‹ L'Année liturgique (volume 4)Chapitre 97 sur 132 · CONFESSEUR · texte numérisé non relu

CONFESSEUR

LE nombreux essaim de Martyrs qui fait la garde autour de l'Emmanuel, jusqu'au jour de sa Présentation au Temple, entr'ouvre de temps en temps ses rangs glorieux pour donner place aux Confesseurs que la divine Sagesse a fait briller sur le Cycle dans cette saison. Les Martyrs y sont les plus nombreux; mais la gloire des Confesseurs y est noblement représentée. Après Hilaire, Paul, Maur et Antoine, resplendit aujourd'hui Raymond de Pegnafort, l'une des gloires de l'Ordre de saint Dommique et de l'Eglise, au xiii* siècle.

Selon la parole des Prophètes, le Messie est venu pour être notre Législateur ; il est lui-même la Loi. Sa parole sera la règle des hommes, et il laissera à son Eglise le pouvoir de la législation, afin qu'elle puisse conduire les peuples dans la sainteté et dans la justice, jusqu'à l'éternité. La sagesse de l'Emmanuel préside à la discipline canonique, comme sa vérité à l'enseignement de la foi. Mais l'Eglise, dans la compilation et la djsposition de ses lois, emprunte le secours 'des hommes qui lui semblent joindre à un plus haut degré la science du Droit et l'intégrité de la moralSr

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Saint Raymond de Pegnafort a l'honneur d'avoir tenu la plume pour la rédaction du code canonique qui régit aujourd'hui l'Eglise. Ce fut lui qui, en 1234, compila, par ordre de Grégoire IX, les cinq livres des Décrétais ; et son nom est associé, pour jamais, à la floire de cette œuvre qui forme encore la ase de la discipline actuelle.

Disciple de celui qui est descendu du ciel dans le sein d'une Vierge pour sauver les pécheurs, en les appelant au pardon, Raymond a mérité d'être appelé par l'Eglise Vinsigne Ministre du Sacrement de Pénitence. Il est le premier qui ait recueilli, en corps de doctrine, les maximes de la morale chrétienne, qui servent à déterminer les devoirs du confesseur à l'égard des pécheurs qui viennent lui déposer leurs péchés. La Somme des Cas Pénitentiaux a ouvert la série de ces importants travaux, dans lesquels d'habiles et vertueux docteurs se sont appliqués à peser les droits de la loi et les obligations de l'homme, afin d'instruire le çrêtre dans l'art de discerner, comme parle l'Ecriture, la lèpre d'avec la lèpre. (Deuter. xvii, 8.)

Entin, lorscjue la glorieuse Nlère de Dieu, qui est aussi la Mère des hommes, suscita pour opérer la Rédemption des captifs le généreux Pierre Nolasque, que nous verrons arriver, sous quelques jours, au berceau du Rédempteur, Raymond fut l'instrument puissant de ce grand œuvre de miséricorde; et ce n'est pas en vain que l'Ordre de la Merci le considère comme l'un de ses fondateurs, et que tant de milliers de captifs, délivrés de la servitude musulmane, l'ont honoré comme

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l'un des principaux auteurs de leur liberté. Lisons, avec l'Eglise, le récit des actions d'un homme dont la vie a été si pleine et les mérites si grands.

Te bienheureux Raymond, ■L> né à Barcelone, de la noble maison de Pegnafort, fut instruit des éléments de la religion chrétienne ; et, dès son enfance, l'heureux naturel de son esprit et de son corps sembla présager quelque chose de grand. Jeune encore, il professa les humanités dans sa patrie ; puis il se rendit à Bologne, où il s'adonna avec ardeur aux exercices de la piété et à l'étude du droit canonique et civil ; il y fut honoré du bonnet de Docteur, et il y expliqua les sacrés Canons avec l'admiration de ses auditeurs. Le bruit de ses vertus se répandant au loin, Bérenger, Evèque de Barcelone, à son retour de Rome à son Eglise, passa par Bologne pour le voir, et enfin, à force de prières, il l'engagea à revenir avec lui dans sa patrie.

Bientôt Raymond devint Chanoine et Prévôt de l'Eglise de cette ville, où il brilla au milieu du clergé et du peuple par son intégrité, sa modestie, sa doctrine et la suavité de ses mœurs. La Vierge Mère de Dieu était pour lui l'objet d'une piété et d'une

BEATUS Raymundus Barcinonensis , ex nobili familia de Pennafort, christianae religionis rudimentis imbutus, adhuc parvulus, eximia animi et corporis indole magnum aliquid portendere visus est. Nam adolescens humaniores litteras in patria professus, Bononiam se contulit , ubi pietatis officiis, ac Pontificio, civilique juri sedulo incumbens , et Doctoris laurea insignitus, ibidem sacros canones magna cum hominum admiratione est interpretatus. Ejus virtutum fama percrebrescente, Berengarius Barcinonensis Episcopus, cum Roma suam ad Ecclesiam rediret, eum convenièndi causa Bononiam iter instituit, et tandem summis precibus, ut secum in patriam reverteretur, obtinuit. Mox ejusdem Ecclesiae Canonicatu, et Praepositura ornatus , universo clero , et populo, integritate , modestia , doctrina, et morum suavitate praefulsit, ac Dei-

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parae Virginis, quam singulari piotatis aftectu venerabatur, honoretn, et cultum semper pro viribus auxit.

ANNUM circiter quintum supra quadragesimum agens, in Ordine Fratrum Praedicatorum solemni emissa professione, ut novus miles, in omnî virtutum génère, sed pr«cipue in charitate erga egenos, et maxime captivos ab infîdelibus détentes se exerçait.

Unde cum ejus hortatu sanctus Petrus Nolascus (cujus ipse confessiones audiebat) suas opes piissimo huic operi conferret, tum eidem, tum beato Ravmundo , et Jacobo Primo Arragoniae Régi apparens beatissima Virgo, gratissimum sibi, et unigenito Filio suc fore dixit, si in suum honorem institueretur Ordo Religiosorum , quibus captivos ex infidelium tyrannide liberandi cura incumberet. Quare collatis inter se consiliis , Ordinem beataî Marire de Mercede Redemptionis captivorum fundaverunt ; cui beatus Raymundus certas vivendi legespraescripsit ad ejusdem Ordinis vocationem

affection particulières ; et toujours, autant quil le put, il augmenta son culte et son honneur.

A l'âge d'environ quarantecinq ans, il fit profession solennelle dans l'Ordre des Frères Prêcheurs. Alors, comme un nouveau soldat, il s'exerça dans tous les genres de vertus , principalement dans la charité envers les indigents, et surtout envers ceux que les infidèles retenaient captifs. Ce furent ses exhortations qui engagèrent saint Pierre Nolasque, dont il était le confesseur, à sacrifier son bien à cette œuvre de piété. La bienheureuse Vierge apparut à Pierre, ainsi qu'au bienheureux Raymond et à Jacques !«'■. Roi d'Aragon, et leur dit qu'elle aurait pour agréable, ainsi que son Fils unique, qu'on instituât en son honneur un Ordre de Religieux, dont le soin serait de délivrer les captifs de la tyrannie des infidèles. C'est f)Ourquoi, après en avoir conéré entre eux, ils fondèrent l'Ordre de Notre-Dame de la Merci de la Rédemption des Captifs , pour lequel Raymond statua certaines règles de vie, appropriées à la vocation de cet institut. Il en obtint l'approbation He Grégoire IX, quelques années

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après, et il créa premier Général de cet Ordre, saint Pierre Nolasque, auquel il en donna l'habit de sa propre main.

IL fut appelé à Rome par le même Grégoire ; et ce Pontife en fit son Chapelain, son Pénitencier et son Confesseur. Ce fut par son ordre que Raymond rédigea, dans le volume appelé Décrétales, les statuts des Pontifes Romains , épars dans divers Conciles et diverses Epîtres Il refusa toujours, avec fermeté, l'Archevêché de Tarragone que lui offrait le même Pape, et il se démit lui-même du Généralat de son Ordre, après avoir rempli très saintement cette charge durant l'espace de deux ans.

Il détermina Jacques, Roi d'Ai"agon, à établir dans ses Etats le Saint-Office de l'Inquisition. Il fit u.: grand nombre de miracles ; mais le plus éclatant fut lorsque, revenant de l'île Majorque, il étendit son manteau sur les eaux, fit cent soixante milles de chemin en six heures, et entra dans son monastère, lorsque les portes en étaient fermées Enfin, âgé de près de cent ans, comblé de vertus et de

accommodatissimas quarum approbationem aliquot post annos a Gregorio Nono impetravit.

et dictum sanctum Petrum primum Generalem Ordinis Magistrum suis ipse manibus habitu eodem indutum creavit.

AB eodem Gregorio Romam accersitus, et Capellani, ac Poenitentiarii, et Confessarii sui munere decoratus , ejusdem jussu, Romanorum Pontificum Décréta, in diversis Conciliis et Epistolis sparsa, in unum Decretalium yolumen redegit. Archiepiscopatum Tarracbnensem ab ipso Pontifice sibi oblatum constantissime recusavit.

et totius Ordinis Praedicatorum générale Magisterium, quod per biennium sanctissime administraverat, sponte dimisit. Jacobo Arragoniae Régi sacras Inquisitionis Officii suis in regnisinstituendi auctor fuit. Multa patravit miracula ; inter quœ illud clarissimum, quod ex insula Baleari Majori Barcinonem reversurus, strate super aquas paIlio,centum sexaginta milliaria sex horis confecerit, et suum cœnobium januis clausis

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fuerli

Tan-

mérites, il s'endormit dans le Seigneur, l'an du salut mil deux cent soixante-quinze.

Clément VIII l'a inséré au nombre des Saints.

ingressus.

dem prope centenarius, virtutibus et meritis cumulatus obdormivit in Domino , anno salutis mille^imo ducentesimo sepiuagesimo quinto ; quem Clemens Octavus in Sanctorum numerum retulit.

Nous empruntons l'Hymne suivante au Bréviaire des Frères Prêcheurs.

(^RANDE Raymundi ce- ^^ lebrate nomen, Praesules, Reges, popu-

lique terrae.

Cujus asternae fuit uni-

versis

Cura salutis.

Quidquid est alta pietate mirum Exhibet purus, niveus-

que morum :

Omne virtutum rutilare cernis

Lumen in illo.

Sparsa Summorum monimenta Patrum Colligit mira studiosus

arte :

Quaeque sunt prisci sacra digna cedro Dogmata juris.

Doctus infidum soiidare pontum,

Drélats, Princes, peuples * de la terre , célébrez le nom illustre de Raymond, de cet homme qui eut à cœur le salut éternel de tous.

Ce qu'offre de plus admirable une piété profonde apparaît dans la pureté sans tache de ses moeurs : la lumière de toutes les verlui.

éclate en sa personne.

D'une main habile et studieuse, il recueille les Décrets épars des Souverains Pontifes, et les sentences du Droit antique dignes d'être conservées.

Sous ses pas, les flot» inconstants deviennent solides;

Saint Raymond de Pegnafort, Conf. 441

il parcourt, sans navire, un espace immense : son man- .teau et son bâton sont la barque sur laquelle il traverse la mer.

Donnez-nous, ô Dieu, la pureté des mœurs ; donneznous de passer, sans désastre, le cours de notre vie ; donnez-nous de toucher le port de la vie éternelle. Amen.

Currit invectus stadio

patenti :

Veste componens, bacu-

loque cymbam, .fequora calcat.

Da, Deus, nobis sine labe mores, Da, vit3E tutum sine clade

cursum :

Da perennalis sine fine vitae

Tangere portum.

Amen.

Dispensateur fidèle du Mystère de la réconciliation, vous avez puisé, au sein du Dieu incarné, cette charité qui a fait de votre coeur l'asile des pécheurs. Vous avez aimé les hommes; et les besoins de leurs corps, aussi bien que ceux de leurs âmes, orK été l'objet de votre sollicitude. Eclairé des rayons du Soleil de justice, vous nous avez aidés à discerner le bien du mal, en nous donnant des règles pour apprécier les plaies de nos âmes. Rome a admiré votre science des lois ; elle se fait gloire d'avoir reçu de vos mains le Code sacré qui régit les Eglises.

Réveillez dans nos cœurs, ô Raymond, cette componction sincère qui est la condition du pardon dans le Sacrement de Pénitence.

Faites-nous comprendre la gravité du péché mortel qui sépare de Dieu pour l'éternité, et les dangers du péché véniel qui dispose l'âme tiède au péché mortel. Ootenez-nous des hommes pleins de charité et de science pour exercer ce sublime ministère qui guérit les âmes. Défendez-les du double écueil d'un

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rigorisme désespérant et d'une mollesse perfide. Ranimez chez nous la vraie science du Droit ecclésiastique, sans laquelle la maison du Seigneur deviendrait bientôt le séjour du désordre et de l'anarchie. Vous dont le cœur fut si tendre envers les captifs, consolez tous ceux qui languissent dans les chaînes ou dans l'exil ; préparez leur délivrance ; mais affranchissez-nous tous des liens du péché, qui retiennent trop souvent les âmes de ceux-là mêmes dont le corps est libre.

Vous avez été, 6 Raymond, le confident du cœur de notre miséricordieuse Reine Marie ; elle vous a associé à son œuvre du rachat des captifs. Vous êtes puissant sur ce Cœur qui est notre espérance, après celui de Jésus. Présentez-lui nos hommages. Demandez pour nous à cette incomparable Mère de Dieu la grâce d'aimer toujours le céleste Enfant qu'elle tient dans ses bras. Qu'elle daigne aussi, par vos prières, être notre étoile "sur cette mer du monde, plus orageuse que celle dont vous avez bravé les fiots sur votre manteau miraculeux.

Souvenez-vous aussi de l'Espagne, votre patrie, au sein de laquelle vous avez opéré tant d'œuvres saintes. Longtemps son illustre Eglise fut dans le deuil d'avoir perdu les Ordres religieux qui faisaient sa force et sa splendeur , une hospitalité généreuse a commencé de réparer ces maux . que toute cntravedisparaissc enfin. Protégez l'Ordre des Frères Prêcheurs, dont vous avez honoré l'habit et la règle. Vous l'avez gouverné avec sagesse sur la terre , aimez-le toujours paternellement dans le ciel. Qu'il répare ses pertes; qu'il refleurisse dans

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toute l'Eglise, et qu'il produise, comme aux jours anciens, ces fruits de sainteté et. de science qui en ont fait une des principales gloires de l'Eglise de Jésus-Christ.

Le troisième jour n'est pas écoulé depuis le martyre de sainte Agnès; et la Liturgie, fidèle à recueillir tomes les traditions, nous rappelle à son tombeau. Voici que la Vierge Emérentienne, amie et sœur de lait de notre héroïne de treize ans, s'en est allée prier et pleurer sur le lieu où repose celle qui lui a été si tôt et si cruellement ravie. Emérentienne n'a pas encore été régénérée dans les eaux du Baptême , elle suit encore les exercices du catéchuménat ; mais son cœur est déjà au Christ par la foi et par le désir.

Tandis que la jeune fille épanche ses regrets et son admiration sur la tombe d'Agnès, des païens surviennent; insultant à sa douleur, ils veulent troubler ces hommages rendus à leur victime. C'est alors que Em'érentienne, enflammée du désir de se réunir au Christ, et d'être bientôt dans les bras de sa douce compagne, puisant un mâle courage sur ce sépulcre glorieux, se tourne vers les barbares, et, confessant Jésus-Christ, maudissant les idoles, leur reproche l'atroce cruauté dont l'innocente Agnès est tombée victime.

La férocité païenne s'indigne dans les cœurs de ces hommes asservis au culte de Satan, et à peine la jeune fille a cessé de parler, qu'elle tombe sur le sépulcre de son amie, accablée sous les pierres meurtrières

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que îui lancent ceux qu'elle a osé défier. Baptisée dans son propre sang, Emérentienne laisse sur la terre sa dépouille sanglante; et son âme s'envole sur le sein de l'Emmanuel, pour jouir éternellement de ses embrassements divins, et de la chère présence d'Agnès.

Unissons-nou^s à l'Eglise, qui recueille avec tant d'amour de si touchants souvenirs; demandons à Emérentienne la grâce d'être réunis â Jésus et â Agnès, et saluons son triomphe par les prières de la sainte Liturgie.

Ant ^^eni, Sponsa

^^^- Y Christi, accipe coronam quam tibi Dominus prasparavit in aeternum.

^. Diffusa est gratia in labiis tuis.

^. Propterea benedixit te Deus in aeternum.

OREMUS

Indulgentiam nobis, quaesumus Domine beaiaEmerentiana Virgo et Martyr imploret :

quae tibi grata semper exstitit, et merito castitatis et tuae professione virtutis. Per Christum Dominum nostrum.

Amen.

Akt \71ENS, Epouse du ^^^- V Christ;; reçois la couronne que le Seigneur t'a préparée pour l'éternité.

j^. La grâce est répandue sur tes lèvres ;

^. C'est pourquoi le Seigneur t'a bénie à jamais.

PRIONS

Faites, Seigneur, que nous obtenions le pardon de nos péchés par l'intercession de la bienheureuse Emérentienne, Vierge et Martyre, qui vous a toujours été agréable par le mérite de la cnasteté, et par la profession Qu'elle a faite de la vertu dont vous êtes la source. Par Jésus-Christ notre Seigneur.

Amen.

LE MEME JOUR

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