‹ L'Année liturgique (volume 3)Chapitre 83 sur 123 · GR.^DUEL · texte numérisé non relu

GR.^DUEL

HjGC dics quam fecit Dominus : e.xsultcinus et lœtemiir in en.

y. Confitemini Domino, quoniam bonus : quoniam in sccculum misericordia ejus.

r ''est le jour que le Sei- \v gneur a fait : passons-le dans les transports de l'allégresse.

f . Louez le Seigneur , parce qu'il est bon ; parce qLie sa miséricorde est à jamais.

Le Verset alléluiatique nous donne un des motifs de la joie qui doit nous faire tressaillir aujourd'hui. Un festin est dressé pour nous ; l'Agneau est prêt ; cet Agneau est Jésus immolé, et désormais vivant : immolé, afin que nous soyons rachetés dans son sang; vivant, pour nous communiquer l'immortalité qu'il a conquise.

A LLEUHA, nlieluia.

Pâque, a été immolé.

ALLF.r.ni,\. alléluia.

^. Pascha nostriim

immolatus est Christus.

Pour accroître la joie des fidèles, la sainte Eglise ajoute à ses chants ordinaires une œuvre lyrique dans laquelle respire le plus vif enthousiasme envers le Rédempteur sortant du tombeau. Cette composition a reçu le nom de Séquence, parce qu'elle est comme

La Messe.

une suite et un prolongement du chant de VA llehiia.

\ LA Victime pascale, ve- ^ nez, chrétiens, immoler vos louanges.

SEQUENCE

\ - ICTIM.E paschali lau- ' des.

Immolent christiani.

L'Agneau a racheté les brebis ; le Christ innocent a réconcilié les pécheurs à son Père.

Duel sublime! la mort et la vie sont entrées en champ clos : l'auteur de la vie, terrassé par la mort, est vivant aujourd'hui et il règne.

Qu'avez-vous vu en allant au tombeau ? Marie, dites-le-

J'ai vu le tombeau du Christ qui était vivoPt ; j'ai vu la gloire du Christ ressuscité.

Les Anges étaient témoins, avec le suaire et les linceuls.

Il est ressuscité, le Christ, mon espérance ; il vous précédera en Galilée.

Nous aussi, nous savons que le Christ est vraiment ressuscité des morts ; mais vous, ô Roi vainqueur, prenez pitié de nous. Amen.

Alléluia.

Agnus redemit oves :

Christus innocens Patri Reconciliavit peccatores.

Mors et vita duell Confli.xere mirando; Dux vitae mortuus Régnât vivus.

Die nobis. Maria, Quid vidisti in via ?

Sepulcrum Christi viventis : Et gloriam vidi resurgentis.

Angelicos testes, Sudarium et vestes.

Surrexit Christus spes mea :

Prœcedet vos in Galilœ-

Scimus Christum sur-

rexisse A morluis vere :

Tu nobis, victor Rex, miserere. Amen.

Alléluia.

2 2 0 Le Saint Jour de Pâques.

La sainte Eglise emprunte aujourd'hui à saint Marc, de" prcfcrencc à tout autre Evangcliste, le récit de la Résurrection. Saint Marc fut disciple de saint Pierre ; il écrivit son Evangile à Rome, sous les yeux du Prince des Apôtres. Il est convenable que, dans une telle solennité, on entende, en quelque sorte, la voix de celui que le divin ressuscité a proclamé la Pierre fondamentale de son Eglise, et le Pasteur suprême des brebis et dès agneaux.

EVANGILE

Sequcntia sancti Evangelii sccundum Marcum. Cap. xvi.

IN illo tempore : Maria Magdalcne, et Maria Jacobi, et Salome, emerunt aromata, ut venientes unçerent Jesum. lit valde mane una sabbatorum, vcniunt ad monumentum, orto jam sole.

Kt dicebant ad invicem :

Quis revolvet nobis lapidem ab ostio monumenti ? Et respicicntcs viderunt revolutum lapidem. Erat quippe magnus valde. Et introeiintcs in monumentum, viderunt juvenem sedentem in dextris, coopertum stola candida, et obstupuerunt. Qui dixit illis : Nolite expavesccrc : Jesum quceritis Nazarenum, crucifixum ; curre^at, non est hic ;

La suite du saint Evangile selon saint Marc. Chap.

EN ce temps-là. Marie-Madeleine, et Marie mère de .Jacques, et Salome, achetèrent des parfums pour venir embaumer Jésus. Et de grand matin, le jour d'après le sabbat, elles arrivèrent au sépulcre, le soleil étant déjà levé. Et elles disaient entre elles : Qui nous ôtera la pierre de devant le sépulcre ? Et ayant regardé, elles virent que la pierre avait été roulée. Or cette pierre était très grande. Et étant entrées dans le sépulcre, elles virent un jeune homme assis à droite, et couvert d'une robe blanche ; et elles furent saisies de frayeur. Il leur dit : Ne crai-

fnez point ; vous cherchez ésus de Nazareth qui a été crucifié : il est ressLiscité : il

Lu Messe.

n'est point ici ; voici le lieu où ils l'avaient mis. Mais allez, dites à ses disciples et à Pierre qu'il va vous précéder en Galilée : là, vous le verrez, comme il vous l'avait dit.

ecce locus ubi posuerunt eum. Sed ite, dicite discipulis ejus, et Petro, quia prœcedit vos in Galilœam : ibi eum videbitis, sicut dixit vobis.

(( Il est ressuscité ; il n'est plus ici : » un mort que des mains pieuses avaient étendu là, sur cette table de pierre, dans cette grotte; il s'est levé, et tout à coup, sans même déranger la pierre qui fermait l'entrée, il s'est élancé dans une vie qui ne doit plus finir. Personne ne lui a porté secours ; nul prophète, nul envoyé de Dieu ne s'est penché sur le cadavre pour le rappeler à la vie. C'est lui-même qui, par sa propre vertu, s'est ressuscité. Pour lui la mort n'a pas été une nécessité ; il l'a subie, parce qu'il l'a voulu ; il l'a brisée, quand il l'a voulu. O Jésus qui vous joue? de la mort, vous êtes le Seigneur notre Dieu ! Nous fléchissons le genou devant ce sépulcre vide, que votre séjour de quelques heures a rendu sacré pour jamais. « Voici le lieu où ils vous avaient mis.- » Voici les linceuls, les bandelettes, qui n'ont pu vous retenir, et qui attestent votre passage volontaire sous le joug de la mort.

L'Ange dit encore aux femmes : « Vous cherchez Jésus de Nazareth qui a été crucifié. » Souvenir plein de larmes ! Avant-hier, on apporta ici sa dépouille, meurtrie, déchirée, sanglante. Cette grotte dont la pierre a été arrachée violemment par la main de l'Ange, et que cet Esprit céleste illumine

Le Saint Jour de Pâques.

d'une éblouissante clarté, couvrit de son ombre sépulcrale la plus éplorée des mères; elle retentissait des sanglots de Jean et des deux disciples, des kunentations de Madeleine et de ses compagnes. Le soleil disparaissait à l'horizon, et le premier jour de la sépulture de Jésus allait commencer. Mais le Prophète avait prédit : « Au soir régneront les pleurs; mais au matin éclatera ^allégresse. » {Ps. XXIX, 6.) Nous sommes à cet heureux matin ; et notre joie est grande, ô Rédempteur, de voir que ce mêm'e tombeau où nous vous accompagnâmes avec une douleur sincère n'est plus que le trophée de votre victoire. Elles sont donc guéries, ces plaies sacrées, que nous baisions avec aniour, en nous reprochant de les avoir causées. Vous vivez plus glorieux que jamais, immortel ; et parce que nous avons voulu mourir à nos péchés, pendant que vous mouriez pour les expier, vous voulez que nous vivions avec vous éternellement, que votre victoire soit la nôtre, que la mort, pour nous comme pour vous, ne soit qu'un passage, et qu'elle nous rende un jour intact et radieux ce corps que la tomoc ne recevra plus désormais que comme un dépôt. Gloire soit donc à vous, honneur et amour, ô Fils éternel de Dieu, c]ui avez daigné non seulement mourir, mais encore ressusciter pour nous !

L'Offertoire reproduit les paroles dans lesquelles David annonce le tremblement de terre qui signala l'instant de la résurrection de l'Homme-Dieu. Ce globe a été témoin des plus sublimes manifestations de la puissance et de la bonté de Dieu ; et le souverain

La Messe.

maître a voulu plus d'une fois qu'il s'associât, par des mouvements en dehors des lois communes, aux scènes divines dont il était le théâtre.

OFFERTOIRE

TERRA tremuit et quievit, dum resurgeret in jadicio Deus. Alle-

T A terre a tremblé, et elle

l^ est demeurée dans le silence, au moment où Dieu se levait pour exercer son jugement. Alléluia.

Le peuple saint tout entier va s'asseoir au banquet pascal ; l'Agneau di\ in convie tous les fidèles à se nour'rir de sa chair ; l'autel est tout chargé des hosties qu'ils ont présentées ; la sainte Eglise, dans la Secrète, implore pour ces heureux convives les grâces qui leur assureront l'immortalité bienheureuse dont ils vont recevoir le ^age.

RECEVEZ, s'il vous plaît, Seigneur, les prières de votre peuple, avec ces hosties que nous vous offrons ; afin que notre oblation étant consacrée par le mystère de la Pâque, nous serve par votre action divine comme d'un remède qui nous dispose à l'éternité. Par Jésus-Christ notre Seignc.r. Amen.

A la Messe papale, au moyen âge, pendant que le Pontife récitait cette oraison secrète, les deux plus jeunes Cardinaux-diacres se détachaient de leurs collègues, et, couverts de leurs dalmatiques blanches, venaient se

SUSCIPE, quœsumus Domine, preccs populi tui cum oblationibus hostiarum : ut paschalibus initiata mysteriis, ad cEternitatis nobis medelam, te opérante, proficiant. Per Dominum Dostrum Jesum Christum. Amen.

2 24 Le Saint Jour de Pâques.

placer chacun à l'une des extrémités de l'autel, la face tournée vers le peuple. Ils représentaient les deux Anges qui gardaient le tombeau du Sauveur, et qui apparurent aux saintes femmes et leur annoncèrent la résurrection de leur maître. Ces deux diacres demeuraient à cette place en silence, jusqu'au moment où le Pontife quittait Tautcl à VA^nus Dci, pour remonter à son trône, sur lequel il devait accomplir la sainte communion.

On observait encore un autre usage non moins touchant, à Saintc-Maric-Majeure.

Lorsque le Pape, après la fraction de l'hostie, adressait à l'assistance le souhait de la paix par les paroles accoutumées : Fax Domini sit semper vobiscum, le chœur ne répondait pas, coiume aux jours ordinaires : Et cum spiritu tuo. La tradition racontait que, dans cette même solennité et dans cette même Basilique, saint Grégoire le Grand célébrant un jour le divin Sacrifice, et ayant prononcé ces mêmes paroles qui font descendre l'Esprit de paix sur l'assemblée sainte, un choeur d'Anges lui répondit avec une si suave mélodie, que les voix de la terre se turent, n'osant s'unir au concert céleste. L'année suivante, on attendit, sans oser répondre au Pontife,

aue les voix angéliques se fissent entendre e nouveau ; cette attente dura plusieurs siècles ; mais le prodige que Dieu avait fait une fois pour son serviteur Grégoire ne se renouvela pas.

Enfin le moment où la foule des fidèles va participer au divin banquet est arrivé. L'antique Eglise des Gaules faisait retentir alors

La Messe.

un appel sublime, qu'elle adressait à toute cette multittide désireuse du pain de vie. Cette Antienne 1^'riqtie se conserva dans nos cathédrales, après même l'introduction de la Liturgie romaine par Pc]^!n et Charlemagne; et elle n'a succombé totalement que par suite des innovations du siècle dernier. Le chant qui l'accompagnait respire la majesté des Mystères ; nous" plaçons ici les paroles, comme pouvant aider les fidèles à s'approcher avec plus de respect de cette table sacrée où le divin Agneau pascal est au moment de se donner à eux.

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