‹ L'Année liturgique (volume 2)Chapitre 168 sur 189 · I. I JoHAM. ni · texte numérisé non relu

I. I JoHAM. ni

44 s Le Temps de la Septuagési

c'est Dieu, Dieu qui les a tous produits, et qui veut les réunir à lui- Servir l'humanité pour rhumanité même, c'est en faire un Dieu ; et les résultats ont montré si les ennemis de la charité ont su mieux adoucir les misères auxquelles l'homme est sujet en cette vie, que les humbles disciples de Jésus- Christ qui puisent en lui les motifs et le courage de se vouer à l'assistance de leurs frères. Le héros que nous honorons aujourd'hui fut appelé Jean de Dieu, parce que le saint nom de Dieu était toujours dans sa bouche. Ses œuvres sublimes n'eurent pas d'autre mobile que celui de plaire à Dieu, en appliquant à ses frères les effets de cette tendresse que Dieu lui avait inspirée pour eux. Imitons cet exemple ; et le Christ nous assure qu'il réputera fait à lui-même tout ce que nous aurons fait en faveur du dernier de nos semblables.

Le patronage des hôpitaux a été dévolu par l'Eglise à Jean de Dieu, de concert avec Camille de Lellis que nous retrouverons au Temps après la Pentecôte. Voici le récit abrégé des vertus de notre saint, tel qu'il nous est proposé dans la sainte Liturgie.

JOAXNES de Deo. ex cathûlicis piisque parentibus in oppido Monîis Majoris. junioris rejni Lusitanias natus , quam sublimiter in sortem Dûmini fuerit electus. insuetus splendor super ejus domo refulgens . sonitusque aeris

JEAN de Dieu naquit de parents catholiques et pieux.

dans la ville de Mont-Majour.

au royaume de Portugal.

Dès le moment de sa naissance, des prodiges annoncèrent d'une manière éclatante, que le Seigneur l'avait choisi pour de glorieuses destinées. Une splendeur ina:-

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tendue parut sur la maison, et les cloches sonnèrent d'ellesmêmes. S'étant livré quelque temps à une vie relâchée, il en fut retiré par la puissance divine, et commença à donner l'exemple d'une haute sainteté. Un sermon dans lequel il avait entendu la parole de Dieu, le porta si efficacement au désir de se convertir, que dès lors il sembla avoir atteint une perfection consommée, bien qu'il ne fût qu'au commencement dune sainte vie. Ayant distribué tout ce qu'il possédait aux pauvres prisonniers, sa pénitence admirable et le mépris qu'il faisait de soimême, le donnèrent en spectacle à tout le peuple. Il passa pour insensé aux yeux du plus grand nombre : ce qui lui attira les plus mauvais traitements, et fit qu'on alla jusqu'à l'enfermer dans une prison destinée aux fous.

Mais Jean, enflammé de plus en plus d'une charité céleste, trouva moyen de construire dans la ville de Grenade, avec les aumônes des personnes pieuses, deux vastes hôpitaux. Il y jeta les fondements d'un nouvel Ordre, et donna à l'Eglise l'Institut des Frères Hospitaliers, qui, répandus en beaucoup de lieux, servent les malades avec un grand profit pour les âmes et pour les corps.

campani sua sponteemissus. ab ipso ejus nativitatis tempore non obscure praenuntiarunt. A laxioris vivendi ratione, divina opérante virtute, revocatus, magnae sanctitatis exhibere spécimen cœpit. et ob auditam praedicationem verbi Dei sic ad meliora se excitatum sensit, ut jam ab ipso sanctioris vitae rudimento consummatum aliquid, perfectumque visus sit attigisse. Bonis omnibus in pauperes carceribus inclusos erogatis. admirabilis pœnitentiae, suique ipsius contemptus cuncto populo spectaculum factus , a plerisque ceu démens graviter afflictus. in carcerem amentibus destinatum conjicitur. Al Joannes cœlesti charitate magis incensus. gemino aîque amplo valetudinario ex piorum eleemosynis in civitate Granatensi exstructo, jactoque novi Ordinis fundamento, Ecclesiam nova proie fœcundavit F r a t r u m hospitalitatis , infirmis praeclaro animarurn corporumque profectu inservientium , et longe lateque per orbem difFusorum.

LE TEMPS DE LA SErjUAGÉSIME.

4^0 Le Temps de la Septuagésime.

fljAUPERiBrs . aegrotis , 1 quos propriis quandoque humeris domum deferebat ,' nuUa re ad animae corporisque salut-em proficua deerat.

Effusa quoque extra nosocomium charitate, indigentibus mulieribus viduis, et prascipue virginibus periclitantibus clam alimenta subministrabat. curamque indefessam adhibebat. ut Garnis concupiscentiam a proximis hujusmodi vitio inquinatis exterminaret.

Cum autem maximum in regio Granatensi valetudinario excitatum fuisset incendium, Joannes impavidus prosiliit in ignem, hue illuc discurrens, quousque tum infirmes humeris exportatos, tum lectulos e fenestris projectos ab igné vindicavit. ac per dimidiam horam inter flammas jam in immensum succrejcentes versatus .

exinde divinitus incolumis . universis civibus admirantibus , exivit, in schola charitatis edocens . segniorem in eum fuisse ignem qui foris usserat, quam qui intus accenderat.

MULtu

m génère, demis-

SouvENT il apportait sur ses épaules à son hospice les pauvres malades ; et là.

rien ne leur manquait de ce qui pouvait être utile à leur bien spirituel et corporel.

Sa charité s'étendait bien au delà des murs de son hôpital.

Il faisait passer secrètement les choses nécessaires à de pauvres veuves, à de jeunes filles dont la vertu était en danger, et mettait le zèle le plus ardent à délivrer du vice impur ceux qui en étaient atteints. Un incendie terrible s'étant déclaré dans l'hôpital royal de Grenade, Jean se jeta intrépidement au milieu du feu ; on le vit aller et venir dans Tenceinte embrasée jusqu'à ce qu'il eiît transporté sur ses épaules tous les malades, et sauvé tous les lits, en les jetant par les fenêtres. Après avoir passé une demi-heure au milieu des flammes, qui pendant ce temps avaient fait d'immenses progrès, conservé sain et sauf par un secours divin, on le vit enfin reparaître, à la grande admiration de tous les habitants de Grenade ; et Jean enseigna par cet exemple, comme un docteur de charité, que le feu qui le brûlait au dehors était moins ardent que celui qui le consumait au dedans.

LA recherche de toutes sor- , tes de mortifications, la

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plus profonde obéissance , l'amour de la pauvreté la plus rigoureuse , le zèle de la prière, la contemplation des choses divines, et la dévotion envers la sainte Vierge furent les traits admirables par lesquels il excella. Il éclata aussi par le don des larmes. Attaqué d'une grave maladie, après avoir reçu les sacrements de l'Eglise dans les plus saintes dispositions, on le vit, au moment où ses forces allaient l'abandonner, se lever de son lit, couvert de ses vêtements, se jeter à genoux, et serrant de la main et du cœur l'image de Jésus- Christ attaché à la croix, mourir ainsi dans le baiser du Seigneur, le huit des ides de mars de l'an mil cinq cent cinquante. Même après sa mort, ses mains retenaient encore le crucifà.K sans vouloir le rendre, et il demeura dans la même posture, répandant une odeur de suavité merveilleuse, pendant environ six heures, sous les yeux de la ville entière, jusqu'à ce qu'enfin on levât son corps. Les nombreux miracles qui avaient signalé sa vie et qui s'opérèrent après sa mort, portèrent le Pape Alexandre VIII à l'inscrire au nombre des Saints. Selon le vœu des prélats du monde catholique, et sur l'avis de la Congrégation des Rites

sissima obedientia, extrema paupertate, orandi studio, rerum divinarum contemplatione , ac in beaîam Virginem pietate mirifice excellait , et lacrymarum dono enituit. EJenique gravi morbo correptus, omnibus Ecclesias sacramentis rite sancteque refectus, viribus licet destitutus. propriis indutus vestibus e lectulo surgens, ac provolutus in genua, manu et corde Christum Do~ minum e cruce pendentem perstringens, octâvo idus martii, anno milles imo quingentesimo quinquagesimo obiit in osculo Domini : qaem etiam mortuus tenuit, nec dimisit, et in eadem cor po ris constitutione sex circiter horas, quousque inde dimotus fuisset, tota civitate inspectante, mirabiliter permansit , odorem mire fragrantem diffundens. Quem ante et post obitum plurimis miraculis clarum Alexander Octavus , Pontifex Maximus, in Sanctorum numerum retulit, et Léo Decimus tertius, ex sacrorum catholici orbis antistitum voto, ac Rituum Congregationis consulto, cœlestem omnium hospitalium et in-

Le Temps de ta Septiias,ésime.

firmorum ubique degentium Patronum declaravit. ipsiiisque nomen in agonizantium litaniis invocari pratcepit.

sacrés, Léon XIII l'a déclaré Patron des hôpitaux et des malades en tous lieux, ordonnant d'invoquer son nom dans les litanies des agonisants.

QUELLE est belle, ô Jean de Dieu ! votre vie consacrée au soulagement de vos frères! qu'elle est grande en vous, la puissance de la charité ! Sorti, comme Vincent de Paul, de la condition la plus obscure, ayant comme lui passé vos premières années d'ans la garde des troupeaux, la charité qui consume votre cœur arrive à vous faire produire des œuvres qui dépassent de beaucoup rinfluence et les moyens des puissants selon le monde. Votre ménioire est chère à TEglise ; elle doit l'être à l'humanité tout entière, puisque vous Pavez servie au nom de Dieu, avec un dévouement personnel dont n'approchèrent jamais ces économistes qui savent disserter, sans doute, mais pour qui le pauvre ne saurait être une chose sacrée, tant qu'ils ne veulent pas voir en lui Dieu luimême. Homme de charité, ouvrez les yeux de ces aveugles, et daignez guérir la société des maux qu'ils lui ont faits. Longtemps on a conspiré pour effacer du pauvre la ressemblance du Christ ; mais c'est le Christ luimême qui Ta établie et déclarée, cette ressemblance ; il faut que le siècle la reconnaisse, ou il périra sous la vengeance du pauvre qu'il a dégradé, ^'ot^e zèle, ô Jean de Dieu, s'exerça, avec une particulière prédilection, sur les infirmes ; protégez-les contre les odieux attentats d'une laïcisation qui

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poursuit leurs âmes jusque dans les asiles que leur avait prépares la charité chrétienne. Prenez pitié des nations modernes qui, sous prétexte d'arriver à ce qu'elles appelaient la sécularisation , ont chassé Dieu de leurs mœurs et de leurs institutions : la société, elle aussi, est malade, et ne sent pas encore assez distinctement son mal ; assistez-la , éclairez-la, et obtenez pour elle la santé et la vie. Mais comme la société se compose des individus, et qu'elle ne reviendra à Dieu que par le retour personnel des membres qui la composent, réchauffez la sainte charité dans le cœur des chrétiens : afin que, dans ces jours où nous vouions obtenir miséricorde, nous nous efforcions d'être miséricordieux, comme vous l'avez été, à l'exemple de celui qui, étant notre Dieu offensé, s'est donné lui-même pour nous, en qui il a daigné voir ses frères. Protégez aussi du haut du ciel le précieux institut que vous avez fondé, et auquel vous avez donné votre esprit, afin qu'il s'accroisse et puisse répandre en tous lieux la bonne odeur de cette charité de laquelle il emprunte son beau nom.

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