VI DIE JANUARII, IN THEOPHANIA
LE Jourdain remonta un jour vers sa source à l'attouchement de la melote d'Elisée, lorsqu'Elie fut enlevé au ciel ; les ondes du fleuve se divisèrent, et une voie solide s'ouvrit au Prophète, et cette voie était à travers les eaux en figure du Baptême par lequel nous tra-
CONVERSUS est olim Jordanis fluvius Elisei melota, rapto in altum Elia, et divisae sunt aquas hinc et inde, et ipsi sicca facta est via, et humida in typum vere baptismatis, per quod nos fluidum vita» transimus iter. Christus appa-
Le Temps de Noël.
ruit, omnem volens renovare creaturam.
Hodie aquarum sanctificata natura, scinditur Jordanis, et suorum sistit fluenta fontium, Dominum videns lavatum.
Tamquam horao in flumen venisti, Christe Rex : servile baptisma accipere ; festinas, o bone, sub Prascursoris manu, propter peccata nostra, philanthrope.
Ad vocem clamantis in deserto : Preeparate viam Domini, venisti. Domine, formam servi assumens, baptisma flagitans, qui peccatum nescis : viderunt te aquas et tremuerunt ; contremiscens efFectus est Praecursor, et exclamavit dicens : Quomodo illuminabit lampas Lumen ? Quomodo imponei manus servus super Dominum ? Sanctifica me et aquas, Salvator, qui ToUis mundi pecca-
Praecursoris et Baptistae et Prophetae, super omnes Prophetas honorati, tremuit dextera, quia contemplabatur Agnum Dei peccata mundi lavantem. et an-
versoDs le fleuve de la vie.
Le Christ est apparu : il vient renouveler toute créature.
Aujourd'hui la nature deg eaux est sanctifiée, le Jourdain est divisé ; il suspend le cours de ses sources à l'aspect du Seigneur qui vient s'y baigner.
O Christ Roi ! tu es venu au fleuve comme un homme, recevoir le Baptême des serviteurs ; tu t'empresses, ô miséricordieux, de te placer sous la main du Précurseur, pour nos péchés, ô ami des hommes 1
A la voix de celui qui crie dans le désert : Prépare^ la voie du Seigneur, tu es venu, Seigneur, prenant la forme d'esclave, implorant le Baptême, toi qui ignores le péché. Les eaux t'ont vu, et elles ont tremblé. Le Précurseur a été saisi de crainte, et il s'est écrié, disant : « Comment la faible lampe allumera-t-elle la Lumière ? Comment le serviteur iraposerat-il la main sur le Maître ? Sanctifie-moi, et sanctifie les eaux, ô Sauveur ! qui effaces le péché du monde. »
La main tremblait, la main du Précurseur, du Baptiste, du Prophète, honoré plus que tous les Prophètes ; car il contemplait l'Agneau de Dieu qui lave le péché du monde, et, dans son trouble,
L'Octave de l'Epiphanie.
il s'écriait : « O Verbe ! je n'ose mettre ma main sur ta tête : sanctifie-moi et m'éclaire, ô miséricordieux ! car tu es la vie, la lumière, et la paix du monde. »
C'était chose merveilleuse de voir le Seigneur du ciel et de la terre, dépouillé, dans le fleuve, recevant de sa créature le baptême pour notre salut, comme un serviteur ; et les chœurs des Anges étaient muets dans la crainte et l'allégresse : unis à eux, nous t'adorons ; sauve-nous.
Lève vers lui pour nous, ô Baptiste, lève ta main, comme ayant puissance, cette main qui toucha la tête du Seigneur que personne n'avait touchée, cette main dont un doigt nous désigna l'Agneau ; car par lui tu as été déclaré le plus grand des Prophètes.
Tourne aussi vers lui, ô Baptiste, tes yeux qui ont vu l'Esprit très saint descendre en forme de colombe ; montre-toi miséricordieux envers nous, assiste-nous de ton concours dans nos chants, et entonne le premier l'hymne de louange.
Le fleuve du Jourdain t'a reçu dans ses eaux, ô Christ, fontaine de vie ! et le Paraclet est descendu en forme de
xietate sollicitus, exclamabat : Non audeo imponere, o Verbum, manum capiti tuo ; tu ipse sanctifica me et illumina, o misericors ; ipse enira es vita et lux et pax mundi.
Mira res erat videre cœli terrœque Dominum in fluvio denudatum, baptismum a se<rvo pro nostra salute suscipientem quasi servum ; et stupebant Angelorum chori in timoré et gaudio :
cum illis te adoramus ; salva nos.
Manum tuam, quae Domini intactum tetigit caput, cum qua et digito ipsum nobis submonstrasti, éleva pro nobis ad illum, Baptista, tamquam potestatem habens magnam : nam ab ipso major Prophetis declaratus es, oculosque itierum tuos, qui sanctissimum viderunt Spiritum in columbas specie descendentem, ad ' ipsum converte, Baptista, misericorditer cum nobis operatus, et hic sta nobiscum approbans hymnum, incipiensque primus panegyriam.
Jordanica flumina te fontem receperunt, et Paraclitus in forma columbae descendit. Incli-
LE TEMPS DE NOËL. — T. II
Le Temps de Noël.
nat caput, qui ccelos inoiinavit ; ejulat et clamât lutum plasmanti : Cur mihi jubés quje supra me sunt ; ego opus habeo tuo baptismate, o impeccabilis.
Inclinasti caput Praecursori, capita contrivisti draconum ; in flumina descendisti, illuminasti omnia ad glorificandum te, Salvator, lumen animarum nostrarum.
Qui indutus est lumine sicut vestimento. pro nobis secundum nos neri dignatus est : fluenta induit hodie Jordanica, istis ipse ad purificationem non indigens, sed nobis in seipso dispensans regenerationem : o prodigium !
Venite, imitemur sapientes virgines ; venite.
camus obviam manifestato Domino : quia venit tamquam Sponsus ad Johannem. Jordanis te videns conversus est retrorsum ; inflexit se et stetit.
Johannes clamabat : Non audeo tangere immortale caput. Spiritus descendeoat in forma columbae ad sanctificandum aquas ; et vox de cœlo : Hic est Filius meus, veniens in
colombe. Il incline la tête, celui qui a incliné les cieux ; la créature, pétrie de terre, se plaint et crie à son auteur :
« Pourquoi me commander « des choses au-dessus de « moi ? c'est moi qui ai besoin (I de ton baptême, ô impec- « cable ! »
Tu as incliné la tête devant le Précurseur, ô Christ 1 Tu as brisé la tête du dragon ; tu es descendu dans le fleuve ; tu as illuminé toutes choses pour ta gloire, ô Sauveur, lumière de nos âmes !
Celui qui se revêt de la lumière comme d'un vêtement a daigné, pour l'amour de nous, se faire semblable à nous ; il s'est couvert des eaux du Jout^ dain comme d'un vêtement, lui qui n'avait pas besoin de ces eaux pour se purifier, et qui répand sur nous, de son propre fonds, la grâce de la régénération, ô prodige !
Venez, imitons les vierges sages ; venez, allons audevant du Seigneur manifesté ; car, en sa qualité d'Epoux, il vient vers Jean, son ami. A ta vue, le Jourdain a remonté vers sa source, il s'est replié siir lui-même et s'est arrêté. Jean s'écriait :
n Je n'ose toucher la tète iin- « mortelle ». L'Esprit descendait en forme de colombe pour sanctifier les eaux, et la voix du ciel disait : « Celuia ci est mon t'ils venu dans le
L'Octave de l'Epiphanie.
<( monde pour sauver le genre « humain ». O Christ, gloire à toi !
Le Christ est baptisé, il remonte de l'eau, relevant avec lui le monde entier ; il voit ouverts les cieux qu'Adam avait fermés pour luimême et sa postérité, L'Esprit proclame la divinité du baptisé, la voix du ciel se fait entendre : il est déclaré Sauveur de nos âmes.
Seigneur, pour accomplir ton décret éternel, tu as emprunté à toute créature son concours à l'accomplissement de ton mystère. Aux Anges, tu as demandé Gabriel; aux hommes , la Vierge ; aux cieux, l'étoile ; aux eaux, le Jourdain. Tu as pris sur toi le péché du monde : gloire à toi, notre Sauveur !
Fleuve du Jourdain, pourquoi es-tu ému de voir sans voile celui qui est invisible ?
Tu réponds « Je l'ai vu, et « J'en ai été saisi de crainte.
« Comment n'aurais-je pas « tremblé ? A cette vue, les « Anges ont frémi, les cieux « ont été ébranlés, la terre a « tremblé, la mer s'est soule- « vée, toutes les choses visi- « blés et invisibles ont été « dans l'agitation. »
« — Qui a vu des taches « sur le soleil, sur le plus « resplendissant des astres ?
« s'écriait le Précurseur.
mundum ad salvandum genus hun;ianum Gloria tibi, Christe.
Baptizatur Christus. et ascendit de aqua ; sursum effert cum seipso mundum, et videt reseratos cœlos, quQs Adam sibi suisque clauserat. Et Spiritus confitetur divinitatem, et simul adest vox de cœlo ; inde enim declaratur Salvator animarum nostrarum.
Domine, adimplere volens quae ab asterno decrevisti, ab omni creatura mysterii tui ministeria suscepisti : ex Angelis, Gabrielem ; ex hominibus, Virginem : e cœli?, stellam ; ex aquis, Jordanem : peccatum mundi suscepisti : Salvator noster, gloria tibi.
Jordanis flumen, quid obstupescis, videns invisibilem nudum ? Vidi, inquis, et exhorrui : et quomodo non tremuissem ? Hune videntes Angeli, horr^ierunt : commoti sunt cœli, terra contrerauit, et contractum est mare, et omnia visibilia et invisibilia.
Maculatum solem quis vidit, clamabat Prasco, natura coruscantem ?
quomodo te, splendor
Le Temps de Noël.
gloria», aeterni Patris imago, aquis abluam, cum fœnum sim ? Quomodo ignem tangara tuae divinitatis ? Tu enim Christus, Dei sapientia et virtus.
« Comment te laverais-je « dans les eaux, splendeur de « la gloire, image du Père « éternel, moi qui ne suis « qu'une herbe faible et des- « séchée ? Comment porte- « rais-je mes mains sur les « feux de ta divinité ? Car tu « es le Christ, Sagesse et « Vertu de Dieu. »
La grande lumière , le Christ, s'est levée sur la Galilée des nations, sur la région de Zabulon et sur la terre de Nephtali ; une éclatante splendeur a lui en Bethléhem la lumineuse, sur ceux qui étaient dans les ténèbres; mais avec plus d'éclat encore, le Seigneur, le Soleil de justice, sorti de Marie, a répandu ses rayons sur l'univers entier.
Vous donc qui étiez nus dans Adam, venez tous, revêtez-vous du Christ pour réchauffer vos membres. O Christ ! tu es venu, vêtement de ceux qui sont nus, splendeur de ceux qui étaient dans les ténèbres ; lumière inaccessible, tu t'es manifestée aujourd'hui.
A la gloire de l'auguste Mère de l'Agneau, consacrons cette ancienne Séquence de nos vieux Missels. C'est l'imitation d'une des Proses de Notker pour la Pentecôte, longtemps attribuée au pieux roi Robert, et que nous donnerons en son lieu :
Galilaeas gentium, Zabulon regioni, et Nephtalim terrae, lumen magnum illuxit Christus ; nis qui erant in tenebris fulgidus visus est splendor in Bethléhem fulgida. Sed ampliusex Maria Dominus universo orbi terrarum ostendit radios, Sol justitiae.
Idoo qui ex Adam nudi, venite omnes, induamus eum, ut refocillemur ; tegumentum enim nudorum, tenebrosorum splendor, vanisti : manifestatus es, inacc^ssibile lu-
L'Octave de l'Epiphanie.
SEQUENCE
DAIGNE rious assister la grâce de l'Esprit-Saint,
Qui, pour la rendre Mère d'un Dieu, féconda la Vierge Marie.
Par qui l'auguste Virginité a fleuri en Marie.
Esprit d'amour, qui daignas remplir Marie,
Tu répandis k rosée sacrée sur Marie.
Céleste amant, sans l'ofiFenser tu fécondas Marie.
Ton ombre sacrée, tes caresses divines sanctifièrent Marie^
Tu veillas pour que la faute originelle ne fût point transmise à Marie.
Tu consacras l'habitation du sein béni de Marie,
Afin qu'elle devînt enceinte et mère, Marie,
Et qu'elle enfantât sans perdre sa fleur, Marie.
Tu inspiras les Prophètes qui chantèrent qu'un Dieu serait conçu par Marie.
Tu donnas ta force aux Apôtres, afin qu'ils prêchassent ce Dieu qu'a enfanté Marie.
Quand Dieu créa l'ensemble de cet univers, il y figura Marie.
La terre, vierge encore, fut .appelée à produire le premier homme, qui était vierge et pur : ainsi elle a produit ie second, Marie.
Cancti Spiritus adsit "^ nobis gratia,
Quo fœcundata Deum peperit Virgo Maria.
Per quem sacrata floret Virginitas in Maria.
Spiritus aime, quo repletur Maria,
Tu rorem sacrum stillasti in Maria.
Amatorsancte, quo intactaimprsegnatur Marra.
Sub cujus umbra non torretur, dum fovetur Maria.
Tu prîeserv'asti ne prima culpa transfusa sit in Maria.
Tu cellam sacrasti sic benedicti ventris in Maria,
Ut tumeret, et Mater fieret Maria,
Sic pareret, nec florem perderet Maria.
Prophetas tu inspirasti,ut praecinerent quod Deum conciperet Maria.
Apostolos confortasti, ut adstruerent hune Deum quem edidit Maria.
Quando machinam Deus mundanam fecit, est praefigurata Maria.
Tellus hominem. virgo virginem fudit primum, sic secundum Maria.
le Te>np<i de Noël
Tu animarum spes affliclarum dulcis Maria.
Tu servulorum tuorum nexus solve, Maria ;
Tu coUisum peccatis mundum ad vitam reparasti. Maria.
Idololatras et leges atras enerv'asti. Maria.
Ergo nos petimus supplices ut opebenignasubleves. Maria,
Et Nato pro nobis supplices, qui tibi psallimus : Ave. Maria.
Tu felicibus felicior.
Maria.
Tu sublimibus An^elorum cœtibus es praelata.
Maria.
Ipsum hominem induisti, Maria.
Qui sine semine, rigante nemine, te fœcundavit. Maria.
Hune Deum nobis plaça, Maria.
Tu es l'espoir des âmes affligées, ô douce Marie !
Délie les chaînes de tes serviteurs, ô Marie !
Le monde tout brisé par ses crimes, tu l'as rappelé à la vie, ô Marie !
Tu as triomphé des idoles et des lois impies, ô Marie!
Donc, nous te supplions de nous secourir de ta main bénigne, ô Marie \
Et de prier ton Fils pour nous qui chantons à ta gloire :
Salut, ô Marie !
Ta félicité surpasse toute félicité, ô Marie.
Ton trône domine les choeurs sublimes des Anges, ô Marie !
Tu as revêtu du vêtement de la chair un homme, ô Ma-
rie
Pour lui tu devins féconde, sans le secours humain, o Marie !
Il est Dieu ; apaise-le pour nous, ô Marie !