‹ L'Année liturgique (volume 4)Chapitre 89 sur 132 · SAINT ANTOINE, ABBÉ · texte numérisé non relu

SAINT ANTOINE, ABBÉ

Aujourd'hui , l'Ox'-ient et l'Occident s'unissent pour célébrer le Patriarche des Cénobites , le grand Antoine, Avant lui , la profession monastique existait déjà, comme le démontrent d'irrécusables monuments ; mais il apparaît comme le premier des Abbés, parce que le premier il a établi sous une forme permanente les familles de moines, livrés au service de Dieu, sous la houhette d'un pasteur.

D'abord hôte sublime de la solitude, et fameux par ses combats avec les démons , il a laissé se réunir autour de lui les disciples que ses œuvres merveilleuses et l'attrait de la perfection lui avaient conquis ; et le désert a vu, par lui , commencer les monastères. L'âge des Martyrs touche à sa lin ; la persécution de Dioctétien sera la dernière ; il est temps pour la Providence , qui veille sur l'Eglise, d'maugurer une milice nouvelle. Il est temps que le caractère du moine se révèle puoliquement dans la société chrétienne ; les Ascètes, même consacrés, ne suffisent plus. Les monastères vont s'élever de toutes parts, dans les solitudes et jusque dans les cités , et les fidèles auront désormais sous les yeux , comme un encouragement à garder les préceptes du Christ, la pratique fervente et littérale de ses conseils.

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Les traditions apostoliques de la prière continuelle et de la pénitence ne s'éteindront pas, la doctrine sacrée sera cultivée avec amour, et l'Eglise ne tardera pas à aller chercher, dans'ces citadelles spirituelles, ses plus vaillants défenseurs, ses plus saints Pontifes , ses plus généreux Apôtres.

Car l'exemple d'Antoine inspirera les siècles à venir ; on se souviendra à jamais que les charmes de la solitude et les douceurs de la contemplation ne surent le retenir au désert , et qu'il apparut tout à coup dans les rues d'Alexandrie , au fort de la persécution païenne , pour conforter les chrétiens dans le martyre. On n'oubliera pas non plus que, dans cette autre lutte plus terrible encore , aux jours affreux de l'Arianisme, il reparut dans la grande cité , pour y prêcher le Verbe consubstantiel au Père, pour y confesser la foi de Nicée , et pour soutenir le courage des orthodoxes. Qui pourrait jamais ignorer les liens qui unissaient Antoine au grand Athanase, ou ne pas se rappeler que cet illustre champion du Fils de Dieu visitait cet autre Patriarche , au fond de son désert , qu'il procurait de tous ses moyens l'avancement de l'œuvre monastique , qu'il plaçait dans la fidélité des moines l'espoir du salut de l'Eglise , et qu'il voulut écrire lui-même la vie sublime de son ami ?

C'est dans cet admirable récit qu'on apprend à connaître Antoine -, c'est là que se révèlent la grandeur et la simplicité de cet homme qui fut toujours si près de Dieu. Agé de dix-huit ans , déjà héritier d'une fortune considérable, il entend lire à l'église un

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passage de l'Evangile où notre Seigneur conseille à celui qui veut tendre à la vie parfaite de se désapproprier de tous les biens terrestres. Il ne lui en faut pas davantage; aussitôt il se dessaisit de tout ce qu'il possède, et se fait pauvre volontaire pour toute sa vie.

L'Esprit-Saint le pousse alors vers la solitude, où les puissances infernales ont dressé toutes leurs batteries pour faire reculer le soldat de Dieu; on dirait aue Satan a compris que le Seigneur a résolu de se bâtir une cité au désert, et qu'Antoine est envoyé pour en dresser les plans. Alors commence une lutte corps à corps avec les esprits de malice, et le jeune Egyptien demeure vainqueur à force de souffrances. Il a conquis cette nouvelle arène dans laquelle se consommera la victoire du christianisme sur le Prince du monde.

Après vingt ans de combats qui l'ont iguerri, son âme s'est fixée en Dieu ; et c'est ilors qu'il est révélé au monde. Malgré ses iffbrts pour demeurer caché, il lui faut répondre aux hommes qui viennent le consulter ;t demander ses prières; des disciples se groupent autour de lui, et il devient le premier des Abbés. Ses leçons sur la perfection chrétienne sont reçues avec avidité ; son enseignement est aussi simple que profond, et il ne descend des hauteurs de sa contemplation que pour encourager les âmes. Si ses disciples lui demandent quelle est la vertu la plus propre à déjouer les embûches des démons, et à conduire sûrement l'âme à la perfection, il répond que cette vertu principale est la discrétion.

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Les chrétiens de toute condition accourent pour contempler cet anachorète dont la sainteté et les miracles font bruit dans tout l'Orient. Ils s'attendent aux émotions d'un spectacle , et ils ne voient qu'un homme d^un abord aisé , d'une humeur douce et agréable. La sérénité de ses traits reflète celle de son âme. Il ne témoigne ni inquiétude de se voir environné de la foule , ni vaine complaisance des marques d'estime et de respect qu'on lui prodigue ; car son âme, dont toutes les passions sont soumises, est devenue l'habitation de Dieu.

Il n'est pas jusqu'aux philosophes qui veulent explorer la merveille du désert. Les voyant venir , Antoine leur adresse le premier la parole : « Pourquoi donc, 6 philosoft phes, leur dit-il , avez-vous pris tant de « peines pour venir visiter un insensé ? » Déconcertés d'un tel accueil, ces hommes lui répondirent qu'ils ne le croyaient pas tel, mais qu'ils étaient au contraire persuadés de sa haute sagesse. « A ce compte , reprit ({ Antoine , si vous me croyez sages, imitez « ma sagesse. » Saint Athanase ne nous apprend pas si la conversion fut le résultat de leur visite. Mais il en vint d'autres qui osèrent attaquer, au nom de la raison, le mystère d'un Dieu incarné et crucifié. Antoine sourit en les entendant débiter leurs sophismes et finit par leur dire : « Puisque vous « êtes si bien établis sur la dialectique, répon- « dez-moi, je vous prie : A quoi doit-on plutôt « croire quand il s'agit de la connaissance « de Dieu , ou à l'action efficace de la foi, « ou aux arguments de la raison 'in — ^ A

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« l'action efficace de la foi » , répondirentils. — « Eh bien ! reprit Antoine, pour vous « montrer la puissance de notre foi , voici « des possédés du démon, guérissez-les avec « vos syllogismes; ou si vous ne le pouvez, et « que j'y parvienne par l'opération de la foi , « et au nom de Jésus-Christ, avouez l'impuistt sance de vos raisonnements , et rendez « gloire à la croix que vous avez osé mépri- « ser. » Antoine fit trois fois le signe de la croix sur ces possédés, et invoqua le nom de Jésus sur eux: aussitôt ils furent délivrés.

Les philosophes étaient dans la stupeur et gardaient le silence, a N'allez pas croire , « leur dit le saint Abbé, que c'est par ma pro- « pre vertu que j'ai délivré ces possédés ; c'est « uniquement par celle de Jésus-Christ.

« Croyez aussi en lui, et vous éprouverez que u ce n'est pas la philosophie , mais une foi « simple et sincère qui fait opérer les mira- « clés. » On ignore si ces hommes finirent par embrasser le christianisme; mais l'illustre biographe nous apprend qu'ils se retirèrent remplis d'estime et d'admiration pour Antoine , et avouèrent que leur visite au désert n'avait pas été pour eux sans utilité.

Cependant le nom d'Antoine devenait de plus en plus célèbre et parvenait jusqu'à la cour impériale. Constantin et les deux princes ses fils lui écrivirent comme à un père , implorant de lui la faveur d'une réponse. Le saint s'en défendit d'abord; mais ses disciples lui ayant représenté que les empereurs après tout étaient chrétiens, et qu'ils pourraient se tenir otFensés de son silence, il leur écrivit qu'il était heureux d'apprendre Qu'ils

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adoraient Jésus-Christ, et les exhorta de ne pas faire tant d'état de leur pouvoir , qu'ils en vinssent à oublier qu'ils étaient hommes. Il leur recommanda d'être cléments, de rendre une exacte justice, d'assister les pauvres et de se souvenir toujours que Jésus-Christ est le seul roi véritable et éternel.

Ainsi écrivait cet homme qui était né sous la persécution de Décius, et qui avait bravé celle de Dioclétien : entendre parler de Césars chrétiens, lui était une chose nouvelle. Il disait au sujet des lettres de la cour de Constantinople : « Les rois de la terre nous ont écrit ; mais qu'est-ce que cela doit être pour un chrétien ? Si leur dignité les élève au-dessus des autres, la naissance et la mort ne les rendent-elles pas égaux à tous ? Ce qui doit nous émouvoir bien davantage et enflammer notre amour pour Dieu, c'est la pensée que ce Maître souverain a non seulement daigné écrire une loi pour les hommes , mais qu'il leur a aussi parlé par son propre Fils. »

Cependant, cette publicité donnée à sa vie fatiguait Antoine, et il lui tardait d'aller se replonger dans le désert , et de se retrouver face à face avec Dieu. Ses disciples étaient formés, sa parole et ses œuvres les avaient instruits; il les quitta secrètement, et ayant marché trois jours et trois nuits, il arriva au mont Colzim , où il reconnut la demeure que Dieu lui avait destinée. Saint Jérôme fait , dans la Vie de saint Hilarion, la description de cette solitude. « Le roc, dit-il, a s'élève à la hauteur de mille pas : de sa « base s'échappent des eaux dont le sable « boit une partie ; le reste descend en ruis-

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« seau, et son cours est bordé d'un grand u nombre de palmiers qui en font une oasis « aussi commode c^u'agréable à l'oeil. » Une étroite anfractuosite de la roche servait d'abri à l'homme de Dieu contre les injures de l'air.

L'amour de ses disciples le poursuivit, et le découvrit encore dans cette retraite lointaine ; ils venaient souvent le visiter et lui apporter du pain. Voulant leur épargner cette fatigue, Antoine les pria de lui procurer une bêche, une cognée et un peu de blé, dont il sema un petît terrain. Saint Hilarion, qui visita ces lieux après la mort du grand patriarche, était accompagné des disciples d'Antoine qui lui disaient avec attendrissement : « Ici , il chantait les psaumes ; là , il s'entretenait avec Dieu dans l'oraison; ici , il se livrait au travail ; là, il prenait du repos, lorsqu'il se sentait fatigué ; lui-même a planté cette vigne et ces arbustes, luimême a disposé cette aire, lui-même a creusé ce réservoir avec beaucoup de peines pour l'arrosement du jardin. » Ils racontèrent au saint , en lui montrant ce jardin, qu'un jour des ânes sauvages étant venus boire au réservoir, se mirent à ravager les plantations. Antoine commanda au premier de s'arrêter, et lui donnant doucement de son bâton dans le flanc, il lui dit : « Pourquoi manges-tu ce que tu n'as pas semé ? » Ces animaux s'arrêtèrent soudain, et depuis ils ne firent plus aucun dégât.

Nous nous laissons aller au charme de ces récits ; il faudrait un volume entier pour les compléter. De temps en temps, Antoine des-

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cendait de sa montagne, et venait encourager ses disciples dans les diverses stations qu'ils avaient au désert. Une. fois même il alla visiter sa sœur dans un monastère de vierges, où il l'avait placée, avant de quitter lui-même le monde. Enfin, étant parvenu à sa cent cinquième année, il voulut voir encore les moines qui habitaient la première morktagne de la chaîne de Colzim, et leur annonça son prochain départ pour la patrie. A peine de retour à son ermitage, il appela les deux disciples qui le servaient depuis quinze ans, à cause de l'affaiblissement de ses forces, et il leur dit :

« Mes fils bien-aimés, voici l'heure où, « selon le langage de la sainte Ecriture, je u vais entrer dans la voie de mes pères. Je « vois aue le Seigneur m'appelle, et mon c cœur brûle du désir de s'unir à lui dans le « ciel. Mais vous, mes fils, les entrailles de u mon âme, n'allez pas perdre, par un relâ- « ehement désastreux, le fruit du travail « auquel vous vous êtes appliqués depuis « tant d'années. Représentez-vous chaque « jour à vous-mêmes que vous ne faites que (( d'entrer au service de Dieu et d'en prati- (( quer les exercices : par ce moyen, votre « bonne volonté sera plus énergique, et ira « toujours croissant. Vous savez quelles « emoûches nous tendent les démons. Vous « avez été témoins de leurs fureurs, et aussi « de leur faiblesse Attachez-vous inviolable- « ment à l'amour de Jésus-Christ; confiez- « vous à lui entièrement, et vous triom- (i pherez de la malice de ces esprits pervers. « N'oubliez jamais les divers enseignements

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(( que je vous ai donnés; mais je vous recom- « mande surtout de penser que chaque jour (' vous pouvez mourir. »

Il leur rappela ensuite l'obligation de n'avoir aucun commerce avec les hérétiques, et demanda que son corps fût enseveli dans un lieu secret, dont eux seuls auraient connaissance. « Quant aux habits que je laisse, « ajouta-t-il, en voici la destination : vous a donnerez à l'évêque Athanase une de mes « tuniques, avec le manteau qu'il m'avait f( apporté neuf, et que je lui rends usé. » C'était un second manteau que le grand docteur avait donné à Antoine, celui-ci ayant disposé du premier pour ensevelir le corps de l'ermite Paul. « Vous donnerez, reprit le « saint, l'autre tunique à l'évêque Sérapion, et « vous garderez pour vous mon cilice. » Puis, sentant que le dernier moment était arrivé, il se tourna vers les deux disciples : « Adieu, « leur dit-il, mes tils bien-aimés ; votre « Antoine s'en va, il n'est plus avec vous. »

C'est avec cette simplicité et cette grandeur

aue la vie monastique s'inaugurait dans les éserts de l'Egypte, pour rayonner de là dans l'Eglise entière; mais à qui ferons-nous hommage de la gloire d'une telle institution, à laquelle seront désormais attachées les destinées de l'Eglise, toujours forte quand l'élément monastique triomphe, toujours affaiblie quand il est en décadence ? Qui inspira à Antoine et à ses disciples l'amour de cette vie cachée et pauvre, mais en même temps si féconde, sinon, encore une fois, le mystère des abaissements du Fils de Dieu ? Que tout l'honneur en revienne donc à notre

Saint Antoine, Abbé.

Emmanuel, anéanti sous les langes, et cependant tout rempli de la force de Dieu. Mais il est temps de lire le récit que la sainte Eglise nous fait dans ses Offices de quelques-unes des actions du grand Antoine.

ANTOINE naquit en Eg>-pte de parents nobles et chrétiens, qu'il perdit dès sa jeunesse. Entrant un jour dans une Eglise, il entendit lire ces paroles de l'Evangile :

« Si vous voulez être parfait, allez et vendez tout ce que vous avez, et donnez-le aux pauvres. » Il pensa que ces paroles s'adressaient à lui, et crut devoir obéir à la lettre au Christ notre Seigneur. Il vendit donc son bien, et en distribua tout l'argent aux pauvres. Dégagé de cet embarras, il résolut de mener sur la terre une vie céleste. Mais, pour descendre dans une arène si périlleuse, il jugea qu'il devait adjoindre au bouclier de la foi, dont il était armé, le secours des autres vertus, et il se prit d'une telle ardeur pour les acquérir, que tous ceux en qui il en voyait briller quelqu'une, il s'appliquait aussitôt aies imiter.

NUL ne surpassa jamais sa continence et sa vigilance. Il dépassait tous les autres

ANTONIUS -(Egyptius, nobilibus et christianis parentibus natus, quibus adolescens orbatus est, cum ingressus Ecclesiam ex Evangelio audivisset : Si vis perfectus esse, vade et vende omnia quae habes, et da pauperibus; tamquam ea sibi dicta essent, sic Christo Domino obtemperandum existimavit.

Itaque, vendita re familiari, pecuniam omnem pauperibus distribuit.

Quibus solutus impedimentis, cœlestis vitae genus in terris colère instituit. Sed cum in periculosum illud certamen descenderet.ad fidei praesidium, quoeratarmatus, adhibendum sibi putavit subsidium reliquarum virtutum, quarum tanto studio incensus fuit, ut quemcumque videret aliqua virtutis laude excellentem, illum imitari studeret.

NIHIL igitur eo continentius, nihil vigilantius erat. Patientia,

Le Temps de N>

tnansuet.idine, misericordia, humilitate. labore, ac studio divinarum Scripturarum superabat omne?. Ab hœreticorum et schismaticorum hominum, maxime Arianorum, congressu et colioquio sic abhorrebat, ut ne prope quidem ad eos accedendum diceret. Humi jacebat, cum eum necessarius somnus occupasset. Jejunium autera adeo coluit, ut salem tantummodo ad panem adhiberet, sitim aqua extingueret ; neque se ante solis occasum cibo autpotu recreabat ; saepe etiam biduum cibo abstinebat, saepissirae in oratione pernoctabat.

Cum talis tantusque Dei miles evasissel Antonius, sanctissimum juvenem hostis humani generis variis tentationibus aggreditur, quas ille jejunio et oratione vincebat.

Nec vero frequens de Satana triumphus securum reddebat Antonium.

qui diaboli innumerabiles artes nocendi noverat.

ITAQUE contulit se vasiissimam JE.Ç selitudinem, ubi quoiidie ad chrisiianam perfectionem proficiens, daemunes

en patience, en mansuétude, en miséricorde, en humilité, dans le travail et dans l'étude des divines Ecritures. Il avait une telle horreur delipproche et des discours des hérétiques et des schismatiques, et principalement des Arien«, qu il ne voulait pas même qu'on les abordât. 11 couchait à terre, lorsqu'il était contraint de prendre quelque sommeil. 11 se portait au jeûne avec tant d'ardeur qu'il ne mangeait que du pain avec du sel, et ne buvait que de l'eau : encore ne prenait-il cette nourriture et ce breuvage qu'après le coucher du soleil ; souvent même il s'abstenait de nourriture pendant deux jours, et très souvent il passait la nuit en prières. Antoine, étant devenu ainsi un vaillant soldat de Dieu, fu' attaqué de diverses tentationî par l'ennemi da genre humain; mais le très saint jeune homme en triomphait par le jeune et par la prière. Toutefois, après de nombreuses victoires sur Satan, Antoine ne se croyait pas encore en sûreté ; car il connaissait les innombrables artifices que le diable emploie pour nuire.

in,'^ 'est pourquoi il se retira pti *-* dans une vaste solitude de l'Egypte, où , avançant tous les jours dans la perfection chrétienne, il en vint à

Saint Antoine, Abbé.

mépriser les démons, dont les assauts étaient d'autant plus violents qu'Antoine se montrait plus fort dans la résistance; jusque-là qu'il leur reprochait leur faiblesse.

Souvent pour animer ses disciples à combattre contre le diable, et pour leur apprendre par quelles armes ils le pourraient vaincre, il leur disait : « Croyez-moi, mes Frè- H res, Satan redoute les veil- « les. les prières, les jeûnes, t( la pauvreté volontaire, la « miséricorde , l'humilité , « mais surtout l'ardent amour *( pour notre Seigneur Jésus- « Christ, dont la croix lui (I est si redoutable, que le (I seul signe de cette croix le « terrasse et le met en fuite. » Il devint lui-même si formidable aux démons, qu'un grand nombre de possédés en Egypte furent délivrés par la seule invocation du nom d'Antoine. La renommée de sa sainteté était si grande.

que Constantin le Grand et ses fils lui écrivirent pour se recommander à ses prières.

Enfin, âgé de cent cinq ans, ayant une infinité d'imitateurs du genre de vie qu'il avait institué, il assembla ses moines, et, après les avoir instruits des règles les plus parfaites de la vie chrétienne, illustre par sa sainteté et ses miracles, il alla au ciel, le seize des kalendes de février.

(quorum tanto erant acriores impetus, quanto Antoniusad resistendura fortior evadebat) ita contempsit, ut illis exorobraret imbecillitatem ac saspe discipulos suos excitans ad pugnandum contra diabolum, docensque qaibus armis vinceretur . Mihi crédite, dicebat, Fratres : pertimescit Satanas piorum vigilias, orationes, jejunia, voluntariam paupertatem, misericordiam et humilitatem, maxime vero ardentem amorem in Christum Dominum, cujus unico sanctissimae Crucis signo debilitatus aufugit. Sic autem dasmonibus erat formidolosus, ut multi per ^Egyptum ab illis agitati, invocato nomine Antonii liberarentur : tantaque erat ejus fama sanctitatis, ut per litteras se ejus orationibus Constantinus magnus et filii commendarent.

Qui aliquando quintum et centesimum annum agens,cum innumerabiles sui instituti imitatores haberet, convocatis monachis, et ad perfectam christianas vitae regulam instructis, sanctitate et miraculis clarus migravit in cœlum, decimo sext»

kalendas februarii.

Temps de Noél.

Le moyen âge des Eglises d'Occident nous a légué, dans les anciens Missels, plusieurs Proses en l'honneur de saint Antoine.

Comme elles sont assez peu remarquables, nous n'en donnerons ici qu'une seule.

SEQUENCE

PIA voce praedicemus.

Et devotis celebremus Laudibus Antonium.

Dei Sanctus exaltetur, Et in suis honoretur Sanctis, auctor omnium.

Hic contempsit mundi florem, Opes ejus et honorera :

Parens Evangelio.

Et confugit ad deser-

tum :

Ut non currat in incer-

tum In hoc vit» stadio.

Mira fuit ejus vita :

Clarus fulsit eremita.

Sed mox Jiostis subdoli

Bella perfert : saepe

concutitur Gravi pugna rverumnon

vincitur Insultu diaboli.

Ictu crebro flagellatur :

HANTONS en pieux accords, ei, par dévotes louanges, célébrons Antoine.

Exaltons le Saint de Dieu, et honorons en ses Saints l'auteur de toutes choses.

Antoine foule aux pieds la fleur du monde, et ses trésors et ses honneurs, pour obéir à l'Evangile.

Il s'enfuit au désert, pour ne pas courir au hasard, en cette arène de la vie.

Sa vie, à lui, fut admirable : comme ermite, il resplendit de gloire ; mais voici que l'ennemi cauteleux

Livre bataille; Antoine subit de rudes et fréquents assauts; mais il n'est point abattu par le choc du diable.

A grands coups il est flagellé, et les démons impi-

Saint Antoine, Abbé.

toyables le déchirent horriblement.

Mais la lumière brille au ciel, et dans les nues a résonné l'éclatante voix de Dieu.

« Parce que vaillamment « tu as combattu dans la lut- « te, ton nom sera connu en « toute contrée.

« Tout l'univers te procla- « mera ; pour repousser les « maladies ardentes, partout « tu seras invoqué. >•

Nous voyons cet oracle accompli, ô Antoine! et le monde entier rempli de ton nom.

Toute gent dévote t'implore et t'offre ses vœux de reconnaissance, pour tes puissants bienfaits.

Tantôt sous la forme d'une femme séduisante, tantôt sous l'apparence d'un or précieux,

Le démon lui tend des pièges. Fourbe, à quoi bon tant d'audace, pour succomber dans la lutte ?

Mille fraudes, mille astuces sont vaines ; à lui seul, il

Et a sjevis laceratur Immane daemonibus.

Lux de coelo micuit.

Et clara personuit Dei vox de nubibus :

Quia fortis in agone Decertasti : regione Omni nominaberis :

Te clamabit totus orbis.

Pro pellendis item morbis

Ignis, invocaberis

Id, Antoni, nunc ira-

pletum Conspicamur, et reple-

tum Mundum tuo nomine.

Hoc implorât gens devota :

Tibi pia defert vota Pro tuo munimine

Nunc in forma speciosae Mulieris • pretiosae Nunc in massae specie,

Da?mon struit illi fraudes ;

Sed qui tanta. vafer, audes,

Succumbis in acie.

Mille fraudes, mille do-

Le Temps de Noël.

Sunt inanes : illi soli Cedit orcus ingemens.

Militera hune veteranum, Etrobustam ejus manum Horrethostis infremens.

Non lorica corporali Fultus. inimico tali Hic athleta restitit.

Aqua potus, terra lectus Illi fuit : his protectus Armis, victor extitit.

Herba fuit illi victus • Palmaï frondes et amic-

tus, Accum bestiisconflictus, Intra solitudinem.

Precum assiduitate, Operandi crebritate, Atque somni parcitate Restinxit libidinem.

Confulatis Arianis, Et philosophis profanis, Paulura visit, nec inanis Fit via, nec irrita.

Nam convenit hune vi-

ventem, Inde sanctam ejus men-

tem Coelos vidit ascendentem, Carne terrae redita.

O Antoni, cura beatis

fait reculer l'enfer frémissant.

Devant ce soldat vétéran, sous sa robuste main, l'ennemi tremble et grince des dents.

Sans cuirasse pour protéger sa poitrine, l'athlète a tenu tête à un pareil champion.

De l'eau pour boisson, la terre pour lit : ce sont là ses armes, et il est vainqueur.

Des herbes pour nourriture, des feuilles de palmier pour vêtement, des bêtes féroces pour compagnons dans sa solitude.

Des prières assidues, un travail sans relâche, un sommeil court ont éteint les feux de la volupté.

11 confond les Ariens et les philosophes profanes ; il visite Paul, et ce voyage n'est ni vain ni superflu.

Il le trouve encore vivant, et voit sa sainte âme s'envoler aux cieux , laissant son corps à la terre.

Maintenant, ô Antoine, tu

Saint Antoine, Abbé.

jouis de la gloire dans l'empire de la lumière • laisse émouvoir tes compatissantes entrailles sur nous, courbés sous le poids de la chair.

Et pour nous arracher à la mort de la terrible "géhenne, tends-nous la main ; défends-nous du feu ardent, et procure-nous la gloire après le trépas.

Amen.

Nunc in regno claritatis Gloriaris ; hic gravatis Mole carnis, pietatis Tuœ pande viscera.

Ne nos rapiat tremen-

dae Mors gehennae, manum

tende.

Nos a morbido défende Igné, nobis et impende Gloriam post funera.

Amen.

L'Eglise Grecque procède avec enthousiasme à la louange de saint Antoine, dans ses Menées, dont nous avons extrait les strophes suivantes :

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