‹ L'Année liturgique (volume 3)Chapitre 8 sur 123 · MYSTIQUE DU TEMPS PASCAL · texte numérisé non relu

MYSTIQUE DU TEMPS PASCAL

E toutes les saisons de l'Année liturgique, le Temps pascal est, sans contredit, le plus fécond en mystères; on peut même dire que ce temps est le point culminant de toute la Mystique de la liturgie dans la période annuelle. Quiconque a le bonheur d'entrer avec plénitude d'esprit et de cœur dans l'amour et l'intelligence du mystère pascal, est parvenu au centre même de la vie surnaturelle ; et c'est pour cette raison que notre Mère la sainte Eglise, s'accommodant à notre faiblesse, nous propose à nouveau chaque année cette initiation. Tout ce qui a précédé n'en était que la préparation : la pieuse attente de l'Avent, les doux épanchements du Temps de Noël, les graves et sévères pensées de la Septuagésime, la componction et la pénitence du Carême, le spectacle déchirant de la Passion, toute cette série de sentiments et de

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merveilles n'était que pour aboutir au terme sublime auquel nous sommes arrives. Et atin de nous faire comprendre qu'il s'agit dans la solennité pascale du plus grand intérêt de l'homme ici-bas, Dieu a voulu que ces deux grands mystères qui n'ont qu'un même but, la Pâquc et la Pentecôte, s'offrissent à l'Eglise naissante avec un passe qui comptait' déjà quinze siècles : période immense qui n'a pas semblé trop longue à la divine Sagesse pour préparer, au moyen des tigures, les grandes réalités dont nous sommes aujourd'hui en possession.

En ces jours s'unissent les deux grandes manifestations de la bonté de Dieu envers les hommes : la Pâque d'Israël et la Pâque chrétienne ; la Pentecôte du Sinaï et la Pentecôte de l'Eglise ; les symboles accordés à un seul peuple, et les vérités livrées sans ombre à la plénitude des nations. Nous aurons à montrer en détail l'accomplissement des figures anciennes dans les réalités de la Pâque et de la Pentecôte nouvelles, le crépuscule de la loi mosaïque faisant place au jour parfait de l'Evangile; mais ne sommes-nous pas d'avance saisis d'un saint respect, en songeant que les solennités que nous célébrons^en ces jours comptent déjà plus de trois mille ans d'existence, ctqu'elles \ doivent se renouveler chaque année, jusqu'à ce que retentisse la voix de l'Ange qui criera : « Il n'y a plus de temps » [Apoc. x, 6), et que s'ouvrent les portes de réternité ?

L'éternité bienheureuse est la véritable Pâque ; et c'est pour cette raison que la Pâque d'ici-bas est la Fête des fêtes, Ita

Mystique du Temps Pascal.

Solennité des solennités. Le genre humain était mort, il était accablé sous la sentence qui le retenait dans la poussière du tombeau; les portes de la vie lui étaient fermées. Or voici que le Fils de Dieu sort du sépulcre et entre en possession de la vie éternelle ; et ce n'est pas lui seulement qui ne mourra plus ; son Apôtre nous apprend qti'il « est le premier-né entre les morts » {Col. i, i8). La sainte Eglise veut donc que nous nous regardions comme déjà ressuscites avec lui, comme déjà en possession de la vie éternelle. Ces cinquante jours du Temps pascal, nous disent les Pères, sont l'image de la bienheureuse éternité. Ils sont consacrés tout entiers à la joie; toute tristesse en est bannie; et l'Eglise ne sait plus dire une parole à son Epoux divin sans y mêler V Alléluia, ce cri du ciel dont retentissent sans fin les rues et les places de la Jérusalem céleste, ainsi que nous le dit la sainte Liturgie i. Durant neuf semaines nous avons été sevrés de ce chant d'admiration et d'allégresse ; il nous fallait mourir avec le Christ notre victime ; mais maintenant que nous sommes sortis du tombeau avec lui, et qu-e nous ne voulons plus mourir de cette mort qui tue l'âme et qui fit expirer sur la croix notre Rédempteur, V Alléluia esta nous.

La sage prévoyance de Dieu, qui a disposé dans une pleine harmonie l'œuvre visible de ce monde et l'œuvre surnaturelle de la grâce, a voulu placer la résurrection de notre divin

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