APPEL DU PEUPLE A LA COMMUNION
\T ENITE, populi, ad sacrum et immortale libamen
PEUPLES, venez ; approchez-vous de l'immortel
mystère : venez goûter la libation sacrée.
Avançons avec crainte, avec foi, les mains pures ; venons nous unir à celui qui est le prix de notre pénitence :
l'Agneau offert en sacrifice à Dieu son Père.
Adorons-le, glorifions-le ; et avec les Anges, chantons Alieluia.
mysterium, et agendum.
Cum timoré et fide accedamus manibus mundis, pœnitentias munus communicemus, quoniam propter nos Agnus Dei Patris sacrificium propositum est.
Ipsum solum adoremus, ipsum glorificemus : cum Angelis clamantes Alieluia.
Pendant que les ministres du festin pascal distribuent la nourriture sacrée , l'Eglise célèbre, dans l'Antienne de la communion, le véritable Agneau pascal, dont l'immolation mystique a eu lieu sur l'autel, et qui demande à ceux qui se nourrissent de lui la pureté du cœur, figurée sous l'apparence de l'azyme qui le déro'be à nos regards.
2 26 Le Saint Jour de Pâques.
COMMUNION
pASCHA nostrum im- ! molatus est Christus, alléluia : itaque epiiletnur in azymis sinccritatis et veritalis. Alléluia, allcluia, alléluia.
IE Christ, notre Pâque, a V été immolé, alléluia :
faisons donc festin avec les azymes de la sincérité et de la vérité. Alléluia, alléluia, alléluia.
La dernière prière de l'Eglise en faveur de son peuple qui vient de se nourrir de Dieu, implore pour tous les convives du festin sacre l'esprit de charité fraternelle, qui est l'esprit de la Pâque. En prenant notre nature par l'incarnation, le Fils de Dieu nous a rendus ses frères ; en versant son sang pour nous tous sur la croix, il nous a unis tous ensemble par le lien de la Rédemption; en ressuscitant aujourd'hui, il nous unit encore dans l'immortalité.
POSTCOMMUNION.
RÉPANDEZ en nous. Seigneur, l'esprit de votre chanté ; et par votre bonté, unissez dans une douce concorde ceux que vous venez de nourrir du mystère pascal.
Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
SPIRITUM nobis. Domine, tuae charitatis infunde : ut quos sacramentis paschalibus satiasti, tua facias pietatc concordes. Per Dominum nostrum Jcsum Christum. Amen.
Après la bénédiction du Pontife, la foule s'écoule bénissant Dieu, dans l'attente de la solennité des Vêpres qui, par sa fiompe inaccoutumée, va mettre le comble à toutes les magnificences de cette solennelle journée.
A Rome, le Pape descend les degrés de son trône; le front ceint de la triple couronne,
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il s'assied sur la sedia gestatoria, et, majestueusement porté sur les épaules des serviteurs du palais, il s'avance vers la grande nef. A un endroit marqué, il descend et s'agenouille humblement. Alors, du haut des tribunes de la coupole, des prêtres revêtus de rétole montrent au Pontife et au peuple le bois sacré de la Croix, et le voile appelé la Véronique , sur lequel sont empreints les traits détigurés du Sauveur marchant au Calvaire. Ce souvenir des douleurs et des humiliations de l'Homme-Dieu, évoqué au moment même où son triomphe sur la mort vient d'être proclamé avec tant d'éclat , relève encore la gloire et la puissance dit divin ressuscité, et rappelle à tous avec quel amour et quelle lidélité il a daigné remplir la mission qu'il avait acceptée pour notre salut. Ne dit-il pas lui-même, aujourd'hui, aux disciples d'Emmaùs : « Il fallait que le Christ souffrît, et qu'il entrât dans sa gloire par le chemin de la souffrance ? » (Luc. xxiv, 46.) La Chrétienté, en la personne de son auguste chef, rend hommage en ce moment à ces souffrances et à cette gloire. Après une humble adoration, le Pontife reçoit de nouveau la triple couronne, remonte sur la sedia. et est porté vers la galerie du haut de laquelle il va répandre sur le peuple immense qui couvre la place de Saint-Pierre la bénédiction apostolique, avec le rite imposant que nous avons décrit au Jeudi saint.
Au temps où le Pontife romain avait sa résidence au palais de Latran, et célébrait la Fonction pascale à Sainte-Marie-Majeure, il se rendait à la Basilique monté sur une
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haqucnce caparaçonnée de blanc, couvert du pluvial et la tiare en tcte. Au retour de la Messe, il se rendait dans la salle des festins, appelée le Triclinium leoniamnn, vaste pièce construite et décorée par saint Léon III , et dont les mosaïques retraçaient les imai^es du Christ et de saint Pierre, de Constantin et de Charlemagne. Là une table était dressée, à laquelle étaient conviés, pour s'asseoir près du Pontife, cinq Cardinaux, cinq Diacres et le Primicier de la Basilique de Latran. Non loin de la table particulière du Pape, il y avait une douzième escabelle qui devait être occupée par le prieur appelé Rasilicaire. Les serviteurs apportaient alors l'Agneau pascal étendu sur un plat somptueux. Le Pape bénissait ce mets, dont la présence annonçait que la loi sévère de l'abstinence avait cessé. C'était le Pontife luimême qui servait et envoyait à ses convives les portions de l'animal rôti; mais il en détachait d'abord un morceau qu'il mettait dans la bouche du prieur Basilicaire, dont la place à part n'était pas la plus honorable, en lui disant avec une allusion qui eût semblé dure, si elle n'eût été promptement corrigée : « Ce. que vous avez à faire, faites le vite; toutefois cette parole qui fut dite pour la condamnation, c'est pour la rémission que je vous l'adresse. » Une gaieté grave et douce présidait à ce repas solennel "qui commençait sans lecture; mais vers le milieu du festin, l'archidiacre ayant fait un signe, un diacre s'avançait, et lisait pendant quelque temps. On introduisait ensuite les chantres de la cour, et ils exécutaient, avec
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toutes les traditions de la musique romaine, quelqu'une des belles Séquences dont on se délectait alors; le Pape désignait lui-même celle qu'il voulait entendre. Le concert terminé, les musiciens baisaient les pieds du Pontife, qui daignait verser à chacun une rasade du vin de sa table; et tous recevaient en gratification un besant par les mains du sacêllaire.
Telles étaient les mœurs naïves du moyen âge ; mais l'usage de faire bénir et de manger la chair d'un agneau, le jour de Pâques, s'est conservé jusqu'à nos jours dans les contrées où la loi de l'abstinence a survécu au relâchement que nous voyons s'étendre d'année en année d'une manière si déplorable. On aurait mauvaise grâce , en effet , de ramener en triomphe sur nos tables un mets qui en a été banni â peine durant quelques jours. Néanmoins nous donnerons ici, comme complément des rites de la Pàque chrétienne, la prière que l'Eglise emploie pour la bénédiction de l'Agneau pascal. Le pieux fidèle verra avec plaisir cette formule antique qui nous reporte â d'autres mœurs, et il demandera à Dieu le retour de cette simplicité et de cette foi pratique qui donnaient un sens si profond et une si solide grandeur aux moindres circonstances de la vie de nos aïeux.
BÉNÉDICTION DE l'aGXEAU PASCAL.
ODiEU, qui, au jour de la délivrance de votre peuple du joug: de l'Egyptien.
avez ordonné par votre serviteur Moïse que l'on immo-
DEUS, qui per famulum tuum Moysen in liberatione populi tui de jEgypto, agnum occidi jussisti in similitudi-
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lât un agneau en figure de notre Seigneur Jésus-Christ, et qui avez commandé que l'on marquât du sang de cet agneau les portes des maisons; daignez bénir et sanctifier cette créature de chair, dont nous, vos serviteurs, desirons faire usage à votre gloire, pour fêter la résurrection du même Jésus-Christ notre Seigneur, qui vit et règne avec vous dans les siècles des siècles. Amen.
nem Domini nostri Jesu Christi, et utrosque postes domorum de sanguine ejusdcm agni pcrungi prœcepisti : ila benediccre, et sanctiticare digneris hanc creaturam carnis, quam nos famuli tui ad laudem tuam sumere desideramus, per resurrectionem ejusdem Domini nostri Jesu Christi. Qui tecum vivit et régnât in saecula sceculorum.
Amen.
La chair des animaux n'est pas le seul mets qu'interdit aux chrétiens la loi quadragcsimale; cette loi prohibe également les œufs, en leur qualité de nourriture animale. Cette prescription est toujours en vigueur ; et il est nécessaire que, chaque année, une dispense plus ou moins étendue vienne légitimer l'usage d'un aliment qui, de tout temps, a été proscrit pendant la sainte Quarantaine. Les Eglises de l'Orient ont mieux conservé leur discipline, et ne connaissent pas ces dispenses. Dans leur joie simple de recouvrer un aliment dont la suspension leur avait été pénible, les fidèles ont demandé à l'Eglise de bénir les premiers œufs qui paraîtront sur la table pascale; et voici la
f)rière que l'Eglise emploie pour répondre à eur désir :