‹ L'Année liturgique (volume 2)Chapitre 160 sur 189 · MARTYRES · texte numérisé non relu

MARTYRES

\ fête de ces deux illustres héroïnes de la foi chrétienne se rapportait, dans les églises qui leur furent consacrées, à la journée de demain, anniversa.re de leur triomphe; mais la mémoire de l'Ange de TEcole, saint Thomas d'Aquin, brille avec tant d'éclat au sept mars, qu'elle semble éclipser celle des deux grandes martyres africaines. Le Saint-Siège ayant donc élevé pour l'Eglise universelle leur mémoire au degré du rit double, en a prescrit d'an iciper d'un jour la sohnnité; c'est ainsi que la sainte Liturgie propose dès aujourd'hui à l'admiration du lecteur chrétien le sublime sreaacle dont fut témoin la ville de Carihagc en l'an 2o3. Rien n'est plus propre à nous faire comprendre le véritable esprit de TEvangile, sur lequel noi.s devons réformer, en ces jours, nos sentiments et notre vie. Les plus grands sacrifices sont demandés à ces deux" femmcF, à ces deux mères; Dieu leur demande non seulement leur vie, mais plus que leur vi- ; et elles obéisseQt avec ceue simplici é et cette magnanimité qui a fait d'Abraham le Père des croyants.

Leurs deux noms, comme l'observe saint Augustin, sont un présage du sort que 1' ur réserve le ciel : une perpétuelle félicité. L'exemple qu'elles donnent de la force chré-

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tienne est à lui seul une victoire qui assure le triomphe de la foi de Jésus-Christ sur la terre d'Afrique. Encore quelques années, et le grand Cyprien fera retentir sur cette plage sa voix mâle et éloquente, appelant les chrétiens au martyre ; mais n'y a-t-il pas un accent plus pénétrant encore dans les pages écrites de la main de cette jeune femme de vingtdeux ans, la noble Perpétue, qui nous raconte avec un calme tout céleste les épreuves qu'il lui a fallu traverser pour aller à Dieu, et qui, au moment de partir pour l'amphithéâtre, remet à un autre la plume avec laquelle il devra écrire le dénouement de la sanglante et sublime tragédie ? En lisant de tels'récits, dont les siècles n'ont altéré ni le charme, ni la grandeur, on se sent en présence des glorieux ancêtres de la foi, on admire la puissance de la grâce divine qui suscita de tels courages du sein même d'une société idolâtre et corrompue ; et considérant quel genre de héros Dieu employa pour briser les formidables résistances du monde païen, on ne peut s'empêcher de dire avec saint Jean Chrysostome : « J'aime à lire les « Actes des Martyrs ; mais j'avoue mon « attrait particulier pour ceux qui retracent « les combats qu'ont soutenus les femmes « chrétiennes. Plus faible est l'athlète, plus « glorieuse est la victoire : car c'est alors « que l'ennemi voit venir sa défaite du côté « môme où jusqu'alors il triomphait. Ce fut « par la femme qu'il nous vainquit ; et c'est « maintenant par elle qu'il est terrassé. Elle « fut entre ses mains une arme contre nous ; « elle devient le glaive qui le transperce. Au

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« commencement, la femme pécha, et pour « prix de son péché eut la mort en par- « tage ; la martyre meurt, mais elle meurt « pour ne pas pécher. Séduite par une pro- " messe mensongère, la femme viola le pré- '( cepte de Dieu ; pour ne pas enfreindre sa '< fidélité envers son divin bienfaiteur, la « martyre sacrifie plutôt sa vie. Quelle excuse « maintenant présentera l'homme pour se .1 faire pardonner la mollesse, quand de sim- (( pies femmes déploient un si mâle courage ; i quand on les a vues, faibles et délicates, (' triomp)her de l'infériorité de leur sexe, et, '( fortifiées par la grâce, remporter.de si écla- « tantes victoires i ? »

Les Leçons de nos deux grandes martyres, que nous empruntons à l'Office monastique, reproduisent les principaux traits de le..rs glorieux combats. On y a f a t entrer un fragment du proore récit de sainte Perpétue. Il inspirera sans doute à plus d'un lecteur le désir de lire en entier, dans les Actes des Martyrs, le resre de ce magnifique testament de notre héroïne.

Sous l'empereur Sévère, on arrêta en Afrique (à Carthage'l pl'jsieurs jeune? catéchumènes : entre autres Révocatus et Félicité, tous deux de condition servile ; Saturnin et Sécundulus : enfin parmi eux se trouvait Vivia Perpétua, jeune femme de naissance distinguée, élevée avec soin, mariée à un homme

SEVERO imperatore. apprehensi sunt in Africa adolescentes catechumeni. Revocatus et Félicitas conserva ejas .

Saturninus et Sécundulus : inter quos et Vivia Perpétua, honeste nala.

liberaliter instituta. matronaliter nupta, habens filium ad ubera. Erat au-

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de condition, et ayant un enfant qu'elle allaitait encore. Elle était âgée d'environ vingt-deux ans, et elle a laissé le récit de son martyre écrit de sa propre main.

« Nous étions encore avec nos persécuteurs, dit-elle, lorsque mon père, dans l'affection qu'il me portait, vint faire de nouveaux efforts pour m'amener à changer de résolution. « Mon père, lui « dis-je, il mest impossi'ole « de dire autre chose si ce n n'est que je suis chrétien- « ne. » A ce mot. saisi de colère, il se jeta sur moi pour m'arracher les yeux ; mais il ne fit que me maltraiter, et il se retira vaincu, ainsi que le démon avec tous ses artifices. Peu de jours après nous fumes baptisés ; le Saint-Esprit m'inspira alors de ne demander autre chose que la patience dans les peines corporelles. Peu après, on nous renferma dans la prison.

J'éprouvai d'abord un saisissement, ne m'étant jamais trouvée dans des ténèbres comme celles d'un cachot. Au bout de quelques jours, le bruit courut que nous allions être interrogés. Mon père arriva de la ville, accablé de chagrin, et vint près de moi pour me faire renoncer à mon dessein. Il me dit: « Ma « fille, aie pitié de mes chei. veux blancs, aie pitié de

tem ipsa annorum circiter viginti duorum. Haec ordinem martyrii sui conscriptum manu sua reliquit. Quum adhuc, inquit, cum persecutori bus essemus, et me pater avertere , pro sua affectione, perseveraret .

Pater, inquio, aliud me dicere non possum. nisi quod sum christiana.

Tune pater , motus in hoc verbo, misit se in me. ut oculos mihi erueret. Sed vexavit tantum , et profectus est victus cum argumentis diaboli.

In spatio paucorum dierum baptizati sumus • mihi autem Spiritus dictavit. rihil aliud petendum in aqua. nisi sufferentiam carnis. Post paucos dies, recipimur in carcerem : et expavi, quia nunquam experta eram taies tenebras. Mox rumor cucurrit ut audiremur. Supervenit autem et de civitate pater meus, consumptus taedio ; et ascendit ad me, ut me dejiceret, dicens :

Miserere . filia , canis meis ; miserere patri, si dignus sum a te pater vocari. Aspice ad fratres tuos, aspice ad matrem tuam : aspice ad filium tuum. qui post te vivere non poterit. Depone ani-

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mos, ne universos nos extermines. Haec dicebat pater pro sua pietate : se ad pedes meos jactans, et lacrymis non filiam, sed dominani me vocabat. Et ego dolebam canos patris mei : quod solus de passione mea gavisurus non esset de toto génère meo. Et confortavi eum, dicens ; Hoc fiet quod Deus voluerit. Scito enim nos non in nostra potestate esse constitutos, sed in Dei, Et recessit a me contristatus.

dis pour le fortifier

« ton père, si je mente en- « core d'être appelé ton père.

« Regarde tes frères, regarde « ta mère, regarde ton enfant « qui ne pourra vivre si tu K meurs; laisse cette fierté « et ne sois pas la cause de « notre perte à tous. « Mon père me disait toutes ces choses par tendresse ; puis se jetant à mes pieds tout en larmes, il m'appelait non plus sa fille, mais sa dame.

Je plaignais la vieillesse de mon père, songeant qu'il serait le seul de toute notre famille qui ne se réjouirait pas de mon martyre. Je lui rrivera de tout ceci

n arrivera de tout ceci que (I ce qu'il plaira à Dieu ; sache que nous ne dépen- « dons pas de nous-mêmes, mais de lui. » Et il se retira accablé de tristesse.

ALIO die, quum pranderemus. subito rapti sumus ut audiremur :

et pervenimus ad forum.

Ascendimus in catasta.

Interrogati caeteri confessi sunt. Ventum est et ad me. Et apparuit pater illico cum filio meo : et extraxit me de gradu , et dixit supplicans : Miserere infanti.

Et Hilarianus procurator : Parce, inquit, canis patris tui, parce infantias pueri ; fac sacrum pro salute imperatorum. Et ego respondi : Non facio : christiana sum.

UN )our , comme nous dînions , on vint nous enlever pour subir l'interrogatoire. Arrivés sur le forum . nous montâmes sur l'estrade. Mes compagnons furent interrogés et confessèrent. Quand mon tour fut venu, mon père parut tout à coup avec mon enfant ; il me tira à part, et me supliant : « Aie pitié de ton « enfant », me dit-il. Le procurateur Hilarien me dit aussi : « Epargne la vieil- « lesse de ton père, épargne « l'âge tendre de ton fils ; < sacrifie pour la santé des « empereurs. » Je répondis :

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« Je ne le ferai pas : je suis « chrétienne. » Alors le juge prononça la sentence qui nous condamnait aux bêtes, et nous redescendîmes joyeux à la prison. Comme je nourrissais mon enfant, et que je l'avais eu jusqu'alors avec moi dans la prison, je l'envoyai aussitôt réclamer à mon père ; mais mon père ne voulut pas me le donner. Dieu permît que l'enfant ne demandât plus à téter, et que je ne fusse pas incommodée par mon lait. » Tout ceci est tiré du récit de la bienheureuse Perpétue, qui le conduit jusqu'à la veille du combat.

Quant à Félicité, elle était enceinte de huit mois lorsqu'elle avait été arrêtée ; et le jour des spectacles étant si proche , elle était inconsolable, prévoyant que sa grossesse ferait différer son martyre. Ses compagnons n'étaient pas moins affligés qu'elle, dans la pensée qu'ils laisseraient seule sur le chemin de l'espérance céleste une si excellente compagne. Ils unirent donc leurs instances et leurs larmes auprès de Dieu pour obtenir sa délivrance. C'était trois jours seulement avant les spectacles ; mais à peine avaient-ils fini leur prière que Félicité se sentit prise par les douleurs. Et parce que , l'accouchement étant difficile , la souffrance lui

Tune nos universos pronuntiat et damnât ad bestias : et hilares descendimus ad carcerem. Sed quia consueverat a me infans mammas accipere, et mecum in carcere manere ; statim mitto ad patrem, postulans infantem. Sed pater dare noluit : et, quomodo Deus voluit, neque ille a'mplius mammas desideravit, neque mihi fervorem fecerunt. Atque hoc scripsit beata Perpétua usque in pridie certaminis. Félicitas vero, quae pragnans octo jam mensium fuerat apprehensa, instante spectaculi die, in raagno erat luctu, ne propter ventrem differretur. Sed et commartyres ejus graviter contristabantur, ne tam bonara sociam in via ejusdem spei relinquerent. Con— iuncto itaqce gemitu, ad Dominum orationem fuderunt ante tertium diem muneris. Statim post orationem dolores eam invaserunt. Et quum in partu laborans doleret, ait illi quidam ex ministris : Quse sic modo doles, quid faciès objecta bestiis. quas contempsisti quum sacrificare noluisti ? Et illa respondit : Modo ego patior

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quod patior : illic autem alius erit in me qui palietur pro me ; quia et ego pro illo passura sum.

Ita enixa 'est puellam , quam sibi quaedam soror in filiam educavit.

arrachait des plaintes , un guichetier lui dit : « Si tu te « plains déjà, que feras-tu H quand tu seras exposée aux « bêtes, que tu as bravées « cependant en refusant de « sacrifier ? » Elle lui répondit :« Maintenant, c'est moi qui souffre : mais alors il ç y en aura un autre qui souffrira pour moi, parce que «je devrai souffrir pour lui. w Elle accoucha donc dune fille qui fut adoptée par l'une de nos sœurs.

ILLUXIT dies victoriae illorum : et processerunt de carcere in amphitheatrum , quasi in cœlum , hilares, vultu decori : si forte, gaudio paventes , non timoré.

Sequebatur Perpe tua placido vultu. et pedum ince-su ut matrona Christi dilecta : vigorem oculorum suorum dejiciens ab omnium conspectu.

Item Félicitas , salvam se peperisse gaudens, ut ad bestias pugnaret. IIlis ferocissimam vaccam diabôlus praeparavit. Itaque reticulis indutae producuntur. Inducitur prier Perpétua. Jactata est et concidit in lumbos : et ut conspexit tunicam a latere discissam. ad velamentum femorum adduxit, pudoris pofius memor quam doloris. Dehinc requisita et dispersos capillos infibulavit.

Non enim decebat mar-

LE jour de la victoire étant arrivé, les martyrs partirent de la prison pour l'amphithéâtre comme pour le ciel, avec un visage gai et d'une beauté céleste, émus de joie et non de crainte. Perpétue s'avançait la dernière ; ses traits respiraient la tranquillité, et sa démarche était digne comme celle d'une noble matrone chérie du Christ.

Elle tenait les yeux baissés, pour en dérober l'éclat aux spectateurs. Félicité était près d'elle, remplie de joie d'avoir accompli ses couches assez à temps pour pouvoir combattre les bétes. C'était une vache très féroce que le diable leur avait préparée.

On les enveloppa chacune dans un filet pour les exposer à cette bête. Perpétue fut exposée la première. La bête la lança en l'air, et la laissa retomber sur les reins. La martyre revenue à elle, et s'apercevant que sa robe était déchirée le long de sa cuisse.

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la rejoignit proprement, plus jalouse de la pudeur que sensible à ses souffrances. On la ramena pour recevoir un nouveau choc ; elle renoua alors ses cheveux qui s'étaient détachés ; car il ne convenait pas qu'une martyre, en son jour de victoire, parût les cheveux épars. et montrât un signe de deuil dans un moment si glorieux. Quand elle fut relevée, ayant aperçu Félicité, que le choc'avait toute brisée, étendue par terre, elle alla à elle, et lui donnant la main, elle la releva. Elles se présentèrent pour recevoir une nouvelle attaque ; mais le peuple se lassa d'être cruel, et on les conduisit vers la porte Sana-Vivaria. Alors Perpétue , sortant comme d'un sommeil, tant l'extase de son esprit avait été profonde, et regardant autour d'elle, dit. au grand étonnement de tous : « Quand donc « nous exposera-t-on à cette <c vache furieuse ? » Lorsqu'on lui raconta ce qui était elle ne put le croire

tyrem dispersis capillis pati : ne in sua gloria plangere videretur. Ita surrexit : et elisam Felicitatem quum vidisset.

accessit et manum ei tradidit, et sublevavit illam.

Et ambae pariter steterunt : et populi duritia devicta revocatas sunt in .portamSanevivariam. IIlic Perpétua , quasi a somno expergita , adeo in spiritu et extasi fuerat. circumspicere coepit ; et stupentibus omnibus, ait : Quando producimur ad vaccam illam, nescio. Et quum audisset quod jam evenerat, non prius credidit, nisi quasdam notas vexationis in corpore et habitu suo recognovisset. Exinde acctrsitum fratrem suum, et catechumenum Rusticum nomine . allocuta est eos. dicens : In fide State, et invicem omnes diligite ; et passionibus nostris ne scandalizemini.

arrive

qu'après avoir vu sur son corps et sur ses vêtements les traces de ce qu'elle avait souffert. Alors, faisant approcher son frère et un catéchumène nommé Rusticus, elle leur dit : « Demeurez fermes dans la foi, aimez-vous les i( uns les autres et ne soyez pas scandalisée de nos « souffrances. »

QUANT à Sécundulus , Dieu l'avait retiré de ce monde, pendant qu'il était

SECUNDULUM Deus maturiore exitu de saîculo adhuc in carcere evoca -

Le Temps de la Septuagésime.

verat. Saturninus et Revocatus leopardum expert!, etiam ab urso vexati sunt. 'Saturus apro oblatus est : deinde ad ursum tractus. qui de cavea prodire noluit : ita-

?ue bis illassus revocatur.

n fine spectaculi, leopardo objectus. de uno morsuejus tanto perfusus est sanguine, ut populus revertenti illi secundi baptismatis testimonium reclamaverit : Salvum lotum, salvum lotum. Exinde jam exanimis, prosternitur cum caeteris ad jugulationem solito loco.

Et quum populus illos in mediuhi postularet , ut îladio pénétrante in eo- ;-um corpore oculos sucs ;omites homicidii adjunjeret, ultro surrexerunt, ;t se quo volebat populus iranstulerunt : aote jam osculati invicem . ut martyrium per solemnia pacis consummarent.Cœteri quidera immobiles et cum silenlio ferrum receperunt : multo magis Saturus. qui prier reddidit spiritum. Perpétua autem, ut aliquid doloris gustaret . inter costas puncta exululavit ; et errantem dexteram tyrunculi gladiatoris ipsa in jugulum suum posuit.

Portasse tanta femina

encore renfermé dans la prison. Saturnin et Révocatus, après avoir été attaqués par un léopard, furent encore vivement traînés par un ours.

Saturus fut d'abord exposé à un sanglier, puis exposé à un ours ; mais la bête ne sortit pas de sa loge, en sorte que le martyr, épargné deux fois, fut rappelé. A la fin du spectacle, il fut présenté à un léopard, qui d'un coup de dent le couvrit de sang. Le peuple, comme il s'en retournait, faisant une allusion à ce second baptême, s'écria :

Sauvé, lavé ! Sauvé, lavé !

On transporta ensuite le martyr expirant au lieu où il devait être égorgé avec les autres. Le peuple demanda qu'on les ramenât tous au milieu de l'amphithéâtre, afin de repaitre ses regards homicides du spectacle de leur immolation par le glaive. Les martyrs se levèrent, et se traînèrent où le peuple les demandait, après s'être embrassés, afin de sceller leur martyre par le baiser de paix.

Ils reçurent le coup mortel sans faire aucun mouvement et sans laisser échapper une plainte ; surtout Saturus, qui expira le premier. Quant à Perpétue, afin qu'elle goûtât du moins quelque souffrance, l'épée du gladiateur s'arrêta sur ses côtes, et lui fit pousser un cri. Ce fut elle qui con-

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aliter non potuisset occidi , quia ab immundo spiritu timebatur , nisi ipsa voluisset.

duisit elle-même à sa gorge la main encore novice de cet apprenti. Peut-être aussi que cette sublime femme ne pouvait mourir autrement , et que l'esprit immonde qui la redoutait n'eût osé attenter à sa vie, si elle-même n'y eût consenti.

Nous donnons ici, en les réunissant sous une seule doxologie, trois Hymnes que le Siège Apostolique a approuvées en l'honneur de nos saintes martyres.

EPOUSE du Christ, célèbre aujourd'hui dans de pieux cantiques deux femmes au cœur invincible ; chante avec transport deux cœurs d'hommes dans le sexe le plus faible.

Toutes deux nées sous le soleil de l'Afrique, toutes deux aujourd'hui, dans l'univers entier, brillent de l'éclat que leur ont acquis de sublimes combats : le front de chacune est ceint de lauriers glorieux.

La noblesse du sang recommande d'abord Perpétue ; une récente alliance l'a unie à un époux illustre : mais il est à ses yeux une illustration plus haute encore ; elle pré-

CHRisTi SpoDsa plis laudibus efferat Binas impavido pectore

feminas :

In sexu fragili corda virilia Hymnis pangat ovantibus.

Ad lucem genitas sole sub Africo.

Nunc ambaï pugiles acti-

bus inclytis In toto radiant orbe :

micantibus Fulgent tempora laureis.

Exornat generis Per-

petuam decus :

Sponso connubiis juncta

recentibus Clarescit ; sed honos

hanc trahit altior,

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