‹ L'Année liturgique (volume 3)Chapitre 11 sur 123 · PRATIQUE DU TEMPS PASCAL · texte numérisé non relu

PRATIQUE DU TEMPS PASCAL

f%f^^^^^^- -^ pratique de ce saint temps se ^yT ^^^^' résume dans la joie spirituelle "^&^^ qu'il doit produire chez les âmes f^^^^j ressuscitées avec Jésus- Christ, h^é^ joie qui est un avant-goût du ^-i-y "^ bonheur éternel, et quelle chrétien doit désormais maintenir en lui, cherchant toujours plus ardemment la Vie qui est dans notre divin Chef, et fuyant avec une énergie constante la mort, fille du péché. Durant la période qui a précédé, il nous a fallu nous affliger, pleurer nos fautes, nous livrer à l'expiati'on, suivre Jésus jusqu'au Calvaire ; la sainte Eglise nous impose maintenant de nous réjouir. Elle-même a banni toutes ses tristesses ; elle ne gémit plus comme la colombe ; elle chan'te comme l'Epouse qui a retrouvé l'Epoux.

Afin de rendre ce sentiment de joie pascale plus universel, elle s'est accommodée à la faiblesse de ses enfants. Après leur avoir

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rappelé la nécessité de l'expiation, elle a concentré toute la vigueur de la pénitence chrétienne dans les quarante jours qui viennent de s'écouler ; et tout à coup, rendant la liberté à nos corps en même temps qu'aux sentiments de nos âmes, elle nous a fait aborder à une région où il n'y a plus qu'allégresse, lumière et vie, où tout est joie, calme, douceur et espérance d'immortalité. C'est ainsi qu'elle a su produire dans les âmes même les moins élevées un sentiment analogue à celui qu'éprouvent les plus parfaites : en sorte que, dans le concert qui s'élève de la terre à la louange de notre adorable triomphateur, il n'y' ait pas de dissonance, et que tous, fervents et tièdes, unissent leurs voix dans un transport universel. Le plus profond liturgiste du xii" siècle, Rupert, Abbé de Deutz', exprime ainsi cet heureux stratagème de la sainte Eglise : « Il est, dit-il, des hommes charnels qui ne savent pas ouvrir leurs yeux pour contempler les biens spirituels, si ce n'est à l'occasion de buelque incident corporel qui leur donne l'impulsion, L'Eglise a dû chercher, pour les émouvoir, un moyen proportionné à leur faiblesse. Dans ce but, elle a disposé le jeûne I quadragésimal, qui est la dîme de l'année , offerte à Dieu, en sorte que cette sainte \ carrière ne doive se terminer qu'à la solen- . nité de Pâques, et qu'ensuite viennent cin- i quante )ours consécutifs, durant lesquels il \ ne se rencontre pas un seul jeûne II advient ; de laque les hommes mortifient leurs corps, étant soutenus par l'espérance que la fête de Pâques viendra les délivrer de ce joug de

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pénitence ; ils préviennent par leurs désirs l'arrivée de la solennité ; chacun des jours du Carême est pour eux comme la station du voyageur; ils les comptent soigneusement, dans l'a pensée que le nombre en décroît progressivement ; et c'est ainsi que cette auguste ïete désirée de tous devient chère à tous, comme l'est la lumière à ceux qui cheminent dans l'obscurité, la source jaillissante à ceux qui ont soif, et la tente dressée par le Seigneur lui-même au voyageur fatigué *. »

Heureux temps que celui où, "dans toute l'armée des chrétiens, comme parle saint Bernard, nul ne ^'abstenait du devoir, où justes et pécheurs marchaient d'un même pas dans la carrière des observances chrétiennes ! Aujourd'hui la Pàque ne produit plus la même sensation dans notre société. Sans aucun doute, la cause en est dans la mollesse et la fausse conscience, qui portent un si grand nombre de personnes à se conduire à l'égard de la loi du Carême, comme si elle n'existait pas pour eux. De là vient que tant de fidèles voient arriver la Pàque comme une grande fête, il est vrai, mais sont à peine" remués par cette impression de joie vive que l'Eglise porte empreinte dans toute son attitude en ces jours. Bien moins encore sont-ils dans la disposition de conserver et d'entretenir, pendant une période de cinquante jours, cette allégresse qu'ils ont partagée en si faible mesure, au jour tant désiré par les vrais chrétiens. Ils n'ont pas jeûné, ils n'ont pas gardé l'abstinence durant la sainte

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