SAINT CASIMIR. CONFESSEUR
'est du sein même d'une cour mondaine que l'exemple des plus héroïques vertus nous est offert aujourd'hui. Casimir est prince de sang royal ; toutes les séductions de la jeunesse et du luxe l'environnent ; cependant, il triomphe des pièges du monde avec la même aisance que îe ferait un Ange exilé sur la terre. Profitons d'un tel spectacle ; et si, dans une condition bien inférieure à celle où la divine Providence avait placé ce jeune prince, nous avons sacrifié à l'idole du siècle, brisons ce que nous avons adoré, et rentrons au service du Maître souverain qui seul a droit à nos hommages. Une vertu sublime dans les conditions inférieures de la société, nous semble quelquefois trouver son explication dans l'absence des tentations, dans le besoin de chercher au ciel un appui contre une fortune inexorable: comme si, dans tous les états, l'homme ne portait pas en lui des instincts qui, s'ils ne sont combattus, l'entraînent à la dépravation. En Casimir, la force chrétienne paraît avec une énergie qui montre que sa source n'est pas sur la terre, mais en Dieu. C'est là qu'il faut aller puiser, dans ce temps de régénération. Un jour, Casimir préféra la mort au péché. Fit-il autre chose, dans cette
414 Le Temp.f de la Septuagésime.
circonstance, que ce qui est exigé du chrétien, à toute heure de sa vie ? Mais tel est l'attrait aveugle du présent, que sans cesse on voit les hommes se livrer au péché qui est la mort de l'àme, non pas même pour sauver cette vie périssable, mais pour la plus légère satisfaction, quelquefois contre l'intérêt même de ce m.onde auquel ils sacritient tout le reste. Tel est l'aveuglement que la dégradation originelle a produit en nous. Les exemples des saints nous sont otFerts comme un tîambeau qui doit nous éclairer : usons de cette salutaire lumière et comptons, pour nous relever, sur les mérites et l'intercession de ces amis de Dieu qui, du haut du ciel, considèrent notre dangereux état avec une si tendre compassion.
Lisons maintenant dans le livre de la sainte Eglise le récit succinct des vertus du jeune prince.
CA6IMIRUS. pâtre Casimiro. matre Elisabetha Austriaca. Poloniae regibus ortus. a pueriîia sub optimis magistris pietate et bonis artibus instructus. juvéniles artus aspero domabat cilicio, et assiduis extenuabat jejuniis. Regii spreta lecti moUitie. dura cubabat humo. et clam intempesta nocte , prse foribus templorum pronus in terra divinam exorabat clementiam. In Christi contemplanda
CASI.MIR. fils de Casimir, roi de Pologne, et d'Elisabeth d'Autriche, fut élevé dans la piété et les belleslettres par d'excellents maîtres. Dès sa jeunesse , il domptait sa chair par un rude cilice et par des jeûnes fréquents. Dédaignant la mollesse d'un lit somptueux.
il couchait sur la terre nue.
et s'en allait secrètement au milieu de la nuit implorer, prosterné contre terre , la divine miséricorde . devant les portes des églises. La Passion de Jésus-Christ était
SaiJit Ccisimir, Confesseur.
l'objet continuel de sa méditation, et il assistait à la sainte Messe avec un esprit tellement uni à Dieu, qu'il semblait ravi hors de luimême.
IL s'appliqua avec un grand zèle à l'augmentation de la foi catholique et à l'extinction du schisme des Ruthènes : c'est pourquoi il porta le roi Casimir son père à défendre par une loi aux schismatiques de bâtir de nouvelles églises, et de réparer les anciennes qui tombaient en ruine. Libéral et miséricordieux envers les pauvres et tous ceux qui souffraient quelque misère, il s'acquit le nom de père et de défenseur des indigents.
Ayant conservé intacte la virginité depuis son enfance, il la défendit courageusemetit sur la fin de sa vie, lorsque, pressé par une grande maladie, il résolut fermement de mourir plutôt que de rien faire contre la chasteté, en acceptant les conseils des médecins.
AYANT ainsi consommé sa course en peu de temps, plein dfc vertus et de mérites, après avoir prédit le jour de sa mort, il rendit son âme à Dieu, entouré de prêtres et de religieux, en la vingtcinquième année de son âge.
Passione assiduus, Missarum solemniis adeo erecta in Deum mente solebat adesse, ut extra se rapi videretur.
CATHOLICAM promovere fidem summopere studuit, et Ruthenorum schisma abolere :
quapropter Casimirum patrem induxit, ut legem ferret . ne schismatici nova templa construerent . nec vetera coUabentia restaurarent. Erga pauperes et calamitatibus oppressos beneficus et misericors, Patris et Defensoris egenorum nomen obtinuit. Virginitatem, quam ab incunabulis servavit illaesam, sub extremo vitîe termino fortiter asseruit , dum gravi pressus infirmitate , mori potius , quam castitatis jacturam ex medicorum consilio subîre, constanter decrevît.
CONsu.MMATUs in brevi, virtutibus et meritis plenus. prienuntiato mortis die. inter sacerdotum et rgligiosorum choros spiritum Deo reddidît, anno astatis vigesimo quinto. Corpus
41 6 Le Temps de la Septuagéswie.
A'ilnam delatam multis claret miraculis. Etenim.
prasterquam quod puella defuncta vitam. Cccci visum, claudi gressum, et varii infirmi sanitatem ad ejus sepulcrum recuperarunt ; Lithuanis exiguo numéro ad potentissimi hostis insperatam irruptionem trepidantibus in aère apparens , insignem tribuit victoriam. Quibus permotus Léo Decimus.
eumdem Sanctorum catalogo adscripsit.
Son corps fut porté à \'iina.
où il éclate par un grand nombre de miracles. Une l'eune fille qui était morte recouvra la vie au tombeau du saint ; les aveugles y reçurent la vue, les boiteux la marche, et de nombreux malades la santé. Il apparut dans les airs a une armée lithuanienne effrayée de son petit nombre, au moment de l'invasion inopinée d'un ennemi puissant, et il lui fit remporter une victoire signalée. Frappé de tant de merveilles. Léon X inscrivit Casimir au catalogue des Saints.
REPOSEZ maintenant au sein des félicités éternelles, 6 Casimir, vous que les grandeurs de la terre et toutes les délices des cours n'ont pu distraire du grand objet qui avait ravi votre cœur. Votre vie a été courte en durée, mais féconde en mérites. Plein du souvenir d'une meilleure patrie, celle d'ici-bas n'a pu attirer vos regards ; il vous tardait de vous envoler vers Dieu, qui sembla n'avoir fait que vous prêter à la terre. Votre innocente vie ne fut point exempte des rigueurs de la pénitence tant était vive en vous la crainte de succomber aux attraits des sens ! Faites-nous comprendre le besoin que nous avons d'expier les péchés qui nous ont séparés de Dieu. Vous préférâtes mourir plutôt que d'otTenser Dieu , détachez-nous du péché, qui est le plus grand mal de l'homme, parce qu'il est en même temps le mal de Dieu. Assurez en nous les fruits de ce saint temps
Saint Casimir, Confesseur. 41 y
qui nous £st accordé pour faire enfin pénitence. Du sein de la gloire où vous régnez, bénissez la chrétienté qui vous honore ; mais souvenez-vous surtout de votre patrie terrestre. Autrefois, elle eut l'honneur d'être un boulevard assuré pour l'Eglise contre le schisme, l'hérésie et l'infidélité ; allégez ses maux, délivrez-la du joug, et, rallumant en son sein l'antique zèle de la foi, préservez-la des séductions dont elle est menacée.
LE TEMPS DE LA SEPTLAGÉSIME. 2'