‹ L'Année liturgique (volume 2)Chapitre 85 sur 189 · LE JEUDI DE LA SEXAGÉSIME · texte numérisé non relu

LE JEUDI DE LA SEXAGÉSIME

lEU promit solennellement à Noé de ne plus employer contre la terre coupable le terrible châtiment du déluge ; mais sa justice l'a contraint plusieurs fois" pour punir les nations révoltées, de recourir à un moyen sévère, et qui présente plus d'une analogie avec le déluge; il a déchaîné contre les peuples le fléau des invasions ennemies. L'histoire en présente, dans tout son cours, la suite effrayante ; et toujours la divine Providence s'est justifiée dans ses œuvres. Les invasions étrangères ont été toujours amenées parles crimes des hommes, et il n'en est pas une seule qui n'atteste la suprême équité par laquelle Dieu gouverne le monde.

Nous ne rappellerons point ici la succession de ces grandes catastrophes dont le récit forme, pour ainsi dire, les annales de l'humanité, ces conquêtes, ces extinctions de races, ces pertes de nationalités, ces fusions violentes de peuples, dans lesquelîes tout un passé est submergé. Qu'on se rappelle seulement les deux grands faits de ce genre qui ont désolé le monde depuis l'ère clirétienne, et qu'on adore la justice de Dieu.

L'Empire romain avait accumulé les crimes jusqu'au ciel ; l'adoration de l'homme et la licence effrénée des mœurs avaient été portées par son influence au dernier degré dans les

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nations qu'il avait perverties. Le Christianisme pouvait sauver les hommes dans l'Empire, mais TEmpire lui-même ne pouvait devenir chrétien. Dieu le voua au déluge des barbares, et il disparut sous les flots de l'invasion qui montaient toujours, jusqu'à ce qu'ils eussent couvert les sommets dorés du Capitole. Les farouches exécuteurs de la vengeance céleste avaient eux-mêmes l'instinct de leur mission, et ils prenaient le nom de Fléaux de Dieu.

Plus tard, lorsque les nations chrétiennes de l'Orient, celles qui avaient transmis aux Occidentaux le flambeau de la foi qu'elles ont laissé s'éteindre chez elles, eurent assez fatigué la justice divine par les sacrilèges hérésies dont elles défiguraient l'auguste symbole de la foi. Dieu déchaîna sur elles, du fond de l'Arabie, le déluge de l'Islamisme qui engloutit les chrétientés premières, sans épargner même Jérusalem, teinte du sang et témoin de la résurrection de l'Homme-Dieu. Antioche et Alexandrie avec leurs Patriarcats s'abîmèrent dans l'ignominie de l'esclavage, en attendant que Constantinople à son tour, ayant lassé la patience divine, devînt elle-même le siège du Croissant.

C'est notre tour maintenant, nations occidentales, si nous ne revenons pas au Seigneur notre Dieu. Déjà les cataractes du ciel sont entr'ouvertes, et le flot vengeur de la barbarie menace de se précipiter sur nous. Mais aussi, dans notre Europe, toute chair n'at-elle pas corrompu sa voie, comme aux jours de Noé ? n'avons-nous pas conspiré de toutes parts contre le Seigneur et contre son Christ ?

Le Jeudi de la Sexas-ésime.

n'avons-nous pas crié comme les nations impies dont parle le Psalmiste : a Brisons « leurs liens, et rejetons leur joug loin de « nous 1 » ? Tremblons que le moment ne soit venu, où, en dépit de notre orgueil et de nos fragiles moyens de défense, le Christ irrité, à qui seul les peuples appartiennent, « nous régira avec la verge de fer, et nous (' brisera comme un vase d'argile - ». Le temps presse, profitons du conseil que nous donne le Roi-Prophète : « Servez le Seigneur « dans le crainte ; embrassez sa loi, de peur « que le Seigneur ne s'irrite, et que vous ne « périssiez quand sa colère s'allumera sou- « dain ^ ».

CETTE belle formule liturgique appartient au Missel Ambrosien, dans la saison présente.

(Dominica in Quinquagesima.)

TRANSITORIUM.

ENEZ. convertiàsez-vous a moi, dit le Seigneur.

Venez, fidèles, versons des larmes devant Dieu ; car nous avons négligé nos âmes, et à cause de nous la terre est dans l'angoisse. Nous avons commis l'iniquité, et pour cela les fondements de la terre sont ébranlés. Hàtons-nous de prévenir la colère de Dieu, pleurons et disons : Vous qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

VENITE, convertimini ad me. dicit Dominus. Venite fientes, fundamus lacrymas ad Deum ; quia nos negleximus, et propter nos terra patitur. Nos iniquitatem fecimus. et propter nos fùndamenta commet a sunt. Festinemus iram Dei antevertere, flentes, et dicentes : Qui tollis peccata mundi, miserere nobis.

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