I. De divinis officiis. Lib. i, cap
i34 I^e Temps de la Septuagésime.
la rosée du matin sur les sablesencore tièdes du désert. Confessons d'un cœur humble que nous sommes pécheurs, et, semblables au publicain de rÉvangile qui n'osait lever ses regards, reconnaissons qu'il est juste que l'on nous retire, au moins pendant quelques semaines, ces chants auxquels notre bouche coupable s'était trop familiarisée, ces sentiments d'une confiance trop présomptueuse qui combattaient dans nos cœurs la sainte crainte de Dieu.
L'insouciance pour les formes liturgique^s, qui est l'indice le plus sensible de l'affaiblissement de la foi dans une chrétienté, et qui règne si universellement autour de nous, est cause que beaucoup de chrétiens, de ceux même qui fréquentent l'Eglise et les Sacrements, voient chaque année, sans en être émus, cette suspension de V Alléluia. C'est à peine si plusieurs d'entre eux y donnent une attention légère et distraite, préoccupés qu'ils sont dès habitudes d'une piété toute privée et en dehors de la pensée de l'Eglise. Si ces lignes leur tombent quelque jour sous les yeux" nous les engageons à rétléchir sur la souveraine autorite et sur la profonde sagesse de notre Mère commune qui considère la suspension de Y Alléluia comme l'un des incidents les plus graves et les plus solennels de l'Année litu'rgique. Peut-être leur sera-t-il avantageux d'écouter un moment les accents si touchants que l'interruption forcée du cri céleste arrachait à la piété de nos pères, à l'époque où la foi chrétienne était encore la loi suprême des individus comme des sociétés.
La Veille de la Septuagésiyyie.
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Les adieux à V Alléluia dans les diverses Eglises, au moyen âge, étaient empreints, comme on va le voir, de sentiments divers selon les lieux. On profitait de la circonstance pour exprimer tout ce que cette parole céleste inspirait de tendresse ou d'enthousiasme ; d'autres fois, le regret des tidèles pour le céleste compagnon de leurs prières s'épanchait en accents plus tristes.
Nous commencerons par nos vieilles Eglises de l'âge carlovingien, et nous produirons d'abord ces adieux d'une familiarité naïve, par lesquels nos pères du ix^ siècle se séparaient de r^//e/2«'<3, en annonçant toutefois l'espérance de le revoir, quand la victoire du Christ aurait ramené la sérénité au ciel de la sainte Eglise. Nous empruntons les deux Antiennes qui suivent, et dont l'origine paraît être romaine, à l'Antiphonaire de Saint- Corneille de Compiègne, publié par Dom Denvs de Sainte- Marthe.
Ant. O"-'^^'" bon Ange ^< du ï>eigneur t'accompagne , Alléluia ; qu'il rende ton voyage prospère, afin que tu reviennes avec nous dans la joie, Alléluia. Alléluia.
Ant. Alléluia, reste encore avec nous aujourd'hui ; demain, tu partiras, Alléluia ; et quand le jour se lèvera, tu te mettras en route, Alléluia. Alléluia, Alléluia.
^^..j. A NGELUS Do-
' mini bonus
comitetur tecum. Alléluia, et bene disponat itineri tuo , ut iterum cum gaudio revertaris aJ nos, Alléluia. Alléluia.
Ant. Alléluia, mane apud nos hodie, et crastina proficisceris , Alléluia ; et dum ortus fuerit dies, ambulabis via tua. Alléluia , Alléluia, Alléluia.
Voici maintenant les chants par lesquels l'Eglise gothique d'Espagne saluait V Alléluia,
Le Temps de la Septuagésime.
à la veille du jour où il devait cesser. Nous prenons seulement les principaux traits d'un ensemble liturgique qui forme, pour ainsi dire, un Office entier :
ALLELULA. piis édite laudibus.
Cives aïtherei . psallite unanimiter Alléluia perenne.
Hinc vos perpetui luminis accolse.
Ad summum resonate hymniferis choris Alléluia perenne.
Vos urbs eximia suscipiet Dei, Quœ laetis resonans cantibus, excitât Alléluia perenne.
Almum sidereae jam patrias decus Victores capite. quo canere possitis Alléluia perenne.
Illic Régis honor vocibus inclytis Jocundum reboat carmine perpetim Alléluia perenne.
Hoc fessis requies, hoc cibuî, hoc potus Oblectans reduces, haustibusaffluens Alléluia perenne.
HABITANTS du ciel, faites résonner l'AlIeluia dans vos sacrés cantiques ; d'un concert unanime chantez l'Alléluia éternel.
Vous qui vivez au sein de la lumière qui ne s'éteindra jamais, dans vos chœurs mélodieux, chantez avec ardeur l'AUeluia éternel.
Remontez vers cette heureuse cité de Dieu qui va
vous recevoir, et qui, retentissante de cantiques joyeux, répète lAlleluia éternel.
Dans votre victoire, prenez possession des honneurs de la patrie céleste, où il vous appartient de chanter l'Alléluia éternel.
C'est là que des voix augustes font résonner à jamais, à la gloire du grand Roi, le cantique joyeux , l'Alléluia
éternel.
Repos après le labeur, nourriture, breuvage, il fait les délices de ceux qui rentrent dans la patrie, il les enivre à longs traits, l'Alléluia éternel.
La Veille de la Septuagésime. i3j
Nous aussi , Auteur des êtres, nous célébrons dans nos cantiques mélodieux , nous chantons à votre louange l'Alleluia éternel.
Christ tout-puissant , nos voix te glorifient , et nous disons à ta gloire l'Alleluia éternel, l'Alleluia éternel Amen.
A son heureux retour , jubilez d'allégresse ; rendez au Seigneur le tribut de gloire et de mélodie, l'Alleluia éternel.
Te suavisonis conditor affatim Rerum carminibus, laudeque pangimus Alléluia perenne.
Te Christe célébrât
gloria vocibus Nostris, omnipotens, ac
tibi dicimus
Alléluia perenne :
Alléluia perenne.
Felici reditu gaudia sumite, Reddentes Domino glorificum melos.
Alléluia perenne.