SAINTE AGNÈS, VIERGE ET MARTYRE
Nous n'avons pas épuisé encore la splendide constellation de Martyrs qui se rencontre en ces jours sur le Cycle. Hier, Sébastien; demain , Vincent, qui porte la victoire jusque dans son nom. Entre ces deux fortes palmes, apparaît aujourd'hui, tressée de lis et de roses, la gracieuse couronne d'Agnès. C'est à une enfant de treize ans que l'Emmanuel a donné ce mâle courage du martyre, qui l'a fait marcher dans l'arène d'un pas aussi ferme que le vaillant chef de la conorte prétorienne et que l'intrépide Diacre de Sarragosse. S'ils sont les soldats du Christ, elle en est la chaste amante. Tels sont les triomjphes du Fils de Marie. A , peine s'est-il manifesté au monde , que tous les nobles cœurs volent vers lui , selon la parole qu'il a dite : « Où sera le corps , les aigles se rassembleront, » (Matth. xxiv, 28.)
Fruit admirable de la virginité de sa Mère, qui a mis en honneur la fécondité de l'âme, bien au-dessus de la fécondité des corps , et ouvert une voie ineffable par laquelle les âmes choisies s'élancent rapidement jusqu'au divin Soleil, dont leur regard épuré contemple, sans nuage, les rayons ; car il a dit aussi : « Heureux ceux qui ont le cœur pur , parce qu'ils verront Dieu. » (Matth. v, 8.)
Gloire immortelle de l'Eglise catholique ,
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qui, seule, possède en son sein le don de la virginité, principe de tous les dévouements, parce que la virginité procède uniquement de l'amour ! Honneur sublime pour Rome chrétienne d'avoir produit Agnès, cet ange de la terre , devant laquelle pâlissent ces anciennes Vestales, dont la virginité comblée de faveurs et de richesses ne fut jamais éprouvée par le fer ni le feu !
Quelle gloire est comparable à celle de cette enfant de treize ans, dont le nom retentira jusqu'à la fin des siècles dans le Canon sacre du Sacrifice universel ! La trace de ses pas innocents , après tant de siècles , est empreinte encore dans la ville sainte. Ici, sur l'ancien Cirque Agonal , un temple somptueux s'élève avec sa riche coupole, et donne entrée sous ces voûtes jadis souillées par la prostitution , maintenant tout embaumées des parfums de la virginité d'Agnès. Plus loin, sur la voie Nomentane, hors des remparts de Rome, une élégante Basilique, bâtie par Constantin , garde, sous un autel revêtu de pierres précieuses, le chaste corps de la vierge. Sous terre, autour de la Basilique, commencent et s'étendent de vastes cryptes, au centre desquelles Agnès reposa jusqu'au jour de la paix, et où dormirent , comme sa garde d'honneur, des milliers de Martyrs.
Nous ne devons pas taire non plus îe plus gracieux hommage que rend, chaque année, la sainte Eglise Romaine à notre illustre Vierge, au jour de sa fête. Deux agneaux sont placés sur l'autel de la Basilique Nomentane , rappelant à la fois la mansuétude du divin Agneau et la douceur d'Agnès. Après qu'ils
Sainte Agnès, Vierge et Martyre. 3g5
ont été bénis par l'Abbé des Chanoines réguliers qui desservent cette église, ils sont conduits ensuite dans un monastère de vierges consacrées au Seigneur , qui les élèvent avec soin ; et leur laine sert à tisser les Pallium que le Pontife' suprême doit envoyer, comme signe essentiel de leur juridiction , à tous les Patriarches et Métropolitains du monde catholique. Ainsi le simple ornement de laine que ces Prélats doivent porter sur leurs épaules comme symbole de la brebis du bon Pasteur , et que le Pontife Romain prend sur le tombeau même de saint Pierre pour le leur adresser, va porter jusqu'aux extrémités de l'Eglise, dans une union sublime, le double sentiment de la vigueur du Prince des Apôtres et de la douceur virginale d'Agnès.
Nous donnerons maintenant les admirables pages que saint Ambroise, dans son livre des Vierges, a consacrées à la louange de sainte Agnès. L'Eglise en lit la plus grande partie dans l'Office d'aujourd'hui ; et la vierge du Christ ne pouvait désirer un plus aimable panégyriste que le grand évêque de Milan, le plus éloquent des Pères sur la virginité, et le plus persuasif ; car l'histoire nous apprend que, dans les villes où il prêchait, les mères renfermaient leurs filles, dans la crainte que les attrayantes paroles du prélat n'allumassent en elles un si ardent amour du Christ, qu'on les vît renoncer à tout hymen terrestre.
« Ayant à écrire un livre de la Virginité, « dit le grand évêciue, je m'estime heureux « de l'ouvrir par l'eloge de la Vierge dont la « solennité nous réunit. C'est aujourd'hui la
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« fête d'une vierge : recherchons la pureté. « C'est aujourd'hui la fête d'une Martyre, im- « molons des victimes. C'est aujourd'hui la « fête de sainte Agnès : que les hommes (( soient dans l'admiraticn, que les enfants ne V perdent pas courage, que les épouses consi- « dèrent avec étonnement , que les vierges « imitent. Mais comment pourrons-nous par- « 1er dignement de celle dont le nom même « renferme l'éloge ? Son zèle a été au-dessus « de son âge, sa vertu au-dessus de la nature; « en sorte que son nom ne semble pas un « nom humain, mais plutôt un oracle qui « présageait son martyre. » Le saint Docteur fait ici allusion au mot agneau^ dont on peut dév\\ev\&non\d' Agnès. Il le considère ensuite comme formé du mot grec agnos, qui signitie pur, et continue ainsi son discours :
« Le nom de cette vierge est aussi un titre « de pureté : j'ai donc à la célébrer et comme « Martyre et comme Vierge. C'est une louange « abondante que celle que l'on n'a pas (( besoin de chercher, et qui existe déjà par (( elle-même. Que le rhéteur se retire , que « l'éloquence se taise ; un seul mot, son nom « seul , loue Agnès. Que les vieillards , que « les jeunes gens, que les enfants la chan- « tent. Tous les hommes célèbrent cette Mar- (( tyre ; car ils ne peuvent dire son nom sans « la louer.
« On rapporte qu'elle avait treize ans « quand elle souffrit le martyre. Cruauté détes- <( table du tyran, qui n'épargne pas un âge si « tendre ; mais, plus encore , merveilleuse u puissance de la toi, qui trouve des témoins :< de cet âge ! Y avait-il place en un si petit
Sainte Agnès, Vierge et Martyre. Sgj
« corps pour les blessures ? A peine le glaive « trouvait-il sur cette enfant un lieu où frap- « per ; et cependant Agnès avait en elle de « quoi vaincre le glaive.
a A cet âge , la jeune fille tremble au « regard irrité de sa nîère ; une piqûre d'ai- « guille lui arrache dès larmes, comme ferait « une blessure. Intrépide entre les mains « sanglantes des bourreaux, Agnès se tient « immobile sous le fracas des lourdes chaînes « qui l'écrasent ; ignorante encore de la « mort , mais prête à mourir , elle présente « tout son corps à la pointe du glaive d'un « soldat furieux. La traîne-t-on, malgré elle, « aux autels ; elle tend les bras au Christ, à « travers les feux du sacrifice ; et sa main « formé, jusque sur les flammes sacrilèges, « ce signe qui est le trophée du Seigneur vic- « torieux. Son cou, ses deux mains, elle les « passe dans les fers qu'on lui présente ; « mais on n'en trouve pas qui puissent ser- « rer des membres si petits.
« Nouveau genre de martyre ! La Vierge « n'a pas encore l'âge du supplice , et déjà « elle est mûre pour la victoire; elle n'est « pas mûre pour le combat, et déjà elle est « capable de la couronne ; elle avait contre « elle le préjugé de son âge, et déjà elle est « maîtresse en fait de vertu. L'épouse ne n marche pas vers le lit nuptial avec autant « d3 vitesse que cette Vierge qui s'avance , « pleine de joie , d'un pas dé2;agé , vers le « lieu de son supplice; parée, non d'une « chevelure artificieusement disposée , mais « du Christ ; couronnée, non de fleurs, nmais « de pureté,^
3g8 Le Temps de Noël.
« Tous étaient en larmes; elle seule ne pleure <x pas; on s'étonne qu'elle prodigue si faci- « îement une vie qu'elle n'a pas encore « goûtée ; qu'elle la sacrifie, comme si elle « l'eût épuisée. Tous admirent qu'elle soit « déjà le témoin de la divinité, à un âge où « elle ne pourrait encore disposer d'elle- « même. Sa parole n'aurait pas valeur dans « la cause d'un mortel : on la croit aujour- « d'hui dans le témoignage qu'elle rend à « Dieu. Et en etïet, une force qui est au- « dessus de la nature ne saurait venir que « de l'auteur de la nature.
« Quelles terreurs n'employa pas le juge « pour l'intimider! que de caresses pourra (( gagner! Combien d'hommes la deman- « dèrent pour épouse! Elle s'écrie : « La a fiancée fait injure à l'époux, si elle se fait « attendre. Celui-là m'aura seul, qui, le pre- « mier, m'a choisie. Que tardes-tu, bourreau ? « Périsse ce corps que peuvent aimer des yeux « que je n'agrée pas. »
« Elle se présente, elle prie, elle courbe la « tète. Vous eussiez vu trembler le bourreau, « comme si lui-même eût été condamné. Sa « main était agitée, son visage était pâle sur « le danger d'un autre, pendant que la jeune « fille voyait, sans crainte, son propre péril. « Voici donc, dans une seule victime, un « double martyre : l'un de chasteté, l'autre de « religion. Agnès demeura vierge, et elle « obtint le martyre. »
L'Eglise Romaine chante aujourd'hui ces mélodieux Répons, dans lesquels Agnes exprime avec tant de charmes son naïf amour, et le bonheur Qu'elle éprouve d'être
Sainte Agnès, Vierge et Martyre. 3gg
fiancée au Christ. Ils sont formés de paroles, tirées des anciens Actes de la martyre, longtemps attribués à saint Ambroise.
fl \A ON époux a orné de ^' iVl pierres précieuses et mon cou et ma main ; il a mis à mes oreilles des perles inestimables : * Et il m"a toute parée de pierres fines et éclatantes, j^. Il a imprimé sa marque sur mon visage, afin que je n'admette pas d'autre amant que lui. " Et il m'a toute parée.
^. J'aime le Christ, je serai l'épouse de celui dont la Mère est vierge, de celui que son Père a engendré spirituellement, de celui qui déjà fait retentir à mes oreilles ses harmonieux accords. * Si je l'aime, je suis chaste : si je le touche, je suis pure ; si je le possède, je suis vierge, j^. Il m'a donné un anneau pour gage de sa foi, et m'a parée d'un riche collier. * Si je l'aime.
%. J'ai aspiré le miel et le lait sur ses lèvres, * Et son sang colore mes joues. ^. Il m'a montré des trésors incomparables, dont il m'a promis la possession. * Et son sang.
EXTERAM meam et collum meum cinxit lapidibus pretiosis ; tradidit auribus meis inaestimabiles margaritas : * Et circumdedit me vernantibus atque coruscantibus gemmis. f. Posuit signum in faciem meam, ut nuUum praster eum . amaiorem admittam. * Et circumdedit me.
Ri. Amo Christum in cujus thalamum introibo, cujus Mater virgo est , cujus Pater feminam nescit. cujus mihi organa modulatis vocibus. cantant. * Quem cum amavero, casta sum ; cum tetigero, munda sum ; cum accepero, virgo sum.
T. Annulo fidei suae subarrhavit me, et immensis rhonilibus ornavit me. * Quem.
fi|. Mel et lac ex ejus ore suscepi, * Et sanguis ejus ornavit gênas meas.
t. Ostendit mihi thesauros incomparabiles , quos mihi se daturum repromisit. * Et sanguis.
Le Temps de Noël.
% Jatn corpus ejus corpori meo sociatum est, et sanguis ejus ornavit gênas meas. * Cujus Mater virgo est, cujus Pater feminam nescit. f. Ipsi sum desponsata cui Angeli serviunt, cujus pulchritudinem sol et luna mirantur. * Cujus Mater.
^. Déjà, par l'aliment céleste, sa chair est unie à la mienne, et son sang colore mes joues. * C'est lui dont la Mère est vierge, lui que son Père a engendré spirituellement, j^. Je suis unie h.
celui que servent les Anges, à celui dont le soleil et la lune admirent la beauté. * C'est lui dont la Mère.
Saint Ambroise a voulu chanter lui-même, dans cette Hymne gracieuse et délicate, le martyre de notre incomparable Vierge :
AGNES beatae virginis Natalis est, quo spiritum Cœlo refudit debitum, Pio sacrata sanguine.
Matura martyrio fuit, Matura nondum nuptiis :
Nutabat in viris fides, Cedebat et fessus senex.
Metu parentes territi Ciaustrum pudoris au-
xerant :
Solvit fores custodioe Fides teneri nescia.
Prodire quis nuptam putet, Sic laeta vultu ducitur,
C'est la fête d'Agnès, l'heureuse vierge, le jour où, sacrée par son sang, elle rendit au ciel son âme faite pour le ciel.
Elle fut mûre pour le martyre avant de l'être pour les noces, dans un temps où la foi chancelait au cœur même des hommes, où le vieillard lassé cédait au tyran.
Ses parents, dans la crainte de la perdre, la gardaient plus sévèrement encore .\}ue ne la retenait la bienséance du sexe ; elle force les portes de sa retraite : sa foi ne saurait demeurer captive.
On croirait voir s'avancer une épouse, tant son visage est radieux \ elle apporte à
Sainte Agnès, Vierge et Martyre. 401
l'Epoux de nouvelles richesses ; le prix de sa dot est dans son sang.
On veut la contraindre à allumer la torche aux autels d'iîh dieu sacrilège ; elle répond : « Ce ne sont pas -là « les flambeaux que portent « les vierges du Christ.
K Votre feu éteint la foi, « votre flamme détruit la lu- « mière ; frappez, frappez « ici : mon sang versé étein- (I dra vos brasiers. »
Pour recevoir le coup, comme elle dispose sa parure !
Soigneuse de la pudeur, elle se drape dans ses vêtements, afin qu'aucun œil ne la contemple immodeste.
Cette pudeur la suit dans la mort ; sa main voilait son visage, elle tombe à genoux sur la terre, et sa chute, encore est empreinte de modestie.
Gloire à vous. Seigneur, gloire au Fils unique, avec le Saint-Esprit, dans les siècles éternels. Amen.
Novas viro ferens opes, Dotata censu sanguinis.
Aras nefandi numinis Adolere tœdis cogitur :
Respondet : Haud taies
faces Sumpsere Christi virgi-
nes.
Hic ignis extinguit fi-
dem, Haec flamma lumen eri-
pit :
Hic, hic ferite, ut profluo Cruore restinguam focos.
Percussa quam pom-
para tulit ?
Nam veste se totam tegit,
Curam pudoris praestitit,
Ne quis retectam cerne-
ret.
In morte vivebat pu-
dor,
Vultumque texerat manu;
Terram genu flexo petit,
Lapsu verecundo cadens.
Gloria tibi, Domine, Gloria Unigenito, Una cum Sancto Spiritu In sempiterna sascula.
Amen.
Notre admirable Prudence, qui visita Rome dans les premières années du v^ siècle, témoin de la piété romaine envers la glorieuse épouse du Christ, lui a consacré l'un
LE TEMPS DE NOËL
Le Temps de Noél.
de ses plus gracieux poèmes. Nous donnons ici ce beau chant qui, malgré sa longueur, forme l'Hymne de la fèie au Bréviaire Mozarabe.
AGNES sepulcrum est Romulea in domo, Fortis puellaï, martyris
inclytae.
Conspectu in ipso con-
dita turriura.
Servat salutem virgo
Quiritium :
Nec non et ipsos protegit
advenas.
Puro, ac fideli pectore supplices.
Duplex corona est praestita Martyri,
Intactum ab omni crimine virginal,
Mortis deinde gloria liberae.
Aiunt, jugalivix habilem loro
Primis in annis forte puellulam,
Christo calentem, fortiter impiis
Jussis renisam, quo minus idolis
Add'.cta, sacram desereret fidem.
Tentata multis nam prius artibus, Nunc ore blandi judicis illice,
LA ville de Romulus possède le tombeau d'Agnès, jeune fille héroïque, illustre martyre ; de sa demeure située en face des remparts, la vierge veille au salut des fils de Quirinus. Elle daigne même étendre sa protection sur l'étranger qui vient, d'un cœur pur et fidèle, prier dans son sanctuaire.
Une double couronne ceint le front de la Martyre : la virginité conservée inviolable; le trépas glorieux qu'elle affronta sans crainte.
La jeune fille abordait à peine à l'âge nubile, et dès ses plus tendres années, l'amour du Christ enflammait son cœur ; intrépide, elle résista aux ordres impies qui voulaient la contraindre à servir les idoles, à déserter la foi sainte.
On tenta son courage par plus d'un artifice ; le juge essaya de la séduire par de caressantes paroles, le bour-
Sainte Agnès, Vierge et Martyre. 40 3
reau de l'émouvoir par l'appareil des tourments ; la vierge au cœur invincible se tenait inébranlable ; elle offrait son corps aux plus cruelles toitures, et la mort ne rétonnait pas.
« Tu braves les supplices, « lui dit le tyran farouche ; « tu es capable de surmonter « la souffrance ; la vie n'est « pour toi qu'une chose mé- « prisable ; mais à une vier- « ge consacrée la pudeur est « chère.
« Je puis ordonner de (1 traîner celle-ci dans un « lupanar destiné au public, « si elle refuse encore d'in- « cliner sa tête devant l'autel, « et d'implorer le pardon de « Minerve qui est vierge (1 aussi, et que cette vierge « insolente persiste à mépri- « ser. Elle verra alors toute « la jeunesse se précipiter « vers cet asile de honte, « pour y chercher la proie « nouvelle offerte à ses pas- « sions. M
« — Le Christ, répond « Agnès, n'oublie pas à ce « point ceux qui sont à lui ; « il ne sacrifie point le trésor « de leur pureté. Loin de « nous abandonner, il assiste « ceux qui sont pudiques, et « ne souffre pas que leur
Nunc saevientis carnificis
minis, Stabat feroci robore per-
tinax, Corpusque duris excru-
ciatibus Ultro offerebat. non
renuens mori.
Tum trux tyrannus :
Si facile est, ait,
Pœnam subactis ferre
• doloribus, Et vita vilis spernitur :
at pudor Charus dicatse virginîtatis est.
Hanc in lupanar tra-
dere publicum Certum est, ad aram ni
caput applicet, Ac de Minerva jam ve-
niam roget, Quam virgo pergit tem-
nere virginem.
Omnis juventus irruat, et
novum Ludibriorum mancipium
petat.
Haud, inquit Agnes,
immemor est ita Christus suorum, perdat
ut aureum Nobis pudorem, nos
quoque deserat.
Praesto est pudicis, nec
patitur sacras
Integritatis munera
pollui.
Ferrum impiabis sanguine, si voles :
Non inquinabis membra libidine.
Sic elocutam publici-
tus jubet Flexu in plateae sistere
virginem.
Stantem refugit mœsta
frequentia, Aversa vultus, ne petu-
lantius Quisquam verendum con-
spiceret locum.
Intendit unus forte pro-
caciter Os in puellam, nec trépidât sacram Spectare formam lumine
lubrico.
En aies ignis fulminis in
modum Vibratur ardens, atque
oculos ferit :
Caecus corusco lumine
cofruit, Atque in plateae pulvere
palpitât.
ToUunt sodales semine-
cem solo.
Verbisque deflent exe-
quialibus.
Ibat triumphans virgo, Deum Patrem,
Christumque sacro carmine concinens,
Quod sub profani labe periculi
(I intégritésoit souillée. Libre « à toi de rougir ton glaive « de mon sang ; mais tu ne « saurais profaner mon corps c par la luxure. 9
Ainsi parle Agnès. Le juge ordonne qu'on la dépouille, et que la vierge soit ainsi conduite dans le repaire secret du cirque. La foule détourne ses regards à cet aspect ; un sentiment de pudeur quelle ne connaissait pas semble la maîtriser tout à coup.
Un seul homme a osé arrêter son œil audacieux et profane sur la vierge sacrée.
Mais soudain un Ange prompt comme la foudre l'a frappé de son glaive étincelant. Le coupable a perdu la lumière de ses yeux ; il roule sur la poussière et s'agite convulsivement. Ses compagnons l'enlèvent deraimort. et déjà prononcent sur lui l'adieu suprême.
La vierge s'avançait triomphante, adressant à Dieu le Père et au Christ un cantique sacré. Délivrée du péril, elle rendait grâces au pouvoir céleste qui pour elle avait fait
Sainte Agnès, Vierge et Martyre. 40 5
du lupanar un lieu chaste, et conservé sans atteinte l'honneur de la virginité.
Il en est même qui racontent qu'elle adressa ses supplications au Christ, pour qu'il daignât rendre la lumière au coupable humilié jusqu'à terre, et que le jeune homme recouvra le souffle de sa poitrine et l'usage de ses yeux.
Agnès a conquis un premier degré dans la céleste cour ; une nouvelle victoire va lui en assurer un second.
Le tyran sanguinaire s'enflamme de fureur à la nouvelle qu'il reçoit, f Je serai « donc vaincu ! dit-il avec « émotion. Soldat, tire ton « glaive, et accomplis les « ordres de l'autorité souve- « raine. »
La vierge aperçoit cet homme farouche qui tient le glaive pour l'immoler ; dans les transports de sa joie, elle s'écrie : « Que j'aime ce guer- « rier qui vient fondre sur « moi avec fureur ! Combien « je le préfère à ce jeune « homme plein de mollesse, fl exhalant autour de lui « l'odeur des parfums, pour « tendre un piège mortel à « ma fidélité !
Castum lupanar nec
violabile Experta victrix virgi-
nitas foret.
Sunt. qui rogatam retu-
lerint preces Fudisse Cnristo, redde-
ret ut reo Lucem jacenti : tum ju«
veni halitum Vitae innovatum visibus
integris.
Primum sed Agnes
hune habuit gradum Cœlestis aulas, mox alius
datur.
Accensus iram nam furor
incitât Hostis cruenti. Vincor,
ait gemens ; I, stringe ferrum, miles,
et exere Pra;cepta summi regia
principis.
Ut vidit Agnes, stare
trucem virum Mucrone nudo, laetior
hase ait :
Exsulto, talis quod po-
tius venit Vesanus, atrox, turbidus
armiger, Quam si veniret langui-
dus, ac tener MoIIisque ephebus tinc-
tus aromate, Qui me pudoris furvers
perderet.
Le Temps de Noèl.
Hic, hic amator jam,
fateor, placet :
Ibo irruentis gressibus
obviam, Nec demorabor vota ca-
lentia :
Ferrum in papillas omne
recepero.
Pectusque ad imum vim
gladii traham.
Sic nupta Christo transi-
liam poli Omnes tenebras aethere
celsior.
iEterne rector, divide
januas Cœli, obseratas terrige-
nis prius ; Ac te sequentem, Chris-
te, animam voca, Quum virginalem, tum
Patris hostiam.
Sic fata. Christum ver-
tice cernuo Supplex adorât, vulnus
ut imminens Cervix subiret prona pa-
ratius.
Ast ille tantam spem
peragit manu :
Une sub ictu nam caput
amputât.
Sensum doloris mors
cita praevenit.
Exutus inde spiritus
emicat, Liberque in auras exilit;
Angeli Sepsere euntem tramite
candido.
« Voici l'amant auquel « j'aspire ; au-devant de lui t je m'élance ; je narréte plus « l'ardeur de mes désirs. Qu'il « plonge tout entier son fer « dans mon sein : que je « sente avec transport ce '( glaive pénétrer ma poit trine : alors, épouse du « Christ, mon àme, franchis- « sant la région des ténèbres, « va s'élever au plus haut des (I cieux.
« Roi éternel, daigne ou- « vrir les portes de ton céleste « palais si longtemps fermées « aux habitants de la terre.
« O Christ, appelle à toi cette " âme qui n'aspire qu'à te « rejoindre ; elle est vierge ; « et on l'immole à la gloire « de ton Père. »
Elle dit, et, inclinant la tête, elle adore humblement le Christ, offrant ainsi avec ardeur son cou au glaive qui se lève au-dessus d'elle. Le bras du bourreau accomplit à l'instant l'espoir de la vierge; d'un seul coup il abat la tête innocente d'Agnès: trépas rapide, qui à peine laisse place à la souffrance.
L'âme brillante et afiFranchie s'élance libre à travers les airs ; un groupe d'Anges l'accompagne sur le sentier lumineux.
Sainte Agnès, Vierge et Martyre. 40 j
Dans son vol, elle voit audessous d'elle le globe de la terre et les ténèbres qui l'environnent ; mais elle dédaigne cette région inférieure que le soleil visite dans son cours.
tout ce que le monde entraîne et confond dans sa march"e, tout ce qui vit au sein du noir tourbillon , tout ce que la vaine mobilité du temps emporte avec elle.
Maintenant elle domine de son regard les rois, les tyrans.
les empires, les dignités publiques ; les honneurs et les pompes qui enflent d'orgueil les mortels insensés ; l'argent et l'or si puissants, dont ils ont tous une soif ardente, et qu'ils recherchent par toutes sortes de crimes ; les palais construits avec splendeur, la vanité des parures brillantes ; la colère, les craintes, les désirs, les dangers de toutes parts ; les joies si rapides, les chagrins si longs à s'épuiser ; les torches de l'envie qui souillent de leur noire fumée l'espérance des hommes et leurs succès ; enfin, le plus affreux de tous les maux, le nuage honteux de l'idolâtrie planant sur le monde.
Dans son attitude triomphante, Agnès foule et domine tous ces vains objets ; de son pied elle écrase la tète
Miratur orbem sub pe-
dibus situm, Spectat tenebras ardua
subditas, Ridetque, solis quod rota
circuit, Quod mundus omnis vol-
vit. et implicat, Rerum quod atro turbine
vivitur, Quod vana secli mobili-
tas rapit ;
Reges, tyrannos. im-
peria et gradus, Pompasque honorum
stulta tumentium :
Argenti et auri vim, ra-
bida siti Cunctis petitam per va-
rium nefas, Splendore multo structa
habitacula, lUusapictaevestis inania, Iram, timorem, vota, pe-
ricula :
Nunc triste longum, nunc
brève gaudium, Livoris atri fumificas
faces, Nigrescit unde spes ho-
minum et decus.
Et , quod malorum te-
trius omnium est, Gentilitatis sordida nu-
bila.
Haec calcat Agnes, haec pede proterit, Stans, et draconis cake premens caput :
40 8 Le Temps de Noël.
Terrena mundi qui férus
du cruçl dragon qui infecte de son venin les habitants de
omnia
Spargit venenis, mergit
la terre, et les entraîne avec
et inferis,
lui aux enfers. Maintenant.
Nunc virginal! perdomi-
dompté sous le pied de la jeune vierge, il abaisse hon-
tus solo,
Cristas cerebri depri-
teusement sa crête enflam-
mit ignei,
mée ; vaincu, il n'ose plus
Nec victus audet tollere
relever la tête.
verticem.
Cingit coronis interea
En même temps, le Dieu du
Deus
ciel ceint de deux couronnes
Frontem duabus mar-
le front de la chaste martyre
tyris innubae :
l'une porte en traits de lu-
Unam de cemplex édita
mière le nombre mystérieux
sexies
de soixante ; sur l'autre, le
Merces perenni lumine conficit :
centenaire exprime les mé-
rites qu'Agnès a conquis.
Centenus extat fructus in
altéra.
0 virgo felix, o nova
Heureuse vierge, illustra-
gloria,
tion nouvelle, noble habi-
Cœlestis arcis nobilis in-
tante de la cité céleste, daigne
cola,
incliner vers nos misères ta
Intetide nostris coUuvio-
tête ceinte du double diadème.
nibus
A toi seule le Dieu suprême
Vultum gemello cum dia-
donna la puissance de rendre
demate :
chaste un jour le lieu même
Cui posse soli Cunctipa-
du crime.
rens dédit
Castum vel ipsum red-
dere fornicem.
Purgabor oris propi-
Un regard de ta bonté di-
tiabilis
rigé vers moi me rendra pur,
Fulgore, nostrum si je-
en inondant mon cœur de sa
cur impleas.
lumière ; tout ce que ton oeil
Nil non pudicum est.
daigne fixer, comme autrefois
quod pia visere
tout ce que ton noble pied toucha, participe aussitôt à
Digneris, almo vel pede
tangerc.
la pureté qui en toi réside.
Sainte Agnès, Vierge et Martyre. 40g
Le concert ne serait pas complet à la louange d'Agnès, si nous n'entendions pas notre mélodieux Adam de Saint-Victor chanter en son honneur une de ses plus belles Séquences.
SEQUENCE
ANIMONS-NOUS à la lutte, en célébrant la Passion d'une vierge glorieuse.
En touchant la fleur sacrée, respirons les parfums de suavité qu'elle exhale.
Belle, prudente et d'illustre race, déjà Agnès à deux premiers lustres avait ajouté trois ans.
Aimée du fils du Préfet, la vierge à ses désirs résiste avec courage.
Merveilleuse force de la foi ! Merveilleuse virginité !
Merveilleuse intégrité d'un cœur virginal !
Ainsi le Fils de Dieu, par un conseil admirable, se montre plus admirable dans un instrument fragile.
L'acaont languit sur sa couche de souffrance ; la cause
ANIMEMUR ad agonem, Recolentes passionem Gloriosœ virginis.
Contrectantes sacrum florem, Respiremus ad odorem Respersae dulcedinis.
Pulchra, prudens et illustris,
Jam duobus Agnes lustris
Addebat triennium.
Proies amat hanc prasfecti :
Sed ad ejus virgo flecti Respuit arbitrium.
Mira vis fidei, Mira virginitas.
Mira virginei Cordis integritas.
Sic Dei Filius, Nutu mirabili.
Se mirabilius Prodit in fragili.
Languet amar lecto :
cubât
Le Temps de Noël.
Languor notus fil prae-
fecto, Maturat remédia.
Offert multa, spondet plura, Periturus peritura ; Sed vilescunt omnia.
Nudam prostituit Praeses flagitiis :
euam Christus induit omarum fimbriis St^laque cœlesti.
Cœlestis nuntius Assistit propius :
Cella libidinis Fit locus luminis ; Turbantur incesti.
Caecus amans indignatur.
Et irrumpens praefocatur A maligno spiritu.
Luget pater , lugent cuncti :
Roma flevit pro defuncti Juvenis interitu.
Suscitatur ab Agneta Turba frémit indiscrète :
Rogum parant Virgini.
Rogus ardens reosurit, In furentes flamma furit.
Dans honorera Numini.
de cette langueur est connue du Préfet, qui s'empresse d'y chercher remède.
Il offre beaucoup, promet plus encore de choses périssables, périssable qu'il est ; mais tout cela est vil aux yeux de la vierge.
Le Préfet la fait exposer nue dans un lieu infâme ; mais le Christ la revêt du voile de sa chevelure et d'un vêtement céleste.
Un messager d'en haut veille à ses côtés ; l'antre du crime devient un séjour de lumière ; la terreur s'empare des débauchés.
L'aveugle amant s'irrite ; il s'élance, et tombe étouffé par l'esprit malin. ^
Le père pleure, tout pleure:
Rome a pleuré aux funérailles du jeune mort.
Agnès le rend à la vie : la foule frémit confusément, et cependant on prépare pour la Vierge un bûcher.
Mais les flammes brûlent les impies ; elles tourmentent les bourreaux furieux et rendent hommage au grand Dieu.
Sainte Agnès, Vierge et Martyre. 411
Agnès, au Seigneur rendant grâces, présente son cou au licteur ; tranquille sur sa pureté, elle ne craint pas de mourir sur l'heure.
Debout à la droite de l'Agneau du salut, tu es glorieuse, Agnès ! tu viens consoler tes parents ; tu les invites aux réjouissances.
Qu'ils cesent de pleurer ta mort, maintenant que tu es unie à l'Epoux céleste Apparaissant sous la forme d'un agneau, il leur révèle sa gloire, et les honneurs de ta virginité.
Ne permets pas que jamais nous soyons séparés de cet Agneau salutaire, à qui tu t'es consacrée tout entière, et par la puissance duquel tu guéris la noble Constantîa.
Vase élu, vase d'honneur, fleur d'incorruptible parfum, bien-aimée des chœurs des Anges, tu donnes au monde un exemple de noblesse et de pudeur.
Toi, ornée de la palme triomphante, couronnée des fleurs de la virginité : nous, indignes d'une récompense spéciale, fais-nous du moins inscrire sur les fastes communs des saints. Amen.
Grates agens Salvatori, Guttur off'ert haec lictori, Nec ad horam timet mori, Puritatis conscia.
Agnes, Agni salutaris Stans ad dextram gloria-
ris.
Et parentes consolarîs Invitans ad gaudia.
Ne te fièrent ut defun*
ctam Jam celesti Sponso jun-
ctam :
His sub agni forma suam Revelavit, atque tuam Virginalem gloriam.
Nos ab Agno salutari Non permitte separari, Gui te totam consecras-
ti :
Cujus ope tu curasti Nobilem Constantiam.
Vas electum, vas honoris, Incorrupti flos odoris, Angelorum grata cho-
ris, Honestatis et pudoris Formam praebes saeculo.
Palma fruens triumphali, Flore vernans virginali, Nos indignes speciali Fac sanctorum generali Vel subscribi titulo.
Amen.
412 Le Temps de Noël.
Qu'il est doux et fort, 6 Agnès, l'amour de Jésus votre Epoux ! Comme il s'empare des cœurs innocents, pour les transformer en cœurs intrépides ! Que vous importaient le monde et ses joies, le supplice et ses tortures ? Qu'aviez-vous à craindre de l'affVeuse épreuve à laquelle la féroce dérision du persécuteur voulut vous soumettre ? Sous ces voûtes impures, l'Ange du Seigneur attendait le téméraire. Vous l'ignoriez, et cependant votre cœur ne tremblait pas, car l'amour de Jésus le remplissait tout entier. Le lupanar, le bûcher, le glaive n'étaient rien pour vous ; votre amour vous disait assez que nulle violence humaine ne vous ravirait le cœur de l'Epoux divin ; vous aviez sa parole, et vous saviez qu'il est fidèle.
O enfant si pure au milieu de la contagion de Rome, si libre au milieu d'un peu- Êle esclave, combien le caractère de notre mmanuel paraît en vous! Il est Agneau, et vous êtes simple comme lui; il est le Lion de la tribu de Juda, et, comme lui, vous êtes invincible. Quelle est donc cette nouvelle race descendue du ciel qui vient peupler la terre ? Oh! qu'elle vivra de longs siècles, cette famille chrétienne issue des Martyrs, qui compte parmi ses ancêtres des héros si magnanimes, des vierges, des enfants, à côté des pontifes et des guerriers, tous remplis d'un feu céleste, et n'aspirant qu'à sortir de ce monde, après y avoir jeté la semence des vertus. Ainsi sont rapprochés de nous les exemples du Christ par la noble chaîne de ses Martyrs. Par nature, ils étaient fragiles
Sainte Agnès, Vierge et Martyre. 41 3
comme nous; ils avaient à triompher des mœurs païennes qui avaient corrompu le sang de l'humanité ; et cependant ils étaient forts et purs.
Jetez les yeux sur nous, ô Agnès, et secourez-nous. L'amour du Christ languit dans nos cœurs. Vos combats nous émeuvent ; nous versons quelques larmes au récit de votre héroïsme ; mais nous sommes faibles contre le monde et les sens. Amollis par la recherche continuelle de nos aises, par une folle dépense de ce que nous appelons sensibilité, nous n'avons plus de courage en face des devoirs. N'est-il pas vrai de dire que la sainteté n'est plus comprise ? Elle étonne, elle scandalise; nous la jugeons imprudente et exagérée. Et cependant*, ô Vierge du Christ, vous êtes là devant nous, avec vos renoncements, avec vos ardeurs célestes, avec votre soif de la souffrance qui mène à Jésus. Priez pour nous, indignes; élevez-nous au sentiment d'un amour généreux, agissant, d'un amour qui connaisse la jalousie à rencontre de ce qui n'est pas Dieu. Epurez cette religion tiède et contente d'elle-même, qui est venue prendre la place de la piété des anciens )Ours. Il est quelques âmes fortes qui vous suivent; mais il en est peu; accroissez-en le nombre par vos prières, arin que l'Agneau, dans les cieux, ait une suite nombreuse, entre les lis et les roses de ce séjour du bonheur.
Vous nous apparaissez, ô Vierge innocente, dans ces jours où nous nous pressons autour du berceau de l'Enfar.t divin. Qui pourrait dire les caresses que vous lui prodiguez, et
414 Le Temps de Noël.
celles dont il vous comble ? Laissez toutefois approcher les pécheurs près de cet Agneau qui vient les racheter, et recommandez-les vous-même, au nom de votre tendresse, à ce Jésus que vous avez toujours aimé. Conduisez-nous à Marie, la tendre et pure brebis qui nous a donné ce Sauveur, Vous qui réfléchissez en vous le doux éclat de sa virginité, obtenez-nous d'elle un de ces regards qui puritient les cœurs.
Suppliez, ô Agnès, pour la sainte Eglise qui est aussi l'Epouse de Jésus. C'est elle qui vous a enfantée à son amour ; c'est d'elle que nous aussi tenons la vie et la lumière. Obtenez qu'elle soit de plus en plus féconde en vierges tidèles. Protégez Rome, où votre tombe est si glorieuse, où vos palmes sont si éclatantes. Bénissez les Prélats de l'Eglise : obtenez pour eux la douceur de l'agneau, la fermeté du rocher, le zèle du bon Pasteur pour la brebis égarée. Entin, 6 Epouse de l'Emmanuel, soyez le secours de tous ceux qui vous invoquent; et que votre amour pour les hommes s'allume de plus en plus à celui qui brûle au Cœur de Jésus.