‹ L'Année liturgique (volume 4)Chapitre 84 sur 132 · SAINT FELIX, PRÊTRE EJ MARTYR · texte numérisé non relu

SAINT FELIX, PRÊTRE EJ MARTYR

Aux splendeurs radieuses de son Epiphanie l'Emmanuel associe en ce jour, avec Hilaire de Poitiers, un humble amant des vertus de la crèche. Soustrait par Dieu même à la rage des persécuteurs, Félix n'en a pas moins obtenu le titre de martyr pour son courage invincible dans des tourments et une captivité qui devaient naturellement aboutir à la mort. Déjà inscrit au ciel dans la blanche armée des athlètes du Seigneur, il devait encore longtemps réjouir et ^fortifier l'Eglise par l'exemple de cette pauvreté admirable, de cette humilité, de cette charité ardente qui lui donnent place, sur le cycle sacre, près de l'humble berceau du. Koi pacifique.

Il a aimé, il a suivi l'Enfant-Dieu dans son obscurité volontaire; et voilà qu'aujourd'hui ce Roi des anges et des hommes, manifesté au monde, adoré par les rois, partage avec lui la gloirede satriomphanteEpiphanie. .^« vainqueur je donnerai de s'asseoir avec moi dans mon trône, dit le Seigneur. (Apoc. m, 2 1 .) En qui plus qu'en Félix de Noie s'est réalisée sur terre la promesse bénie du divin chef à ses membres ? Un pauvre tombeau venait de recevoir la dépouille mortelle de l'humble prêtre de Campanie, qui semblait devoir y attendre, dans le silence et l'obscurité qu'il

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avait tant aimée, le signal de la trompette de l'Ange au jour de la Résurrection. Soudain des miracles éclatants et nombreux illustrent cette tombe; le nom de Félix, porté en tous lieux, opère en tous lieux les mêmes prodiges de grâce ; à peine la paix est-elle rendue à l'EÎglise et au monde par l'avènement de Constantin à l'empire, que de toutes parts les peuples s'ébranlent ; des foules sans nombre affluent au tombeau du martyr ; Rome elle-même se dépeuple à certains jours, et l'antique voie Appienne, dont le sol disparaît sous les pas pressés des pèlerins, semble n'avoir jamais eu d'autre destination que de porter aux pieds de Félix les hommages, la reconnaissance et l'amour du monde entier. Cinq basiliques ne suffisent pas à l'immense concours ; une sixième s'élève, et une ville nouvelle couvre le champ solitaire où furent autrefois déposés les restes précieux du martyr. Pendant tout le quatrième siècle,

3ui à tant d'autres grandeurs joignit celle de onner son extension entière au grand mouvement des pèlerinages, la ville'de Noie en Campanie demeure pour l'Occident le principal centre, après Rome, de ces manifestations si catholiques de la foi chrétienne. « Heureuse ville de Noie », s'écrie un contemporain, témoin oculaire de ces merveilles, « heureuse ville, qui, par le bienheureux « Félix, est devenue la seconde après Rome « même, Rome la première autrefois par son 0 empire et ses armes victorieuses, la pre- « mière encore aujourd'hui par les tombeaux « des Apôtres! » (PAVLiî^iy De S. Felice nata- 'itium Carmen II.)

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Nous venons de citer Paulin, l'illustre consulaire dont le nom est à jamais inséparable de celui de Félix, Paulin que nous retrouverons, au Temps après la Pentecôte, donnant lui aussi au monde, sous le souffle du divin Esprit, d'admirables exemples de renoncement. Dans la fleur de sa brillante jeunesse, prévenu déjà par les honneurs et la gloire, Paulin, un jour, s'est rencontré près du tombeau de Félix; il a compris à ce tombeau la vraie grandeur et pénétré le néant des gloires humaines: le sénateur romain, le consul, le descendant des Paul- Emile et des Scipion se voue à son vainqueur ; il sacrifiera tout, richesses, honneurs, patrie, à l'ambition d'habiter près de cette tombe; doué d'un talent poétique admiré dans Rome, il n'aura plus d'inspiration que pour chanter chaque année, au jour de sa tête, la gloire du bienheureux Félix, et se proclamer l'esclave, l'humble portier du serviteur du Christ. Tel est en ses saints le triomphe de l'Emmanuel; telle est la gloire des membres, en ces jours où le divin chef ne semble se manifester lui-même que pour les montrer, selon sa promesse, assis dans un même trône et recevant comme lui les hommages des peuples et des rois

Lisons maintenant le récit abrégé de la vie de saint Félix, que l'Eglise met aujourd'hui sous nos yeux :

FÉLIX, prêtre de Noie, s'élevant avec force contre les idoles, fut soumis à divers tourments par les infidèles, et jeté en prison. Délivré la

FELIX Nolanus Presbyter cum in idola vehementius inveheretur, ab infidelibus varie vexatus, in carcerem conji-

Le Temps de N<,él.

citur. Unde ab Angelo nocte eductus, quasrere jussus est Maximianum S'olae Episcopum . qa CLim senio confectus des peraret se ferre posse supplicia perscquentium se abdiderat in silvam Quo cum Félix, Deo duce, pervenisset. sanc tum Episcopum humi ja centem pêne mortuum videt quem recreatum, acsublatumin humeros, apud fidelem viduam reficiendum curavit. Sed cum is iterum idolorum cultores impietatisargueret, facto in ipsum impetu, fugiens in angusto duorum parietum intervalle se occultavit.

Qui aditus cum repente aranearum telis pertextus visus esseï, nemini recentis latebras suspicionem reliquit. Inde igitur evadens Félix, in œdibus piœ mulieris très menses latuit. Cum vero Dei Ecclesia requiescere cœpisset, Nolam rediens, multisque ibi vitae exemplis, et doctrinae praeceptis, miraculisque ad Christi fidem conversis, constanter etiam recusato ejus urbis Episcopatu, obdormivit in Domino, sepultusque est prope Nolam, in loco quem in Pincis appellabant.

nuit par un ange, il reçoit l'ordre de chercher Maximien, évêque de Noie, qui, accablé de vieillesse et désespérant de pouvoir supporter les supplices des persécuteurs, s'était caché dans une fc>rét.

Félix, conduit par Dieu, arrive près du saint évéque, qu'il trouve gisant à terre et presque sans vie ; il le ranime, le prend sur ses épaules et le confie aux soins efficaces d'une veuve chrétienne. Mais comme il accusait de nouveau d'impiété les adorateurs des idoles, ils se précipitèrent sur le saint, qui, fuyant leur poursuite, se cacha dans l'intervalle étroit de deux murailles. L'entrée de ce lieu parut aussitôt couverte de toiles d'araignées, si bien que personne ne put soupçonner qu'on vînt de ?,\ cacher à 1 heure même. Félix, ayant donc quitté cette retraite, demeura caché trois mois dans la maison d'une pieuse femme.

Lorsque l'Eglise de Dieu recouvra la paix, il revint à Noie ; les exemples de sa vie, ses enseignements et ses miracles convertirent un grand nombre d'hommes à la foi du Christ. 11 refusa avec constance l'épiscopat de cette ville, s'endormit dans le Seigneur, et fut enseveli près de Noie, au lieu dit in Pincis.

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Ce jour, dirons-nous avec le noble chan^ tre de vos grandeurs, ô Félix, est le vingtième après celui où l'Emmanuel naissant dans la cnair, soleil nouveau vainaueur des frimas, ramena la lumière et fit décroître les nuits. Sa splendeur est la vôtre. Faites qu'échauffés par ses rayons fécondants, nous croissions comme vous en lui. Redevenus enfants à la crèche, la semence du Verbe est en nous; qu'elle fructifie dans l'innocence d'un cœur nouveau. Par vous, le joug du Christ est léger aux faibles ; par vous, l'Enfant-Dieu s'adoucit et rend ses caresses aux âmes pénitentes. Ce jour donc aussi doit nous être cher qui vous vit naître au ciel; car par vous nous mourons au monde et naissons à l'Emmanuel.

LE TEMPS DE NOËL. — T. II

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