MISSA
PROCELLOSU M marc fluctuantis sceculi transeuntcs, ligniim cruels fiducialitcr ascendamus, et sccundis Sancti Spiritus flatibus vola lîdei committamus. Super littus namquc Christus assistens gloriosam sine macula Ecclesiam figuravit, quando magnis piscibus indisruptum rete complevit. Nec a parle dextera jussit deviare navigium, quod tune solorum bonorum portendebat indicium. Subsequamur igilur, sacramenti admirabilis veritatem diligentes ac tenentes principaliter unitatem. NuUus ad schismata nefanda prosiliat, vel dominica relia nec dum littori prœsenianlur
abrumpat. Ut connumerati inter mysticospisces, cibus esse Domini qui nos ex profundo est dignatus eruerc mcrcamur, et specialiler mcmbra ejus elTecli, sacriHciis salutaribus cxpiemur.
plus profond des eaux; membres les plus chers, du salut.
AYANT à traverser les flots de la mer orageuse du siècle, montons avec confiance sur le bois de la croix ; et livrons les voiles de notre foi au souffle favorable de l'Esprit-Saint. Le Christ assiste sur le rivage; et il nous donne une vision de son Eglise pleine de gloire et sans tache, lorsque nous voyons celle-ci remplir de grands poissons ces filets qui ne rompent pas. 11 veut que le navire ne quille pas le côté droit; parce que, à ce moment, il voulait nous représenter les justes seuls sous cette figure. Suivons et aimons la vérité de cet admirable mystère, et tenons-nous attachés avec force au principe de l'unilé. Que nul ne se jette dans les schismes coupables, que nul n'ait le malheur de rompre les mailles des filets du Seigneur, en ce moment où on les tire sur le rivage. Méritons d'être comptés parmi ces mystiques poissons, destinés à devenir la nourriture du Seigneur, qui a daigné nous tirer du et puisque nous sommes ses purifions-nous par le sacrifice
De toutes les Séquences d'Adam de Saint-
Le Mercredi de Pâques.
Victor, celle qui suit est la plus remarquable par les allusions aux symboles de l'Ancien Testament qui se rapportent au triomphe du Christ sur la mort. Le chant qui lui sert d'expression est une première ébauche de celui qui accompagne avec tant de majesté la Prose du Saint-Sacrement, Laiida Sion.
SEQUENCE
CHASSONS le vieux levain, et célébrons d'un cœur sincère la nouvelle résurrection ;
C'est le jour de notre espérance, leiourdont la Loi tout entière célèbre la puissance.
C'est le jour gui dépouilla l'Egypte, et qui délivra les Hébreux des fers de- la captivité.
Foulés par leurs ennemis, ils ne connaissaient que le labeur de l'esclavage, l'argile, la brique et le chaume
Que maintenant notre voix fasse éclater librement la louange du divin exploit, qu'elle célèbre la victoire, qu'elle chante notre salut ;
Car voici le jour qu'a fait le Seigneur, jour qui met fin à nos douleurs, jour qui apporte la délivrance.
ZIMil tur
A vêtus expurge-
Ut sincère celebretur Nova resarrectio :
Haec est dies nostrae spei, Hujus mira vis diei Legis testimonio.
HcTc .Egyptum spoliavit. ' Et Hebrîeos liberavit De fornace ferrea :
His in arcto conscitutis Opus erat servitutis, Lutum, later, palea.
Jam divinaï laus virtutis, Jam triumphi, jam salu-
tis Vox erumpat libéra.
Hœc est dies quam fecit Dominus, Dies nostri doloris terminus.
Dies salutifera.
342 Le Mercredi de Pâques.
Lcx est umbra futuro-
rum, Chrislus, finis promisso-
riim, Qui consiimmat omnia.
Christi sanguis igncam Hebetavit romphaeam, Amota custodia.
Puer nostri forma risus,
Pro quo vcrvex est occisus,
Vitœ signât gaudium.
Joseph cxit du cis-
terna :
Christus redit ad supcr-
na, Post mortis supplicium.
Hic dracones Pharaonis Draco vorat, a draconis Immunis malitia.
Quos ignitus vulnerat, Hos scrpcntis libérât ^nci prœscntia.
Angucm forât in nia-
xilla Christi hamus et armil-
la; In cavernam reguli Manum mittit ablacta-
tus ; Et sic fugit exturbatus Vêtus hostis sacculi.
La Loi fut l'ombre des choses à venir; le Christ qui vient tout accomplir est la fin des promesses.
Son sang a fait disparaître le gardien qui nous interdisait le passage; ce sang a émoussé le glaive de feu.
L'enfant Isaac, dont le nom signifie sourire, et en place duquel la brebis est immolée, figure d'avance le joyeux mystère qui rend la
Joseph sortant de la citerne où on l'avait précipité, c'est le Christ qui remonte du tombeau, après le supplice et la mort.
II est ce serpent qui dévore les serpents de Pharaon; la malice du dragon n'a sur lui aucun pouvoir.
Sous le type du serpent d'airain, il guérit les blessures du reptile enflammé.
L'hameçon qu'il présente au monstre a déchiré sa gueule avide; l'eniant a mis, sans offense, sa main dans le trou du serpent; et cet antique ennemi du monde est réduit à fuir confondu.
Le Mercredi de Pâques.
Les insulteurs d'Elisée, lorsqu'il montait à la maison de Dieu, ont ressenti le courroux de celui qu'ils appelaient le chauve ; David s'échappe des mains de son ennemi ; le bouc émissaire s'est élancé dans sa course et le passereau a pris son vol.
Samson immole mille ennemis avec un os aride ; il dédaigne de prendre une épouse dans sa nation; il force les portes de Gaza ; et, libre, il va les déposer sur la cime de la montagne.
Ainsi le fort Lion de Juda brise les portes de la cruelle mort et ressuscite le troisième jour. Il séveille à la voix de son père, et mente, chargé de dépouilles, à la patrie céleste.
Après trois jours de captivité dans ses flancs, le monstre marin vomit plein de vie le fugitif Jonas, figure du Jonas véritable
La grappe de Cypre refleurit; elle se dilate, elle mûrit; la synagogue voit se faner sa fleur, et l'Eglise épanouit sa corolle.
Irrisores Elisœi, Dum conscendit domum
Dei, Zelum calvi sentiunt ; David arreptitius, Hircus emissarius Et passer effugiunt.
In maxilla mille sternit.
Et de tribu sua spernit
Samson matrimonium ;
Samson Gazas seras pandit,
Et asportans portas scandit
Mentis supercilium.
Sic de Juda Léo for-
tis, Tractis portis dirœ mor-
tis.
Die surgit tertia ; Ragiente voce Patris, Ad supernse sinum ma-
tris Tôt revexit spolia.
Cetus Jonam fugitivum, 'Veri Jonae signativum, Post très dies reddit vi-
vum De ventris angustia.
Botrus Cypri reflorescit, Dilatatur et excrescit ; Synagogœ flos marcescit, Et floret Ecclesia.
Le Mercredi de Pâques.
Mors et viia confli-
xerc, Resurrcxit Christus vere.
Et cum Christo surre-
xerc Multi testes gloriic.
Mane novum, manc la?tiim Vespcitinum tergat flc-
tum ; Quia vita vicit lethiim :
l'empus est lœtitia;.
Jcsii Victor, Jesu vita, Jesu vitae via trita, Ciijus morte mors sopita, Ad paschalem nos invita Mensam cum fiducia.
Vive panis, vivax
unda, Veravitis et fœcunda, Tu nos pascc, lu nos
munda, Ut a morte nos secunda Tua salvet gratia. Amen.
La mort et la vie sont entrées en champ clos ; le Christ est sorti du tombeau, et avec lui de nombreux témoins de sa gloire.
Nouveau matin , matin joyeux, qui essuie les pleurs du soir. La vie a vaincu le trépas : c'est le temps de se réjouir.
Jésus vainqueur, Jésus notre vie, Jésus, voie désormais facile de l'immortalité :
toi dont la mort a fait périr la mort, dans ta bonté, faisnous asseoir à la table pascale.
Pain de vie, eau vive, vigne véritable et féconde, nourrisnous, purifie-nous ; et par ta grâce, sauve-nous de la seconde mart. Amen.
C'est le jour que le Seigneur a fait : passons-le dans les transports de l'allégresse.
H^C dies quam fecit Dominas : exsiiltemus et ioîtcmur in ea.
-' '=;^PRÈs avoir glorilîé l'Agneau de
: M Dieu, et saiué le passage du
- -1 Seigneur à travers l'Egvpte où
J il vient d'exterminer nos enne- '^. ;| mis; après avoir célébré les Fy^i.,T.7v- . .r.y^ merveilles de cette eau qui nous délivre et nous introduit dans la Terre de promission ; si maintenant nous reportons nos regards sur le divin Chef dont tous ces prodiges annonçaient et préparaient le triomphe, nous nous sentons éblouis de tant de gloire. Comme le prophète de Pathmos, nous nous prosternons aux pieds de cet Homme-Dieu, jusqu'à ce qu'il nous dise, à nous aussi : « Ne craignez point : je suis le premier et le dernier ; je suis vivant, et j'ai été mort ; je vis dans les siècles des siècles, et je tiens les clefs de la mort et du tombeau. y> {Apoc. I, 17.)
34à Le Jeudi de Pâques.
Il est maître, en effet, désormais de celle qui l'avait tenu captif; il tient les clefs du tombeau ; c'est-à-dire, selon le langage de l'Ecriture, il commande à la mort ;'"ene lui est soumise sans retour. Or le premier usage qu'il fait de sa victoire, c'est de l'étendre à la race humaine tout entière. Adorons cette infinie bonté; et lidèles au désir de la sainte Eglise, méditons aujourd'hui la Pâque dans ses rapports avec chacun de nous. Le Fils de Dieu dit à l'Apôtre bien-aimé : « Je suis vivant et j'ai été mort ; » par la vertu de la Pâque, le jour viendra où nous dirons aussi avec l'accent du triomphe : « Nous sommes vivants, et nous avons été morts. »
La mort nous attend ; elle est prête à nous saisir; nous ne fuirons pas sa faux meurtrière, « La miort est la solde du péché, » dit le livre sacré {Rom. vi, 23) ; avec cette explication, tout est compris : et la nécessité de la mort, et son universalité. La loi n'en est pas moins dure ; et nous ne pouvons nous empêcher de voir un effrayant désordre dans celte rupture violente du lien qui unissait ensemble, dans une vie commune, ce corps et cette âme que Dieu avait lui-même unis. Si nous voulons comprendre la mort telle t]u'cllc est, souvenons-nous que Dieu créa l'homme immortel ; nous nous rendrons raison alors de l'invincible horreur que la destruction inspire à l'homme, horreur qui ne peut être surmontée que par un sentiment supérieur â tout égoisine, par le sentiment du sacrifice. 11 y a'dans la mort de chaque homme un monument honteux du péché, un trophée pour l'ennemi du genre humain ; et
Le Jeudi de Pâques. 34j
pour Dieu même il y aurait humiliation, si sa justice n'y paraissait, et ne rétablissait airsi l'équilibre.
Quel sera donc le désir de l'homme, sous la dure nécessité qui l'opprime ? Aspirer à ne pas mourir? Ce serait folie. La sentence est formelle, et nul n'y échappera. Se flatter de l'espoir qu'un jour ce corps, qui devient d'abord un cadavre, et qui ensuite se dissout jusqu'à ne plus laisser la moindre trace visible de lui-même, pourrait revivre et se sentir uni de nouveau à l'âme, pour laquelle il avait été créé ? Mais qui opérera cette réunion impossible d'une substance immortelle a/ec une autre substance qui lui fut unie un jour, et qui depuis semble être retournée aux éléments desquels elle avait été empruntée ? O homme ! il en est pourtant ainsi. Tu ressusciteras ; ce corps oublié, dissous, anéanti en apparence, revivra et te sera rendu. Que dis-je ? aujourd'hui même il sort du tombeau, en la personne de l'Homme-Dieu ; notre résurrection future s'accomplit dès aujourd'hui dans la sienne ; il devient aujourd'hui aussi certain que nous ressusciterons qu'il est assuré que nous mourrons ; et c'est là encore la Pâque.
Dieu, dans son courroux salutaire, cacha d'abord à l'homme cette merveille de son pouvoir et de sa bonté. Sa parole fut dure à Adam : « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front, jusqu'à ce que tu retournes dans la terre de laquelle tu as été tiré ; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière. )) (Gen. III, iQ.) Pas un mot, pas une allusion qui donne au coupable la plus légère
348 Le Jeudi de Pâques.
espérance au sujet de cette portion de luimême vouée ainsi à la destruction, à la honte du sépulcre. Il fallait humilier l'ingrat orgueil qui avait voulu s'élever jusqu'à Dieu. Plus tard, le grand mystère fut manifesté, quoique avec mesure ; et il y a quatre mille ans, un homme dont le corps, dévoré d'affreux ulcères, tombait par lambeaux, pouvait dire déjà: « Je saisque j'ai un Rédempteur qui est vivant, et qu'au dernier jour je me lèverai de terre; que mes membres seront de nouveau recouverts de ma peau, et que je verrai Dieu dans ma chair. Cette espérance repose dans mon cœur. » (Job. xix, 23-27. j
Mais pour que l'attente de Job se réalisât, il fallait que ce Rédempteur, en qui il espérait, parût sur la terre, qu'il vînt attaquer la mort, lutter corps à corps avec elle, qu'il la terrassât enfin. Il est venu au temps marqué, non pour faire que nous ne mourions pas : l'arrêt est trop formel ; mais pour mourir lui-même, et ôter ainsi à la mort tout ce qu'elle avait de dur et d'humiliant. Semblable à ces médecins généreux que l'on a vus s'inoculer à eux-mêmes le virus de la contagion, il a commencé, selon l'énergique expression de saint Pierre, par « absorber la mort. » (l Petr. m, 22.) Mais la joie de cette ennemie de l'homme a été courte; car il est ressuscité pour ne plus mourir, et il a acquis en ce jour le même droit à nous tous.
De ce moment, nous avons dû considérer le tombeau sous un nouvel aspect. La terre nous recevra , mais pour nous rendre , comme elle rend l'épi, après avoir reçu le grain de blé. Les éléments, au jour marqué,
Le Jeudi de Pâques. 34q
seront contraints, par la puissance qui les tira du néant, de restituer ces atomes qu'ils n'avaient reçus qu'en dépôt; et au son de la trompette de l'Archange, le genre humain tout entier se lèvera de terre, et proclamera la dernière victoire sur la mort. Pour les justes ce sera la Pàque : mais une Pàque qui ne sera que la suite de celle d'aujourd'hui.
Avec quel inetîable bonheur nous retrouverons cet ancien compagnon de notre âme, cette partie essentielle de notre être humain, dont nous aurons été séparés si longtemps! Depuis des siècles , peut-être , nos âmes étaient ravies dans la vision de Dieu; mais notre nature d'hommes n'était pas représentée tout entière dans cette béatitude souveraine; notre félicité, qui doit être aussi la félicité du corps, n'avait pas son complément; et au sein de cette gloire, de ce bonheur, il restait encore une" trace non effacée du châtiment qui frappa la race humaine, dès les premières heures de son séjour sur la terre. Pour récompenser les justes par sa vue béatitique, le grand Dieu a daigné ne pas attendre le moment où leurs corps glorieux seront réunis aux âmes qui les animèrent et les sanctilièrent; mais le ciel tout entier aspire à cette dernière phase du sublime mystère de la Rédemption de l'homme. Notre Roi, notre Chef divin qui, du haut de son trône , prononce avec majesté ces paroles : « Je suis vivant, et j'ai été mort, » veut que nous les répétions à notre tour dans l'éternité. Marie qui, trois jours après son trépas, reprit sa chair immaculée, desir.c voir autour d'elle, dans leur chair purifiés
35 o Le Jeudi de Pâques.
par répreuve du tombeau, les innombrables fils qui l'appellent leur Mère.
Les saints Anges, dont les élus de la terre doivent renforcer les rangs, se réjouissent dans l'attentedu magnifique spectacle qu'offrira la cour céleste, lorsque les corps des hommes glorifiés, comme les fleurs du monde matériel, émailleront de leur éclat la région des esprits. Une de leurs joies est de contempler par avance le corps resplendissant du divin Médiateur qui, dans son humanité, est leur Chef aussi bien que le nôtre ; d'arrêter leurs regards éblouis sur l'incomparable beauté dont resplendissent les traits de Marie qui est aussi leur Reine. Quelle fête complète sera donc pour eux le moment où leurs frères de la terre, dont les âmes bienheureuses jouissent déjà avec eux de la félicité, se revêtiront du manteau de cette chair sanctifiée qui n'arrêtera plus les rayons de l'esprit, et mettra enfin les habitants du ciel en possession de toutes les grandeurs et de toutes les beautés de la création ! Au moment où, dans le sépulcre, Jésus, rejetant les linceuls qui le retenaient, se dressa ressuscité dans toute sa force et sa splendeur, les Anges qui l'assistaient furent saisis d'une muette admiration à la vue de ce corps qui leur était inférieur par sa nature, mais que les splendeurs de la gloire rendaient plus éclatant que ne le sont les plus radieux des Esprits célestes; avec quelles acclamations fraternelles n'accueilleront-ils pas les membres de ce Chef victorieux se revêtant de nouveau d'une livrée glorieuse à jamais, puisqu'elle est celle d'un Dieu !
Le Jeudi de Pâques. 35 1
L'homme sensuel est indifférent à la gloire ' et à la félicité du corps dans l'éternité ; le dogme de la résurrection de la chair ne le touche pas. Il s'obstine à ne voir que le présent; et, dans cette préoccupation grossière, son corps n'est pour lui qu'un )ouet dont il faut se hâter de profiter; car il ne dure pas. Son amour pour cette pauvre chair est sans respect; voilà pourquoi il ne craint pas de la souiller, en attendant qu'elle aille aux vers, sans avoir reçu d'autre hommage qu'une préférence égoïste et ignoble. Avec cela, l'homme sensuel reproche à l'Eglise d'être l'ennemie du corps; à l'Eglise qiTi ne cesse d'en proclamer la dignité et les hautes destinées. C'est trop d'audace et d'injustice. Le christianisme nous avertit des dangers que l'âme court de la part du corps ; il nous révèle la dangereuse maladie que la chair a contractée dans la souillure originelle, les moyens que nous devons employer pour « faire servir à la justice nos membres qui pourraient se prêter à l'iniquité » (Rom. iv, 19); mais, loin de chercher à nous déprendre de l'amour de notre corps, il nous le montre destiné à une gloire et à une félicité sans tin. Sur notre "lit funèbre, l'Eglise l'honore par le Sacrement de l'Huile sainte, dont elle marque tous ses sens pour l'immortalité; elle préside aux adieux que l'âme adresse à ce compagnon de ses combats, jusqu'à la future et éternelle réunion; elle brûle respectueusement l'encens autour de cette dépouille mortelle devenue sacrée depuis le jour où l'eau du baptême coula sur elle; et à ceux qui survivent elle adresse
.?5 2 Le Jeudi de Pâques.
avec une douce autorité ces paroles ; « Ne soyez pas tristes comme ceux qui n'ont point d'espérance. » {IThess. iv, 12.) Or quelle est notre espérance, sinon celle qui consolait Job : Dans ma propre chair, je verrai Dieu? C'est ainsi que notre sainte foi nous révèle l'avenir de notre corps, et favorise, en l'élevant, l'amour d'instinct que l'âme porte à cette portion essentielle de notre être. Elle enchaîne indissolublement le dogme de la Pàque à celui de la résurrection de notre chair; et l'Apôtre ne fait pas difficulté de nous dire que « si le Christ n'était pas ressuscité, notre foi serait vaine; de même que si la résurrection de la chair n'avait pas lieu, celle de Jésus-Christ aurait été superflue » (1 Cor. xv); tant est étroite la liaison de ces deux vérités qui n'en font, pour ainsi dire, qu'une seule. Aussi devons-nous voir un triste signe de l'atfaiblissement du véritable sentiment de la foi, dans l'espèce d'oubli où semble tombé, chez un grand nombre de fidèles, le dogme capital de la résurrection de la chair, lîs le croient, assurément, puisque le Symbole le leur impose ;„ ils n'ont pas même à ce sujet l'ombre d'un doute; mais l'espérance de Job est rarement l'objet de leurs pensées et de leurs aspirations. Ce qui leur importe pour eux-mêmes et pour les autres, c'est le sort de l'âme après cette vie; et certes ils ont grandement raison; mais le philosophe aussi prêche l'immortalité de l'âiMC et les récompenses pour le juste dans un monde meilleur. Laissez-le donc répéter la leçon qu'il a apprise de vous, et montrez que vous êtes chrétiens; confessez hardi-
Le Jeudi de Pâques. 353
ment la Résurrection de la chair, comme fît Paul dans l'Aréopage. On vous dira peutêtre, ainsi qu'il lui fut dit : « Nous vous entendrons une autre fois sur ce sujet » {Act. XVII, 32) ; mais que vous importe ? vous aurez rendu hommage à celui qui a vaincu la mort, non seulement en lui-même, mais en vous ; et vous n'êtes en ce monde que pour rendre témoignage à la vérité révélée, et par vos paroles et par vos œuvres.
Lorsque l'on parcourt les peintures murales des Catacombes de Rome, on est frappé d'y rencontrer partout les symboles de la résurrection des corps; c'est, "avec le Bon Pasteur, le sujet qui se retrouve le plus souvent sur ces fresques de l'Eglise primitive; tant ce dogme fondamental du christianisme occupait profondément les esprits, à l'époque où l'on ne pouvait se présenter au baptême sans avoir rompu violemment avec le sensualisme. Le martyre était le sort au moins probable de tous les néophytes; et quand l'heure de confesser leur foi était arrivée, pendant que leurs membres étaient broyés ou disloqués dans les tortures, on les entendait, ainsi que leurs Actes en font foi à chaque page, proclamer le dogme de la résurrection de la chair comme l'espérance qui soutenait leur courage. Plusieurs d'entre nous ont besoin de s'instVuire à cet exemple, afin que leur christianisme soit complet, et s'éloigne toujours davantage de cette philosophie qui prétend se passer de Jésus-Christ, tout en dérobant çà et là quelques lambeaux de ses divins enseignements.
L'âme est plus que le corps ; mais dans
3^4 I-c Jeudi de Pâques.
l'homme le corps n'est ni un étranger, ni une superl'ctation passagère. C'est à nous de le conserver avec un souverain respect pour ses hautes destinées; et si, dans son état présent, nous devons le châtier, alin qu'il ne se perde pas et l'âme avec lui, ce n'est pas dédain , c'est amour. Les martyrs et les saints pénitents ont aimé leur corps plus que ne l'aiment les voluptueux ; en l'imniolant, ahn de le préserver du mal, ils l'ont sauvé; en le flattant, les autres l'exposent au plus triste sort. Que l'on y prenne garde ; l'alliance du sensualisme avec le naturalisme est facile à conclure. Le sensualisme suppose la destinée de l'homme autre qu'elle n'est, afin de pouvoir le dépraver sans remords; le naturalisme craint les vues de la foi ; mais c'est par la foi seule que l'homme peut pénétrer son avenir et sa lin. Que le chrétien se tienne donc pour averti ; et si, en ces jours, son cœur ne tressaille pas d'amour et d'espérance à la vue de ce que le P'ils de Dieu a fait pour nos corps, en ressuscitant glorieux, qu'il sache que la foi est faible en lui ; et s'il ne veut pas périr, qu'il s'attache désormais avec une entière docilité à la parole de Dieu, qui seule lui révélera ce qu'il est dès à présent, et ce qu'il est appelé à devenir.
A Rome, la Station est dans la Basilique des Douze-Apotres. On convoquait les néophytes aujourd'hui dans ce sanctuaire dédié aux Témoins de la résurrection, et où reposent deux d'entre eux, saint Philippe et saint .Tacques. La Messe est remplie d'allusions au rôle sublime de ces courageux hérauts du
A la M^.sse:
divin ressuscité, qui ont fait entendre jusqu'aux extrémités de la terre leur voix dont les échos retentissent, sans s'aftaiblir, à travers tous les siècles.
A LA MESSE
Le cantique d'entrée est tiré du livre de la Sagesse, et célèbre l'éloquence divine des Apôtres, muets d'abord par la crainte et timides comme des enfants La Sagesse éternelle en a fait d'autres hommes, et toute la terre a connu par eux la victoire de l'Homme-Dicu.
I LS ont foué tous ensemble, 1 Seigneur, votre main victorieuse , alléluia ; car la Sagesse a ouvert la bouche des muets, et a rendu éloquente la langue des petits enfants. Alléluia, alléluia.
Ps. Chantez au Seigneur un cantique nouveau ; car il a opéré des merveilles.
Gloire au Père. Ils ont loué.
VicTRiCEM manu m tuam, Domine, laudaverunt pariter, alléluia :
quia Sapientia aperuit os mutum , et linguas infantium fecit disertas.
Alléluia, alléluia
Ps. Cantate Domino canticLim novum : quia mirabiiia fecit. Gloria Patri. Victricem.
La Collecte nous montre toutes les nations, réunies en une seule par la prédication apostolique. Les néophytes ont été admis dans cette unité par leur baptême; la sainte Eglise demande à Dieu de les y maintenir par sa grâce.
COLLECTE
ODiEU, qui avez réuni les nations diverses dans la confession de votre Nom ;
DEUS, qui diversitatem gentium in confc^sione tui Nominis adu-
Le Jeudi de Pâques.
nasti : da ut, renatis fonte baptisniatis, una sit fidcs mentium, et pietas actionum. Pcr Dominum nostrum Jcsum Christum.
Amen.
faites que ceux qui sont renés dans la fontaine du baptême n'aient qu'une même foi dans leurs esprits, et qu'une même piété dans leurs œuvres.
Par Jesus-Christ notre Seigneur.
On ajoute ensuite l'une des deux Collectes ci-dessus, à la Messe du Mercredi, page 323.
Lectio Actuum Aposlolorum. Cap. viii.
INdiebusillis : Angélus Domini locutus est ad P h i 1 i p p u m, d i c en s :
Siirgc et vade contra meridianum ad viam, qua; descendit ab Jérusalem in Gazam : hœc est déserta. Et surgens abiit.
Et ecce vir ^lîthiops, eunuchus potens Candacis regina; ^thiopum , qui erat super omnes gazas ejus, vencrat adorare in Jérusalem : et revertebatur sedens super currum suum , Icgensque Isaiam prophetam. Dixii a item Spiritus Phiiippo:
Accède, et adjunge te ad currum istum. Accurrcns autem Philippus, audivit eum legentcm Isaiam prophetam, et dixit : Putasne intelligis quœ Icgis ? Qui ait : Et quomvjdo possum, si non aliquis ostcndcrit mihi ?
Lecture du livre des Actes des Apôtres. Chap. VUI.
bN ces jours-là, l'Ange du Seigneur parla à Philippe, et lui dit: Lève-toi, et va sur le chemin désert qui descend de Jérusalem à Gaza, vers le midi. Et se levant, Philippe y alla. Et voici qu'un eunuque éthiopien, puissant à la cour de Candace, reine d'Ethiopie , et surintendant de tous ses trésors, était venu à Jérusalem pour adorer; et il s'en retournait assis sur son char, et lisant le prophète Isaïe. Alors l'Esprit dit à Philippe :
Avance et joins ce char.
Philippe courut , et ayant entendu que l'eunuque lisait le prophète Isaïe, il lui dit :
Pensez-vous entendre ce que vous lisez ? L'eunuque répondit : Et comment le pourraisje , si personne ne me l'explique ? Et il pria Philippe de monter et de s'asseoir auprès de lui. Or le passage de l'E-
A la Messe.
criture qu'il lisait était celuici : Il a été mené à la mort comme une brebis, et il e>t demeuré dans le silence, sans ouvrir la bouche, semblable à l'agneau devant celui qui le tond. Il a été abaissé, mais le jugement porté contre lui a été anéanti. Qui racontera sa génération, à lui dont la vie a été retranchée de la terre? L'eunuque dit à Philippe : Dites-moi de qui le Prophète dit ceci : est-ce de lui ou d'un au re ? Alors Philippe ouvrant la bouche et commençant par ce texte de l'Ecriture, lui annonça Jésus. Et comme ils marchaient par le chemin , ils rencontrèrent un lieu où il y avait de l'eau. Et l'eunuque dit : Voici de l'eau ; q-ii empêche de me baptiser ?
Philippe dit : Si vous croyez de tout votre cœur, cela se
Îeut. Et l'eunuque répondit :
e crois que Jésus-Christ est le Fils de Dieu. Et il fit arrêter le char, et ils descendirent tous deux dans l'eau , et Philippe baptisa l'eunuque. Comme ils remontaient de l'eau, l'Esprit du Seigneur enleva Philippe, et l'eunuque ne le vit plus :
mais il. continua sa route , tout rempli de joie. Or, Philippe se trouva dans Azot.
d'où étant sorti, il annonça le nom du Seigneur Jésus- Christ à toutes les villes qu'il
Rogavitque Philippum ut ascenderet, et sederet secum. Locus autem Scripturas quam legebat, erat hic : Tamquam ovis ad occisionem ductus est : et sicut agnus coram tondente se, sine voce, sic non aperuit os suum.
In humilitate judicium ejus sublatum est. Generationem ejus quis enarrabit, quoniam tolletur de terra vita ejus ? Respondens autem eunuchus Philippo, dixit : Obsecro te. de quo Propheta dicit hoc ? de se, an de aiio aliquo ? Aperiens autem Philippus os suum , et incipiens a Scriptura ista, evangelizavit illi Jesum. Et dum irent per viam, venerunt ad quamdam aquam : et ait eunuchus : Ecce aqua, quid prohibet me baptizari ? Dixit autem Philippus : Si credis ex toto corde, licet. Et respondens ait : Credo Filium Dei esse Jesum Christum. Et jussit stare currum : et descenderunt uterque inaquam, Philippus et eunuchus, et baptizavit eum. Cum autem ascendissent de aqua.
Spiritus Dcm'ni rapuit Philippum. et amplius non vidit eum eunuchus.
Ibat autem per viam
Le Jeudi de Pâques.
traversa, jusqu'à ce qu'il arrivât à Ccsaréc.
suam gaudens. Philippus auteni inventus est m Azoto, et pertransiens cvangelizabat civitatibus cunclis , donec veniret Cœsaream, nomen Domini Jesu Christi.
Ce passage des Actes des Apôtres était destiné à rappeler aux néophj/tes la sublimité de la grâce qu'ils avaient reçue dans le baptême, et la condition à laquelle ils avaient été régénérés. Dieu avait placé sur leur chemin l'occasion du salut, comme il envoya Philippe sur la route que devait parcourir l'eunuque. Il leur avait inspiré le désir de connaître la vérité, comme il mit dans le cœur de cet officier de la reine d'Ethiopie l'heureuse curiosité qui le conduisit à entendre parler de Jésus-Christ. Mais tout n'était pas consommé encore. Ce païen aurait pu n'écouter qu'avec défiance et sécheresse d'âme les explications de l'envoyé de Dieu, et fermer la porte â cette grâce qui le cherchait ; loin de là, il ouvrait son cœur, et la foi le remplissait. De même ont fait nos néophytes; ils ont été dociles, et la parole de Dieu les a éclairés; d'une lumière ils sont montés à une autre, jusqu'à ce que l'h^glise ait reconnu en eux de véritables disciples de la foi. Alors sont venus les jours de la Pâque, et cette mère des âmes s'est dit à elle-même : « Voici de l'eau, îcau qui purifie, l'eau qui est sortie du côté de l'Epoux ouvert par la lance sur la croix; qui empêche de les baptiser? » Et quand ils ont eu confessé que Jésus-Christ est le Fils de Dieu, ils ont
A la Messe.
été plongés, comme notre Ethiopien, dans la fontaine du salut; maintenant, à son exemple, ils vont continuer à marcher dans le chemin de la vie, tout remplis de joie ; car ils sont ressuscites avec le Christ, qui a daigné associer les joies de leur nouvelle naissance à celles de son propre triomphe.