‹ L'Année liturgique (volume 4)Chapitre 83 sur 132 · ALLOCUTION · texte numérisé non relu

ALLOCUTION

SUPPLIONS, ô peuples, l'adorable Seigneur, dans l'abondance de nos vœux, en ce retour solennel de la fête du très heureux pontife Hilaire, dont la bouche a tonné au milieu du monde, pour légalité des trois divines personnes, avec tant de force, que ce soldat du Christ a

ADORABILEM, popuH.

beatissimi Hilarii antistitis festivitate solemniter récurrente, cujus lingua in sasculo pro sanctas Trinitatis sequalitate sic tonuit, ut hujus mundi Principem miles Christi prosterneret. et in cœlestis Régis aula

Le Temps de Noèl.

victor intraret. Dominutn votis uberioribus deprecemur : ul qui eum inter diverses acies ita fecit esse sollicitutn, ut redderet iater bella securum. nobis concedere dignetur ut quod in ejus honore deposcimus. eo suifragante consequi mereamur.

renversé le Prince de ce siècle, et est entré vainqueur au palais du Roi céleste. Demandons à celui qui Ta rendu chef vigilant de ses armées, et calme au milieu des combats, qu'il daigne nous faire la grâce d'obtenir, par le suffrage d' H i lai re , ce que nous sollicitons en son honneur.

Cette Préface, qui célèbre les vertus et les prodiges de saint Hilaire, s'est conservée dans l'Eglise des Gaules, même après l'introduction de la Liturgie Romaine :

V' ERE dignum et justum est gratias agere. vota solvere. munera consecrare, Domine sancte. Pater omnipotens, seterne Deus : qui beatum Hilarium Confessorem tuum praeeleglsti tibi sacratas confessionis tuae antistitem, ingenti lumine coruscantem, morum lenitate pollentem, fidei fervore flagrantem, eloquii fonte torrentem :

cui quEe sit gloriatio ostendit concursus ad tumulum. purifîcatio incursorum, medela languentium. mirandarum signa virtutum. Qui etsi natura fecit finem per transitum, iilic vivunt Pontificis mérita post

IL est vraiment digne et juste de vous rendre grâces, de vous offrir des vœux, de vous consacrer ces dons.

Seigneur saint, Père toutpuissant. Dieu éternel, qui avez élu le bienheureux Hilaire votre Confesseur pour le Pontife de votre confession sacrée : cet homme tout éclatant d'une lumière immense, orné d'une si grande douceur de moeurs, enflammé des ardeurs de la foi. source impétueuse d'éloquence; lui dont la gloire paraît dans le concours des peuples à son tombeau, dans la guérison des possédés, dans le soulagement de ceux qui languissent, dans les signes des plus merveilleux prodiges. Selon la nature, il a quitté notre se-

Saiyit Hilaire, Ev. et Doct. de VEglise. 285

«epulcrum, ubi prassentia Salvatoris est Jesu Christi Doraini nostri.

jour ; mais les mérites de ce Pontife survivent au delà du tombeau, en la présence du Sauveur Jésus-Christ, notre Seigneur.

L'Oraison suivante a été recueillie de plusieurs anciens Missels manuscrits •

ODiEU, dont la miséricorde change les pécheurs pour le pardon, et transfère les justes pour les couronner ; vous qui, habitant dans le cœur du bienheureux Pontife Hilaire, y avez donné les réponses de la foi, comme du sein de votre sanctuaire ; vous

Îui avez donné à cet illustre !onfesseur de ne pas craindre César: daignez, par son intercession, défendre votre peuple suppliant contre son ennemi spirituel, et faire qu'il soit protégé par la fidèle priçre de celui dont il célèbre avec transport la solennité.

L'Eglise de Poitiers, toujours tidèle à la mémoire de son héroïque Pontife, célèbre sa fête avec une religion filiale. Pour honorer avec plus d'éclat le témoignage rendu par le grand Docteur des Gaules, au mystère qui fait la base du Christianisme tout entier, elle chante en ce jour, à la Messe, la Préface de la Sainte Trinité. Nous donnerons ici quelques pièces liturgiques empruntées aux anciens livres de cette illustre Eglise Les

DEUS. cu)us miseratione delinquentes rautantur ad veniam, justi transferuntur ad palmam ; qui infusus in corde beatiHilarii antistitis, quasi de tuo templo fidei responsa dedisti : concède propitius, ut qui tune inclytum Confessorem tuum fecisti Caesarem non timere. ejus intercessione ab spiritali hoste plebem protegas obsecrantem, ut cujus solemnitati tripudiat. ejus sit fida prece defensa.

Le Temps de Noël.

Répons suivants sont tirés en partie de la légende du Saint, rédigée par saint Venance Fortunat, l'un de ses plus illustres successeurs.

EATUS Hilarius.

prae caeteris gratia generositatis ornatus, nitore pectoris addito, * Quasi refulgens Lucifer inter astra processit. j^.

Igitur beatus Hilarius.

Pjctavensis urbis Episcopus, regionis Aquitanicae partibus oriundus, * Quasi refulgens.

]^. O quam perfectissimumlaicum 1 cujusimitatores ipsi esse desiderant sacerdotes ; * Cui non fuit aliud vivere nisi Christumcumdilectione timere.etcum timoré diligere. f. Cujus sequaces currunt ad gloriam.

divertentes ad pœnam ; credenti succedunt praemia. recusanti tormenta.

' Cui.

fq. Tumitaque sanctissimus Hilarius in Phrygiam, Asiae regionera, missus est exilio, ad virtutis augmentum ; * Quia quantum, pro Christi nomine, longius discedebat a solo proprio, tantum merebatiir fieri vicinior cœlo. f. Qui dum ad locum pervenisset op-

gi E bienheureux Hilaire

^L distingué au-dessus de tous par l'honneur de la naissance, plus éclatant encore par la pureté de son coeur, * Brillant comme l'étoile du matin, a paru au milieu des astres, f. Le bienheureux Hilaire , Evêque de la ville de Poitiers, sorti de la région d'Aquitaine, * Brillant comme rétoile,

^. Oh ! qu'il fut parfait dan^ l'état de laïque ! Les prêtres mêmes eussent désiré être ses imitateurs. * L'occupation de sa vie n'était autre que de craindre avec amour le Christ, que de l'aimer avec crainte, f. Ceux qui marchent sur ses traces, courent à la gloire ; ceux qui s'en écartent, encourent la peine : au croyant la récompense ; à l'incrédule, les supplices.* L'occupation de sa vie.

^. Le très saint Hilaire fut donc exilé dans la Phrygie, contrée d'Asie, pour l'accroissement de sa vertu ; * Car plus il s'éloignait, pour l'amour du Christ, du pays de sa naissance, plus il méritait de s'approcher du ciel.

f. Etant arrivé au lieu de ses désirs, nous devons célébrer les faveurs qui lui furent ac-

Saint Hilaire, Ev. et Doct. de V Église. 287

cordées. ' Car plus il s'éloignait.

^. De retour de son exil, le saint Pontife Hilaire rentra dans Poitiers, au milieu de la joie et des applaudissements de tout son peuple ; * Car l'Eglise recouvrait son Pontife, et le troupeau son Pasteur, f. La perle des Prélats, il est rentré dans son héritage ; louons le Seigneur, et que le chœur des Anges aussi se réjouisse. * Car l'Eglise.

tabilem, nobis tacendum non est quid illi concessum est. * Quia.

^. Cum de exilio regressus sanctus Hilarius Pontifex Pictavim introivit : summo favore plaudebant omnes pariter, * Eo quod recepisset Ecclesia Pontificem, grex Pastorem. j^^. Gemma prassulum remeante ad propria, laudemus Dominum ; laetetur quoque chorus Angelorum. * Eo quod.

De nos jours, l'Eglise de Poitiers chante en l'honneur de son grand Evêque ces deux Hymnes composées par le pieux Simon Gourdan, chanoine régulier de cette même abbaye de Saint- Victor, de Paris, tant illustrée par les Séquences de son immortel Adam.

DEPUIS le jour où l'Eglise, mère féconde de tant d'hommes iljustres, réunit les Gaulois à son immense troupeau, quel homme parmi eux a été comparable à Hilaire ?

Quel docteur a vengé avec plus de courage le Fils engendré par le Père ?

Célèbre, ô peuple fidèle, les titres de gloire qui le recommandent, la dignité de son élocution, les qualités nombreuses qui brillèrent en lui ; mais son suprême hon-

Ex quo Relligio, tôt procerum parens , Gallos addiderit Chris-

tiadum gregi, Quis par Hilario ? quis generosius Natum de Pâtre vindicat?

Insignes titulos, elo-

quium grave, Dotes innumeras plebs

sacra concinat :

Laus suprema fides, qua

genitum Deo

Le Temps de Noël.

Altis vocibus asserit

Si non tincta fuit sanguine profluo Clara fronte micans infu-

la nobilis, Curis mille litat : martyrii decus Supplet continuas labor.

Hoc Nicasna fides vindice nititur ; Frustra tartareus concu-

tit hanc furor ; Hic oris gladio fulgurat aureo, Vastantes abigens lupos.

Quo vultu reducem grex pius excipit !

Quas post longa metit

praelia laureas !

le, Martine, docet quam pede strenuo Virtutum rapias viam.

Patri maxinaa laus, maxima Filio, Fœcundo générât quem

Pater in sinu, jEquum Principio, nuraine comparem :

Sacro maximaFiaraini.

Amen

neur, c'est la foi, par laquelle il proclame hautement le Fils de Dieu.

La mitre qui brille sur son auguste front n'a pas été teinte de son sang ; mais sa vie a été en proie à mille épreuves ; ses fatigues incessantes ont compensé pour lui 1 honneur du martyre.

La foi de Nicée resplendit par les efforts d'un tel vengeur ; en vain la fureur des enfers s'efforce d'en renverser le Symbole ; Hilaire lance les éclairs de sa parole semblable à un glaive d'or ; il chasse les loups dévastateurs.

Avec quel transport le fidèle troupeau reçoit, à son retour, le Pontife exilé ! Après ses longs combats, que de lauriers Hilaire moissonne ! O Martin ! c'est alors qu'il t'enseigne à marcher d'un pas ferme dans le sentier des vertus.

Louange suprême au Père ; honneur égal au Fils que le Père engendre de son sein fécond : au Fils, égal au Principe, semblable en divinité ; louange pareille à l'Esprit divin 1

Amen.

Saint Hilaire, Ëv. et Doct. de V Eglise. 28g

vTi la fraude, ni la faveur IM des princes, ni lenrs menaces, n'ébranlent l'athlète magnanime ; Pasteur, il est contraint par un ordre tyrannique de quitter son troupeau. Qui désormais repoussera la fureur des loups ?

Tu pars, ô Pontife ! Mais tandis que ton grand cœur se soumet à l'exil, la Gaule est baignée dans les larmes ; et la terre de Phrygie qui reçoit en toi un père, va se réjouir de posséder en toi le vengeur du 'Verbe.

Puissant Docteur, il illumine du flambeau d'une lumière nouvelle les ténèbres sous lesquelles se cachait l'erreur : ses eaux vives nettoient les pâturages souillés d'un impur limon ; il éclaire des nations que l'infidélité rendait encore féroces.

Il confirme dans la foi des pasteurs chancelants ; on voit revenir vers leurs troupeaux les gardiens timides que l'audace de l'hérésie en avait éloignés ; la voix d'Hilaire est pour eux la voix d'un père.

Sublime Pontife, qui. au plus haut des cieux, contem-

NON fraus magnanimum, nonfavoraut mina£, Athletam quatiunt : jussa

tyrannidis Explens, Pastor oves linquere cogitur ', Quis jam contineat lupos ?

Ergo, Praesul. abis ?

dum generosa mens

Te parère facit, Gallia

lacrymas Fundat : terra Phrygum suscipiens patrem, Verbi vindice gaudeat.

Erroris latebras Doctor Hilarius Spargit luce nova, fon-

teque vivido Expurgat nocuis pascua faecibus : Gentes erudit efferas.

Ipsos,dumtitubant,ins-

tituit fide Pasîores : redeunt mox

ad ovilia, Quos error timidos abs-

tulerat procul, Et vocem patris audiunt.

Praesul magne, poli qui super ardua

LE TEMPS DE NOET

QO

Le Temps de Noël.

Solem justitiae cominus

adspicis , Verbum nos doceat .

quaesumus, impetra, Cujusdogmata praedi-

cas.

Mundani metuant im-

perii ducem,

Qui terrain sapiunt •

Caesaris haud timet

Infensi furias pastor, et

asserit

Christi liberius fidem.

Patri maxima laus, maxima Filio, Fûccundo générât quem

Pater in sinu, iEquum Principio, numine comparem :

Sacro maximaFlamini.

Amen.

pies de près le Soleil de justice, obtiens qu'il daigne nous éclairer, ce Verbe dont tu nous as fait connaître l'essence.

Qu'ils tremblent en présence du prince de ce monde ceux qui ne goûtent que les choses terrestres ; pour Hilaire, il dédaigne les fureurs d'un César irrité ; il n'affirme qu'avec plus de liberté la pure foi du Christ.

Louange suprême au Père; honneur égal au Fils que le Père engendre de son sein fécond : au Fils, égal au Principe, semblable en divinité ; louange pareille à l'Esprit divin.

Amen.

Ainsi a mérité d'être glorifié le saint Pontife Hilaire pour avoir conservé, par ses courageux efforts, et jusqu'à exposer sa tête, la foi dans le premier des mystères. Une autre gloire que Dieu lui a donnée est d'avoir fécondé, par sa vigueur, le grand principe de la liberté de l'EÎglise, principe sans lequel l'Epouse de Jésus-Christ est menacée de perdre, du même coup, la fécondité et la vie. Naguère, nous avons honoré la mémoire du saint martyr de Cantorbéry ; aujourd'hui, nous célébrons la fête d'un des plus illustres Confesseurs dont l'exemple l'éclaira et l'encouragea dans la lutte. L'un et l'autre s'inspiraient des leçons qu'avaient données

Saint Hilaire, Év. et Doct. de V Église. 2g i

aux ministres du Christ les Apôtres euxmêmes, lorsqu'ils parurent pour la première fois devant les tribunaux de ce monde et prononcèrent cette grande parole, qu'zV vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. (Act. v, 29.) Mais les uns et les autres n'étaient si forts contre la chair et lé sang, que parce qu'ils étaient détachés|des biens terrestres, et avaient compris q^ue la vraie richesse du chrétien et du Pontite est dans l'humilité et le dénûment de la crèche, la seule force victorieuse dans la simplicité et la faiblesse de l'Enfant qui nous est né. Ils avaient tous goûté les leçons de l'école de Bethléhem, et voilà pourquoi aucune promesse d'honneurs, de richesses, de paix même, ne put les séduire. Avec quelle dignité cette nouvelle famille de héros du Christ se lève au sein de l'Eglise ! Si la politique des tyrans qui veulent paraître chrétiens, malgré le christianisme, leur refuse avec obstination la gloire du martyre, de quelle voix tonnante ne proclamentils pas la liberté due à l'Emmanuel et à ses ministres ! D'abord, il& savent dire aux princes, avec notre grand Evêque de Poitiers, dans son premier Mémoire à Constance :

« Glorieux Auguste, votre sagesse singulière '( comprend qu'il ne convient pas, qu'il n'est (i pas possible de contraindre violemment des « nommes qui y répugnent de toutes leurs for- « ces, à se soumettre, et à s'unir à ceux qui ne « cessent de répandre les semences corrom- « pues d'une doctrine adultère. L'unique but « de vos travaux, de vos desseins, de votre « gouvernement, de vos veilles, doit être de « faire jouir des douceurs de la liberté tous

2(^2 Le Temps de Noél.

i> ceux à qui vous commandez. Pas d'autre « moyen d'apaiser les troubles, de réunir « ce qui a été disjoint avec violence, que de « rendre chacun exempt de la servitude, « et maître de sa vie. Laissez donc parvenir « aux oreilles de votre mansuétude toutes « ces voix qui crient : Je suis Catholique, « je ne veux pas être hérétique ; je suis Cnré- (( tien, je ne suis pas Arien : je préfère mou- '. rir en ce monde, plutôt que de laisser cor- « rompre par la domination d'un homme la <( pureté virginale de la vérité. »

Et lorsque Ton faisait retentir aux oreilles d'Hilaire le nom profané de la Loi pour justifier la trahison dont l'Eglise était l'objet de la part de ceux qui pré^raient les bonnes grâces de César au service de Jésus-Christ, le saint Pontife, dans son Livre contre Auxence, rappelait avec courage à ses collègues l'origine de l'Eglise, qui n'a pu s'établir qu'à ï'encontre des lois humaines, et qui se fait gloire d'enfreindre toutes celles qui entraveraient sa conservation, ses développements et son action.

« Quelle pitié nous inspire toute cette peine « qu'on se donne de notre temps, et com- « bien il nous faut gémir en considérant les « folles opinions de ce siècle, quand on ren- « contre des hommes qui pensent que les tf choses humaines peuvent protéger Dieu, n et qui travaillent à défendre l'Eglise du « Christ par les movens de l'ambition sécu- « lière ! Je vous le d^emande, à vous, Evêques, u de quel appui les Apôtres se sont-ils « servis dans la publication de l'Evan- 0 gile ? Quelles sont les puissances qui les ont

Saint Hilaire, Ev. et Doct. de V Église. 2q3

« aidés à prêcher le Christ, à faire passer « presque toutes les nations du culte des ido- « les à celui de Dieu ? Obtenaient-ils quelques « dignités de la cour, eux qui chantaient « des hymnes à Dieu dans les prisons , sous « les chaînes, et après avoir été flagellés ? « Etait-ce par les edits du prince, que Paul

rassemblait l'Eglise du Christ ? Sans doute u'il agissait sous le patronage d'un Néron, 'un Vespasien, ou d'un Décius, de ces « princes dont la haine a fait fleurir la prédi- « cation divine ! Ces apôtres, qui vivaient du « travail de leurs mains, qui tenaient leurs « assemblées dans des lieux secrets, qui par- « couraient les villages, les villes, les nations, « par terre et par mer, en dépit des Sénatus- « Consultes et des Edits royaux, ils n'avaient « sans doute pas les clefs du Royaume des (( Cieux ! Ou bien encore, ce n'est pas la « vertu de Dieu qui triomphait des passions « humaines, dans ces temps où la prédica- « tion du Christ s'étendait en proportion « des défenses dont elle était l'objet ! »

Mais quand le moment est arrivé de s'adresser à l'Empereur lui-même, et de protester en face contre la servitude de l'Eglise, Hilaire, le plus doux des hommes, revêt cette indignation divine dont le Christ luimême parut animé contre les violateurs du Temple , et son zèle apostolique brave tous les dangers pour signaler les périls du système que Constance a inventé pour étouffer l'Eglise du Christ, après l'avoir flétrie.

« Le temps de parler est venu ; car le temps « de se taire est passé. Il nous faut attendre

2g4 Le Temps de Noël

« le Christ ; car le règne de l'Antéchrist a a commencé. Que les pasteurs poussent des « cris ; car les mercenaires ont pris la fuite. « Donnons nos vies pour nos brebis ; car les « voleurs sont entrés, et le lion furieux tourne « autour de nous. Allons au-devant du mar- « tyre ; car l'ange de Satan est transformé « en ange de lumière.

« Pourquoi, Dieu tout-puissant, ne mavez- « vous pas fait naître, et remplir mon minis- « tère au temps des Néron et des Décius ? (( Plein du feu de l'Esprit-Saint, je n'eusse « pas craint le chevalet, au souvenir d'Isaie « scié en deux; le feu ne m'eût pas épou- " vanté, à la pensée des Enfants Hébreux cnanc( tant au milieu des flammes ; ni la croix, ni (' le brisement des membres ne m'eussent « effrayé, en me rappelant le larron trans- « féré dans le Paradis, après un semblable « supplice ; les abîmes de la mer, la fureur H des vagues n'eussent point affaibli mon « courage ; car l'exemple de Jonas et de Paul « aurait été là pour m'apprendre que vos fidè- « les peuvent vivre sous les flots.

c( Contre vos ennemis avoués, j'aurais com- « battu avec bonheur ; car je n'aurais pas eu « de doute qu'ils ne fussent de vrais persé- « cuteurs, ceux qui m'auraient voulu con- « traindre par les supplices, le fer et le feu, « à renier votre nom ; pour vous rendre té- « moignage, notre mort seule aurait sufli, « Nous eussions combattu ouvertement et avec a confiance contre ceux qui vous renient, « contre des bourreaux, contre des meur- « triers ; et nos peuples, avertis par la publi- « cité de la persécution, nous eussent suivis

Saint Hilaîre, Êv. et Doct, de V Église. 2gb

u comme leurs chefs, dans le sacrifice qui « vous rend témoignage.

« Mais aujourd'hui nous avons à combattre « contre un persécuteur déguisé, contre un « ennemi qui nous flatte, contre Constance ft l'Antéchrist, qui a pour nous, non des « coups, mais des caresses , qui ne proscrit « pas ses victimes pour leur donner la vie « véritable, mais les comble de richesses <( pour leur donner la mort, qui ne leur oc- « troie pas la liberté des cachots, mais leur « donne une servitude d'honneurs dans ses (( palais ; qui ne déchire pas les flancs, mais « envahit les cœurs ; qui ne tranche pas la tète (( avec je glaive, mais tue l'âme avec son or ; <( qui ne publie pas d'édits pour condamner au « feu, mais allume, pour chacun, le feu de l'en- « fer. Une dispute pas, dans la crainte d'être « vaincu ; mais il flatte pour dominer , il con- « fesse le Christ, pour le renier , il procure « une fausse unité, afin qu'il n'y ait pas de « paix ; il sévit contre certaines erreurs, « pour mieux détruire la doctrine du Christ; « il honore les Evèques, afin qu'ils cessent « d'être Evêques , il bâtit des églises, tout « en ruinant la foi.

« Qu'on cesse de m'accuser de médisance, « de calomnie ; le devoir des ministres de la '( vérité est de ne dire que des choses vérita- « blés. Si nous disons des choses fausses, nous « consentons à ce que nos paroles soient ré- « putées infâmes ; mais si nous faisons voir « que tout ce que nous disons est manifeste, « nous n'avons pas dépassé la liberté et la moc( destie des Apôtres, nous qui n'accusons u qu'après un long silence.

2q6 Le Temps de Noél.

« Je te dis hautement, Constance, ce que « j'aurais dit à Néron, ce que Décius et Maxi- « mien auraient entendu de ma bouche : « Tu combats contre Dieu, tu sévis contre « l'Eglise, tu persécutes les saints, tu hais les « prédicateurs du Christ, tu enlèves la reli- « gion ; tu es un tyran, sinon dans les choses « humaines, du moins dans les choses divines. (( Voilà ce que j'aurais dit en commun, à toi et (( à eux ; maintenant écoute ce qui t'est pro- « pre. Sous le masque d'un chrétien, tu es « un nouvel ennemi du Christ ; précurseur X de l'Antéchrist, tu opères déjà ses odieux « mystères. \'ivant contre la foi, tu t'ingères « à en dresser des formules ; tu distribues les « évêchés à tes créatures ; tu remplaces les « bons par des méchants. Par un nouveau « triomphe de la politique, tu trouves le « moyen de persécuter sans faire de martyrs.

« Combien plus nous fûmes redevables à « votre cruauté, Néron, Décius, Maximien ! Par « vous, nous avons vaincu le diable. La piété « a recueilli en tous lieux le sang des mar- « tyrs ; et leurs ossements vénérés rendent « témoignage de toutes parts. Mais toi, plus (( cruel que tous les tyrans, tu nous attaques « avec un plus grand' péril pour nous, et tu « nous laisses moins d'espoir pour le pardon. «( A ceux qui auraient eu le malheur d'être « faibles, il ne reste même pas l'excuse de « pouvoir montrer à l'éternel Juge la trace « des tortures et les cicatrices de leurs « corps déchirés, pour se faire pardonner « la faiblesse, en considération de la né- « cessité. O le plus scélérat des hommes ! « tu tempères les maux de la persécution

Saint Hiïaire, Év. et Doct. de V Église. 2g-/

« de telle sorte que tu enlèves l'indulgence « à la faute, et le martyre à la confession.

« Nous te reconnaissons sous tes vêtements « de brebis, loup ravissant ! Avec l'or de « l'Etat, tu décores le sanctuaire de Dieu: « tu lui offres ce que tu enlèves aux tem- « pies des Gentils, ceque tu extorques par tes « édits et tes exactions. Tu reçois les Evè- « ^ues par le même baiser dont le Christ a « été trahi. Tu abaisses ta tête sous la bé- « nédiction, et tu foules aux pieds la foi, « tu fais remise des impôts aux clercs, pour « en faire des chrétiens renégats, tu re- 0 lâches de tes droits, dans le but de faire « perdre à Dieu les siens. »

Telle était la vigueur du saint évêque en face d'un prince qui finit par faire des martyrs, mais Hilaire n'eut pas seulement à lutter contre César. A toutes les époques, l'Eglise a renfermé dans son sein des demifidèles que l'éducation, une certaine bienséance, (Quelques succès d'influence et de talent, retiennent parmi les catholiques, mais que l'esprit du monde a pervertis. Ils se sont fait une Eglise humaine, parce que le naturalisme ayant faussé leur esprit, ils sont devenus incapables de saisir l'essence surnaturelle de la véritable Eglise. Accoutumés aux variations de la politique, aux tours habiles à l'aide desquels les hommes d'Etat arrivent à maintenir un équilibre passager à travers les crises, il leur semble que l'Eglise, dans la déclaration même des dogmes, doit compter avec ses ennemis, qu'elle pourrait se méprendre sur l'opportunité de ses résolutions, en un mot que sa précipitation peut

2f)S Le Temps de Noël

attirer sur elle, et sur ceux qu'elle compromettra avec elle, une défaveur funeste. Arbres déracinés^ dit un apôtre ; car en effet leurs racines ne plongent plus dans le sol qui les eût nourris et rendus féconds. Les promesses formelles de Jésus-Christ, la direction immédiate de l'Esprit-Saint sur l'Eglise, l'aspiration du vrai tidèle à entendre proclamer dans son complément la vérité qui nourrit la foi, en attendant la vision, la soumission passive due préalablement à toute détinition qui émane et émanera de l'Eglise jusqu'à la consommation du monde : tout cela pour eux n'appartient point à l'ordre pratique. Dans l'enivrement de leur politique mondaine et des encouragements qu'elle leur vaut de la part de ceux qui haïssent l'Eglise, ils se compromettent devant Dieu et devant l'histoire par les efforts désespérés qu'ils osent faire pour arrêter la promulgation de la vérité révélée.

Hilaire devait aussi les rencontrer sur son chemm, ces hommes qu'effrayait le consiibstantiel, comme d'autres se sont effarouchés de la transsubstantiation et de V infaillibilité Il s'opposa comme un mur d'airain à leurs

Pusillanimités et à leurs vulgaires calculs coutons-le lui-même commenté par le plus éloquent de ses successeurs « La paix, me « dites-vous ? n'allez-vous pas troubler la raix, « troubler l'union ?» — « C'est un beau « nom que celui de la paix ; c'est aussi o une belle chose que l'idée d'unité ; mais a qui donc ignore que , pour l'Eglise et « pour l'Evangile , il n'y a pas d'autre « unité et d'autre paix que 1 unité et la

Saint Hilaire, Év et Doct. de V Église. 2qg

« paix de Jésus-Christ ?» — « Mais, lui « objectait-on encore, ne savez-vous pas avec « qui vous vous mesurez, et n'avez-vous pas « peur ? » — « Oui, vraiment j'ai peur ■ j'ai « peur des dangers que court le monde , j'ai « peur de la terrible responsabilité qui pèse- « rait sur moi par la connivence, par la « complicité de mon silence= J'ai peur enfin « du jugement de Dieu, j'en ai peur pour 0 mes frères sortis de la voie de la vérité, « j'en ai peur pour moi, dont c'est le devoir « de les y ramener » On ajoutait : « Mais « n'y a-t-il pas des réticences permises, des « ménagements nécessaires ? » Hilaire répondait que l'Eglise n'a vraiment pas besoin qu'on lui fasse la leçon, et qu'elle ne peut oublier sa mission essentielle. Or , cette mission, la voici ; « Ministres de la vérité, il {( nous appartient de déclarer ce qui estvrai. « Ministres veritatis decet ver a proferre ', » C'était donc avec raison, glorieux Hilaire, que l'Eglise de Poitiers vous adressait, dès les temps anciens, ce magnifique éloge que l'Eglise Romaine consacre à votre illustre disciple Martin : « O bienheureux Pontife ! « qui aimait de toutes ses entrailles le Christ « Roi, et qui ne ployait pas sous le faix du « commandement ! O âme très sainte ! que « le glaive du persécuteur n'a point séparée c( du corps, et qui cependant n'a pas perdu ce la palme du martyre ! » Si la palme vous a manqué, du moins n'avez-vous pas man-

I. Œuvres du Cardinal Pie, évêque de Poitiers, tome VI. Discours prononcé à Rome, dans l'Eglise de Saint-André délia Valle, le 14 janvier 1870.

^00 Le Temps de Noël.

que à la palme ; et la couronne dé Martyr, qui ceint le front de votre illustre frère Eusebe, ne convient pas moins à votre tète sacrée qu'entoure déjà l'auréole de Docteur Tant de gloire est due à votre courage dans la confession de ce Verbe divin dont nous honorons, en ces jours, les abaissements et l'ineffable enfance. Comme les Mages, vous n'avez point tremblé en présence d'Hérode ; et si les ordres de César vous exilèrent sur la terre étrangère, votre cœur se consola en songeant à l'exil de Jésus enfant, dans la terre d'Egypte. Obtenez-nous la grâce de comprendre, à notre tour, ces divins mystères Veillez aussi sur la foi des Eglises , et par votre suffrage puissant, conservez-y la connaissance et l'amour du divin Emmanuel.

Souvenez-vous de celle que vous avez gouvernée, et qui se glorifie encore d'être votre fille , mais puisque l'ardeur de votre zèle embrassait la Gaule lout entière dont vous fûtes l'invincible boulevard, protégez aujourd'hui la France chrétienne. Qu'elle garde toujours le don de la foi ; que ses Evoques soient les athlètes courageux de la liberté ecclésiastique ; formez dans son sein des prélats puissants en œuvres et en paroles, comme Martin et comme vous, profonds dans la doctrine, et fidèles dans la garde du dépôt.

àzj. cttA ftiA rtlA ftlA <tî> CTiA CtLA CTiA CXiJ. CXtf- CtlA

LE MÊME JOUR

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