‹ L'Année liturgique (volume 4)Chapitre 93 sur 132 · ET SAINT SÉBASTIEN, MARTYR · texte numérisé non relu

ET SAINT SÉBASTIEN, MARTYR

T\ EUX grands Martyrs partagent, sux- le ^■^ Cycle, les honneurs de cette journée : l'un, Pontife de l'Eglise de Rome; l'autre, l'un des fidèles de cette Eglise-Mère. Fabien reçut la couronne du martyre l'an 25o, sous la persécution de Décius ; ia persécution de Dioclétien couronna Sébastien en 288. Nous considérerons séparément les mérites de ces deux athlètes du Christ.

A l'exemple de ses prédécesseurs, saint Clément et saint Antheros, le saint Pape Fabien prit un soin particulier de faire rédiger les Actes des Martyrs; mais la persécution de Dioclétien, qui nous a privés d'un si grand nombre de ces précieux monuments c'ondamnés aux flammes par les Editj impériaux, nous a ravi le récit des souffrances et du martyre de notre saint Pontife. Quelques traits seulement de sa vie pastorale sont arrivés jusqu'à nous; mais nous pouvons prendre une idée de ses vertus, par l'éloge que fait de lui saint Cyprien, qui l'appelle un homme incomparable, dans Une Lettre qu'il écrit au Pape saint Corneille, successeur de Fabien. L'évêque de Carthage célèbre aussi la pureté et la sainteté de la vie du saint Pontife, qui domina d'un front

Saint Fabien, Pape et Martyr. 38 1

tranquille les orages dont l'Eglise fut agitée de son temps. On aime à contempler cette tête calme et vénérable sur laq^uelJe une colombe alla se reposer, pour désigner dans Fabien le successeur de Pierre, le )our où le peuple et le clergé de Rome étaient réunis pour l'élection d'un Pontife, après le martyre d'Anthéros. Ce rapport avec le Christ désigné pour le Fils de Dieu, dans les eaux du Jourdain, par la divine colombe, rend plus sacré encore le touchant caractère de Fabien.

Dépositaire de la puissance de régénération

3U1 réside dans les eaux depuis le baptême u Christ, il eut à cœur la propagation du Christianisme; et parmi les Evêques qu'il sacra pour annoncer la foi en divers lieux, l'Eglise des Gaules en reconnaît plusieurs pour ses principaux fondateurs.

Nous insérons immédiatement le court récit des Actes de saint Fabien, tel qu'il est consigné dans la Liturgie.

FABIEN, Romain de naissance, gouverna l'Eglise depuis Maximin jusqu'à Décius. Il divisa la ville entre sept Diacres qu'il chargea du soin des pauvres. Il créa aussi sept Sous-Diacres, riour recueillir les Actes des Martyrs qui étaient écrits par les sept Notaires. Il statua également que, tous les ans, au jour de la Cène du Seigneur, on renouvellerait le saint Chrême, après avoir brûlé l'ancien. Enfin, le treize des kalendes de février, il reçut la couronne du mar-

»-tABIAnus Romanus a £^ Maximino usque ad Decium regens Ecclesiam, septem Diaconis regiones divisit, qui pau-

Çerum curam haberent.

"otidera Subdiaconos creavit, qui res gestas Martyrum a septem Notariis scriptas colligerent. Idem statuit, ut quotannis Feria quinta in Cœna Domini, vetere combusto, Chrisma renovaretur. Deniquedecimotertio kalendas februarii ia persecutione Decii

Le Temps de Ncël.

tyre, dans la persécution de Décius, et fut enseveli au cimetière de Calliste, sur la voie Appienne, ayant siégé quinze ans et quatre jours. Il ht cinq ordinations au mois de décembre, et il y créa vingt-deux Prêtres, sept Diacres, et onze Evéques pour

martyrio coronatus, m ccemeterio Callisti via Appia sepelitur. cum scdisset annos quindecim, dies quatuor. Hic fecit Ordinationes quinque mense decembri, quibus creavit Presbyteros viginti duos, Diaconos septenL, Spiscopo» per diversa loca undecim.

Ainsi se sont écoulés les jours de votre Pontificat, longs et orageux, ô Fabien ! Mais, pressentant l'avenir de paix que Dieu réservait à son Eglise, vous ne vouliez pas que les grands exemples de l'âge des Martyrs fussent perdus pour les siècles futurs, et votre sollicitude veillait à leur conservation. Les flammes nous ont ravi une grande partie des trésors que vous aviez amassés pour nous.; à peine pouvons-nous formuler quelques détails de votre propre vie ; mais nous en savons assez pour louer Dieu de vous avoir choisi dans ces temps difficiles, et pour célébrer aujourd'hui le glorieux triomphe que remporta votre constance. La colombe qui vous désignait comme l'élu du ciel, se reposant sur votre tête, vous marquait comme le Christ visible de la terre ; elle vous dévouait aux sollicitudes et au martyre; elle avertissait rÈglise entière de vous reconnaître et de vous écouter. Vous donc, ô saint Pontife, qui avez eu ce trait de ressemblance avec l'Emmanuel dans le mystère de l'Epiphanie, priez-le pour nous, afin qu'il daigne se manifester de plus en plus à nos esprits et à nos cœurs. Ottenez-nous de lui cette docilité à

Saim Sébastien, Martyr. 3 83

sa grâce, cette dépendance d'amour à l'égard de ses moindres volontés, ce détachement de toutes choses, qui furent l'élément continuel de votre vie, au milieu de cette tourmente qui menaça, durant quinze années, de vous engloutir. Enfin un dernier tourbillon vous enleva, calme et préparé, pour vous porter, parle martyre, jusque dans le sein de celui qui avait déjà accueilli un si grand nombre de vos brebis. Nous aussi, nous attendons la vague qui doit nous détacher de la grève, et nous pousser jusqu'au ciel ; demandez, ô Pasteur, qu'elle nous trouve prêts. Si l'amour du divin Enfant vit en nous, si nous imitons, comme vous, 6 Fabien, la simplicité de la colombe, notre voie est sûre. Nous offrons nos cœurs; hâtez-vous de les préparer.

Après les glorieux Apôtres Pierre et Paul, qui font sa principale gloire, Rome inscrit en tête de ses fastes ses deux plus vaillants martyrs, Laurent et Sébastien, et ses deux plus illustres vierges, Cécile et Agnès. Or, voici que la partie actuelle du Cycle réclame, pour faire honneur au Christ naissant, une partie de cette noble cour. Laurent et Cécile paraîtront à leur tour pour accompagner d'autres mystères ; aujourd'hui, l'invincible chef de la cohorte prétorienne, Sébastien, est appelé à faire son service près de l'Emmanuel ; demain, Agnès, douce comme l'agneau, intrépide comme le lion, sera admise auprès de l'Epoux divin qu'elle a préféré à tout.

Le caractère chevaleresque de Sébastien

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offre plusieurs traits de ressemblance avec celui du grand Archidiacre : l'un dans le sanctuaire, l'autre dans le siècle, ont défié avec un mâle courage les tortures et la mort. A moitié rôti, Laurent défie le tyran de le retourner de l'autre côté; Sébastien, tout' hérissé de flèches meurtrières, n'a pas plutôt' senti se cicatriser ses plaies, qu'il court se présenter devant Dioclétien, et appelle un nouveau martyre. Mais nous n'avons à nous occuper aujourd'hui que de Sébastien.

Qu'on se figure un jeune homme, s'arrachant à tous les liens qui le retenaient à Milan sa patrie, par le seul motif que la persécution n'y sévit pas avec assez de rigueur, tandis que la tempête, à Rome, est dans toute sa violence. Il tremble pour la constance des Chrétiens; mais il sait que, plus d'une fois, les soldats du Christ, couverts de l'armure des soldats de César, se sont introduits dans les prisons, et ont ranimé le courage des confesseurs. C'est la mission qu'il ambitionne, en attendant le jour où il pourra lui-même saisir la palme. Il vient donc soutenir ceux que les larmes de leurs parents avaient ébranlés; les geôliers même, cédant à l'empire de sa foi et de ses miracles, affrontent le martyre, et jusqu'à un magistrat romain demande à se faire instruire de la doctrine qui donne tant de puissance aux hommes. Comblé des marques de la faveur de Dioclétien et de Maximien-Hercule, Sébastien dispose dans Rome d'une influence si salutaire pour le Christianisme, que le saint pape Caïus le proclame le X>éfenseur de VEglise.

Saint Sébastien, Martyr. 385

Après avoir envoyé au ciel d'innombrables martyrs, le héros obtient enfin la couronne pour lajquelle il soupirait. Par sa courageuse confession il encourt la disgrâce de Dioclétien, auquel il préfère l'Empereur céleste qu'il avait servi uniquement sous le casque et la chlamyde. Il est livré aux archers de Mauritanie qui le dépouillent, l'enchaînent et le percent de leurs flèches. Si les pieux soins d'Irène le rappellent à la vie, c'est pour expirer sous les coups, dans un hippodrome attenant au palais des Césars.

Tels sont les soldats de notre Roi nouveauné ; meis avec quelle recherche sa munificence les honore! Rome chrétienne, capitale de l'Eglise, s'élève sur sept Basiliques princi-

f)ales, comme l'ancienne Rome sur sept colines; le nom et la tombe de Sébastien décorent l'un de ces sept sanctuaires. Hors les murs de la ville éternelle, sur la voie Appienne, la Basilique de Sébastien est assise dans la solitude ; elle garde le corps du pieux Martyr et Pontife Fabien; mais les premiers honneurs de ce temple sont pour l'illustre chef de la milice prétorienne, qui avait voulu être enseveli dans ce lieu, comme un fidèle serviteur, près du puits au fond duquel turent cachés plusieurs années les corps des saints Apôtres, quand il fallut les soustraire aux recherches des persécuteurs. En retour du zèle de saint Sebastien pour les âmes des fidèles, qu'il désira tant préserver de la contagion du paganisme, Dieu lui a donné d'être intercesseur du peuple chrétien contre le fléau de la peste. Ce pouvoir du saint Martyr a été éprouvé, dès l'art

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Le Temps de Noël.

680, à Rome, sous le pontificat de saint Agathon.

Nous donnons maintenant la légende du glorieux Martyr tirée des Offices de l'Eglise.

SEBASTiANUS cx pâtre Narbonensi, matre Mediolanensi natus, ob generis nobilitatem et virtutem Diocleliano charus fuit. Dux primae cohortis, christianos, quorum fidem clam colebat, opéra et facultatibus adjuvabat : et qui ex eis tormentorum vim reformidare videbantur, cohortatioae sic confirmabat, ut pro Jesu Cbristo multi se ultro tortoribus offerrent. In illis fuere Marcus et Marcellianus fratres. qui Romae in custodia erant apud Nicostratum, cujus uxor Zoe vocem, quam amiserat, Sébastian! oratione recuperavit. Quibus Diocletiano delatis, Sebastianum accersit, et vehementius ob)urgatum, omnibus artificiis a Christi fide conatur avertere. Sed cum nihil nec pollicendo, nec terrendo proficeret, ad palum alligatum sagittis configi jubet.

SÉBASTIEN, dont le père était originaire de Narbonne, et la mère de Milan, fut aimé de Dioclécien, à cause de la noblesse de sa naissance et pour sa vertu.

Etant chef de la première cohorte, il aidait de ses services et de ses biens les chrétiens dont il professait secrètement la foi ; et ceux qu'il voyait trembler devant la violence des tourments, il les relevait tellement par ses exhortations, qu'un grand nombre se livrèrent d'eux-mêmes aux bourreaux pour le nom de Jésus-Christ. De ce nombre furent deux frères, Marc et Marcellien, qui étaient prisonniers à Rome, chez Nicostrate, dont la femme, nommée Zoé. recouvra, par la prière de Sébastien, la parole qu'elle avait perdue. A cette nouvelle, Dioclétien manda Sébastien, et après l'avoir réprimandé fortement , il s'efforça, par tous les artifices, de le détourner de la foi du Christ. Mais, voyant l'inutilité de ses promesses et de ses menaces, il le condamna à être lié à un poteau et percé de flèches.

Saint Sébastien, Martyr.

TOUT le monde le croyant mort, une sainte femme, nommée Irène, fit enlever son corps pendant la nuit pour lui donner la sépulture ; mais elle le trouva vivant encore, et le cacha dans sa maison pour le guérir. Quelque temps après, comme il avait recouvré la santé, il rencontra Dioclétien, auquel il reprocha plus librement encore son impiété. A sa vue. l'Empereur fut d'abord frappé d'étonnement, car il le croyait mort ; mais bientôt la nouveauté de ce prodige et les reproches sévères que lui faisait Sébastien enflammèrent tellement sa colère, ^u'il le fit battre de verges jusqu'à ce qu'il rendît son âme à Dieu. Son corps fut jeté dans un cloaque ; mais Lucine fut avertie en songe, par Sébastien lui-même, du lieu où était son corps, et de l'endroit où il voulait être inhumé. Lucine l'ensevelit donc aux Catacombes, où Ion éleva depuis une célèbre Eglise sous le nom de Saint- Sébastien.

OUEM omnium opinione mortuum,

noctu sancta mulier Irène sepeliendi gratia jussit auferri : sed vivum repertum, domi suae curavit.

Itaque paulo post confirmata valetudine, Diocletiano obviam factus, ejus impietatem liberius accusavit. Cujus aspectu cum ille priraum obstupuisset, quod mortuum crederet, rei novitate, et acri Sebastiani reprehensione excandescens, eum tamdiu virgis caedi imperavit, donecanimam Deo redderet. Ejus corpus incloacam dejectum, Lucina a Sebastiano in somnis admonita, ubi esset, et quo loco humari vellet, ad Catacumbas sepelivit, ubi sancti Sebastiani nomine celebris Ecclesia est aedificata.

Les anciens livres liturgiques contiennent de nombreuses pièces en l'honneur de saint Sébastien ; nous donnerons seulement THymne suivante, qui appartient au Bréviaire Ambrosien :

Le Temps de Noël.

SEBASTIANI Martyris, Concivis almi, supplices Diem sacratam vocibus Canamus omnes debitis.

Athleta Christi nobi-

lis, Ardensamore praelii, Linquit tepentem pa-

triam, Pugnamque Romae fes-

tinat.

Hic cultor alti dog-

matis,

Virtute plenus cœlica,

Idola damnans, inclyti

Trophaea sperat martyris.

Loris revinctus plurimis, Qua stipes ingens tolli-

tur, Vibrata tela suscipit Umbone nudo pectoris.

Fitsilva corpus ferrea; Sed àere mens constantior Ut molle ferrum despi-

cit :

Ferrum precatur, sasviat.

Manantis unda sangui-

nis Exsangue corpus nun-

tiat ; Sed casta nocte femina Plagas tumentcs recréât.

EN ce jour dédié à l'honneur de Sébastien Martyr, notre concitoyen illustre, rendons-lui gloire dans nos chants unanimes.

Ce nobleathlète du Christ, plein de lardeur du combat, abandonne sa patrie, qui pour lui a moins de dangers et vient dans Rome affronter, la lutte.

C'est là que, sectateur d'une doctrine sublime, repoussant l'idolâtrie, il aspire aux trophées d'un glorieux martyre.

Des nœuds multipliés l'enchaînent au tronc d'un arbre; c'est là que sa poitrine, comme un bouclier suspendu, sert de but aux traits des archers.

Les flèches se réunissent sur son corps comme une forêt ; mais son âme, plus ferme que l'airain, insulte à la mollesse du fer. et demande à ce fer d'être plus meurtrier.

A voir le sang qui baigne le corps du Martyr, on croirait qu'il a expire ; mais une chaste femme est venue panser ces plaies enflammées.

Saint Sébastien. Martyr.

Ces blessures profondes inspirent un courage céleste au soldat du Christ ; il va provoquer encore le tyran, et tientôt il expire sous les coups meurtriers.

Maintenant, assis dans Tes hauteurs du ciel, vaillant guerrier 1 éloignez la peste.

et gardez même les corps de vos concitoyens.

Au Père, au Fils , et à vous, Esprit-Saint , comme toujours, soit à jamais gloire dans tous les siècles. Amen.

Cœleste robur militi Adacta praebent vulnera; Rursum tyrannum pro-

vocans, Exspirat inter vulnera.

Nunc cœli in arce considens, Bellator o fortissime, Luem fugando, civium Tuere clemens corpora.

Patri, simulque Filio, Tibique, Sancte Spiri-

tus, Sicut fuit, sitjugiter Saeclum per omne gloria.

Amen.

Cette Oraison se lit au Missel Gothique

(~\ Dieu qui, par votre très ^-^ heureux Martyr Sébastien, avez fortifié les cœurs de vos fidèles, et sous la chlamyde d'un empire terrestre, l'avez rendu un soldat parfait de votre Nom ; accordez-nous de militer constamment pour votre gloire ; armez notre bouche des enseignements de votre justice, éclairez notre cœur par le charme de votre amour, et, arrachant notre chair aux passions, fixez-la par les clous de votre croix.

Amen.

DEUS, qui per beatissimum Sebastianum Martyrem tuum, tuorum fidelium animos roborasti : dum tibi illum latentem sub chlamyde terrena imperii, militem perfectum exhibuisti, fac nos semper in tuîs laudibus militare : os nostrura arma documento justitias:

cor illustra tuae dilectionis amore, atque carnem nostram erutam libidine clavis tuae crucis adhge.

Amen.

Vaillant soldat de l'Emmanuel! vous vous

3qo Le Temps de Noël.

reposez maintenant à ses pieds. \"os blessures sont guéries, et vos palmes sont toujours verdoyantes. Du haut du ciel, jetez les regards sur la chrétienté qui applaudit à vos triomphes. A cette époque ae l'année, vous nous apparaissez comme le gardien fidèle du berceau de l'Enfant divin ; l'emploi que vous remplissiez à la cour des princes de la terre, vous l'exercez maintenant dans le palais du Roi des rois. Daignez y introduire et y protéger nos vœux et nos prières.

Avec quelle faveur l'Emmanuel écoutera vos requêtes, lui que vous avez aimé d'un si invincible amour; Dans Tardeur déverser votre sang pour son service, un théâtre vulgaire ne vous suffisait pas; il vous fallait Rome, cette Babylone enivrée du sang des Martyrs, comme parle saint Jean. Mais vous ne vouliez pas cueillir seulement une palme, et monter en hâte dans les cieux ; votre zèle pour vos frères vous rendait inquiet sur leur constance. Vous aimiez à pénétrer dans les cachots où ils rentraient tout brisés par les tortures ; et vous veniez ratîermir entre leurs mains la palme chancelante. On eût dit que vous aviez reçu l'ordre de former la milice prétorienne du Roi céleste, et que vous ne deviez entrer au ciel que dans la société des guerriers choisis par vous pour la garde de sa personne.

Enfin, le moment est venu où vous devez songer à votre propre couronne ; l'heure de la confession a sonné. Mais, pour un athlète comme vous, 6 Sébastien, un martjre unique ne suffit pas. En vain les archers ont épuisé leurs carquois sur vos membres : la vie est restée

Saint Sébastien, Martyr. 3q i

en vous tout entière; et la victime demeure aussi tout entière pour une seconde immolation. Tels furent les chrétiens du premier âge, et nous sommes leurs tîls.

Donc, 6 guerrier du Seigneur, considérez Textrème faiblesse de nos cœurs où languit l'amour du Christ ; prenez pitié de vos derniers descendants. Tout nous etfraie, tout nous abat, et trop souvent nous sommes même, à notre insu, les ennemis de la croix. Nous cmblions trop souvent que nous ne pouvons habiter avec les Martyrs, si nos cœurs ne sont pas généreux comme le fut le cœur des Martyrs.^Nous sommes lâches dans la lutte avec le monde et ses pompes, avec les penchants de notre cœur et l'attrait des sens ; et quand nous avons fait avec Dieu une paix facile, scellée du gage de son amour, nous croyons qu'il ne nous reste plus qu'à cheminer doucement vers le ciel, sans épreuves et sans sacrifices volontaires. Arrachez-nous à de telles illusions, 6 Sébastien ! réveillez-nous de notre sommeil , et pour cela ranimez l'amour qui dort dans nos cœurs.

Défendez-nous de la contagion de l'exemple, et de l'envahissement des maximes mondaines qui se glissent sous un faux air de christianisme. Rendez-nous ardents pournotre sanctification, vigilants sur nos inclinations, zélé pour le salut de nos frères, amis de la croix, et détachés de notre corps. Par ces flèches qui ont percé vos membres généreux, éloignez de nous les traits que l'ennemi nous lance dans l'ombre.

Armez-nous, ô soldat du Christ, de l'armure céleste que nous décrit le grand Apô-

3g 2 Le Temps de Noël.

tre dans sa Lettre aux Erhésiens; placez sur notre cœur la cuirasse de la justice, qui le défendra contre le péché ; couvrez notre tête du casque du salut, c'est-à-dire de l'espérance des biens futurs, espérance éloignée également de l'inquiétude et de la présomption; placez à notre bras le bouclier de la foi, dur comme le diamant, et contre lequel viendront se briser tous les traits de l'ennemi qui voudrait égarer notre esprit pour séduire notre cœur ; enfin, mettez à notre main le glaive de la parole de Dieu, par lequel nous dissiperons toutes les erreurs et renverserons tous les vices ; car le ciel et la terre passent, et la Parole de Dieu reste, comme notre règle et notre espérance.

Défenseur de l'Eglise, ainsi appelé par la bouche d'un saint Pape Martyr, levez votre épée pour la défendre encore. Abattez ses ennemis, dissipez leurs plans perfides; donnez-nous cette paix que l'Eglise goûte si rarement, et durant laquelle elle se prépare à de nouveaux combats. Bénissez les armes chrétiennes, au jour où nous aurions à lutter contre les ennemis extérieurs. Protégez Rome qui honore votre tombeau; sauvez la France, qui se glorifia longtemps de posséder une partie de vos sacrés ossements. Eloignez de nous les fiéaux de la peste et les maladies contagieuses; écoutez la voix de ceux qui, chaque année, vous implorent pour la conservation des animaux que le Seigneur a donnés à l'homme pour l'aider dans ses labeurs. Enfin, par vos prières, assurez-nous le repos de la vie présente, mais surtout les biens de réternite.

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