s Le Temps de la Septuagésime
Christi fœdera prsetu-
lit.
Se Regisfamulam libéra profitens, Dum servile jugum Félicitas subit :
Ad luctam properans gressibus aemulis.
Palmas ad similes vo-
Frustra Perpetuam fletibus et minis Impugnat genitor : quas
simul angitur, Errantem miserans. Oscula filio Lactenti dédit ultima.
Terris Eva parens quae mala contulit.
Horum sentit onus Félicitas grave :
Nunc et passa sibi parturiens gémit.
Mox passura Deo libens.
Cœli Perpétua panditur ostium :
Inspectare datur : jam
sibi praelia Exortura videt : sed requiem Deus Post certamina confère!.
Tangit .scala domos aurea cœlitum :
fère à Christ.
tout le service du
Quoique libre, elle met sa gloire à servir un si grand roi ; quant à Félicité, la condition d'esclave est son sort ici-bas ; mais dans la lutte glorieuse elle suit d'un pas égal la noble Perpétue ; elle s'élance vers la palme avec la même ardeur.
En vain le père de Perpétue emploie pour l'abattre et les menaces et les pleurs ; elle n'éprouve qu'une filiale compassion pour l'erreur du vieillard ; bientôt il lui faut donner le dernier baiser à l'enfant qu'elle allaite.
Dans la prison , Félicité éprouve les douleurs dont Eve notre mère a attiré les rigueurs sur son sexe ; elle souffre et enfante en gémissant, celle qui bientôt doit souffrir pour Dieu avec allégresse.
Dans une vision, Perpétue voit s'ouvrir les portes du ciel ; il lui est permis de jeter ses regards dans ce séjour de délices ; elle apprend que des combats lui sont réservés, et aussi quel repos Dieu lui prépare après ces combats.
Elle voit une échelle d'or qui monte jusqu'au séjour ce-
S.iintes Perpétue et Félicité. Martyres. 42g
le<te; mais ses deux côtés sont armés de pointes menaçantes. Ceux qui viendraient à tomber de ces degrés périlleux, un affreux dragon couché au pied de l'échelle les recevrait dans sa gueule.
Monte, ô femme, ne crains pas le dragon ; pose ton pied sur sa tête humiliée, comme sur le degré d'où tu montes vaillamment jusqu'au delà des astres.
Au sommet de léchelle s'ouvre pour Perpétue un délicieux jardin ; c'est là que l'aimable Pasteur comble ses brebis de caresses : « Ma « fille, lui dit-il, ma fille tant '1 désirée, te voilà donc enfin », et il lui fait part d'un mets plein de douceur.
Une autre fois, elle se sent entraînée au milieu du cirque ; là un homme repoussant, d'un aspect horrible, brandissant un glaive, s'élance sur elle : mais bientôt il est abattu et foulé sous le pied d'une faible femme. Reçois, ô Perpétue, le prix de tes hauts faits.
Le jour de gloire, celui qui doit éclairer la victoire, se levé enfin pour les athlètes du Seigneur. Avancez, 0
Ast utrumque latus cus-
pidibus riget; Lapsos terribilis fauci-
bus excipit Hanc infra recubans
draco.
Ascendas, mulier, nec draco terreat :
Contritumque caput sit
tibi pro gradu, Per quem sidereos incipias pede Orbes scandere concito.
Hortus deliciis jam patet affluens, In quo mulget oves Pas-
tor amabilis :
Hue optata venis, filia :
sic ait, Hanc dulci recreans cibo.
In circum rapitur :
fœdus et horrida Occurrit specie vir gla-
dium vibrans :
Dejectus teritur femineo pede.
Victrix, suscipe prasmia.
Luxit clara dies, vin cere qua datur Alhletis Domini. Per irite, Martvres :
43 o Le Temps de la Septiiagésime.
Omnis Perpetuam curia Cœlitum, Et te. Félicitas, cupit.
Quassat Perpetuae
membra tenerrima ,
Elidit sociam bellua. Te
soror Stans, o Félicitas . ad nova praelia Erectam réparât manu.
E cœlo pugilum respiciens Deus Certamen . geminas ad
bravium vocat.
Effuso proper«t sanguine spiritus, In Christi remeans sinum.
Optatus pénétrât corpora Martyrum Lictoris glaàius : sed
trepidam manum Fortis Perpétuas dextera dirigit, Praebens guttura cuspidi.
Nunc, o magnanimœ.
gaudia qus manent
In Sponsi thalamo car-
pite jugiter.
Vos exempla dédit : praesidium potens Vestris ferte clientibus.
martyres ! Le ciel tout entier t'attend, ô Perpétue ! la cour des élus te désire, ô Félicité !
Une bête farouche froisse cruellement les membres délicats de Perpétue ; bientôt c'est le tour de sa compagne , mais, ô Félicité, ta noble sœur se relevant de l'arène vient te tendre la main et te disposer à des luttes nouvelles.
Enfin Dieu, qui du haut du ciel contemple les combats de ces deux héroïnes, les appelle à la couronne ; il est temps qu'à travers leur sang qui s'épanche sur la terre, leurs âmes s'élancent dans le sein du Christ.
Bientôt le glaive d'un licteur comble le désir des martyres en les immolant. Le bras qui doit égorger Perpétue tremble en s'essayant ; mais la main de l'héroïne conduit elle-même sur sa gorge l'épée qui doit la tra-
Et maintenant, ô femmes magnanimes., goûtez à jamais près de l'Epoux les joies qui vous sont préparées ; il vous montre à nous comme les modèles du courage ; accordez votre puissant secours à ceux qui vous implorent
Saintes Perpétue et Félicité, Martyres. 4.
Gloire éternelle au Père, louange égale ^u Fils et au divin Esprit qui les unit : et vous, chrétiens, célébrez en tous lieux la force victorieuse que Je ciel a donnée aux Martvr-. Amen.
Laus aeterna Patri .
laus quoque Filio :
Par individu© gloria
Flamini :
In cunctis resonet Christiadum choris V i r t u s Martyribus data. Amen.
Perpétue! Félicité' noms glorieux et prédestinés, vous venez luîre sur nous en ces jours, comme deux astres bienfaisants qui nous apportent à la fois la lumière et la vie. Les Anges vous répètent au ciel dans leurs chants'"de triomphe, et nous, sur la terre, nous vous redisons avec amour et espérance. Vous nous rappelez cette parole du livre sacré: « Le Seigneur a inauguré de H nouveaux combats; à la suite des guerriers, (( la femme s'est levée comme une noble « mère dans Israël >>. (Judic. v, 7., Gloire à la Toute-Puissance divine qui, voulant accomplir à la lettre la parole de l'Apôtre, choisit '< ce qu'il y a de faible pour confondre ce '< qui est fort » 1 (I Cor. i, 2^.) Gloire à l'Eglise d'Afrique, rîile de l'Église de Rome, à l'Eglise de Carthage qui n'a pas encore entendu la voix de son Cyprien, et qui déjà produit de si grands cœurs!
La chrétienté tout entière s'incline devant vous, ô Perpétue ! elle fait plus encore : chaque jour, à l'autel, le sacrificateur prononce votre nom béni, parmi les noms privilégiés qu'il redit en présence de l'auguste victime ; votre mémoire est amsi pour jamais associée à l'immolation de l'Homme-Dieu.
auquel votre amour a rendu le témoignage
432 Le Temps de la Septuagesime.
du sang Mais quel bienfait il a daigné nous départir, en nous permettant ^e pénétrer les sentiments de votre âme généreuse dans ces pages tracées de votre main, et qui sont venues jusqu'à nous à travers les siècles ! C'est là que nous apprenons de vous ' ce qu'est cet amour « plus fort que la mort o [Cant. viii, ô;, qui vous rendit victorieuse dans tous les combats. L'eau baptismale n'avait pas touché encore votre noble front, et déjà vous étiez enrôlée parmi les martyrs. Bientôt il vous fallut soutenir les assauts d'un père, et triompher de la tendresse filiale d'ici-bas, pour sauver celle que vous deviez à cet autre Père qui est dans les cieux. Votre cœur maternel ne tarda pas d'être soumis à la plus terrible des épreuves, lorsque cet enfant qui, sous les voûtes obscures d'un cachot, puisait la vie à votre sein, vous fut enlevé comme un nouvel Isaac, et que vous demeurâtes seule , à la veille du dernier combat.
Mais dans ce combat, ô Perpétue, au milieu des compagnons de votre victoire, qui est semblable à vous ? Quelle est cette ivresse d'amour qui vous a saisie, lorsqu'est arrivé le moment de souffrir dans votre corps, au point que vous ne sentez pas même la cruelle brisure de vos membres délicats lancés sur le sol de l'arène ? " Où étiez-vous, dirons- '( nous avec saint Augustin, lorsque vous ne '< voyiez même pas cette bête furieuse à
< laquelle on vous avait exposée ? De quelles " délices )ouissiez-vous, au point d'être deve- ■■ nue insensible à de telles douleurs ? Quel
< amour vous enivrait ? Quelle beauté céleste
Saintes Perpétue et Félicité, Martyres. 433
« vous captivait "'' Quel breuvage vous avait « ravi le sentiment des choses d'ici-bas, à « vous qui étiez encore dans les liens d'un « corps mortel ^ ? » Mais, avant la dernière lutte, le Seigneur vous avait préparée par le sacrifice. Nous comprenons alors que votre vie fût devenue toute céleste, et que votre âme, habitant déjà, par l'amour, avec Jésus qui vous avait tout demandé et à qui vous aviez tout accordé, fût dès lors comme étrangère à ce corps qu'elle devait sitôt abandonner. Un dernier lien vous retenait encore, et le glaive devait le trancher ; mais atîn que vot're immolation fût volontaire jusqu'à la tîn, il fallut que votre main conduisît ellemême ce ter libérateur qui ouvrait passage à votre âme si rapide dans son vol vers le souverain bien, O femme véritablement forte, ennemie du serpent infernal et ob)et de sa haine, vous l'avez vaincu 1 Votre grandeur d'âme vous a placée parmi les plus nobles héroïnes de notre foi ; et depuis seize siècles votre nom a le privilège de faire battre tout cœur chrétien.
Recevez aussi nos hommages, o Félicité î car vous avez été jusiée digne de servir de compagne à Perpétue, Dans le siècle, elle brillait au rang des matrones de Carthage, mais, malgré votre condition servile, le baptême l'avait rendue votre sœur, et vous marchiez son égale dans l'arène du martyre. A peine relevée de ses chutes violentes, elle courait à vous et vous tendait la main , la femme noble et l'humble esclave se confon-
In Natali SS. Perpeiuoe et Felicitatis.
LE TEMPS DE LA SEPTUAGÉSIME. 28
434 Le Temps de la Septuagésime.
daient dans rembrassement du martyre , et les spectateurs de l'amphithéâtre pouvaient déjà pre'ssentir que la nouvelle religion recelait en elle-même une vertu sous l'effort de laquelle succomberait l'esclavage. Vous aviez dit, 6 Félicité, que lorsque l'heure du combat aurait sonné, ce ne serait plus vous qui souffririez, mais le Christ immortel qui souffrirait en vous: il a été fait selon votre foi et votre espérance ; et le Christ est apparu vainqueur dans Félicité comme dans Perpétue.
Jouissez donc, 6 femme bénie, du prix de vos sacrifices et de vos combats. Du haut du ciel, vous veillerez sur cet enfant ^^ui naquit d'une martyre dans une prison ; de)à, sur la terre, une si noble naissance lui a fait rencontrer une seconde mère. Honneur à vous qui n'avez pas regardé en arrière, mais qui vous êtes élancée à^la suite du Christ ! Votre félicité est éternelle au ciel, et ici-bas votre gloire durera autant que le monde.
Maintenant, 6 sœurs illustres, soyez-nous propices en ces jours. Tendez vos palmes vers le trône de la divine majesté, et faites-en descendre sur nous les miséricordes. Nous ne sommes plus cette société païenne qui se pressait aux jeux de l'amphithéâtre pourvoir répandre votre sang ; la foi chrétienne, victorieuse par vous et par tant d'autres martyrs, a triomphé des erreurs et des vices de nos aieux ; et ceux-ci nous ont transmis le sacré symbole pour lequel vous aviez tout sacrifié. Mais, pour n'être pas aussi profondes, nos misères n'en sont pas moins lamentables. Il est un second paganisme qui se glisse chez les peuples chrétiens et qui les pervertit. Il
Saintes Perpétue et Félicité, Martyres 435
a sa source dans rinditférence qui glace le cœur et dans la mollesse qui énerve la volonté. O Perpétue ! ô Félicité ! demandez que vos exemples ne soient pas perdus pour nous, et que la pensée de vos héroïques dévouements nous soutienne dans les sacrifices moindres que le Seigneur exige de nous. Priez aussi pour nos nouvelles Ëglises qui s'élèvent sur le rivage africain que vos souffrances ont illustre ; elles se recommandent à vous ; bénissez-les, et faites-y refleurir, par votre puissante intercession," la foi et les mœurs chrétiennes.
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