‹ L'Année liturgique (volume 3)Chapitre 9 sur 123 · Pontificale Rom. In dedicat. Ecdcs · texte numérisé non relu

Pontificale Rom. In dedicat. Ecdcs

Le Temps Pascal.

Chef en ces jours où la nature elle-même semble aussi sortir du tombeau. Les champs étalent leur verdure, les arbres des forets ont retrouvé leur feuillage, le chant des oiseaux réjouit les airs, et le soleil, type radieux de Jésus triomphant, verse des flots de lumière sur la terre régénérée. Au temps de Noël, cet astre, se dégageant avec peine des ombres qui semblaient menacer de réteindre pour toujours, se montrait en harmonie avec l'humble naissance de notre Emmanuel, au sein d'une nuit profonde, sous les langes de l'humilité ; aujourd'hui, pour parler avec le Psalmiste, « c'est un géant qui s'élance dans la carrière; et il n'est pas un être qui ne se sente ranimé par sa vivifiante chaleur. » {Ps. xviii, 6, 7.) Entendez sa voix dans le divin cantique, où il convie l'âme tidèle à s'unir à cette vie nouvelle qu'il communique à tout ce qui respire : « Lève-toi, ma colombe, lui dit-il, et viens. L'hiver a achevé son cours, les pluies ont cesse ; les Heurs se sont écloses sur la terre qui est à nous ; on entend la voix de la tourterelle, le figuier pousse ses fruits, et la vigne en fleur envoie ses suaves parfums. » {Cant. II, io-i3,)

Nous avons dit au chapitre précédent pourquoi le Fils de Dieu avait choisi le dimanche de préférence à tout autre jour, pour triompher de la mort et proclamer la vie. Il ne pouvait montrer plus énergiquement que toute la création se renouvelle dans la Pâque, qu'en ouvrant l'immortalité à l'homme, en sa personne, au jour même où, quarante siècles auparavant, il avait tiré

Mystique du Temps Pascal.

la lumière du néant. Non seulement l'anniversaire de sa résurrection glorieuse devient désormais le plus grand des jours; mais, chaque semaine, le dimanche sera aussi une Pâque, un jour sacré. Israël, par l'ordre de Dieu, fêtait le Sabbat, pour honorer le repos du Seigneur après les six jours de son œuvre; la sainte Eglise, qui est l'Epouse, s'associe à l'œuvre même de l'Epoux. Elle laisse s'écouler le samedi, ce jour que son Epoux passa dans le lugubre repos du sépulcre ; mais, illuminée des splendeurs de la Résurrection, elle consacre désormais à la contemplation de l'œuvre divine le premier jour de la semaine, qui vit tour à tour sortir des ombres et la lumière matérielle, première manifestation de la vie sur le chaos, et celui-là même qui , étant la splendeur éternelle du Père, a daigné nous dire: « Je suis la lumière du monde. » (Johan. vîii, 12.)

Que la semaine donc s'écoule tout entière avec son Sabbat ; il nous faut, à nous chrétiens, le huitième jour, celui qui dépasse la mesure du temps ; il nous faut le jour de l'éternité, le jour où la lumière ne sera plus intermittente, ni donnée avec mesure, mais où elle s'étendra sans fin et sans limites. Ainsi parlent les saints docteurs de notre foi, quand ils nous révèlent les grandeurs du dimanche, et la sublime raison de l'abrogation du Sabbat. Sans doute il était beau à l'homme de prendre pour le jour de son repos religieux et hebdomadaire celui-là môme où l'auteur de ce monde visible s'était reposé ; mais il n'y avait là cependant que le souvenir de

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la création matérielle. Le Verbe divin reparaît dans ce monde qu'il avait créé au commencement ; cette fois il cache les rayons de sa divinité sous l'humble voile de notre chair ; il est venu accomplir les figures. Avant d'abroger le Sabbat, il veut le réaliser en sa personne, comme tout le reste de la Loi, en le passant tout entier comme un jour de repos, après les labeurs de sa Passion, sous l'arcade funèbre du tombeau ; mais à peine le huitième jour a-t-il commencé son cours, que le divin captif s'élance à la vie et inaugure le résine de la gloire. « Laissons donc, dit à ce su)et le pieux et profond abbé Rupert, laissons le Juif, esclave de Tamour des biens de ce monde, se livrer à la joie surannée de son Sabbat, qui ne retrace que le souvenir d'une création matérielle. Absorbé dans les choses terrestres, il n'a pas su reconnaître le Seigneur qui a créé le monde ; il n'a pas voulu voir en lui le Roi des Juifs, parce qu'il disait: Heureux les pauvres ! Notre Sabbat à nous est le huitième jour, qui est en même temps le premier ; et la joie que nous y goûtons ne vient pas de ce que le monde a été créé, mais bien de ce que le monde a été sauvé '. »

Le mystère du septénaire suivi d'un huitième jour, qui est le jour sacré, reçoit une application nouvelle et plus large encore dans la disposition même du Temps pascal. Ce temps se compose de sept semaines formant une semaine de semaines, dont le lenr

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