‹ L'Année liturgique (volume 3)Chapitre 70 sur 123 · LEÇON · texte numérisé non relu

LEÇON

DANS cette fête commune à lui et à nous, l'Ange apparut sous un vêtement blanc , parce que la résurrection du Seigneur nous faisant rentrer dans le ciel, les pertes qu'a éprouvées la patrie céleste vont être réparées. Mais écoutons ce que l'Ange dit aux femmes :

« Ne craignez point ; »

comme s'il leur disait :

« Q'u'ils craignent ceux qui n'aiment pas l'arrivée des habitants du ciel ; qu'ils soient effrayés ceux qui , esclaves des désirs charnels, désespèrent de s'unir jamais à la société de ces Esprits bienheureux. Mais pourquoi craindre, vous qui, dans les Anges, reconnaissez déjà vos

batum , Maria Magdalene, et Maria Jacobi, et Salome, emerunt aromata, * Ut venientes ungerent Jesum, alléluia, alléluia.

t- El valde mane una sabbatorum veniunt ad monumentum, orto jam sole.

* Ut venientes.

Gloria Patri.

* Ut venientes.

BexVEDictio. Ad societatem civium supernorum perducat nos Rex Angeiorum. fi. Amen.

IN sua ergo ac nostra festivitate Angélus in albis vestibus apparuit :

quia dum nos per resurrectionem Dominicam ad I superna reducimur, cœ- ' lestis patrias damna reparantur. Sed quid advenientes feminas affatur, audiamus. Nolite expavescere. Ac si aperte dicat : Paveant illi, qui non amant adventum supernorum civium : per~ timescant , qui carnalibus desideriis pressi, ad eorum se societatem pertingere posse desperant.

\'^os autem cur pertimescitis quœ vestros concives videtis ? Unde Matthœus Angelum appa-

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Le Saint Jour de Pâques.

misse dcscribcns , ait :

Krat aspectus ejus sicut fulgiir , et vestimenta cjus sicut nix. In fiil^urc etenim ténor timoris est, in nive aiitein blandimentum candoris.

L HYMNE I E Dcum laudamus : " 1 te Dominum confitemur.

Te œternuin Paticm :* omnis terra veneratur.

Tibi omnes Angeli : * tibi Cœli, et univers;v Potestates.

Tibi Cherubim et Seraphim : * incessabili voce proclamant :

Sanctus, Sanctus, Sanctus : * Dominus Deus Sabaoth 1

Plcni sunt cœli et terra * majestatis gloriœ tuae.

Te gloriosus * Apostolorum chorus.

Te Prophctaruni * iaiidabilis numerus.

Te Martyrum candidatus * laudat exercitus.

Te per orbcm terrarum * sancta conlilctiir Ecclesia :

Patrcm * immensa; majestatis ;

Vencrandum tuum vc-

propres concitoyens? » C'est i pour cela que Matthieu ,

décrivant l'arrivée de l'Ange, «

nous dit : « Son regard était h

comme l'éclair, et ses vête- \

mcnts comme la neige. » \

L'éclair, en effet, inspire la t

terreur ; mais la blancneur do j

la neige suggère de douces \

pensées. ;

AMBROSIIÎN. j

,"\ Dieu ! nous vous louons: |

-J ù Seigneur ! nous vous !

glorifions. '

Père éternel, la terre

entière vous révère; .

Tous les Anges, les Cieux

et toutes les Puissances, |

Les Chérubin? et les Se- {

raphins redisent éternelle- .;

ment : |

Saint, Saint, Saint, le Sei- {

gncur Dieu des armées 1 !

Les cieux et la terre sont |

remplis de la majesté de vo- ; ire gloire.

Le chœur glorieux des Apôtres,

La troupe vénérable des Prophètes,

La blanche armée des Martyrs, chantent vos lou- / ■:

anges. [

Par toute la terre, la sainte j

Eglise vous célèbre : ;'

Père d'une infinie majesté; '

Et votre véritable et uni-

A r Office des Mati-ies.

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que Fils, digne de tous les nommages ;

Et l'Esprit-Saint consolateur.

Vous êtes le Roi de gloire, ô Christ 1

Vous êtes le Fils éternel du Père.

Prenant la nature de l'homme, pour le délivrer, vous n'avez pas dédaigné le sein d'une Vierge.

Brisant l'aiguillon de la mort, vous avez ouvert aux croyants le royaume des cieu\.

Vous êtes assis à la droite de Dieu, dans la gloire du Père.

Vous reviendrez comme nous le croyons, ignez donc secourir vos serviteurs que vous avez rachetés de votre précieux

Faites qu'ils soient comptés parmi vos saints, dans la gloire éternelle.

Sauvez votre peuple, Seigneur ! bénissez votre héritage.

Régissez-les, protégez-les jusque dans l'éternité.

Chaque jour nous vous bénissons.

Et nous louons votre Nom, jusque dans les siècles des siècles.

Daignez, Seigneur, en ce jour, nous conserver sans péché.

Ayez pitié de nous, Sei-

juge ; nous le cr( Daignez donc

rum, * et unicura Filium ;

Sanctum quoque * Paraclitum Spiritum.

Tu Rex gloriae , ' Christe.

Tu Patris * semplternus es Filius.

Tu ad liberandum suscepturus hominem, * non horruisti Virginis uterum.

Tu devicto mortis aculeo : * aperuisti credentibus régna cœlorum.

Tu ad dexteram Dei sedes : * in gloria Patris.

Judex crederis * esse venturus.

Te ergo quaesumus, tuis famulis subveni, * quos pretioso sanguine redemisti.

Jïterna fac cum sanctis tuis * in gloria numcrari.

Salvum fac populum tuum, Domine : * et benedic haereditati tuïe.

Et rege eos, * et extoUe illos usque in œternum.

Per singulos dies * benedicimus te.

Et laudamus Nomen tuum in sœculum, * et in s.-eculum s.-eculi.

Dignare, Domine, die isto, * sine peccato nos custodire.

Miserere nostri, Do-

184 Le Saint Jour de Pâques.

mine : * iriscrerc nostri.

Fiat misericordia tua.

Domine, super nos, * qucmadmodum spcravimiis in te.

In te, Domine, speravi : * non confundar in œternura.

gneur, ayez pitié de nous !

Que votre miséricorde soit

sur nous, Seigneur, comme

nous avons espéré en vous.

En

Seigneur, j'ai

espéré; je ne serai pas confondu éternellement.

Dans la plupart des Eglises de l'Occident, au moyen âge, après la lecture de la troisième Leçon, avant d'entonner l'Hymne Ambrosien, le clergé se rendait en procession solennelle à la chapelle où l'on conservait la sainte Eucharistie depuis le Jeudi saint, et qui était appelée la Chapelle du Sépulcre. Dans le cortège, qui s'avançait en chantant un Répons, on remarquait trois clercs vêtus d'aubes qui représentaient Madeleine et les deux autres saintes femmes. Lorsque le cortège était entré dans la chapelle, deux diacres vêtus de dalmatiques blanches, et qui se tenaient à la tête et au pied du tombeau, apercevant les trois clercs en aubes, leur disaient :

OUEM quaeritis in se- /^Ul cherchez-vous dans pulcro, o christi- ^~< le sépulcre, amis du colae ? Christ ?

Les clercs répondaient au nom des saintes femmes :

Jesum Nazarenum, o 1 .lésus de Nazareth, habicœlicolcE 1 I tants des cieu.\ 1

Alors les diacres ;

Non est hic ; surrexit sicut praedixerat : ite, nuntiate quia surrexit.

Il n'est plus ici ; il est ressuscité, comme il l'avait prédit ; allez annoncer qu'il est vivant.

A VOffice des Matim

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Les trois clercs montaient alors à l'autel, et soulevant les nappes, ils baisaient respectueusement la pierre; puis se tournant vers l'Evêque entouré de son clergé, ils chantaient :

Alléluia ! Aujourd'hui, le

Seigneur est ressuscité; le

Lion fort est ressuscité, le Christ, le Fils de Dieu.

Alléluia ! Resurrexit Dominus hodie : resurrexit Léo fortis, Christus Filius Dei.

Alors deux chantres se détachaient ; et s'approchant de l'autel, sur les degrés duquel se tenaient les trois clercs, ils "leur adressaient cette strophe de la Séquence de la Messe de Pâques :

Qu'avez-vous vu en allant au tombeau ? Marie, ditesle-nous.

Die nobis, Maria, Quid vidisti in via ?

Le premier des clercs, représentant Madeleine, répondait :

Sepulcrum Christi viventis, Et gloriam vidi resurgentis.

J'ai vu le tombeau du Christ qui était vivant ; j'ai vu la gloire du Christ ressuscité.

Le second clerc, représentant Marie, mère de Jacques, ajoutait :

Les Anges étaient témoins, avec le suaire et les linceuls.

Angelicos testes, Sudarium et vestes.

Le troisième c'erc, figurant Salomé, achevait en disant :

Il est ressuscité, le Christ Surrexit Christus spes mon espérance ; il vous pré- mea :

cédera en Galilée. Prsecedct vos in Gali-

laeam.

Le Saint Jour de Pâques.

Les deux chantres reprenaient par cette protestation de foi :

Croyons plutôt à Marie seule et véridique, qu'à la tourbe perverse des Juifs.

Crcdcnduin est inai

soli

Marirc veraci, Quain Judrcorum Prava; cohorti.

Alors le cierge tout entier, s'unissanî dans une acclamation commune, chantait :

Scimus Christum surrc- Nous aussi, nous savons

xissc que le Christ est vraiment

A morttiis verc : ressuscité des morts; mais

'lu nobis, Victor Rex, vous, ô Roi vainqueur, ayez

miserere. pitié de nous.

Après ce dialogue si dramatique, les deux diacres, ouvrant "^le tabernacle secret où l'on gardait la divine eucharistie, prenaient le vase qui la renfermait, le plaçaient sur un brancard; et la procession triomphale se dirigeait, au milieu d'un nuage d'encens, vers l'autel majeur. Pendant la marche, on chantait avec enthousiasme ce beau Répons, dont le chant est aussi mélodieux que les paroles en sont belles. Le corps du Répons est emprunté à saint Paul, et le Verset se trouve tout entier dans la Liturgie de l'Eglise grecque.

iV Christus rcsurj;;ens ex inortuis, jam non moriuii ; mors illi ultra non dominabitur; quod enim mortuus est peccalo mortuus est semcl : * Quod aulcm vivit, vivit Deo, alléluia, alléluia.

I^. Le Christ ressuscité d'entre les morts ne meurt plus ; la mort n'aura plus sur lui d'empire; car ce qui est mort au péché ne meurt qu'une fois : * Ce qui vit, vit à Dieu, alléluia, alléluia.

A VOffice des Matines.

f. Que les Juifs nous disent donc comment les soldats, qui gardaient le sépulcre, ont perdu le Roi, en plaçant la pierre; pourquoi ils ne gardaient pas mieux celui qui est la Pierre de justice.

Qu'ils nous rendent le corps qui fut enseveli, ou qu'avec nous ils l'adorent ressuscité, en disant aussi :

' Ce qui vit, vit à Dieu, alléluia, alléluia.

>*■. Dicant nunc Judsci, quomodo milites cuslodientes sepulcrum pcrdiderunt Regem, ad lapidis positionem ; quare non servabant Petram justitias ? Aut sepultum reddant, aut resurgentem adorent nobiscum dicentes :

* Quod autem vivit, vivit Deo, alléluia, alléluia.

Le cortège sacré étant arrivé au sanctuaire, les*^ diacres déposaient la sainte Eucharistie sur l'autel; et l'Evêque, après l'avoir solennellement encensée, entonnait l'Hymne Ambrosien, en action de grâces de la résurrection du Rédempteur des hommes.

Ce drame touchant, qui a peut-être donné origine aux Mystères que l'on représenta longtemps dans nos Eglises, n'appartenait point aux traditions de la Liturgie romaine ; mais il rendait avec bonheur la foi vive et simple du moyen âge. Au xvi'' et au xvii<= siècles, on le vit successivement tomber en désuétude; l'antique simplicité allait s'effaçant; et les hommes devenaient avides d'émotions tout autres que celles que l'on avait puisées si longtemps dans les atFections tranquilles et pieuses dont les mystères de la foi sont la source. Quant aux formes de la scène admirable que nous venons de décrire, elles variaient plus ou moins, selon les lieux; nous nous sommes borné à en recueillir les traits principaux, tels qu'on les trouve dans

iSS Le Saint Jour de Pâques.

les anciens Ordinaires de nos cathédrales.

Les Eglises de la Bohème, de la Hongrie et de la l^ologne, ont retenu jusqu'à nos jours l'usage, emprunté aux Orientaux, de passer la nuit de Pâques en prières, et d'attendre ainsi le moment de la Résurrection. Au point du jour, on lève du tombeau le très saint Sacrement, un Salut solennel est chante, et le Christ vainqueur de la mort répand ses bénédictions sur son peuple.

Naguère encore, dans certaines villes d'Espagne, deux processions sortaient de l'église principale, avant le lever du soleil : l'une faisait cortège à la statue de la sainte Vierge portée sur un brancard et couverte d'un crêpe ; l'autre s'avançait majestueusement, avec le dais, sous lequel le célébrant tenait dans ses mains la divine hostie. Les deux processions parcouraient en silence les rues de la cité, jusqu'au moment où, le soleil venant à paraître, elles se rencontraient à un endroit déterminé. Aussitôt on enlevait le sombre voile qui couvrait l'image de la Mère de Dieu; et pour célébrer les joies ineffables de Marie dans la visite que daigna lui faire, à cette même heure, le même Jésus que l'on avait là présent réellement dans l'adorable mystère, mille voix entonnaient et poursuivaient avec transport l'Antienne Regina cœli, lœtare. Alors les deux processions s'unissaient en une seule, et la pompe sacrée rentrait triomphante dans l'ét^lise.

Une autre démonstration de la joie pascale était le baiser fraternel que les hdèles se donnaient dans l'église au moment où l'on annonçait l'heure de la Résurrection. Cet

A VOffice des Matines.

usage venu de l'Orient s'est conservé dans nos églises occidentales jusqu'au xvi° siècle. En certains lieux, c'était au commencement des Matines qu'avait lieu cette démonstration de joyeuse charité, que l'on accompagnait de ces paroles : Surrexit Christus ! 'e Christ est ressuscité ! En d'autres, l'accolade avait lieu à la suite de la scène religieuse que nous venons de décrire. Dans la Liturgie grecque, à l'Office du matin , les strophes suivantes donnent le signal aux tidèles :

LA Pàque joyeuse, la Pàque du Seigneur, la Pàque, la Pàque sacrée, a lui sur nous. Pâques ! donnonsnous avec joie le saint baiser. O Pàque, qui viens récompenser les saintes tristesses ! Aujourd'hui le Christ sort radieux du tombeau.

comme l'époux de la chambre nuptiale. Il a comblé les saintes femmes d'une douce allégresse, en leur disant :

« Allez porter la nouvelle aux Apôtres. >

C'est le jour de la Résurrection ; soyons radieux et faisons fête ; donnons-nous le baiser. Appelons frères ceux mêmes qui nous haïssent ; pardonnons tout à cause de la Résurrection ; crions tous : « Le Christ est ressuscité d'entre les morts :

par la mort il a brisé la mort; à ceux qui gisaient dans les tombeaux, il a rendu les droits à la vie. »

PASCHA jucundissimum. Pascha Domini. Pascha, Pascha sacratissimum, illuxit nobis. Pascha ! in gaudio nos invicemamplexemur.

O Pascha, tristitiœ pretium ! etenim ex sepulcro,tamquam ex thalamo, Christus hodie resplendens, mulieres lœta dulcedine replevit, dicens :

Prœdicate Apostolis.

Dies est Resurrectionis : splendescamus , diem festum agentes, et amplexemur nos invicem, fratres nuncupemus etiam odientes nos ; omnia dimittamus propter Resurrectionem. et ita clamemus : Surrexit Christus a mortuis. mortem morte ccnterens, et jacentibus in monumentis vitara suppeditans.

jqo Le Saint Jour de Pâques.

Sublime et nouvelle fraternité que nous avons avec Jésus-Christ, premier-né entre les morts, comme parle l'Apôtre! En lui, prenant notre nature dans son incarnation, nous étions frères; en lui, nous frayant à travers le tombeau le chemin de l'immortalité, nous le devenons une seconde fois. Il est notre aine dans la vie nouvelle qui ne connaîtra plus la mort; en célébrant sa victoire, unissons-nous dans la charité mutuelle ; c'est son vœu, c'est la Pâque, c'est le jour du banquet fraternel.

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