‹ L'Année liturgique (volume 4)Chapitre 58 sur 132 · LES SECONDESVEPRES DE L'EPIPHANIE · texte numérisé non relu

LES SECONDESVEPRES DE L'EPIPHANIE

LES secondes Vêpres de notre grande fête sont presque semblables aux premières.

Les mêmes Antiennes expriment la Théophanie, la divine Apparition ici-bas de ce Verbe éternel engendré avant Vaiirore, et descendu pour être notre Sauveur ; la gloire du Seigneur qui se lève sur Jérusalem, et les nations marchant à sa lumière; les Mages ouvrant leurs trésors, et déposant leurs mystiques présents aux pieds du royal Enfant; les mers, les fleuves et les fontaines sanctitiés

Les Secondes Vêpres. i ij

dans le baptême de l'Homme-Dieu ; la splendeur merveilleuse de V Etoile qui nous indique le Roi des rois.

Le cinquième Psaume n'est plus celui que nous avons chanté hier, et qui conviait toutes les nations à louer le Seigneur. L'Eglise lui substitue aujourd'hui le cxiii^ In exitu Israël de yEfprpto (page 72), dans lequel, après avoir célébré la délivrance d'Israël, David flétrit les idoles des nations, ouvrage de la main des hommes, et qui doivent tomber en présence de l'Emmanuel. Tous les Eeuples sont associés à l'adoption de Jacob, lieu va bénir non plus seulement la maison d'Israël, et la maison d'Aaron, mais encore tous ceux qui craignent le Seigneur, de quelque race, de quelque nation qu'ils soient.

Le Capitule, ci-dessus, aux premières Vêpres, page 10 j.

L'Hymne Crudelis Herodes, à la suite du Capitule.

Après l'Hymne, on chante le Verset suivant :

^ I ES rois de Tharsis et ^'L des îles lointaines lui

offriront des présents ;

R|. Les rois d'Arabie et de

Saba lui apporteront des

dons.

j^ T\ EGES Tharsis 'et ""iV insulae munera

offerent ;

fi|. Reges Ara.bum et Saba dona adducent

Dans l'Antienne du Cantique de Marie, la sainte Eglise résume encore une fois le triple mystère de la solennité.

ANTIENNE DE Magnificat.

Ant m ous honorons un I » 'T'ribus mira- * i> jourmarquépar I * ' culis orna-

ii8

Le Temps de Noël.

tum diem sanctum colimus : hodie Stella Magos duxit ad praesepium : hodie vinum ex aqua factum est ad nuptias : hodie in Jordane aJohanneChristus baptizari voluit, ut salvaret nos. Alléluia.

OREMUS. Deus, qui hodierna die Unigenitum tuum Gentibus, Stella duce, revelasti : concède propitius. ut qui jam te ex fide cognovimus, usque ad contemplandam speciem tuae celsitudinis perducamur.

Per eumdera Dominum.

trois prodiges : aujourd'hui, l'étoile a conduit les Mages à la crèche ; aujourd'hui, l'eau a été changée en vin au festin nuptial; aujourd'hui, le Christ a voulu être baptisé par Jean dans le Jourdain, pour notre salut. Alléluia.

PRIONS

O Dieu, qui avez manifesté aujourd'hui, par une étoile, votre Fils unique aux Gentils; faites, dans votre bonté, que nous qui vous connaissons déjà par la foi, nous arrivions un jour à contempler l'éclat de votre gloire. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur.

Durant tout le cours de l'Octave, nous placerons à chaque jour quelques pièces empruntées aux anciennes Liturgies et employées par les diverses Eglises à célébrer, les unes le triple mystère de TEpiphanie, d'autres la venue des Mages, ou le Baptême du Christ ; quelques-unes enfin la Naissance du Dieu Enfant, ou la divine Maternité de la Vierge.

Nous commencerons aujourd'hui par cette Hymne de saint Ambroise, que chante TEglise de Milan :

1LLUMINANS Altissimus Micantium astrorum globos, Pax, vita, lumen. Veritas, Jesu, fave precantibus.

DIEU Très-Haut, qui allumez l'éclatant flambeau des sphères célestes, Jésus I paix, vie. lumière, vérité, soyez propice à nos prières ;

L'Epiphanie de Notre-Seigneur. iig

Soit que, par votre baptême mystique, vous rendiez ce jour à jamais sacré, sanctifiant les flots du Jourdain qui jadis remonta trois fois vers sa source;

Soit que vous annonciez a"u ciel l'enfantement de la Vierge par une étoile étincelante, et conduisiez en ce jour les Mages à la crèche, pour vous adorer;

Soit que vous donniez la saveur du vin aux amphores remplies d'eau, et fassiez goûter au serviteur la liqueur qu'il n'y avait pas versée :

Gloire à vous, ô Seigneur, qui avez apparu aujourd'hui ;

floire à vous avec le Père et Esprit divin, dans les siècles éternels. Amen.

Seu mystico baptismate, Fluenta Jordanis rétro Conversa quondam tertio, Praesentem sacraris diem.

Seu Stella partum Virginis

Cœlo micans signaveris.

Et hac adoratum die Prassepe Magos duxeris.

Vel hydriis plenis

aqua Vini saporem infuderis :

Hausit minister conscius Quod ipse non impleve-

rat.

Gloria tibi. Domine,

apparuisti hodie, ,um ratre et Sancto Spiritu, In sempiterna saecula.

Amen.

Qui

Cum

Le Préface suivante est empruntée Sacramentaire de saint Gélase :

au

IL est vraiment digne et juste, équitable et salutaire de vous louer, Seigneur, qui êtes admirable dans toutes vos œuvres, au moyen desquelles vous avez révélé les mystères de votre royaume.

Une étoile messagère de l'enfantemant virginal a annoncé

VERE dignum et justum est, œquum et salutare. te laudare mirabilem Dominum in omnibus operibus tuis, quibus regni tui mysteria revelasti. Hancque cnim festivitatem index puerperaî virginalis stel-

Le Temps de Noél.

la solennité présente, faisant connaître aux Mages étonnés que le Seigneur du ciel était né sur la terre. Ainsi le Dieu qui devait être manifesté au monde, est déclaré par un indice céleste, et celui qui devait connaître une naissanca temporelle, est manifesté au moyen des signes qui règlent le temps.

Le livre des Séquences de l'Abbaye de Saint-Gall nous a fourni celle que nous donnons ci-après, composée au ix* siècle par le célèbre Notker.

la prscessit, quas natum in terra cœli Dominum Magis stupentibus nuntiaret ; ut manifestandus mundo Deus, et cœlesti denuntiaretur indicio, et temporaliter procreatus, signorum temporalium mmisterio panderetur.

SÉQUENCE

F ESTA Chrisii omnis christianitas celebret.

Quae miris sunt modis ornata, cunctisque veneranda populis.

Per omnitenentis adventum, atque vocationem Gentium.

Ut natus est Christus, est Stella Magis visa lucida.

Atilli, non cassam putantes tanti signi gloriam,

Secum munera deferunt, parvulo offerunt, ut Régi cœli quem sidus praedicat.

Atque aureo tumidi principis lectulo transite, Christi praesepe quaeritant.

OUE la chrétienté tout en« tière célèbre les solennités du Christ.

Elles sont éclatantes de merveilles, vénérables à tous les peuples.

Elles honorent l'avènement du maître de toutes choses et la vocation des Gentils.

Quand le Christ fut né. une étoile parut aux yeux des Mages.

Les Mages ont compris que l'astre ne brille pas en vain d'un tel éclat.

Ils portent des présents, pour les offrir, comme a un Koi; céleste, à l'enfant que leur annonce l'étoile.

Ils dédaignent, en passant, le lit couvert d'or d'un prince superbe : c'est la crèche du Christ qu'ils recherchent.

U Epiphanie de Notre- Seigneur. 121

La colère du farouche Hérode s'allume ; il est envieux du Roi nouveau-né.

Il ordonne d'immoler, par un glaive cruel, les enfants de Bethlèhem.

O Christ ! quelle armée tu formeras pour ton père, à l'âge où, devenu homme, apte à de plus grands combats, tu prêcheras ta doctrine au peuple, si aujourd'hui, encore à la mamelle, tu lui envoies de si nombreux bataillons-

A trente ans, à l'âge d homme, le grand Dieu s'inclina sous la main d'un illustre serviteur, rendant sacré ce baptême qui devait remettre nos crimes.

L'Esprit-Saint, sous la forme d' un innocent oiseau.

le visite, pour opérer en lui cette onction qui surpasse celle de tous les saints ; il habitera à jamais son cœur avec délices.

La voix pleine de tendresse du Père retentit ; le Père a oublié cette parole qu'il prononça jadis . (f Je me repens ■ d'avoir créé l'homme ».

Elle dit : « Tu es vraiment « mon fils, Tobjet de mes « complaisances; aujourd'hui, « je t'ai engendré, mon fils. »

Peuples, écoutez tous ce Docteur. Amen.

Hinc ira saevi Herodis fervida, invidi recens rectori genito,

Bethlèhem parvulos praecipit ense crudeli perdere.

O Christe 1 quantum Patri exercitum, juvenis doctus ad bella maxima, populis praedicans coUiges, sugens cum tantum miseris.

Anno hominis tricesimo, subtus famuli se inclyti inclinaverat magnas Deus, consecrans nobis baptisma, in absolutionem criminum.

Ecce Spiritus in specie ipsum alitis innocuae uncturus sanctis prae omnibus, visitât, semper ipsius contentus mansione pectoris.

Patris etiam insonuit vox pia, veteris oblita sermonis : Pœnitet me fecisse hominem.

Vere Filius es tu meus, mihimet placitus, inquo sum placatus ; hodie te, mi Fili, genui.

Huic omnes auscultate populi praeceptori.Amen.

Les Menées de l'Eglise grecque, au jour de la Nativité du Sauveur, nous donnent les belles strophes suivantes :

Le Temps de Noël.

IN NATALI DOMIM,

GLORIA in excelsis Deo, in Bethlehem audio ab Angelis ; in terra pacem fieri hominibus bonae voluntatis.

Nunc Virgo cœlis am-

f»lior ; exortum est enim umen sedentibusintenebris, et exaltavit humiles ac angelice canentes .

Gloria in excelsis Deo.

Laetare, Israël ■ laudem dicite, omnes qui diligitis Sion. Solutum est vinculum damnationis Adam ; Paradisus apertus est nobis ; serpens debilitatus est :

quam enim deceperat principio, nunc contemplatur Creatoris Matrem efFectam. O abyssus divitiarum et sapientiae et scientiae Dei ! Quas mortem in omnem carnem introduxerat peccLti orus, salutis principium lacta est per Deiparam.

Parvulus enim ex ea nascitur, omniperfectus Deus, et per partum V^irginitati apponit sigillum, peccatorum catenas fasciis resolvens, et propria înfantia, Evae mœste parturientis doloribus mede-

G LOIRE à Dieu au plus haut des cieux ! c'est le cri des Anges en Beihléhem .

sur la terre, paix aux hommes de bonne volonté Le sein de la Vierge est plus vaste que le ciel ; une lumière s'est levée sur ceux qui étaient assis dans les ténèbres.

Cette lumière a exalté les humbles et ceux qui chantent avec les Anges : Gloire à Dieu au plus haut des cieux !

Réjouis-toi, Israël ; chantez la louange, vous tous qui aimez Sion. Le lien de la damnation d'Adam a été brisé ; le Paradis nous a été ouvert, et le Serpent a perdu sa force. Celle qu'il avait trompée au commencement, il la voit maintenant Mère du Créateur. O abîme des richesses de la sagesse et de la science de Dieu ! celle qui avait introduit en toute chair la mort, ouvrage du péché, est devenue, par une Mère de Dieu, le principe du salut.

Car le petit enfant qui naît d'elle est le Dieu très parfait ■ dans sa naissance même, il maintient le sceau de la virginité ; par ses langes il délie les liens du péché, et,

fiar son enfance, il apporte e remède aux douleurs d'Eve qui n'enfantait qu'avec tris-

L'Epiphanie de Notre-Seigneur. 128

tesse. Que toute créature mène le chœur, et se réjouisse ; car le Christ est venu la rappeler à la vie et sauver nos âmes.

Ta naissance, ô notre Dieu, a apporté au monde la lumière de la science ; par elle, ceux qui adoraient les astres apprennent d'un astre à t'adorer, Soleil de justice ; à te reconnaître, céleste Orient : gloire à toi, Seigneur !

Justes , réjouissez-vous ; cieux, tressaillez ; montagnes, bondissez : le Christ est né.

La Vierge est assise ; semblable aux Chérubins, elle porte sur ses genoux, comme sur un trône, le Dieu Verbe fait chair. Les bergers glorifient le nouveau-né ; les Mages offrent des présents au Seigneur ; les Anges chantent ce cantique : Seigneur incompréhensible, gloire à toi !

lam afferens. Choreas ducat nunc omnis creatura et exsultet : ad revocandam enim eam advenif Christus, et ad salvandas animas nostras.

Nativitas tua, Deus noster, lumen gnoseosattulit mundo : in ipsa enim qui adorabant sidéra, a sidère discunt adorare te Solem justitiae, et cognoscere Orientem ex alto: Domine, gloria tibi.

Gaudete, justi ; cœli, jubiJate, exsultate montes : Christus natus est ; Virgo sedet, Cherubim imitata, portans in sinu suo Deum Verbum caro factura : pastores natum glorificant : Magi Doraino dona offerunt : Angeli hyranificantes claraant :

Incoraprehensibilis Domine, gloria tibi.

Pour honorer la pure et glorieuse Mère de notre divin Roi , empruntons cette Séquence au pieux moine Herman Gontract :

SÉQUENCE

SALUT, glorieuse Etoile de la mer ; votre lever divin, 6 Marie, présage la lumière aux nations.

Salut, Porte céleste, fermée à tout autre qu'à Dieu 1 Vous introduisez en ce monde la

AVE, prseciara maris Stella, in lucera gentium. Maria, divinitus orta.

Euge, Dei Porta, quae non aperta, veritatis lumen, ipsum Solem justi-

Le Temps de Noël.

tiae, indutum carne, ducis in orbem.

Virgo decus mundi, regina cœli, praselecta ut sol, pulchra lunaris ut fulgor : agnosce omnes te diligentes.

Te plena fide, virgam almœ stirpis Jesse nascituram priores desideraverant Patres et Prophelae.

Te Iiguumvitae,Sancto rorante Pneumate parituram divini floris amygdalum, signavit Gabriel.

Tu Agnum Regem, terrae Dominatorem, Moabitici de petra deserti ad montem filiae Sion traduxisti.

Tuque furentem Leviathan, serpentera tortuosum que et vectem coUidens, damnoso crimine mundum exetnisti.

Hinc gentium nos reliquiae, tuae sub cultu memcriae, mirum in modum quem es enixa propitiationis Agnum, regnantem coelo aeternaliter, devocamus ad aram, mactandum mysterialiter.

Hic manna verum Israelitis veris, veri Abrahae filiis admirantibus.

Lumière de vérité, le Soleil de justice, revêtu de notra chair.

Vierge, beauté du monde, Reine du ciel, brillante comme le soleil, belle comme l'éclat de la lune, jetez les yeux sur tous ceux qui vous aiment.

Dans leur foi vive, les anciens Pères et les Prophètes vous désirèrent sous l'emblème de ce rameau qui devait naître sur l'arbre fécond de Jessé.

Gabriel vous désigna comme l'arbre de vie qui devait produire, par la rosée de î'Esprit-Saint, l'amandier à la divine fleur.

C'est vous qui avez conduit l'Agneau-Roi, le Dominateur de la terre, de la pierre du désert de Moab à la montagne de la fille de Sion.

Vous avez écrasé Léviathan, malgré ses fureu rs, et brisé les anneaux de ce tortueux serpent, en délivrant le monde du crime qui causa sa damnation.

Nous donc, restes des nations, pour honorer votre mémoire, nous appelons sur l'autel, pour l'immoler mystérieusement, l'Agneau de propitiation. Roi éternel des cieux, le fruit de votre enfantement merveilleux.

Les voiles étant abaissés, il nous est donné à nous, vrais Israélites, heureux fils du vé-

L'Epiphanie de Notre-Seigneur,

ritable Abraham, de contem-

ier, dans notre admiration,

la manne véritable que figurait le type mosaïque • priez, ô Vierge, que nous soyons rendus dignes du Pain du ciel.

Donnez-nous de nous désaltérer, avec une foi sincère, à cette douce fontaine représentée par celle qui sortit de la pierre du désert ; que nos reins soient ceints de la ceinture mystérieuse ; que nous traversions heureusement la mer, et qu'il nous soit donné de contempler sur la croix le serpent d'airain.

Les pieds mystérieusement dégages de leurs chaussures, . les lèvres pures, le cœur sanctifié, donnez-nous d'approcher du feu saint, le Verbe du Père, que vous avez porté, comme le buisson porta la flamme, ô Vierge devenue mère !

Ecoutez-nous ; car votre Fils aime à vous honorer en vous exauçant toujours.

Sauvez-nous, ô Jésus 1 nous pour qui la Vierge-mère vous supplie.

Donnez-nous de contempler la source de tout bien, d'arrêter sur vous les yeux purifiés de notre âme.

Que notre âme, désaltérée aux sources de la Sagesse, puisse aussi percevoir la saveur de la vraie Vie.

Qu'elle orne par les oeuvres

qnondam Moysi quod typus figurabat,jam nunc abducto vélo datur perspici. Ora, Virgo, nos illo pane cœli dignos effici.

Fac fontem dulcem, quem in deserto petra pra£monstravit,degustare cum sincera fide, renesque constringi lotos in mari, anguem aeneum ia cruce speculari.

Fac igni sancto,Patrisque Verbo, quod, rubus ut flammam, tu portasti, Virgo mater facta, pecualipelle discinctos pede, mundos labiis cordeque propinquare.

Audi nos : nam te Filius nihil negans honorât.

Salva nos, Jesu. pro quibus Virgo mater te orat.

Da fontem boni visere, da purae mentis oculos in te defigere.

Quo haustu Sapientiae saporem Vitée valeat mens intelligere,

Christianismi fidein o

Le Temps de Noèl.

peribus redimire, beatoque fine ex hujus incolatu. saeculi auctor, ad te transire. Amen.

la foi chrétienne qui habite en elle, et que, par une heureuse fin, elle passe de cet exil vers vous, Auteur du monde. Amen.

ous venons à notre tour vous adorer, ô Christ, dans cette royale Epiphanie qui rassemble aujourd'hui à vos pieds toutes les nations. Nous nous pressons sur les pas des Mages ; car, nous aussi, nous avons vu rétoile, et nous sommes accourus. Gloire à vous, notre Roi ! à vous qui dites dans le Cantique de votre aïeul David : « C'est moi « qui ai été établi Roi sur Sion, sur la mon- « tagne sainte, pour annoncer la loi du Sei- « gneur. Le Seigneur m'a dit qu'il me don- « nerait les nations pour héritage, et l'em- (( pire jusqu'aux confins de la terre, Mainte- « nant donc, 6 rois, comprenez ; instruisez- « vous, arbitres du monde ! » (Psalm. ii.)

Bientôt vous direz, ô Emmanuel, de votre propre bouche • « Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre » (Matth. xxviii); et, quelques années plus tard, l'univers entier sera sous vos lois. Déjà Jérusalem s'émeut ; Hérode tremble sur son trône ; mais l'heure approche où les hérauts de votre avènement iront annoncer à la terre entière que celui qui était l'attente des nations est arrivé. La parole qui doit vous soumettre le monde partira ; elle s'étendra au loin comme un vaste incendie. En vain les puissants de la terre tenteront de l'arrêter dans son cours. Un Empereur, pour en finir, proposera au Sénat de vous inscrire solennellement au rang de ces dieux que vous

L' Epiphanie de Notre-Seigneiir. 127

venez renverser ; d'autres croiront qu'il est possible de refouler votre domination par le carnage de vos soldats. Vains efforts! le jour viendra où le signe de votre puissance ornera les enseignes prétoriennes, où les Empereurs vaincus déposeront leur diadème à vos pieds, où cette Rome si hère cessera d'être la capitale de l'empire de la force, pour devenir à jamais le centre de votre empire pacifique et universel.

Ce jour merveilleux, nous en voyons poindre l'aurore ; vos conquêtes commencent aujourd'hui, ô Roi des siècles ! Du fond de l'Orient infidèle, vous appelez les prémices de cette gentilité que vous aviez délaissée, et qui va désormais former votre héritage. Plus de distinction de Juif ni de Grec, de Scythe ni de barbare. Vous avez aimé l'homme plus que l'Ange, puisque vous relevez l'un, et laissez l'autre dans sa chute. Mais si, durant de longs siècles, votre prédilection fut accordée à la race d'Abraham, désormais votre préférence est pour nous Gentils. Israël ne fut qu'un peuple, et nous sommes nombreux comme les sables de la mer, comme les étoiles du firmament. Israël fut placé sous la loi de crainte ; vous avez réservé pour nous la loi d'amour.

Dès aujourd'hui vous commencez, ô divin Roi, à éloigner de vous la Synagogue qui dédaigne votre amour ; aujourd'hui vous acceptez pour Epouse la Gentilité, dans la personne des Mages. Bientôt votre union avec elle sera proclamée sur la croix, du haut de laquelle, tournant le dos à l'ingrate Jérusalem, vous étendrez les bras vers la multitude

128 Le Temps de Noél.

des. peuples. O joie ineffable de votre Naissance ! mais joie plus ineffable encore de votre Epiphanie, dans lacquelle il nous est donné à nous, déshérités jusqu'ici, d'approcher de vous, de vous offrir nos dons, et de les voir agréés par votre miséricorde, 6 Emmanuel !

Grâces vous soient donc rendues, Enfant tout-puissant, « pour l'inénarrable don de la foi )) (II Cor. ix, i5) c^ui nous transfère de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière ! Mais donnez-nous de comprendre toujours toute rétendue d'un si magnifique présent, et la sainteté de ce grand jour ou vous formez alliance avec la race humaine tout entière, pour arriver avec elle à ce mariage sublime dont parle votre éloquent Vicaire, Innocent III : « mariage, dit-il, qui fut promis au « patriarche Abraham, juré au roi David, « accompli en Marie devenue Mère, et au- « jourd'hui consommé, confirmé et déclaré : « consommé dans l'adoration des Mages, « confirmé dans le baptême du Jourdain, « déclaré dans le miracle de l'eau changée « en vin ». Dans cette fête nuptiale où l'Eglise votre Epouse, née à peine, reçoit déjà les honneurs de Reine, nous chanterons, ô Christ, dans tout l'enthousiasme de nos cœurs, cette sublime Ancienne des Laudes, où les trois mystères se fondent si merveilleusement en un- seul, celui de votre Alliance avec nous :

Ant h °^'^ cœlesti

^^^- ri Sponso

junctaest Ecclesia, quo-

niam in Jordane lavit

Amt a ujourd hui, ANT. /\ l'Eglise s'unit au céleste Epoux : ses péchés sont laves par le Christ

V Epiphanie de Notre-Seigneur 12g

dans le Jourdain ; les Mages accourent aux Noces royales, apportant des présents ; l'eau est changée en vin, et les convives du festin sont dans la joie. Alléluia.

Christus ejus crimina currunt cum muneribus Magi ad regales nuptias, et ex aqua facto vino laetantur convivae. Alléluia.

LE TEMPS DE NOËL

LE DIMANXHE

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