine majesté qu elle avait offen-
M.iRGARlTA. a loco dormitionis Cortonensis appellata, Laviani in Tuscia ortum habuit. Primis adolescentiae suas annis mundi voluptatibus capta, in Montis Politiani civitate vanam et lubricam vitam duxit : sed cum amasium ab hostibus foede transfossum, indicio canis in fovea sub strue lignorum tumulatum fortuite reperisset. illico facta est manus Domini super eam. quœ magno culparum suarum mœrore tacta, exiit foras et flevit amare. Itaque Lavianum reversa, crine detonso, neglecto capite, puUaque veste contecta, erroribus suis mundique illecebris nuntium misit ; inque aedibus Deo sacris fune ad collum alligato, humi procumbens, ab omnibus quos antea moribus suis palam offenderat, veniam exoravit. Mox Cortonam profecta. in cinere et cilicio ab se la?sam Dei majestatem placare studuit : donec post triennale virtutum experimentum. a Fratribus Minoribus spiritualis
vitae ducibus. Tertii Ordinis habitum impetravit. Uberes exinde \acrymae ei familiares fuerunt.
atque ima suspiria tanta animi contritione ducîa, ut diu elinguis consisteret. Lectulus nuda humus, cervical lapis aut lignum porrexit : atque ita noctes insomnes in cœlestium meditatione trahere consuevit, nullutn amplius pravum desiderium perpessa,
dum bonus spiritus promptior infirmam carnem ad subeundos labores erigebat.
ADiMONE insidiis. funestisque conatibus lacessita, mulier fortis hostem. ex verbis detectum. semel atque iterum invicta repulit. Ad eludendum vanœ glorias lenocinium. quo a raaio spiritu petebatur, prœteritos mores sucs per vicos et plateas alta voce accusare non destitit.
omni supplicio se ream inclamans ; nec, nisi a confessario deterrita. in speciosam faciem olim impuri amoris causam sïvire abstinuit, aegre
see : jusqu a ce que, après trois ans d'exercice dans toutes les vertus, elle obtint l'habit du Tiers-Ordre des Frères Mineurs, sous la conduite desquels elle s'était placée. Les larmes du repentir lui devinrent familières, et la contrition de son âme s'épanchait en des sanglots si violents, qu'elle en était souvent comme suflfoquée. Sa couche était la terre nue, son oreiller une pierre ou un morceau de bois.
Ses nuits se passaient dans la méditation des choses célestes ; l'ardeur (^e l'esprit qui en elle contraignait la chair, malgré sa faiblesse, à subir de si grands travaux, lui procura l'avantage de ne jamais plus éprouver un mauvais désir.
LE démon fit jouer contre . elle ses embûches, et lui livra de perfides assauts ; mais cette femme forte sut découvrir l'ennemi à son langage, et. toujours invincible, elle repoussa ses séductions à diverses reprises. Pour se prémunir contre le poison flatteur de la vaine gloire, que le malin esprit cherchait à glisser en elle, on l'entendit constamment accuser sa vie passée par les rues et les places publiques, déclarant à haute voix qu'elle était digne de tous les supplices. La défense de son confesseur put
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seule la détourner du projet qu'elle avait conçu d'altérer les traits de son visage, qui avait pu autrefois exciter une passion impure ; et c'était pour elle un regret de savoir que ses longues macérations n'avaient point anéanti sa beauté. De si nombreuses marques d'une rigoureuse pénitence épurèrent son âme de toutes les taches du péché ; et devenue maîtresse d'ellemême jusqu'à affranchir tous ses sens des moindres attraits de ce monde, elle devint digne de jouir souvent de la compagnie du Seigneur. La grâce qu'elle avait désirée ardemment, de participer aux douleurs du Christ et de la Vierge-Mère, lui fut accordée : on la vit quelquefois, dans ces moments d'extase, privée de tout sentiment, comme si la vie l'eût abandonnée. On venait souvent à elle des contrées les plus éloignées, comme à une maîtresse de perfection. Dans la lumière céleste dont elle était inondée, elle découvrait les secrets des cœurs et les consciences des hommes ; elle apercevait, avec une vive douleur et beaucoup de larmes, des péchés dont Dieu était offensé dans les lieux éloignés d'elle. Enflammée d'amour pour Dieu et pour le prochain, elle opéra un fruit immense dans les âmes. Des
ferens suam formam longa carnis macération;:
non aboleri. Quibus aliisque magnje pœnitentiœ argumentis, suorum criminum labe expiata. atque ita de se triumphatrix, ut sensus plane omnes a raundi illecebris custodiret, dig^na facta est quse saepe Domini consuetudine frueretur. Ejusdem quoque Christi et Virginis Matris dolorum, quod ipsa ardenter expetierat, particeps facta, cunctis sensibus destituta, et vere mortua interdum visa est. Ad eam proinde veluti ad perfectionis magistram. ex dissitis etiam regionibus plurimi conveniebant : ipsa vero cœlesti, quo erat perfusa, lumine. cordium sécréta, conscientias hominum.
imo et peccata in remotis licet partibus Deum ofFendentium cum dolore et lacrymis detegens, summaque in Deum et proximum caritate fervens. ingentem animarum fructum operata est.
iEgris ad se venientibus salutem. obsessis a daemone liberationem impetravit. Puerum defunctum, lugente matre. ad vitam reduxit. Imminentes bellorum tumultus
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assiduis orationibus sedavit. Denique summae pietatis operibus vivos et mortuos sibi demeruit.
malades vinrent lui demander la santé, des possédés leur délivrance; elle obtint l'une et l'autre. Une mère en pleurs lui apporta son enfant mort ; elle le rendit à la vie. Ses prières continuelles eurent la vertu d'arrêter des guerres déclarées. Enfin, sa grande charité s'étendit sur les vivants et sur les morts.
TOT sanctis operibus occupata. de rigore.
quo assidue corpus suum exercebat. nihil remisit, neque a studio cœlestia meditandi seavelli passa est. in utroque vit» génère plane admiranda.
utram^ue sororem. Magdalenam et Martham referens. Tandem pro se Dominum orans, ut ex hac valle lacrymarum sursum in cœlestem patriam evocaretur, exaudita est oratio ejus. die atque hora dormitionis ei patefactis. Meritis itaque et laboribus plena, ac cœlestibus donis cumulata, cœpit corporis viribus destitui. perque dies decem et septem nulle cibo. sed divinis lanlum colloquiis refecta est : tum sanctissimis Ecclesiae sacramentisrite susceptis, vultu hilari, atque oculis in cœluin conversis. octavo calendas martias, anno aetatis quinquagesimo, suae conversionis vigesimo ter-
Au milieu de tant d'actions saintes, elle ne relâcha rien de la rigueur avec laquelle elle avait coutume de traiter son corps. Rien ne put la distraire de la contemplation des choses célestes : et elle parut admirable dans les deux vies, reproduisant parfaitement en elle les deux sœurs. Madeleine et Marthe. Ayant enfin demandé au Seigneur de la faire passer de cette vallée de larmes dans la patrie céleste, sa prière fut exaucée : et Dieu lui fit connaître le jour et l'heure de sa mort. Pleine de mérites et de travaux, comblée des dons du ciel, elle sentit les forces de son corps l'abandonner ; et* pendant dix-sept jours elle vécut sans autre aliment que ses entretiens avec Dieu. Apres avoir reçu les très saints Sacrements de l'Eglise, la joie étant peinte sur son visage et ses 3-eux levés au ciel, elle partit avec bonheur pour rejoindre l'Epoux, le huit des calendes de mars, en la cinquantième année de son âge.
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et la vingt-troisième de sa conversion, 1 an du salut mil deux cent quatre-vingt-dixsept. Son corps, conservé jusqu'à ce jour sans corruption, entier, souple, et répandant une odeur délicieuse, est l'objet d'une grande dévotion , dans l'Eglise des Frères Mineurs, qui a pris le nom de sainte Marguerite. Léclat des miracles a constamment environné ce saint corps • ce qui a porté les Pontifes Romains à encourager le culte de Marguerite par beaucoup de faveurs. Enfin. Benoit XIII a célébré avec pompe sa solennelle Canonisation , le jour de la Pentecôte, seize mai de l'an mil sept cent vingt-huit.
tio. humanae vero salutis millésime ducentesimo nonagesimo septimo, felix migravit ad Sponsum.
Corpus in hanc usque diem vegetum. incorruptum, illaesum et suaviter olens, summa refigione colitur in Ecclesia Fratrum Minorum. quse jam ab eadem Margarita appellatur. Miraculis continuo floruit ; quibus permoti Romani Pontifices. ad augendum ejus cultum plurima liberaliter indulserunt. Benedictus vero Decimus terlius, in festo Pentecostes, die sexta décima maii anni millesimi septingentesimi vigesimi octavi . solemnem ejus Canonizationem religiosissime celebravit.
LA joie du ciel fut grande, ô Marguerite, le lour où votre cœur, dépris de ses coupables illusions, se convertit a Dieu . mais l'allégresse des Anges fut plus vive encore le jour où, quittant ce corps mortel dont votre pénitence avait fait un sacrifice continuel, vous allâtes jouir des embrassements de l'Epoux. Monument éternel de ses miséricordes, nous vous saluons, le cœur rempli d'espérance ; car nous aussi, nous sommes pécheurs, et nous voudrions comme vous éviter la justice que nous avons méritée, et obtenir le pardon que le Seigneur, dans sa bonté, a daigné vous accorder. Priez pour
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nous, 6 Marguerite ! nous sommes vos frères dans la fragilité, dans les égarements; obtenez que nous le soyons aussi dans la pénitence. Pour vous ' détacher des vains attraits du siècle. Dieu permit que le spectacle de la mort se révélât à vos yeux dans toute son horreur. Si des circonstances spéciales rendirent la vue du cadavre qui s'offrait à vos regards particulièrement éloquente pour vous, et vous firent mieux sentir encore le danger que l'âme encourt en bravant la justice" divine : comment se fait-il que nous demeurions insensibles aux coups que la mort ne cesse de frapper autour de nous, et qui nous révèlent à toute heure l'incertitude de la vie, et l'approche pour nous du lugement qui décidera de notre sort éternel ? Rompez notre assoupissement, 6 sainte amante de notre Sauveur ! L'Eglise, en ces )ours, marque nos fronts de la cendre expiatrice , elle nous rappelle que nous ne sommes que poussière, et que bientôt nous rentrerons dans la poussière. Que cet avertissement serve à nous détacher du monde et de nousmêmes ; qu'il incline notre cœur vers la pénitence, port assuré après tant de naufrages ; qu'il produise en nous le désir de rétablir pleinement nos relations avec un Dieu si tendre à l'égard de la pauvre âme qui, après l'avoir trahi, vient se jeter dans ses bras, et lui demande la grâce de l'aimer. Votre exemple, 6 Marguerite, nous apprend que nous pouvons tout espérer. Obteneznous une place à vos pieds, et daignez étendre à nous cette charité maternelle qui consuma votre cœur sur la terre.
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