IMMOLATION
DIGNUM et justum est, nos tibi gratias agere, omnipotens scmpiterne Deus, per Jcsum Christum Filium tuum Dominum nostrum, Per quem humanum genus vivificans, Pascha etiam per Moyscn et Aaron famulos tuos Agni immolatione jussisli celcbrari : consequcntibus tcmporibus usque ad adventum Domini nostri Jesu Christi (qui sicut agnus ad victimam ductus est) eamdem consuetudinem in memoriam
I L est digne et jjste que 1 nous vous tendions grâces, ô Dieu tout-puissant et éternel, par Jésus-Christ vôtre Fils, notre Seigneur, de ce que, voulant rendre la vie au genre humain, vous ordonnâtes à vos serviteurs, par Moïse et Aaron, de célébrer la Pâque en immolant l'agneau. Vous étendîtes ce précepte à la suite des temps, jusqu'à l'avènement de notre Seigneur Jésus-Christ, qui a été conduit comme un agneau à l'autel. C'est lui qui est, en effet, l'Agneau sans tache qui fut immolé en
Le Lundi de Pâques. 2Sg
Egypte comme la première
observare praecepisti.
Pàque du premier peuple. Il
Ipse est Agnus immacu-
est ce bélier tiré du buisson.
latus. qui prioris populi
au sommet de la montagne.
prima Pascha in^gypto fuerat iramolatus. " Ipse
et destiné au sacrifice. 11 est
ce veau gras mis à mort sous
ist aries in vertice mon-
la tente de notre père Abra-
tis excelsi de vepre pro-
ham, pour être servi à ses
latus, sacrificio destina-
hôtes ; c'est lui dont nous
tus. Ipse est vitulus
célébrons la Passion et la
saginatus, qui in taber-
Résurrection, et dont nous
naculo patris nostri
attendons le dernier Avène-
Abrahœ propter hospites
ment.
est victimatus. Cujus Passionem et Resurrectionem celebramus, cujus et adventum speramus.
Enfin, nous terminerons par cette admirable Séquence d'Adam de Saint-Victor, si con-
nue et si aimée des tidèles de la France au
moyen âge ; elle respire toutes les grandeurs
et toute la joie de la Pâque.
SÉQUENCE
C ALUT, ô jour, la gloire des •^ jours ; jcur fortuné où
Q ALVE, dies dierum glo- C) r;a.
triomphe le Christ ; jour
Dies felix Christi Victo-
destiné à Tallégresse éter-
ria,
nelle ; salut, premier des
Dies digna jugi lîetitia,
jours !
Dies prima 1
La lumière divine vient
Lux divina caecis irra-
luire aux yeux des aveugles ;
diât.
le Christ enlevé les dépouil-
In qua Christus infernum
les de l'enfer , il abat la
spoliât,
mort, et réconcilie le ciel et
Mortem vincit et récon-
la terre.
ciliât
Summis ima.
La sentence du roi éter-
Sempiterni régis sen-
ael a soumis tous les êtres
tentia
2qo Le Lund
I de Pâques.
Sub pcccato conclusit
d'ici-bas à la loi du péché ;
omnia.
la grâce céleste peut seule
Ut infirmis supcrna i^ra-
subvenir à nos maux.
tia
Subveniret.
Dei Virtus et Sapicnlia
Mais loisque le monde tout entier allait rouler dans
Temperavit iram clc-
mentia,
l'abîme, celui q^ui est en Dieu Vertu et Sagesse est
Cum jam maiidiis in
pra3cipitia
venu par sa clémence adou-
Totus iret.
cir les décrets de la colère.
Insultabat nostras mi-
T. 'ancien ennemi , auteur
serias
du mal, insultait à notre mi-
Vêtus hostis, aiictnr ma-
sère ; car nos pèches étaient
litioc.
sans espoir de pardon.
Quia nulla spcs erat ve-
nire
De peccatis.
Despcrante mundo rc-
Le monde éploré déses-
medium,
pérait du remède, lorsque Dieu le Père, à l'heure où
Dum tcnerent ciincta si-
lentium,
le silence planait sur toute
Dcus Pater cmisit Fi-
la nature, daigna envoyer
lium
son Fils au secours des dés-
Desperatis.
espérés.
Prœdo vorax, mons-
Le monstre ravissant, le
trum tartareum,
serpent infernal aperçoit la
Carnem vidcns, ncc ca-
chair , et , ne soupçonnant
vens laqueum,
pas le piège, se jette avide-
In latentem ruons acu-
ment sur l'hameçon caché
leum
sous l'appât ; sa gueule en
Aduncatur.
est déchirée.
Dignitatis primai con-
Notre condition première
ditio
est rétablie dans le Fils de
Reformatur nobis in Fi-
Dieu, dont la Résurrection
lio,
renouvelle en ces jours notre
Cujus nova nos rcsarre-
consolation.
ctio
Consolatur.
Le Lundi de Pâques.
2qi
Il est sorti libre du tombeau , le restaurateur du genre humain , portant sur ses épaules sa brebis, et l'enlevant jusqu'au ciel.
La concorde est rétablie entre les Anges et les hommes ; les rangs décimés de la milice céleste vont être remplis ; louange au Seigneur qui triomphe, louange éternelle !
Eglise mère, unis ta voix au concert de la patrie céleste ; peuple fidèle, répète aujourd'hui Alléluia.
L'empire de la mort a succombé : partageons les joies du triomphe ; paix sur la terre, au ciel jubilation !
Amen.
Resurrexit liber ab inferis Restaurator humani ge-
neris, Ovem suam reportans hume ri s Ad superna.
Angelorum pax fit et hominum ; Plenitudo succrescit or-
dinum ; Triumphanîem laus decet Dominum, Laus aeterna.
Harmoniae cœlestis pntrije, Vox concordet matris
EcclesiîE ; Alléluia frequentet hodie
Plcbsfidelis.
Triumphato mortis
imperio, Triumphali fruamur gau-
dio :
In terra pax, et jubilatio
Sit in cœlis ! Amen.
H MARDI DE PAQUH
HJEC dies quam fecit Dominus : cxsultemus et Icetcmur in ea.
C'est le jour que le Seigneur a fait : passons-le dans les transports de l'allégresse.
'Agneau est notre Pâquc ; nous l'avons reconnu hier; mais le mystère de la Pâque est loin d'être épuisé. Voici d'autres merveilles qui réclament notre attention. Le livre sacré nous dit : « La Pàque, c'est le passage du Seigneur » {Exod. XII, 12); et le Seigneur, parlant lui-même, ajoute : « Je passerai cette nuit-là par la terre d'Egypte; je frapperai tous les premiers-nés dans l'Egypte, depuis l'homme jusqu'à la bête; et j'exercerai mon jugement sur tous les dieux de l'Egypte, moi le Seigneur. » La Pâque est donc un jour de justice, un jour terrible pour les ennemis du Seigneur ; mais il est en même temps et par là même le jour de la délivrance pour Israël. L'Agneau vient d'être
Le Mardi de Pâques. 2 g 3
immolé; mais son immolation est le prélude de l'aifranchissement du peuple saint.
Israël est soumis à la plus affreuse captivité sous Pharaon. Un odieux esclavage pèse sur lui ; ses enfants mâles sont dévoués à la mort; c'en est fait de la race d'Abraham, sur laquelle reposent les promesses du salut universel ; il est temps que le Seigneur intervienne ; il est temps qu'il se montre, le Lion de la tribu de Juda, à qui rien ne saurait résister.
Mais Israël représente ici un peuple plus nombreux que lui. C'est le genre humain tout entier qui gémit captif sous la tyrannie de Satan, le plus cruel des Pharaons. Sa servitude est montée au comble ; courbé sous les plus abominables superstitions, il prodigue à la matière ses ignobles adorations. Dieu est chassé de la terre, où tout est devenu dieu, excepté Dieu ; le goutfre béant de l'enfer engloutit les générations presque entières. Dieu aura-t-il donc travaillé contre lui-même, en créant le genre humain? Non; mais il est temps que le Seigneur passe, et qu"il fasse sentir la force de s"on bras.
Le vrai Israël , l'Homme véritable descendu du ciel, est captif à son tour. Ses ennemis ont pré\'alu contre lui ; et sa dépouille sanglante et inanimée a été enfermée dans le tombeau. Les meurtriers du Juste ont été jusqu'à sceller la pierre de son sépulcre ; ils y ont établi une garde. N'est-il pas temps que le Seigneur passe, et qu'il confonde ses ennemis par la rapidité victorieuse de son passage ?
Et d'abord, au sein de la profane Egypte,
2q4 ^6 Mardi de Pâques.
chaque famille Israélite ayant immolé et
mangé l'agneau pascal, lorsque le milieu de la nuit fut venu, le Seigneur, selon sa promesse, passa comme un^vengeur redoutable à travers toute cette nation au cœur endurci. L'Ange exterminateur le suivait, et frappa de son glaive tous les premiers-nés de ce vaste empire, « depuis le premier-né de Pharaon j qui s'asseyait sur le trône , jusqu'au prc- < mier-né de la captive qui était en prison, et \ jusqu'au premier-né de tous les animaux. » '; Un cri de douleur retentit de toutes parts , dans Mesraim ; mais le Seigneur est juste, et \ son peuple fut délivré. ' \
La même victoire s'est renouvelée en ces jours, lorsque le Seigneur, à l'heure où les ténèbres luttaient encore avec les premiers ! rayons du soleil, a. passé, à travers la pierre j scellée du tombeau, à travers les gardes, • frappant à mort le peuple premier-né, qui ; n'avait pas voulu « connaître le temps de sa j visite. » (Luc. xix, /^.) La synagogue avait ! hérité de la dureté de cœur de Pharaon ; i elle voulait retenir captif celui dont le Pro- \ phètc avait dit qu'il serait « libre entre les | morts M. {Ps. Lxxxvii, 6.) A ce coup, les cris i d'une rage impuissante se sont fait entendre dans les conseils de Jérusalem; mais le Seigneur est juste, et Jésus s'est délivré luimême.
Et le genre humain que Satan foulait aux pieds, combien a été heureux pour lui le ' passage dn Seigneur! Ce généreux triompha- ] teur n'a pas voulu sortir seul de sa prison ; il nous avait tous adoptes pour ses frères, et nous a tous ramenés à la lumière avec lui.
Le yfardi de Pâques. 2q5
Tous les premiers-nés de Satan sont abattus du coup, toute la force de l'enfer est brisée. Encore un peu de temps, et les autels des faux dieux seront renversés de toutes parts ; encore un peu de temps, et l'homme, régénéré par la prédication évangélique, reconnaîtra son créateur et abjurera les infâmes idoles. Car « c'est aujourd'hui la Pàque, c'est-à-dire le Passage du Seigneur. »
Mais voyez l'alliance qui réunit dans une même Pàque le mystère de l'Agneau au mystère du Passage. Le Seigneur passe , et' il commande à l'Ange exterminateur de frapper le premier-né dans toute maison dont le seuil ne porte pas l'empreinte du sang de l'Agneau. C'est ce sang protecteur qui" détourne le glaive; c'est "^à cause de lui que la divine justice passe à coté de nous et ne nous touche pas. Pharaon et son peuple ne sont pas protégés par le sang de l'Agneau ; cependant ils ont vu de rares merveilles, ils ont éprouvé des châtiments inouïs ; ils ont pu voir que le Dieu d'Israël n'est pas sans force comme leurs dieux ; mais leur cœur est plus dur que la pierre, et les œuvres de Moïse pas plus que sa parole n'ont pu l'amollir. Le Seigneur les frappe donc , et délivre son peuple.
L'ingrat Israël s'obstine à son tour ; et, passionné pour ses ombres grossières, il ne veut pas d'autre Agneau que" l'agneau matériel. En vain ses Prophètes lui ont annoncé qu'un « Agneau roi du monde viendra du désert à la montagne de Sion. » (Isai. xvi, i.) Israël ne consent" pas à voir son Messie dans cet Agneau ; il l'égorgé avec haine et fureur ;
2g6 Le Mardi de Pâques.
et il continue de mettre toute sa confiance dans le sang grossier d'une victime impuissante à le ^protéger désormais. Qu'il sera terrible le Passage du Seigneur dans Jérusalem, lorsque l'épée romaine le suivra, exterminant à droite et à gauche un peuple tout entier !
Et les esprits de malice qui s'étaient joués de l'Agneau, qui l'avaient méprisé à cause de sa douceur et de son humilité, qui avaient rugi de leur joie infernale, en le voyant épuiser tout le sang de ses veines sur l'arbre de la croix, quelle déception pour leur orgueil de l'avoir vu, cet Agneau, descendre clans toute sa majesté de Lion jusqu'aux enfers, en arracher les justes de quatre mille ans, captifs sous les ombres; ensuite, sur la terre, appeler toute créature vivante « à la liberté des enfants de Dieu ! » {Rom. viii, 21.)
Que votre Passage est dur à vos ennemis, ô Christ! mais qu'il est salutaire à vos fidèles ! Le premier Israël n'eut point à le redouter ; car il était protégé par le signe du sang figuratif qui marquait la porte de ses demeures. Notre sort est plus beau ; notre Agneau est l'Agneau de Dieu même; et ce ne sont point nos portes qui sont marquées de son sang; ce sont nos âmes qui en sont toutes teintes. Votre Prophète , expliquant plus clairement le mystère, annonça dans la suite que ceux-là seraient épargnés, au jour de votre juste vengeance sur Jérusalem, qui auraient au front la marque du Tau. (EzEcn. IX, G.) Israël n'a pas voulu comprendre. Le signe du Tau est le signe de votre Croix ; c'est lui qui nous couvre, qui nous protège,
A la Messe. 2g j
qui nous transporte de joie, dans cette Pâqûe de votre Passage, où tous vos coups sont pour nos enneniis et toutes vos bénédictions pour nous.
A Rome, la Station est aujourd'hui dans la Basilique de Saint-Paul. L'Église s'empresse de conduire aux pieds du Docteur des Gentils sa blanche armée de néophytes. Compagnon des travaux de Pierre dans Rome et associé à son martyre, Paul n'est pas le fondement de l'Eglise ; mais il est le prédicateur de l'Evangile aux nations. Il a ressenti les douleurs et les joies de l'enfantement, et ses fils ont été innombrables. Au fond de sa tombe sacrée, ses os tressaillent d'allégresse à rapproche de ces nouveaux enfants, avides d'entendre sa parole dans les immortelles Epitres où il parle encore, et où il parlera jusqu'à la fin des siècles.
A LA MESSE
L'Introït, tiré du livre de l'Ecclésiastique, célèbre la divine sagesse de Paul, qui est comme une source toujours pure où les chrétiens vont s'abreuver, et dont l'eau salutaire leur donne la santé de l'âme, et les prépare pour l'immortalité.
LE Seigneur les a abreuvés de l'eau de la sagesse.
alléluia ; elle se fortifiera en eux, et ne les abandonnera
AQUA sapientiœ potavit COS. alléluia : firmabitur in illis, et non flectetur, allcluia : et exal-
Le Mardi de Pâques.
pas, alléluia ; elle les élèvera en jjloire éternellement. Alléluia, alléluia.
Ps. Louez le Seigneur et invoquez son Nom ; publiez SCS œuvres parmi les nations.
Gloire au Père. Le Seigneur.
tabit eos in œternum.
Alléluia, alléluia.
Ps. Confitcmini Domino, et invocate Nomen cjus : annuntiatc inter pentes opéra ejus. Gloria Patri. Aqua sapientire.
L'Eglise, dans la Collecte, glorilîe Dieu qui daigne, chaque année, la rendre féconde et lui donner les joies maternelles au milieu des joies pascales : elle implore ensuite pour SCS nouveaux enl'ants la grâce de rester toujours conformes à leur maître ressuscité.
COLLECTE
DEUS, qui Ecclesiain tuam novo semper fœtu multiplicas : concède famulis tuis, ut sacramentum vivcndo teneant, quod fîde perceperunt. Per Dominum nostrum Jcsum Chrislum. Amen.
ODiEU , qui renouvelez sans cesse votre Eglise dans de nouveaux enfants ; faites, s'il vous plaît, que vos serviteurs expriment constamment dans leur vie le mystère de résurrection qu'ils ont reçu par la foi.
Par Jés ;.s-Christ notre Seigneur. Amen.
Lectio Actuum Aposto-
lorum. Cap. xiii.
I N diebus illis : Surgens J Paulus, et manu silentium indicens, ait : Viri fratres, fiiii generis Abraham, et qui in vobis timent Deum. vobis verbum salutis hujus miss im est. Qui cnim habitabant Jérusalem , et