‹ L'Année liturgique (volume 4)Chapitre 112 sur 132 · SAINT FRANÇOIS DE SALES · texte numérisé non relu

SAINT FRANÇOIS DE SALES

ÊVÊQUE ET DOCTEUR DE l'ÉGLISE.

■f 7DICI venir au berceau du doux Fils de V Marie l'angélique Evéque François de Sales, digne d'y occuper une place distinguée pour la suavité de sa vertu, l'aimable enfance de son cœur, l'humilité et la tendresse de son amour. II arrive escorté de ses brillantes conquêtes : soixante-douze mille hérétiques soumis à l'Eglise par l'ascendant de sachante ; un Ordre entier de servantes du Seigneur, conçu dans son amour, réalisé par son génie céleste ; tant de milliers d'âmes conquisses à la piété par ses enseignements aussi sûrs que miséricordieux, qui lui ont mérité le titre de Docteur.

Dieu le donna à son Eglise pour la consoler des blasphèmes de l'hérésie qui allait prêchant que la foi romaine était stérile pour la charité ; il plaça ce vrai ministre évangélique en face des âpres sectateurs de Calvm ; et l'ardeur de la charité de François de Sales fondit la glace de ces cœurs obstinés. Si vous ave\ des hérétiques à convaincrej disait le savant cardinal du Perron, vous pouve:{ me les envoyer ; si vous en ave{ à convertir^ adresse:^-les à M. de Genève.

François de Sales parut donc, au milieu de son siècle, comme une vivante image du

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Christ ouvrant ses bras et convoquant les pécheurs à la pénitence, les errants à la vérité, les justes au progrès vers Dieu, tous à la confiance et à l'amour. L'Esprit divin s'était reposé sur lui dans sa force et dans sa douceur : c'est pourquoi, en ces jours où nous avons célébré la descente de cet Esprit sur le Verbeincarné au milieu des eauxdu Jourdain, nous ne saurions oublier une relation touchante de notre admirable Pontife avec son divin Chef. Un jour de la Pentecôte, à Annecy, François était debout à l'autel, offrant l'auguste Sacrifice ; tout à coup une colombe qu'on avait introduite dans la Cathédrale, effrayée des chants et de la multitude du peuple, après avoir voltigé longtemps, vint, a la grande émotion des tîdèles, se reposer sur la tête du saint Evêque : symbole touchant de la douceur de l'amour de François, comme le globe de feu qui parut, au milieu des mystères sacrés, au-dessus de la tête du grand saint Martin, désignait l'ardeur du feu qui dévorait le cœur de l'Apôtre des Gaules.

Une autre fois, en la Fête de la Nativité de Notre-Dame, François officiait aux Vêpres, dans la Collégiale d'Annecy. Il était assis sur un trône dont les sculptures représentaient cet Arbre prophétique de Jessé, qui a produit, selon l'oracle d'Isaie, la branche virginale, d'où est sortie \a.JIeur divine sur laquelle s'est reposé V Esprit d'amour. On était occupé au chant des Psaumes, lorsque, par une fente du vitrail du chœur, du côté de l'Epître, une colombe pénètre dans l'Eglise. Après avoir voleté quelque temps, dit l'historien, elle vint se poser sur l'épaule du saint Evêque,

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et de là sur ses genoux, d'où les ministres assistants la prirent. Après les Vêpres, François, jaloux d'écarter de lui l'application favorable que ce symbole inspirait naturellement à son peuple, monta en chaire, et s'empressa d'éloigner toute idée d'une faveur céleste qui lui eût été personnelle en célébrantMarie qui, pleine de la grâce de l'Esprit- Saint, a mérite d'être appelée la colombe toute belle, en laquelle il n'y a pas une tache.

Quand on cherche parmi les discijîles du Sauveur le type de samteté qui fut départi à notre admirable Prélat, l'esprit et le cœur ont tout aussitôt nommé Jean, le disciple bien-aimé. François de Saies est comme lui l'Apôtre de la charité ; et la simplesse du grand Evangéliste pressant un innocent oiseau dans ses mains vénérables, est la mère de cette gracieuse innocence qui reposait au cœur de l'Evêque de Genève. Jean, par sa seule vue, par le seul accent de sa voix, faisait aimer Jésus; et les contemporains de François disaient : O Dieu ! si telle est la bonté de VEvêque de Genève, quelle ne doit pas être la vôtre!

Ce rapport merveilleux entre l'ami du Christ et François de Sales se révéla encore au moment suprême, lorsque le jour même de saint Jean, après avoir célèbre la sainte Messe et communié de sa main ses chères filles de la Visitation, il sentit cette défaillance qui devait amener pour son âme la délivrance des liens du corps. On s'empressa autour de lui ; mais déjà sa conversation n'était plus que dans le ciel. Ce fut le lendemain qu'il s'envola vers sa patrie, en la

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fête des saints Innocents, au milieu desquels il avait droit de reposer éternellement, pour la candeur et la simplicité de son âme,

La place de François de Sales, sur le Cycle, était donc marquée en la compagnie de l'Ami du Sauveur, et de ces tendres victimes que l'Eglise compare à un gracieux bouquet d'innocentes roses; et s'il a été impossible de placer sa mémoire à l'anniversaire de sa sortie de ce monde, parce que ces deux jours sont occupés par la solennité de saint Jean et celle des Enfants de Bethléhem, du moins la sainte Eglise a-t-elle pu encore placer sa fête dans l'intervalle des quarante jours consacrés à honorer la Naissance de l'Emmanuel.

C'est donc à cet amant du Roi nouveau-né

3u'il appartient de nous révéler les charmes e l'Enfant de la crèche. Nous chercherons la pensée de son cœur, pour en nourrir le nôtre, dans son admirable correspondance, où il rend avec tant de suavité les sentiments pieux qui débordaient de son cœur, en présence des mystères que nous célébrons.

Vers la fin de l'Avent 1619, il écrivait à une religieuse de la Visitation, pour l'engager à préparer son cœur à la venue de l'Epoux céleste: « Ma très chère fille, voilà le tant « petit aimable Jésus qui va naître en notre a commémoration, ces fêtes-ci prochaines; « et puisqu'il naît pour nous visiter delà part « de son Père éternel, et que les pasteurs « et les rois le viendront réciproquement « visiter au berceau, je crois qu'il est le Père m et l'Enfant tout ensemble de cette Sainte « Marie de la Visitation.

« Or sus, caressez-le bien; faites-lui bien

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« l'hospitalité avec toutes nos sœurs, chantez- « lui bien de beaux cantiques, et surtout « adorez-le bien fortement et doucement, et « en lui sa pauvreté, son humilité, son obéis- « sance et sa douceur, à l'imitation de sa « très sainte Mère et de saint Joseph ; et « prenez-lui une de ses chères larmes, douce « rosée du ciel, et la mettez sur votre cœur, « atin qu'il n'ait jamais de tristesse que celle « qui réiouit ce doux Enfant ; et quand vous « lui recommanderez votre âme, recomman- « dez-lui quant et quant la mienne, qui est « certes toute vôtre.

« Je salue chèrement la chère troupe de nos « sœurs, que je regarde comme de simples « berbères veillant sur leurs troupeaux, c'est- « à-dire sur leurs affections ; qui, averties « par l'Ange, vont faire l'hommage au divin « Enfant, et pour gage de leur éternelle ser- « vitude, lui oôrent le plus beau de leurs « agneaux, qui est leur amour, sans réserve « ni exception. »

La veille de la Naissance du Sauveur, saisi par avance des joies de la nuit qui va donner son Rédempteur à la terre, François s'épanche déjà avec sa fille de prédilection, Jeanne- Françoise de Chantai, et la convie à goûter avec lui les charnies de l'Enfant divin et à profiter de sa visite.

« Le grand petit Enfant de Bethléhem soit « à jamais les délices et les amours de notre « cœur, ma très chère mère, ma fille ! Hélas ! « comme il est beau, ce pauvre petit poupon ! « Il me semble que je vois Salomon sur son « grand trône d'ivoire, doré et ouvragé, qui « n'eut point d'égal es royaumes, comme dit

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« l'Ecriture : et ce roi n'eut point de pair en « gloire ni en magnificence. Mais j'aime cent « fois mieux voir te cher enfançon en la crèche, ( que de voir tous les rois en leurs trônes. « Mais si je le vois sur les genoux de sa sacrée Mère ou entre ses bras, ayant sa petite bouchette, comme un petit bouton de rose, attachée au lys de ses saintes mamelles, ô Dieu! je le trouve plus magnifique en ce trône, non seulement que ■ Salomon dans le sien d'ivoire, mais que jamais même ce Fils éternel du Père ne le fut au ciel; car si bien le ciel a plus d'être visible, la Sainte Vierge a plus de perfec- >■ tions invisibles ; et une goutte du lait qui « flue virginalement de ses sacrés sucherons, « vaut mieux que toutes les affluences des <• cieux. Le grand saint Joseph nous fasse « part de sa consolation, la souveraine Mère « de son amour; et l'Enfant veuille à jamais ' répandre dans nos cœurs ses mérites!

« Je vous prie, reposez le plus doucement a que vous pourrez auprès du petit céleste « enfant : il ne laissera pas d aimer votre « cœur bien-aimé tel que vous l'avez, sans « tendreté et sans sentiment. Voyez-vous « pas qu'il reçoit l'haleine de ce gros bœuf « et de cet âne qui n'ont sentiment"ni mouve- « ment quelconque ? Comment ne recevra-t-il « pas les aspirations de notre pauvre cœur, « lequel , quoique non tendrement pour le « présent, solidement néanmoins et ferme- « ment, se sacrifie à ses pieds pour être à « jamais serviteur inviolable du sien, et de « celui de sa sainte Mère, et du grand gou- « verneur du petit Roi ? d

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La nuit sacrée s'est écoulée, apportant avec elle la Paix aux hommes de bonne volonté ; François cherche encore le cœur de la fille que Jésus lui a confiée, pour y verser toutes les douceurs qu'il a goûtées dans la contemplation du mystère d'amour.

« Hé, vrai Jésus ! que cette nuit est douce, « ma très chère fille ! Les cieux, chante « l'Eglise, distillent de toutes parts le miel ; « et moi, je pense que ces divms Anges, qui « résonnent en l'air leur admirable cantique, « viennent pour recueillir ce miel céleste sur « les lys où il se trouve, sur la poitrine de « la très douce Vierge et de saint Joseph. J'ai « peur, ma chère fille, que ces divins Esprits « ne se méprennent entre le lait qui sort des « mamelles virginales, et le miel du ciel qui « est abouché sur ces mamelles. Quelle dou- « ceur de voir le miel sucer le lait !

« Mais je vous prie, ma chère fille, ne suis- « ie pas si ambitieux que de penser que nos « bons Anges, de vous et de moi, se trouvè- « renten la chère troupe de musiciens célestes « qui chantèrent en cette nuit ? O Dieu ! s'il « leur plaisait d'entonner derechef, aux 0 oreilles de notre coeur, cette même céleste « chanson, quelle joie ! quelle jubilation ! Je « les en supplie, afin que gloire soit au ciel, « et en terre paix aux cœurs de bonne vo- « lonté.

« Revenant donc d'entre les sacrés mys- « tères, je donne ainsi le bonjour à ma chère « fille : car je crois que les pasteurs encore, « après avoir adoré le céleste poupon que le « ciel môme leur avait annonce, se reposèrent a un peu. Mais, ô Dieu ! que de suavité,

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(( comme je pense, à leur sommeil ! il leur « était avis qu'ils oyaient toujours la sacrée (( mélodie des Anges qui les avaient salués « si excellemment de leur cantique, et qu'ils « voyaient toujours le cher Enfant et la Mère « qu'ils avaient visités.

« Que donnerions-nous à notre petit Roi, « que nous n'a}'ons reçu de lui et de sa divine « libéralité ? Or sus, je lui donnerai donc, à « la sainte Grand'xMesse, la très unic^uement « fille bien-aimée qu'il m'a donnée. Hé ! « Sauveur de nos âmes, rendez-la toute d'or « en charité, toute de myrrhe en mortifica- « tion, toute d'encens en oraison ; et puis « recevez-la entre les bras de votre sainte « protection ; et que votre cœur dise au sien : '< .le suis ton salut au siècle des siècles. »

Parlant ailleurs à une autre épouse du Christ, il l'exhorte, en ces termes, à se nourrir de la douceur du nouveau-né :

« Que jamais votre âme, comme une abeille « mystique, n'abandonne ce cher petit Roi, « et qu'elle fasse son miel autour de lui, en « lui, et pour lui ; et qu'elle le prenne sur « lui, duquel les lèvres sont toutes détrem- « pées de grâce, et sur lesquelles, bien plus « heureusement que l'on ne vit sur celles de « saint Ambroise, les saintes avettes, amas- « sées en essaim, font leurs doux et gracieux (( ouvrages. »

Mais il faut bien s'arrêter ; écoutons cependant encore une dernière fois notre seraphique Pontife nous raconter les charmes du très saint Nom de Jésus, imposé au Sauveur dans les douleurs de la Circoncision ; il écrit encore à sa sainte coopératrice :

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« O Jésus, remplissez notre cœur du baume <( sacré de votre Nom divin, afin que la suaii vite de son odeur se dilate en tous nos « sens, et se répande en toutes nos actions. « Mais pour rendre ce cœur capable de recec voir une si douce liqueur, circoncisez-le, et « retranchez d'icelui tout ce qui peut être <( désagréable à vos saints yeux. O Nom glo- (' rieux ! que la bouche au Père céleste a « nommé éternellement, soyez à jamais la (( superscription de notre âme, afin que, (( comme vous êtes Sauveur, elle soit éter- <( nellement sauvée ! O Vierge sainte, qui, la (( première de toute la nature humaine, avez « prononcé ce Nom de salut, inspirez-nous la « Façon de le prononcer ainsi qu'il est con- <* venable, afin que tout respire en nous le <' salut que votre ventre nous a porté.

« iMa très chère fille , il fallait écrire la « première lettre de cette année à Notre- « Seigneur et à Notre-Dame; et voici la se- « conde par laquelle, 6 ma fille, je vous <c donne le bon an, et dédie notre cœur à la <( divine bonté. Que puissions-nous tellement (( vivre cette année, qu'elle nous serve de <« fondement pour l'année éternelle! Du moins « ce matin, sur le réveil, j'ai crié à vos oreilles : 0 vive Jésus ! et eusse bien voulu épandre c cette huile sacrée sur toute la face de la «terre.

« Quand un baume est bien fermé dans « une fiole, nul ne sait discerner quelle lift queur c'est, sinon celui qui l'y a mise ; « mais quand on a ouvert la fiole, et qu'on « en a répandu quelques gouttes, chacun dit : ft C'est du baume. Ma chère fille, notre cher

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(( petit Jésus était tout plein du baume de « salut; mais on ne le connaissait pas jusqu'à c tant qu'avec ce couteau doucement cruel « on a ouvert sa divine chair ; et lors on a « connu qu'il est tout baume et huile répan- « due, et que c'est le baume de salut. C'est K pourquoi saint Joseph et Notre-Dame, puis K tout le voisinage, commencent à crier : '* Jésus, qui signihe Sauveur.

« Plaise à ce divin poupon de tremper nos X cœurs dans son sang, et les parfumer de » son saint Nom, afin que les roses des bons « désirs que nous avons conçus, soient toutes € pourprées de sa «teinture, et toutes odoran- « tes de son onguent ! »

Lisons maintenant le court récit de la vie de François de Sales, dans les Offices de l'Eglise.

FRANÇOIS, né de parents nobles et vertueux, au château de Sales, d'où sa famille a reçu son surnom, fit présager dès ses plus tendres années, par l'innocence et la gravité de ses mœurs, quelle serait un jour sa sainteté.

Dans sa jeunesse, il fut instruit dans les sciences libérales ; bientôt après, il se rendit à Paris, où il s'adonna à la Philosophie et à la Théologie ; et, afin que rien ne mancjuât à la culture de son esprit, il reçut, à Padoue, avec de grands applaudissements, le bonnet de docteur en l'un et l'autre Droit. Il renoirs-ela, dans l'église de Lo-

FRANCiscus in oppido Salesio, unde familiaecognomen, piis et nobilibusparentibus natus, a teneris annis futuras sanctitatis indicia praebuit morum innocentia et gravitate. Adolescens liberalibus disciplinis eruditus, mox Philosophiae ac Theologiaî Parisiis operam dédit : et ne quid sibi deesset ad animi culturam, Juris utriusque lauream summa cum laude Patavii obtinuit. In sacra iEde Lauretana perpétuas virginitatis votum, quopridem Parisiis se obs-

trinxerat, innovavit : a cujus virtutis proposito nullis unquam daemonum fraudibus, nullis sensuum illecebris potuit dimoveri.

RECUSATA in Sabaudiae Senatu amplissima dignitate, clericali militiae nomen dédit :

tum sacerdotio initiatus, et Genevensis Ecclesiae Praeposituram adeptus, ejus muneris partes adeo perfecte explevit, ut eum Granerius Episcopus vindicandis ab haeresi Calviniana Chaballicensibus, aliisque Genevae finitimis populis, divini verbi praeconem destinarit. Quam expeditionera alacri animo suscipiens, asperrima quaeque perpessus est, saepe ab haereticis conquisitus ad necem, variis(jue calumniis et insidiis vexatus.

Sed inter tôt discrimina et agones, insuperabilis ejus constantia semper enituit ; Deique ope protectus, septuaginta duo millia haereticorum ad Catholicam fidem reduxisse dicitur, inter quos multi nobilitate et doctrina insignes numeran-

rette, le vœu de perpétuelle virginité qu'il avait fait à Paris; et jamais' ni les artifices du démon, ni les attraits des sens, ne purent le détourner de la résolution qu'il avait prise au sujet de cette vertu.

IL refusa une grande charge dans le Sénat de Savoie, et s'engagea dans la cléricature. Ordonné prêtre et fait Prévôt de l'Eglise de Genève, il remplit si parfaitement les devoirs de cette charge, que Granier, son Evêque, le destina pour travailler, par la Brédication de la parole de lieu, à la conversion des Calvinistes du Chablais, et autres lieux voisins de Genève.

Ayant reçu cet office avec allégresse, il y eut à souffrir les plus rudes tribulations de la part des hérétiques, qui souvent le cherchèrent pour lui donner la mort, le poursuivirent de difiFérentes calomnies, et lui dressèrent grand nombre d'embûches. Mais, au milieu de tant de périls et de combats, son inébranlable constance brilla toujours ; et, aidé du secours de Dieu, on rapporte qu'il ramena à la foi catholique soixante-douze mille hérétiques, parmi lesquels on en compte plusieurs qui étaient distingués par leur noblesse et leur science.

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APRÈS la mort de Granier, qui l'avait choisi pour coadjuteur, il fut consacré évèque, et répandit de tous cotés les rayons de sa sainteté, par son zèle pour la discipline ecclésiastique. son amour pour la paix, sa miséricorde envers les pauvres, et par toute sorte de vertus.

Pour l'accroissement du culte divin, il institua un nouvel Ordre de religieuses sous le nom de la Visitation Sainte- Marie, et sous la règle de saint Augustin, à laquelle il ajouta des Constitutions admirables par la sagesse, la discrétion et la douceur. Il a éclairé l'Eglise par des écrits remplis d'une doctrine céleste, dans lesquels il enseigne un chemin siir et facile pour arriver à la perfection chrétienne. Enfin, âgé de cinquante-cinq ans, comme il retournait de France à Annecy, après avoir célébré la Messe à Lyon, le jour de Saint-Jean l'Evangéliste, il fut atteint d'une maladie mortelle ; et, le jour suivant, il monta au ciel, l'an de notre Seigneur mil six cent vingtdeux. On transporta son corps à Annecy, et on l'ensevelit honorablement dans l'église des religieuses dudit Ordre. Il éclata aussitôt par des miracles; le Pape Alexandre VII, après en avoir constaté la vérité selon les

MORTUO Granerio, qui eum sibi coadjutorem decerni curaverat, episcopus consecratus, sanctitatis suae radios circumquaque difFudit, zelo ecclesiasticae disciplinae, pacis studio, misericordia in pauperes, omnique virtute conspicuus. Ad divini cultus augmentum novum Ordinem sanctimonialium instituit. a Visitatione beatae Virginis nuncupatum, sub régula sancti Augustini, cui addidit Constitutiones sapientia, discretione et suavitate mirabiles. Suis etiam scriptis cœlesti doctrina refertis Ecclesiam illustravit, quibus iter ad christianam perfectionem tutum, et planum demonstrat. Annum denique agens quinquagesimum quintum, dum e Gallia Annesium regreditur, post Sacrum in die sancti Johannis Evangelistas Lugduni celebratum, gravi morbo correptus, sequenti die migravit in cœlum, anno Domini millesimo sexcentesimo vigesimo secundo.

Ejus corpus Annesium delatum, in ecclesia monialium dicti Ordinis honorifice conditum fuit, cœpitque statim miracu-

LE TEMPS DE NOEU. — T. II

Le Temps de Noël.

règles, le mit au nombre des Saints, en assignant, pour sa fête, le vingt-neuvième jour de janvier ; et le Souverain Pontife Pie IX, de lavis de la Congrégation des Sacrés Rites, 1 a déclaré Docteur de l'Eglise universelle.

lis clarescere. Quibus rite probatis, ab Alexandre S.eptimo, Pontifice Maximo, in Sanctorum numerum relatus est, assignata ejus festivitati die vigesima nona januarii ; et a Summo Pontifice Pio Nono, ex Sacrorum Rituum Congregationis consulto, universalis Ecclesiaî Doctor fuit declaratus.

Le Pape Alexandre VII voulut composer lui-même la Collecte pour l'Office et la Messe du saint Prélat. Récitons-ia en union avec l'Eglise.

OREUUS.

T\ EUS, qui ad animarum *^ salutem, beatum Franciscum Confessorem tuum atque Pontificem, omnibus omnia factura esse voluisti : concède propitius, ut charitatistuae dulcedine perfusi, ejus dirigenlibus monitis, ac suftragantibus meritis, aeterna gaudJa consequamur. Per Christum Dominumnostrum. Amen.

PRIONS

/^ Dieu, qui, pour le salut ^-^ des âmes, avez voulu que le bienheureux François, votre Confesseur et Pontife, se fît tout à tous ; daignez nous remplir de la douceur de votre amour, afin que, dirigés par ses enseignements, et soutenus par ses mérites, nous obtenions les joies éternelles. Par Jésus- Christ notre Seigneur.

Amen.

Conquérant pacifique des âmes. Pontife aimé de Dieu et des hommes, nous célébrons en vous la douceur de notre Emmanuel.

Ayant appris de lui â être doux et humble de cœur, vous avez, selon sa promesse, possédé la terre. (M.\tth. v, 4.) Rien ne vous a résisté :

Saint François de Sales, Ev. et Doct. 547

les sectaires les plus obstinés, les pécheurs les plus endurcis, les âmes les plus tièdes, tout a cédé aux charmes de votre parole et de vos exemples. Que nous aimons à vous contempler, auprès du berceau de l'Enfant qui vient nous aimer, mêlant votre gloire avec celle de Jean et des Innocents : Apôtre comme le premier, simple comme les hls de Rachel ! Fixez pour jamais notre cœur dans cette heureuse compagnie ; qu'il apprenne enfin que \ejoug de l'Emmanuel est doux, et son fardeau léger.

Réchauffez nos âmes au feu de votre charité ; soutenez en elles le désir de la perfection. Docteur des voies spirituelles, introduise:(nous dans cette Vie sainte dont vous avez tracé les lois; ranimez dans nos cœurs l'amour du prochain, sans lequel nous ne pourrions espérer de posséder l'amour de Dieu ; initieznous au zèle que vous avez eu pour le salut des âmes ; enseignez-nous la patience et le pardon des injures, afin que nous nous aimions tous, non seulement de bouche et de parole, comme parle Jean votre modèle, mais en œuvre et en vérité. (I Johan. m, 18.) Bénissez l'Eglise de la terre, au sein de laquelle votre souvenir est encore aussi présent que si vous veniez de la quitter pour celle du ciel ; car vous n'êtes plus seulement l'Evêque de Genève, mais l'objet de l'amour et de la confiance de l'univers entier.

Hâtez la conversion générale des sectateurs de l'hérésie Calviniste. Déjà vos prières ont avancé l'œuvre du retour ; et le Sacrifice de l'Agneau s'offre publiquement au sein même de Genève. Consommez au plus tôt le triom-

54S Le Temps de Noël

phe de l'Eglise-Mère. Extirpez du milieu de nous les oerniers restes de l'hérésie Jansénienne, qui se préparait à semer son ivraie dans la France, aux jours même où le Seigneur vous retirait de ce monde. Purgez nos contrées des maximes et des habitudes dangereuses qu'elles ont héritées des temps malheureux où cette secte perverse triomphait dans son audace.

Bénissez de toute la tendresse de votre coeur paternel le saint Ordre que vous avez fondé, et que vous avez donné à Marie sous le titre de sa Visitation. Conservez-le dans l'état où il fait l'édification de l'Eglise ; donnez-lui accroissement,dirigez-le, afin que votre esprit se maintienne dans la famille dont vous êtes le père. Protégez l'Episcopat dont vous êtes l'ornement et le modèle; demandez à Dieu, pour son Eglise, des Pasteurs formés à votre école, embrasés de votre zèle, émules de votre sainteté. Enfin, souvenez-vous de la France, avec laquelle vous avez contracté des liens si étroits. Elle s'émut au bruit de vos vertus, elle convoita votre Apostolat, elle vous a donné votre plus fidèle coopératrice ; vous avez enrichi sa langue de vos admirables écrits; c'est de son sein même que vous êtes parti pour aller à Dieu : du haut du ciel, regardez-la aussi comme votre patrie.

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