I. Luc. xxni
La Passion et la Semaine sainte. 21
en exprimant ces sentiments par la sainte liturgie, elle nous guide dans ceux que nous devons concevoir nous-mêmes.
Le caractère le plus général des prières et des rites de cette quinzaine est une douleur profonde de voir le Juste opprimé par ses ennemis jusqu'à la mort, et une indignation énergique contre le peuple déicide. David, les Prophètes, fournissent ordinairement le fond de ces formules de deuil. Tantôt c'est le Christ lui-même qui dévoile les an-
foisses de son âme; tantôt ce sont d'effroyales imprécations contre ses bourreaux.
Le châtiment de la nation juive est étalé dans toute son horreur, et, à chacun des trois derniers jours, on entendra Jérémie se lamenter sur les ruines de l'infidèle cité, L'Eglise ne cherche pas à exciter une sensibilité stérile ; elle veut frapper d'abord au cœur de ses enfants par une terreur salutaire. S'ils sont effrayés du crime commis dans Jérusalem, s'ils sentent qu'ils en sont coupables, leurs larmes couleront toujours assez.
Préparons-nous donc à ces fortes impressions trop souvent méconnues par la piété superficielle de notre temps. Rappelons-nous l'amour et la bénignité du Fils de Dieu venant se confier aux hommes, vivant de leur vie, poursuivant sans bruit sa pacifique carrière, <( passant sur cette terre en faisant le bien 1 », et voyons maintenant cette vie toute de tendresse, de condescendance et d'humilité, aboutir à un supplice infâme sur le gibet des
2 2 La Passion et la Semaine sainte.
esclaves. Considérons d'un coté le peuple pervers des pécheurs qui, faute de crimes, impute au Rédempteur ses bienfaits, qui consomme la plus noire ingratitude par l'effusion d'un sang aussi innocent qu'il est divin; de l'autre, contemplons le Juste par excellence en proie à toutes les amertumes, son âme « triste jusqu'à la mort i », le poids de malédiction qui pèse sur lui, ce calice qu'il doit boire jusqu'à la lie, malgré son humble réclamation; le Ciel inflexible à ses prières comme à ses douleurs; enfin entendons son cri : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ^ ? » C'est là ce qui émeut d'abord la sainte Eglise; c'est là ce qu'elle propose à notre attention ; car elle sait que si cette horrible scène est comprise de nous, les liens que nous avons avec le péché se rompront d'eux-mêmes, et qu'il nous sera impossible de demeurer plus longtemps complices de tels forfaits.
Mais l'Eglise sait aussi combien le cœur de l'homme est dur, combien il a besoin de craindre, pour se déterminer enfin à s'amender : voilà pourquoi elle ne nous fait erâce d'aucune des imprécations que les Prophètes placent dans la bouche du Messie contre ses ennemis. Ces effrayants anathèmes sont autant de prophéties qui se sont accomplies à la lettre sur les Juifs endurcis. Ils sont destinés à nous apprendre ce que le chrétien luimême pourrait avoir à craindre, s'il persistait, selon l'énergique expression de saint Paul, à