De divinis Ojficiis. lib. VII, cap. xxv
2. Vie de sainte Thérèse écrite par elle-me'me, dans les Additions.
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filial la félicité dont Jésus se plaît à la combler en ce moment, et apprenons en môme temps à compatir aux douleurs de son cœur maternel. C'est ici la première manifestation de Jésus ressuscité : recompense de la foi qui veilla toujours au cœur de Marie , pendant mûme la sombre éclipse qui avait duré trois jours. Mais il est temps que le Christ se montre à d'autres, et que la gloire de sa résurrection commence à briller sur le monde. Il s'est fait voir d'abord à celle de toutes les créatures qui lui était la plus chère, et qui seule était digne d'un tel bonheur; maintenant, dans sa bonté, il va récompenser, par sa vue pleine de consolation, les âmes dévouées qui sont demeurées fidèles à son amour, dans un deuil trop humain peut-être, mais inspiré par une reconnaissance gue ni la mort, ni le tombeau n'avaient découragée.
Hier, Madeleine et ses compagnes, lorsque le coucher du soleil vint annoncer que , selon l'usage des Juifs, le grand Samedi faisait place au Dimanche, sont allées par la ville acheter des parfums, pour embaumer de nouveau le corps de leur cher maître, aussitôt que la lumière du jour leur permettra d'aller lui rendre ce pieux devoir. La nuit s'est passée sans sommeil ; et les ombres ne sont pas encore totalement dissipées, que Madeleine, avec Marie, mère de Jacques, et Salomé, est déjà sur le chemin qui conduit au Calvaire, près duquel est le sépulcre où repose Jésus. Dans leur préoccupation, elles ne s'étaient pas même demande quels bras elles emploieraient pour déranger la pierre
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qui ferme l'entrée de la grotte; moins encore ont-elles songé au sceau de la puissance f publique qu'il faudrait auparavant briser, et 1 aux gardes qu'elles vont .rencontrer près du ; tomlDeau. Aux premiers rayons du jour, elles arrivent au terme de leur pieux voyage; et la première chose qui frappe leurs regards, c'est la pierre qui fermait l'entrée, ôtée de sa place, et laissant pénétrer le regard dans ■ les profondeurs de la chambre sépulcrale. L'Ange du Seigneur, qui avait eu mission de déranger cette pierre et qui s'était assis ' dessus comme sur un trône, ne les laisse pas : longtemps dans la stupeur qui les a saisies : i « Ne craignez pas, leur dit-il ; je sais que | vous cherchez Jésus; il n'est plus ici; il est f ressuscité , comme il l'avait dit; pénétrez vous-mêmes dans le tombeau, et reconnaissez la place où il a reposé. »
C'était trop pour ces âmes que l'amour de leur maître transportait, mais qui ne le connaissaient pas encore par l'esprit. Elles demeurent « consternées », nous dit le saint Evangile. C'est un mort qu'elles c'nerchent, s un mort chéri ; on leur dit qu'il est ressuscité ; et cette parole ne réveille chez elles \ aucun souvenir. Deux autres Anges se pré- l sentent à elles dans la grotte tout illuminée î de l'éclat qu'ils répandent. Eblouies de cette lumière inattendue, Madeleine et ses compagnes, nous dit saint Luc, abaissent vers la j terre leurs regards mornes et étonnés. « Pourquoi cherchez-vous chez les morts, leur disent les Anges, celui qui est vivant ? | Rappelez-vous donc ce qu'il vous disait '"'^ Galilée : qu'il serait crucifié, et que, le troi-
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sième jour, il ressusciterait. » Ces paroles font quelque impression sur les saintes femmes; et au milieu de leur émotion, un léger souvenir du passé semble renaître dans leur mémoire. « Allez donc, continuent les Anges ; dites aux disciples et à Pierre qu'il est ressuscité , et qu il les devancera en Galilée. »
Elles sortent en hâte du tombeau et se dirigent vers la ville , partagées entre la terreur et un sentiment de joie intérieure qui les pénètre comme malgré elles. Cependant elles n'ont vu que les Anges, et un sépulcre ouvert et vide. A leur récit, les Apôtres, loin de se laisser aller à la confiance, attribuent, nous dit encore saint Luc, à l'exaltation d'un sexe faible tout ce merveilleux qu'elles s'accordent à raconter. La résurrection prédite si clairement, et à pkisieurs reprises, par leur maître, ne leur revient pas non plus en mémoire. Madeleine s'adresse en particulier à Pierre et à Jean; mais que sa foi à elle est faible encore ! Elle est partie pour embaumer le corps de son cher maître, et elle ne l'a pas trouvé; sa déception douloureuse s'épanche encore devant les deux Apôtres : « Ils ont enlevé, dit-elle, le Seigneur du tombeau; et nous ne savons pas ou ils l'ont mis. »
Pierre et Jean se déterminent à se rendre sur le lieu. Ils pénètrent dans la grotte; ils voient les linceuls disposés en ordre sur la table de pierre qui a reçu le corps de leur maître; mais les Esprits célestes qui font la garde ne se montrent point à etix. .Ican cependant, et c'est lui-même qui nous en rend
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témoignage, reçoit en ce moment la foi; désormais il croit à la résurrection de Jésus. Nous ne faisons que passer rapidement sur des récits que nous aurons occasion de méditer plus tard, lorsque la sainte Liturgie les ramènera sous nos yeux. En ce moment, il s'agit seulement de suivre dans leur ensemble les événements de ce jour, le plus grand des jours.
Jusqu'à cette heure , Jésus n'a encore apparu qu'à sa Mère ; les femmes n'ont vu que des Anges qui leur ont parlé. Ces bienheureux Esprits leur ont commandé d'aller annoncer la résurrection de leur maître aux disciples et à Pierre. Elles ne reçoivent pas cette commission pour Marie; il est aisé d'en saisir la raison : le fils s'est déjà réuni à sa mère ; et la mystérieuse et touchante entrevue se poursuit encore durant ces préludes. Mais déjà le soleil brille de tous ses feux, et les heures de la matinée avancent; c'est l'Homme-Dieu qui va proclamer luimême le triomphe que le genre humain vient de remporter en lui sur la mort. Suivons avec un saint respect l'ordre de ces manifestations, et efforçons- nous respectueusement d'en découvrir les mystères.
Madeleine, après le retour des deux Apôtres, n'a pu résister au désir de visiter de nouveau la tombe de son maître. La pensée de ce corps qui a disparu, et qui, peut-être, dev-enu le jouet des ennemis de Jésus, gît sans honneurs et sans sépulture, tourmente son âme ardente et bouleversée. Elle est repartie, et bientôt elle arrive à la porte du sépulcre. Là, dans son inconsolable douleur,
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elle se livre à ses sanglots; puis bientôt, se \ penchant vers l'intérieur de la grotte, elle \ aperçoit les deux Anges assis chacun à une • des extrémités de la table de pierre sur la- ■ quelle le corps de Jésus fut étendu sous ses ; yeux. Elle ne les interroge pas; ce sont eux qui lui parlent : « Femme, disent-ils, pour- ; quoi plcures-tu ? » — « Ils ont enlevé mon maître, et je ne sais où ils l'ont mis. » Et I après ces paroles, elle sort brusquement du ■ sépulcre, sans attendre la réponse des Anges. ] Tout à coup, à l'entrée de la grotte, elle se \ voit en face d'un homme, et cet homme est ' Jésus. Madeleine ne le reconnaît pas; elle est \ à la recherche du corps mort de son maître ; ' elle veut l'ensevelir de nouveau. L'amour la ; transporte, mais la foi n'éclaire pas cet amour; elle ne sent pas que celui dont clic cherche la dépouille inanimée est là, vivant, près d'elle.
Jésus, dans son ineffable condescendance, daigne lui faire entendre sa voix : « F'emme, lui dit-il, pourquoi pleures-tu ? que cherchestu ? » Madeleine n'a pas reconnu cette voix; son cœur est comme engourdi par une excessive et aveugle sensibilité; elle ne connaît pas encore Jésus par l'esprit. Ses yeux se sont pourtant arrêtés sur lui; mais son imagination qui l'entraîne lui fait voir dans cet homme le jardinier chargé de cultiver le jardin qui entoure le sépulcre. Peut-être, se dit-elle, est-ce lui qui a dérobé le trésor que i je cherche ; et sans réfléchir plus longtemps, • elle s'adresse à lui-môme sous cette imprcs- ) sion : « Seigneur, dit-elle humblement à l'inconnu, si c'est vous qui l'avez enlevé,
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dites-moi où vous l'avez mis, et je vais l'emporter. » C'était trop pour le cœur du Rédempteur des hommes, pour celui qui daigna louer hautement chez le Pharisien l'amour de la pauvre pécheresse; il ne peut plus tarder à récompenser cette naïve tendresse ; il va l'éclairer. Alors, avec cet accent qui rappelle à Madeleine tant de souvenirs de divine familiarité, il parle; mais il ne dit que ce seul mot : ce Marie !» — « Cher maître ! » répond avec effusion l'heureuse et humble femme, illuminée tout à coup des splendeurs du mystère.
Elle s'élance, et voudrait coller ses lèvres à ces pieds sacrés, dans l'embrassement desquels elle reçut autrefois son pardon. Jésus 1 arrête; le moment n'est pas venu de se livrer à de tels épanchements. Il faut que Madeleine, premier témoin de la résurrection de l'Homme-Dieu, soit élevée, pour prix de son amour, au plus haut degré de l'honneur. 11 ne convient pas que Marie révèle à d'autres les secrets sublimes de son cœur maternel ; c'est à Madeleine de témoigner de ce qu'elle a vu, de ce qu'elle a entendu dans le jardin. C'est elle qui sera, comme disent les saints Docteurs, l'Apôtre des Apôtres eux-mêmes. Jésus lui dit : « \'a trouver mes frères et disleur que je monte vers mon Père et le leur, vers mon Dieu et le leur, »
Telle est la seconde apparition de Jésus ressuscité, l'apparition à xMarie-Madcleine, la première dans l'ordre du témoignage. Nous la méditerons de nouveau, le jour où'la sainte Eglise nous donnera à lire le passage de saint Jean où elle est rapportée. Mais adorons dès
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ce moment l'intinie bonté du Seigneur, qui, avant de songer à établir la foi de sa résurrection dans ceux cjui devaient la prêcher jusqu'aux extrémités du monde, daigne d'abord récompenser l'amour de cette femme qui Ta suivi jusqu'à la croix, jusqu'au delà du tombeau, et qui, étant plus redevable que les au- , très, a su aussi aimer plus que les autres. En se ; montrant d'abord à Madeleine, Jésus a voulu ; satisfaire avant tout l'amour de son cœur », divin pour la créature, et nous apprendre que • le soin de sa gloire ne vient qu'après.
Madeleine, empressée de remplir l'ordre de ; son maître, se dirige vers la ville et ne tarde ■ pas à se trouver en présence des disciples. | «J'ai vu le Seigneur, leur dit-elle, et il m'a « dit ceci. » Mais la foi n'est pas encore entrée [ dans leurs âmes ; le seul Jean a reçu ce don au sépulcre, bien que ses yeux n'aient vu que , le tombeau désert. Souvenons-nous qu'après . avoir fui comme les autres, il s'est retrouvé j au Calvaire pour recevoir le dernier soupir .1 de Jésus, et que là il est devenu le fils adoptif l de Marie. '
Cependant les compagnes de Madeleine, Marie, mère de Jacques, "^et Salomé, qui l'ont suivie de loin sur la route du saint tombeau, i' reviennent seules à Jérusalem. Soudain Jésus se présente à leurs regards, et arrête leur j marche lente et silencieuse. « Je vous salue », '. leur dit-il. A cette parole, leur cœur se fond ' de tendresse et d'admiration. Elles se précipitent avec ardeur à ses pieds sacrés, elles les •; embrassent, et lui prodiguent leurs adora- '.' tions. C'est la troisième apparition du Sauveur ressuscité, moins intime mais plus familière
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que celle dont Madeleine fut favorisée. Jésus n'achèvera pas la journée sans se manifester à ceux qui sont appelés à devenir les hérauts de sa gloire ; mais il veut, avant tout, honorer aux yeux de tous les siècles à ^■enir ces généreuses femmes qui, bravant le péril et triomphant de la faiblesse de leur sexe, l'ont consolé sur la croix par une fidélité qu'il ne rencontra pas dans ceux qu'il avait choisis et comblés de ses faveurs. Autour de la crèche où il se montrait pour la première fois aux hommes, il convoqua de pauvres bergers par la voix des Anges, avant d'appeler"^ les rois par le ministère d'un astre matériel ; aujourd'hui qu'il est arrivé au comble de sa gloire, qu'il a mis par sa résurrection le sceau à toutes ses œuvres et rendu certaine sa divine origine, en assurant notre foi par le plus irréfragable de tous les prodiges, il attend, avant d'instruire et d'éclairer ses Apôtres, que d'humbles femmes aient été par lui instruites, consolées, comblées enfin des marques de son amour. Quelle grandeur dans cette conduite si suave et si forte du Seigneur notre Dieu, et qu'il a raison de nous dire par le Prophète : « Mes pensées ne sont pas vos pensées ! » Isai. lv, 8.)
S'il eût été à notre disposition d'ordonner les circonstances de sa venue en ce monde, quel bruit n'eussions-nous pas fait pour appeler le genre humain tout entier, rois et peuples, autour de son berceau ? Avec quel fracas eussions-nous promulgué devant toutes les nations le miracle des miracles, la Résurrection du crucifié, la mort vaincue et l'immortalité reconquise ? Le Fils de Dieu, qui
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est « la Force et la Sagesse du Père » (I Cor. I, 24), s'y est pris autrement. Au moment de sa naissance, il n'a voulu pour premiers adorateurs que des hommes simples et rustiques, dont les récits ne devaient pas retentir au delà des contins de Bethléhem ; et voilà qu'aujourd'hui la date de cette naissance est l'ère de tous les peuples civilisés. Pour premiers témoins de sa Résurrection, il n'a voulu que de faibles femmes; et voilà qu'en ce jour même, à l'heure où nous sommes, la terre entière célèbre l'anniversaire de cette Résurrection; tout est remué, un élan inconnu le reste de l'année se fait sentir aux plus indifférents; l'incrédule qui coudoie le croyant sait du moins que c'est aujourd'hui Pâques; et du sein même des nations infidèles, d'innombrables voix chrétiennes s'unissent aux nôtres, afin que s'élève de tous les points du globe vers notre divin ressuscité l'acclamation joyeuse qui nous réunit tous en un seul peuple, le divin Alléluia. « O Seigneur » , devons-nous nous écrier avec Moïse, quand le peuple élu célébra la première Pâque et traversa à pied sec la mer Rouge, « ô Sei.gneur, qui d'entre les forts est semblable à vous ? » {Exod. XV, II.)
Suspendons le récit des événements de cette solennelle journée, et n'anticipons pas sur les heures. Il est temps de s'unir à la sainte Eglise qui, après avoir consacré la plus grande partie de la nuit à l'enfantement du nouveau peuple qui lui est né, s'apprête à rendre au Seigneur le tribut accoutumé de sa louange
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