GRADUEL
"est le jour que le Seigneur a fait; passons-le dans les transports de Fallégresse.
f. La pierre qu'avaient rejetée ceux qui bâtissaient, est devenue la tête même de l'angle ; c'est le Seigneur qui l'a fait, et nos yeux le voient avec admiration.
Alléluia, alléluia.
j^. Le Christ, qui a créé toutes choses, est ressuscité, et il a eu compassion du genre humain.
On chante ensuite la Séquence Victimœ paschali, ci-dessus, page 2t9.
],J JEC dies quam fecit i » Dominus : exsultemus et laetemur in ea.
f. Lapidcm quem reprobaverunt œdificantes, hic factus est in caput iinguli . a Domino factura est ibtud, et est mirabile in oculis nostris.
Alléluia, alléluia.
f. Surrexit Christus, qui creavit omnia : et misertus est humano ge-
La suite du saint Evangile selon saint Jean. Chap. xx.
EN ce temps-là, Marie se tenait dehors près du sépulcre, et elle pleurait. Et en pleurant, elle se pencha et regarda dans le sépulcre.
Elle vit deux Anges vêtus de blanc, assis au lieu où Ion avait posé le corps de Jésus,
Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. xx.
IN illo tempore : Maria stabat ad monumentum foris, plorans. Dura ergo rieret, inclinavit se, et prospexit in monumentum : et vidit duos Angelos in albis sedentes, unum ad caput, et
Le Jeudi de Pâques.
unum ad pedes, ubi positiim fucrat corpus Jesu.
Dicunt ei illi : Mulier.
quid ploras ? Dicit eis :
Quia tulerunt Dominum meum : et nescio ubi posucrunt eum. Hœc cum dixisset , conversa est rctrorsuni, el vidit Jesuin stantcm : et non sciebat quia Jésus est, Dicit ei •lesus; Mulier, quid ploras .'' quem qureris ? lUa cxistimans quia hortulanus esset, dicit ei : Domine, si tusustulisti eum, dicilo mihi ubi posuisti eum : et ego eum tollam.
Dicit ei Jésus : Maria.
Conversa illa, dicit ei :
Rabboni (quod dicitur maçister). Dicit ei Jésus :
Noli me tangcre, nondum enim ascendi ad Patrem meum. Vadc autem ad fratres meos, et die eis :
Ascendo ad Patrem meum et Patrem vestrum , Deum meum et Deum vestrum. Venit Maria Magdalenc annuntians discipulis vidi Dominum, dixit mihi.
: quia et hœc
l'un à la tête et l'autre aux pieds. Ils lui dirent : Femme, pourquoi pleures-tu ? Elle leur dit : Parce qu'ils ont enlevé mon Seigneur, et je ne sais où ils l'ont mis.
Ayant dit cela, elle se retourna , et elle vit Jésus debout, et elle ne savait pas que c'était Jésus. Jésus lui dit : Femme , pourquoi pleures-tu ? qui cnerchestu ? Elle, pensant que c'était le jardinier , lui dit : Seigneur , si c'est vous qui l'avez enlevé, dites-moi où vous l'avez mis, et je l'emporterai. Jésus lui dit : Marie 1 elle, se retournant, lui dit :
Rabboni 1 c'est-a-dire, mon maître. Jésus lui dit : Ne me touche pas ; car je ne suis pas encore monté vers mon Père ; mais va trouver mes frères, et dis-leur ceci: Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu.
Marie-Madeleine alla dire aux disciples: J'ai vu le Seigneur, et il m'a dit cela.
Nous sommes dans la Basilique des Apôtres; et la sainte Eglise, au lieu de nous faire entendre aujourd'hui quelqu'un des récits du saint Evangile où sont rapportées les diverses apparitions du Sauveur ressuscite à ses Apôtres, nous lit celui dans lequel est relatée
A la Messe. 36
la faveur que Jésus lit à Madeleine. Pourquoi cet oubli apparent du caractère et de la mission qui furent conférés à ces ambassadeurs de la nouvelle loi? La raison en est aisée à saisir. En honorant aujourd'hui dans ce Sanctuaire la mémoire de celle que Jésus- Christ choisit pour être TApôtre de ses Apôtres, l'Eglise achève d'exprimer dans toute leur adorable vérité les circonstances du jour de la Résurrection. C'est par Madeleine et ses compagnes qu'a commencé l'Apostolat du plus grand des mystères du Rédempteur ; elles ont donc un droit véritable à recevoir aujourd'hui l'honneur dans cette Basilique dédiée aux saints Apôtres.
Comme il est tout-puissant, Dieu aime à se manifester dans ce qu'il va de plus faible; de même que, dans sa bonté, il se fait gloire de reconnaître l'amour dont il est l'objet : voilà pourquoi le Rédempteur prodigua d'abord toutes les preuves de sa résurrection et tous les trésors de sa tendresse à Madeleine et à ses compagnes. Elles étaient plus faibles encore que les "bergers de Bethléhem : elles eurent donc la préférence ; les Apôtres euxmêmes étaient plus faibles que la moindre des puissances du monde qu'ils devaient soumettre : voilà pourquoi ils furent initiés à leur tour. Mais Madeleine et ses compagnes avaient aimé leur Maître jusqu'à la croix et jusqu'au tombeau, tandis que les Apôtres l'avaient abandonné : c'était donc aux premières, et non aux seconds, que Jésus devait les premières faveurs de sa bonté.
Sublime spectacle de l'Eglise, à ce moment où elle s'élève sur la foi de la Résur-»
302 Le Jeudi de Pâques.
rection oui est sa base! Après Marie, la Mère de Dieu, en qui la lumière ne vacilla jamais, et à qui était duc, comme Mère et comme toute parfaite, la première manifestation, qui voyons nous illuminées de cette foi par laquelle vit et respire l'Eglise? Madeleine et ses compagnes. Pendant plu- i sieurs heures, Jésus se complaît à la vue de son œuvre, si faible à l'œil humain, mais en réalité si grande. Encore un peu de temps, et ce petit' troupeau d'âmes choisies va s'as- ; similer les Apôtres eux-mêmes; que dis-je? i le monde entier viendra à elles. Par toute la ! terre, en ces jours, l'Eglise chante ces paroles: « Qu'avcz-vous vu au tombeau, Marie? ;' dites-le-nous. » Et Marie-Madeleine répond ' à la sainte Eglise: « J'ai vu le tombeau du Christ qui était vivant ; j'ai vu la gloire du Christ ressuscité. »
Et ne nous étonnons pas que des femmes aient seules formé autour du Fils de Dieu ce premier groupe de croyants, cette Eglise ,; véritablement primitive qui resplendit' des j premiers rayons de la résurrection; car c'est t ici la continuation de l'œuvre divine sur le plan irrévocable et sublime dont nous avons déjà reconnu le début. Par la prévarication de la femme, l'œuvre de Dieu fut renversée i au commencement; c'est dans la femme j qu'elle sera d'abord relevée. Au jour de l'An- | nonciation, nous nous sommes inclinés | devant la nouvelle Eve qui réparait par son s obéissance la désobéissance de la première; | mais dans la crainte que Satan ne s'y trom- \ pât, et ne voulût voir en Marie que l'exaltation de la personne, et non la réhabilitation
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du sexe, Dieu veut qu'aujourd'hui les faits ' mêmes déclarent sa suprême volonté. « La \ femme, nous dit saint Ambroise, avait goûté I la première le breuvage de la mort; cessera î donc elle qui, la première, contemplera la | résurrection. En prêchant ce mystère, elle ! compensera sa faute i; et c'est avec raison 1 qu'elle est envoyée pour annoncer aux \ hommes la nouvelle du salut, pour mani- [ tester la grâce qui vient du Seigneur, celle j qui autrefois avait annonce le péché à l'homme 2. » Les autres Pères relèvent avec non moins d'éloquence ce plan divin qui donne à la femme la primauté dans la distribution des dons de la grâce, et ils nous y font reconnaître non seulement un acte du ; pouvoir du maître souverain, mais en même \ temps la légitime récompense de l'amour que Jésus trouva dans le cœur de ces hum- ' blés créatures, et qu'il n'avait pas rencontré dans celui de ses Apôtres, auxquels, durant trois ans, il avait prodigué les plus tendres soins, et de la part desquels il était en droit d'attendre un plus mâle courage.
Au milieu de ses heureuses compagnes, : Madeleine s'élève comme une reine dont les autres forment la cour. Elle est la bien- ; aimée de Jésus, celle qui aime le plus, celle dont le cœur a été le plus brisé par la douloureuse Passion, celle qui insiste avec plus de force pour revoir et embaumer de ses larmes et de ses parfums le corps de son cher maître. Quel délire dans ses paroles,